mardi 15 août 2017

Dilma Rousseff : L'image diffusée en Occident sur le Venezuela est irresponsable


Source BBC Mundo

Il y a près d'un an que la procédure d'impeachment contre la présidente du Brésil Dilma Rousseff, l'a obligée à laisser son poste alors qu'elle était accusée de manipuler illégalement les comptes du gouvernement. Mais ce n'est pas une raison pour qu'elle garde le silence.

Au cours d'un entretien avec la BBC, l'ancienne cheffe d'Etat a affirmé que l'image diffusée en Occident sur le Venezuela est irresponsable, que le traitement de la presse internationale sur ce pays est "absurde" et que de cette manière, un grand conflit armé peut se créer dans la région "comme ils l'ont fait en Irak et en Afghanistan".

Depuis que Rousseff a quitté le pouvoir, son mentor politique, l'ancien président Luz Inácio Lula da Silva, a été condamné il y a un mois à 10 ans de prison pour un autre cas de corruption et de blanchiment d'argent. Quelques semaines auparavant, Michel Temer qui a succédé à Roussef à la présidence du Brésil et qu'elle accuse de "traître", a failli être poursuivi par la Chambre des Députés.

Avec ce paysage, l'ancienne présidente a décidé de parler avec la correspondante de la BBC au Brésil, Katy Watson, pas seulement sur la situation politique turbulente chez elle mais aussi sur celle du pays voisin et ancien allié politique : le Venezuela de Nicolás Maduro.

L'Occident est irresponsable avec le Venezuela

Au milieu de la crise actuelle au Venezuela qui a laissé plus de 100 morts dans les rues au cours des derniers quatre mois de protestation contre le gouvernement, Gleisi Hoffmann, le leader du Parti des Travailleurs (PT) auquel appartiennent Rousseff et Lula, a souligné que le parti soutenait Maduro contre la "violence offensive de la droite". Lula avait également montré son soutien au gouvernement socialiste auparavant, et Rousseff n'est pas catégorique sur la condamnation du gouvernement du Venezuela, comme l'ont été d'autres leaders de la région ces dernières semaines.

"Maduro gouverne au Venezuela dans des circonstances extrêmes. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une manière d'aller de l'avant sans effusion de sang" dit-elle. Elle admet pourtant que Maduro n'a pas la même stature politique qu'Hugo Chávez. "Je crois qu'Hugo Chávez a été un grand leader qui a eu la chance d'être au pouvoir à l'époque où les prix du pétrole étaient à la hausse" a dit Rousseff à la BBC. "Quand les prix ont commencé à descendre, il n'y a pas eu que le Venezuela à le sentir. Et la situation a commencé à devenir très difficile" ajoute l'ex-présidente.

A ce propos, Rousseff critique l'image véhiculée en Occident sur le pays, qu'elle qualifie d' "irresponsable" et considère également que le traitement de la presse internationale "est absurde". "Ils vont créer, comme ils l'ont fait en Irak et en Afghanistan, ils peuvent créer ici, après 140 années de paix, ils peuvent créer un grand conflit armé" assure-t-elle. Et elle ajoute : "Et il ne s'agit plus de discuter. Car l'opposition n'est pas parfaite non plus".

Vous souvenez-vous de Saddam Hussein ?

Et donc on ne peut pas reprocher à Maduro la crise actuelle au Venezuela ? Lui demande la journaliste de la BBC.

"Je ne vais pas en vouloir uniquement à Maduro. Ce qu'il y a c'est un conflit" souligne Rousseff. "Vous vous souvenez de ce qu'ils ont fait à Saddam Hussein ? Ils l'ont tué de la manière la plus brutale possible. Quand ils l'ont fait, tous les monstres sont sortis à découvert, on a ouvert une boite de Pandore. D'où est sorti l'Etat Islamique? Il est venu du fait que les Etats-Unis pensaient qu'il y avait une position démocratique là-bas. Et il n'en était pas ainsi" ajoute-t-elle.

Le 5 août dernier, le bloc économique des pays sudaméricains, le Mercosur, a suspendu indéfiniment le Venezuela jusqu'à ce que la démocratie soit rétablie dans le pays. Pour Roussef, la communauté internationale, et particulièrement le Brésil, a beaucoup de comptes à rendre.

"Le Brésil n'a pas le droit de parler sur la clause démocratique au Mercosur. La situation au Brésil n'est pas la même que celle du Venezuela mais il y a bien eu un coup d'Etat. Au moins, au Venezuela, ils sont arrivés au pouvoir à travers le vote" a souligné Rousseff.

Un coup d'état en cours

Le 31 août 2016, le Sénat du Brésil a destitué Rousseff de son poste de présidente pour "maniements illégaux des comptes du gouvernement". Pour Rousseff, cet événement n'a été qu'une des phases d'un processus bien plus long. "Ne croyez pas que ça a commencé et fini le jour où ils m'ont sortie de mon bureau. Ca a commencé le jour où eux (les rivaux politiques) se sont rendus compte qu'ils n'allaient pas arriver au pouvoir par des élections démocratiques. C'est à dire que la démocratie n'était pas viable selon leur point de vue" a-t-elle dit à la BBC.

Pour Rousseff, la condamnation de son prédécesseur, l'ex-président Lula da Silva, est un autre mouvement de ce plan de manoeuvres politiques. Au delà de la sentence de 10 ans de prison contre lui, Lula se profile comme candidat du PT et se maintient dans les sondages pour les élections de l'année prochaine. "Le premier chapitre a été un coup d'Etat contre moi. Mais il y a un deuxième chapitre, qui est d'éviter que Lula devienne candidat présidentiel".

Mais n'est-il pas temps que la scène politique du Brésil reçoive du sang neuf ?

"Comment savoir si le Brésil a besoin d'un nouveau leader et d'un nouveau changement ? Depuis quand ce qui est "nouveau" est nécessairement "bon" ? Le nouveau, ça pourrait être Hitler. Il n'y a pas de garanties. Pourquoi les gens reconnaissent ce que Lula a fait ? Parce que pendant son gouvernement, on vivait mieux" affirme-t-elle. 

Sa réponse est claire quand on lui demande si le fait qu'elle soit une femme a influé sur sa destitution: "Vous me demandez s'il y a eu un comportement machiste ou misogyne ? Oui. Cela n'a pas été la raison principale, je ne peux pas dire ça, mais oui, c'est un élément qui s'est lié à tous les autres".




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