jeudi 27 décembre 2018

La nature en Colombie. Traces indélébiles de destruction, tentatives de restauration



Source : El Tiempo

L'intervention de l'humain est la principale menace pour les écosystèmes et les espèces en Colombie. La colonisation, les changements démographiques, la distribution inégale du territoire ont déterminé, parmi d'autres facteurs liés à la population, le changement qu'a souffert l'environnement de notre pays. Conséquences d'une intervention humaine disproportionnée : Des écosystèmes dans un état critique et des centaines d'espèces menacées. C'est ce que révèle le rapport "Colombia Viva 2017", publié par le WWF, qui recueille des recherches de scientifiques comme Andrés A. Etter de l'Université Javeriana, et les données des derniers "livres rouges" des espèces menacées dans le pays, afin d'évaluer l'état actuel de nos écosystèmes et espèces. Le panorama n'est pas brillant.


D E S   E C O S Y S T E M E S   D A N S   U N   E T A T   C R I T I Q U E

La Colombie est le deuxième pays avec la plus grande biodiversité du monde après le Brésil, devant des pays comme l'Afrique du Sud ou l'Indonésie. C'est le seul pays d'Amérique du Sud qui a des côtes à la fois sur l'Océan Atlantique et sur l'Océan Pacifique, et c'est le seul lieu au monde où habitent des espèces comme le singe tití du Caquetá et la grenouille vénéneuse dorée Kokoï.

Dans notre pays, 85 types d'écosystèmes ont été identifiés, qui se divisent en plusieurs catégories suivant leur localisation géographique. Pourtant, avec le temps, l'intervention humaine a détérioré 31.3% de ces écosystèmes, en en laissant 20 dans un état critique et 17 autres en danger. Parmi eux, 26 ont perdu plus de 50% de leur zone originaire et 17 en ont perdu plus de 80%.


  • La forêt sèche tropicale : Située principalement dans la région caraïbe colombienne, c'est un écosystème caractérisé par de longues périodes de sécheresse, avec peu ou pas de pluie. Selon le rapport Colombia Viva 2017, l'élevage, la dégradation du sol par érosion, les incendies fréquents et l'extraction du bois sont les principales menaces pour ces écosystèmes. On estime que la superficie totale de la forêt dans le territoire national a diminué de 5.15 millions d'hectares, soit une zone qui équivaut à 12.875 fois le Parc Métropolitain Simón Bolívar et 440 fois la ville de Bogotá.



  • Les écosystèmes de l'Orénoque : Ce sont quatre écosystèmes proches de la vallée du fleuve Orénoque, où domine un climat tropical tout au long de l'année. Parmi eux, les Forêts Humides Tropicales du Piémont Llanero sont les plus affectées par l'intervention humaine. "Jusqu'en 1970, il n'y avait que 2% des Plaines Orientales qui avaient souffert un changement significatif lié à l'activité humaine. Mais en 2012, la transformation de la partie colombienne du bassin de l'Orénoque avait déjà atteint 15.5%" assure le rapport Colombia Viva 2017. En 2001, l'extension des savanes innondables, sableuses et hautes avait été réduite de 2.118 km carrés.



  • Les Páramos (Hauts-Plateaux) : C'est un écosystème intertropical qui se trouve au dessus de 2.900 m d'altitude, en montagne. Il est caractérisé par une végétation d'arbustes et de matorral, et est à l'origine des ruisseaux qui deviendront des fleuves. Sa fonction est de capter l'eau, de la purifier et de la drainer dans les époques de sécheresse. Sa température est instable et très variée, pouvant passer de 30°C à 0°C. Selon l'Institut Von Humboldt, "en 2000, il existait 1.237.273 hectares de Páramo" desquels 420.672 hectares ont été transformés par l'action humaine. En 2005, le taux annuel de disparition de ces écosystèmes était de 17%.



