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mercredi 19 juillet 2023

Traduction.fr - Déclaration finale du Sommet des Peuples 2023. Bruxelles



Dans le cadre d'un exercice de diplomatie populaire répondant à un appel pluriel, représentatif, divers et inclusif, 

Nous, organisations et mouvements sociaux, politiques, syndicaux, féministes et environnementaux d'Amérique latine, des Caraïbes et d'Europe, réunis à Bruxelles le 17 et 18 juillet 2023 lors du Sommet des Peuples, déclarons :

1) Alors qu'à notre époque, l'impérialisme développe une offensive qui tente de diviser le monde en blocs d'États déconnectés et en conflit les uns avec les autres, il intensifie toutes sortes de provocations, blocus, pressions et mesures coercitives unilatérales contre les peuples qui ne se soumettent pas et ne servent pas ses intérêts, et il cause destruction et mort dans de nombreuses régions de la planète.

Ce Sommet des Peuples a compris que la rencontre entre la CELAC (Communauté des Etats d'Amérique Latine et des Caraïbes) et l'Union Européenne est une opportunité pour avancer dans la création d'un monde multipolaire, avec des relations multilatérales qui permettent à l'Humanité de progresser dans la Paix en harmonie avec la Terre Mère. Pour cela, des progrès doivent être réalisés dans les relations entre l'Europe, l'Amérique latine et les Caraïbes, pour renforcer une