  • Les Nevados (Pics glaciaires) :  Il s'agit de grandes montagnes qui ont différents étages thermiques et qui ont un écosystème glaciaire à leur sommet. Selon le rapport Colombia Viva 2017, l'augmentation globale de la température, la diminution ou les changements dramatiques des pluies ont affecté gravement ces écosystèmes. A la fin du siècle dernier, 8 des 17 pics avaient souffert un dégel total et on estime qu'en 2032, il n'y aura plus de glaciers en Colombie.



  • Les Humedales (Zones Humides) : Ce sont des écosystèmes qui s'inondent d'eau de manière permanente ou intermittente tout au long de l'année, et qui sont constitués d'un mélange d'écosystèmes aquatiques et terrestres. Ils ont une très grande végétation et attirent une énorme quantité d'espèces animales à cause de leur richesse alimentaire.



  • Les milieux marins et côtiers : Situés dans la zone océanique de la terre, ils constituent un des écosystèmes les plus grands et les plus complexes à étudier. Ils se caractérisent par leur stabilité et leur faible variation de température et de salinité tout au long de l'année. Mais la sédimentation, la contamination des sources hydriques, les résidus de l'extraction des hydrocarbures et le changement climatique mettent en danger la plupart de ces écosystèmes, particulièrement les coraux.



UNE GARDERIE DE CORAUX A SAN ANDRES Y PROVIDENCIA


Des batteries de voitures, des WC, des pneus et même des engins de guerre comme des bazookas, faisaient partie du panorama sous-marin de San Andrés. Il ne s'agissait pas d'une situation récente, ni d'un phénomène provoqué par le passage d'un ouragan, mais de déchets amoncelés pendant des décennies qui, petit à petit, s'étaient approprié le paysage.

La mer aux sept couleurs en était affectée : les petits coquillages qui avaient pour coutume d'arriver sur les plages à l'aube, ont été remplacés par des morceaux de bouteille, des couvercles, des sacs et des boites de conserves qui, à leur tour, devenaient des aliments pour les poissons et les oiseaux. Le plastique était le plus gros des problèmes, particulièrement celui qui passe par des processus de vulcanisation pour devenir du caoutchouc. Il ne s'agit pas simplement d'une contamination visuelle dans laquelle un pneu apparaît sous l'eau sans raison apparente, mais surtout de déchets qui ont le pouvoir de détruire l'écosystème.

Selon Jorge Sánchez Berrío, coordinateur de l'initiative Bajo Tranquilo, projet de l'ONG Help2Oceans, le caoutchouc qui se trouve sous l'eau contient différentes bactéries qui étouffent les récifs coraliens. C'est une situation préoccupante quand on sait que 77% des coraux du pays se trouvent dans la mer de San Andrés. C'est pourquoi les membres de cette association, après avoir nettoyé 60 mille mètres carrés de fonds océaniques, ont décidé de sauver des petites semences de corail.

L'idée consiste à ancrer au fond des eaux de l'archipel des grosses cordes qui maintiennent des rectangles élaborés avec des tubes de PVC. Sur ces tubes, des grilles métalliques où reposent les petites semences de corail qui n'ont pas encore la taille d'héberger de la vie mais qui s'agrippent avec force au réseau qui les soutient pour grandir. Ces tubes ne sont pas contaminants des eaux, ce sont des garderies coralines pour les récifs qui peigneront de sept couleurs différentes la mer de San Andrés et qui deviendront le foyer de centaines d'étoiles de mer, oursins, larves et poissons.

Quatre garderies se trouvent à San Andrés et deux dans les îles de Providencia. Corales de Paz, Help2Oceans et le Mouvement environnementaliste colombien sont à l'origine du projet "Más Grande, más efectivo" (Plus grand, plus efficace) qui cherche à redonner vie aux récifs de coreaux de l'archipel colombien. "La culture de colonies de corail est un processus lent et complexe, mais donne de bons résultats" affirme Daniel Florio, moniteur de plongée et collaborateur de l'initiative. 

Pour le moment, tout a une couleur verdâtre et une apparence visqueuse. Certaines semences ont des formes de cactus, d'autres ressemblent à des bouts de gingembre et le reste paraît être une culture d'artichauts. Elles sont petites et ne grandiront pas plus d'un centimètre par an, mais avec leur apparence insignifiante, elles sont le noyau de tout un univers.








U N E   F L O R E    D A N S   U N   E T A T   C R I T I Q U E

La biodiversité de la Colombie ne se reflète pas seulement dans ses écosystèmes mais aussi dans la grande quantité d'êtres vivants qui y habitent. L'intervention irresponsable et exagérée de l'homme, dans la majorité des régions, a laissé une trace profonde sur la flore et la végétation du pays. 

Bien qu'il existe plus de 40.000 espèces végétales en Colombie, on s'est basé uniquement sur un échantillon de 1.853 espèces pour étudier leur état de conservation. Les résultats, compilés dans cinq volumes de livres rouges des plantes en Colombie, ont abouti au constat que 665 de ces espèces se trouvent menacées d'extinction. Selon cette étude, les espèces qui contiennent du bois sont les plus menacées en raison de leur valeur commerciale.

  • Les orchidées : Il s'agit d'une énorme famille où existent jusqu'à 60.000 espèces, très diverses entre elles. En Colombie, 202 espèces ont été enregistrées, localisées dans tout le territoire national, dont 54 sont menacées. Selon l'étude, l'intrusion dans leur habitat et les troubles occasionnés par l'homme ont engendré des modifications intolérables pour l'espèce.


  • Les frailejones : Ce sont des espèces complexes qui se trouvent dans les hauts-plateaux de Colombie. Ils se chargent de recueillir l'eau de la brume et de la conserver dans les époques de sécheresse. Ils ont une grande faculté d'adaptation aux changements de leur environnement et pourtant, sur les 68 espèces enregistrées dans le pays, 36 sont menacées et 7 se trouvent en situation critique, principalement à cause de l'élevage et de l'expansion agricole.


  • Les palmiers : Il s'agit de plantes qui atteignent une grande hauteur, caractérisées par les anneaux qui entourent leur tronc, qui d'ailleurs représentent leur âge. En Colombie, un nombre important de palmiers sont endémiques, c'est à dire, uniques dans le pays. Des facteurs comme l'élevage intensif et l'invasion d'autres espèces les ont considérablement affectés. Parmi les 213 espèces enregistrées, 83 sont menacées et six se trouvent en danger critique.


  • Les sauges : Elles forment une famille d'herbes et d'arbustes, dont un nombre important ont des propriétés médicinales ou gastronomique. Parmi les 203 espèces qui se trouvent dans le pays, 162 sont endémiques et 72 sont menacées.


  • Les bromélias : Ce sont des plantes qui ont une grande capacité d'adaptation pour pousser sur des roches, des arbres ou des cactus. Leurs feuilles accumulent l'eau et la matière organique, ce qui leur permet de servir d'habitat pour différentes espèces d'insectes et d'araignées. Selon le rapport Colombia Viva 2017, 160 des 492 espèces sont menacées principalement à cause de l'agriculture et de l'élevage.


  • Les passiflores : Il s'agit d'une gigantesque famille de plantes situées dans le monde entier, sauf dans l'Antarctique. Les Andes colombiennes sont un habitat parfait pour ces plantes qui se caractérisent par une grande diversité de fleurs très colorées. En Colombie, il existe 154 espèces de Passiflores enregistrées et 23 d'entre elles se trouvent menacées, principalement par des activités agricoles.





LE PALMIER A CIRE : UN SURVIVANT DEVENU MECANISME DE RECONCILIATION

Alors que cette plante était au bord de la disparition, le département du Tolima et différents secteurs de cette région ont misé sur sa conservation. Aujourd'hui, ce symbole national a rajeuni et est devenu un symbole de résilience.

"Quand Alexander Von Humboldt a exploré le département du Tolima, il s'est trouvé face à ce qu'il a appelé "un bois dans un autre bois", en voyant les feuillages et la splendeur des palmeraies sur la route entre Ibagué et Cartago" explique Jaime Cacéres, un habitant du hameau de Toche, situé à Ibagué. Comme lui, des centaines de tolimenses (les habitants du Tolima) sont très fiers de parler de leur territoire, particulièrement quand il s'agit de la plante emblématique qui embellit leurs paysages : le palmier de cire.

Jaime explique qu'"un palmier à cire met environ cent ans pour devenir adulte" et souligne l'importance de sa culture pour les paysages de son département et de ceux du Quindio, où il pousse également. Après une brève pause, un souvenir lui revient qui réveille son émotion : "Il fut un temps où la culture du palmier à cire était interdite et inexplorée. Par ici, il y avait des groupes hors la loi qui campaient et il était impossible d'accéder au territoire". La zone dont il parle, proche du cañon de Las Hermosas, au sud-est du Tolima où le conflit armé était historiquement présent, était une zone de repli du 21ème front des FARC. C'est pourquoi le palmier à cire était relégué dans les projets de durabilité et de conservation, bien qu'il ait été déclaré "Arbre national" et symbole patriotique de la Colombie par la loi 61 de 1985.

Mais ce n'est pas la seule difficulté qu'a dû affronter le palmier qui atteint en moyenne 70 mètres de hauteur. La célébration religieuse du "Dimanche des Rameaux" l'a décimé pendant toute une période au cours de laquelle la taille sans limite correspondait à une offrande religieuse, où les feuilles de palme étaient sensées recréer les rameaux qui accompagnaient l'entrée triomphale du Christ à Jérusalem. La situation ne mettait pas seulement en danger la plante elle-même, mais aussi les espèces qui dépendent d'elle, comme le perroquet aux oreilles jaunes qui habite dans ses branches. C'est pourquoi, depuis 2001, la fondation ProAves a lancé la campagne "Réconcilie-toi avec la nature" dont l'objectif est de sensibiliser les habitants des territoires sur l'importance du palmier à cire et la problématique de son exploitation démesurée.

"Réconcilie-toi avec la nature" cherche à travailler sur la sensibilisation des habitants de la région, en lien avec les mairies, les corporations autonomes, différentes instances publiques et privées, et des institutions éducatives. A travers la pédagogie de la conservation, différentes alternatives ont été proposées pour changer les pratiques religieuses pendant la célébration du Dimanche des Rameaux.

Par exemple, à Roncesvalle, dans le Tolima, la campagne a compté sur la participation de près de 500 habitants qui ont reçu différents types de fleurs, de plantes et de graminées, comme alternatives d'offrande religieuse pendant la semaine sainte. Dans cette municipalité, on a commencé à consolider le changement de mentalité proposé par ProAves sur le palmier à cire. Le secrétaire au développement rural de Roncesvalle, William Manuel Romero, affirme que : "C'est un de nos arbres importants pour la municipalité et il se trouve dans une période de récupération et d'attention. Nous prenons conscience que cet arbre se trouve en voie d'extinction, et donc, avec l'Armée et la Mairie, nous développons des pépinières pour améliorer les cultures".

L'ingénieur Romero explique que la première chose à faire pour ces projets, c'est de bien choisir le micro-climat pour la pépinière, qui doit se situer en altitude. Ensuite, on choisit les semences qui seront apportées à la pépinière et on fait les plantations. "La population a pris conscience et a vu qu'il était important de maintenir la culture de ces arbres qui sont des symboles pour nous, c'est pourquoi ils collaborent même au recueil des semences pour les porter à la pépinière"

Le changement de mentalité à Roncesvalle a conduit la commune à devenir une des pionnières des projets de conservation du palmier à cire. De fait, au niveau culturel, ce bourg en est déjà au "XIIIème Festival du Perroquet aux oreilles jaunes et de la Palme à cire, et c'est devenu une tradition culturelle" selon le secrétaire à la Culture de la municipalité, Carlos Aguirre.

Au delà de ses problématiques et de son importance symbolique au niveau national, le palmier à cire est considéré aujourd'hui comme un outil de transformation sociale car il a aidé à dépasser les conflits du passé dans le territoire, tandis qu'il créait une conscience environnementale pour le futur chez les habitants. Avec des initiatives comme "Réconcilie-toi avec la nature", on garantit la protection de cette espèce végétal admirable qui pendant des générations a été, comme l'explique Carlos Aguirre, "le symbole qui appelle les gens à connaitre le paradis dans lequel nous vivons".










U N E   F A U N E    D A N S   U N   E T A T   C R I T I Q U E

La position géographique et la variété des climats de notre pays rendent possible la vie de milliers d'espèces animales. Mais beaucoup d'entre elles sont en danger à cause de l'intervention humaine, principalement parce qu'à mesure que s'étendent les villes et villages, les lieux qui servent d'habitat aux animaux se réduisent.

Selon le rapport Colombia Viva 2017 : "parmi les 284 espèces d'animaux terrestres dans les livres rouges (44 insectes, 4 araignées, 54 amphibiens, 29 reptiles, 125 oiseaux et 28 mammifères), 41 espèces sont en danger critique, 112 sont menacées et 131 sont vulnérables". Les amphibiens sont le groupe qui enregistre le plus gros pourcentage de risque, car sur les 54 espèces analysées, 13 se trouvent en situation critique, 25 en grave danger et 16 sont vulnérables.

  • Les abeilles : Ces insectes volants jouent un rôle fondamental dans la reproduction de la flore puiqu'ils sont chargés de la pollinisation. Selon le Livre Rouge des espèces menacées en Colombie, "les 11 espèces d'abeilles menacées (4 en état critique, 4 en situation de risque et 3 vunérables) sont un indicateur alarmant dans l'altération des fonctions critiques des écosystèmes".


  • Les grenouilles : Ce sont des amphibiens très menacés par le changement climatique et la déforestation de leur habitat. Les jungles du Pacifique en Colombie est l'unique lieu du monde où se trouve la grenouille poison dorée, considérée comme l'animal le plus vénéneux de la planète et, actuellement, dans un état critique de conservation. 



  • Les colibris : Considérés comme les oiseaux les plus petits de la planète, ils se caractérisent par leurs couleurs vives et leur large bec qu'ils utilisent pour extraire le nectar des fleurs. Ce sont les uniques animaux capables de se suspendre dans l'air et ils battent des ailes entre 80 et 200 fois par seconde. Actuellement, trois colibris se trouvent en état critique et quatre sont menacés. 



  • Les perroquets : Ces oiseaux colorés sont considérés comme un des animaux les plus intelligents de la planète. Actuellement, leur capture pour être vendu dans le trafic d'animaux exotiques est le principal facteur de menace pour cette espèce, comme celui de la déforestation. 



  • Les tortues : Ces reptiles pourvus d'une grosse et forte carapace de protection se trouvent en état critique en raison de facteurs comme l'urbanisation, l'agriculture et la chasse. 





UN JEU POPULAIRE QUI SAUVE LES GRENOUILLES

Ses yeux noirs qui sortent des orbites sont trop grands pour sa petite tête triangulaire. Avec ses longues pattes qui se terminent par 3 doigts à ventouse, elle est capable de sauter jusqu'à 6 mètres de distance et de s'accrocher aux feuilles et aux branches. Ce n'est pas un monstre mais se trouver en sa présence peut être mortel.

Avec seulement cinq centimètres, la phyllobates terribilis ou grenouille poison dorée, est considérée comme le vertébré le plus toxique de la planète. Sa peau brillante et de couleur jaune est imprégnée d'un puissant venin qui paralyse les muscles de qui la touche, en causant une mort lente et douloureuse.

Elle habite dans les forêts pluvieuses du Pacifique Colombien, dans les zones du Darién, du Cauca et du Chocó où elle est endémique. Elle utilise ses couleurs pour avertir ses possibles prédateurs de sa toxicité et elle se cache dans les pierres et les mares de la jungle. 

Pourtant, il ne s'agit pas de la grenouille la plus populaire du pays. En Colombie, il existe une autre grenouille, en bois, qui reste immobile dans l'attente qu'un ou plusieurs anneaux métalliques lui tombent dans la bouche. On la trouve facilement dans les cantines et les bars des quartiers où, contrairement à la grenouille poison dorée, elle ne fait pas peur mais provoque plutôt de la sympathie et du divertissement.

Cette grenouille est un jeu qui pourrait être considéré comme un Patrimoine Culturel de la Nation en raison de son histoire et de sa place dans toutes les familles colombiennes. Alors qu'elle a une grande popularité parmi ceux qui fréquentent les bars et les tavernes, c'est une amie qui ne peut manquer dans les excursions et les vacances dans les terres chaudes, où on mise sur qui obtiendra le plus de points et atteindra la fameuse "moñona" (le gros lot).

"Une grenouille avec qui, contrairement à la grenouille terribilis, on peut jouer" : Voilà le message que l'agence de publicité Habas, en lien avec la fondation ProAves et des entités comme l'Université Nationale, le Parc Explora de Medellín, la maison de production The Zoo Films, entre autres, sont chargés d'apporter dans les zones où la grenouille se trouve la plus menacée, en soulignant que, "avec la grenouille terribilis, on ne joue pas".

Timbiquí est une petite commune qui se baigne dans les eaux de l'Océan Pacifique et se réveille entre roucoulements et coups de marimba. Ses cours d'eaux vifs et chargés d'or sont contaminés de mercure à cause de l'activité minière illégale et ses poumons forestiers commencent à manquer d'air à cause de la déforestation. Mais, pendant que certains cherchent de l'or dans les eaux et du bois précieux dans les arbres, d'autres cheminent dans la forêt à la recherche d'un trésor différent. Le venin de la grenouille terribilis ne suffit pas à la tenir en sécurité et l'être humain est chargé de la chasser jusqu'à en faire une espèce en voie d'extinction.

Une fois que cet animal est attrapé, son prix oscille entre les 15.000 et les 800.000 mille pesos à Timbiqui, mais peut dépasser les 2.000 euros quand il arrive dans le vieux continent. Sa valeur vient du fait que ce poison qui devrait la rendre invincible, permet d'obtenir un médicament beaucoup plus efficace que la morphine.

Partant de cette problématique, l'initiative "Grenouilles qui sauvent des Grenouilles" est arrivée à Timbiquí, où à travers différents ateliers et formations, on a expliqué à la population l'importance de protéger ce petit animal. Le jeu populaire de la grenouille a été modifié et la grande bouche métallique a été changée pour ressembler à la grenouille dorée. Sans aucun trou permettant le passage d'anneaux métalliques, ni aucun nombre de points sur la façade qui ne puissent être ajoutés. C'est devenu un meuble pour prendre conscience qu'avec ce petit animal, jaune et coloré, on ne doit pas jouer.

"Moi je les ai vues, mon oncle les chasse dans le bois" fut une des réponses des enfants des écoles de Timbiquí, mettant en évidence que la chasse de cet animal est enracinée dans leur culture. On estime qu'environ 20 grenouilles poison sortent du pays tous les mois et que, même les têtards sont trafiqués dans les mines vidées des stylos.

"Nous savons que les chasseurs ne vont pas arrêter de chasser, mais il est important d'ouvrir les yeux sur ce problème et que les dénonciations aient lieu pour éviter qu'ils ne viennent de la population" dit Camila Osorio, une des personnes engagées dans le projet de l'agence de publicité. Le résultat de l'expérience éducative est un documentaire que l'on espère passer dans différentes salles de cinéma au niveau national, pour sensibiliser l'ensemble des colombiens sur la richesse qui habite nos forêts et l'importance de sauver la grenouille poison dorée du Pacifique.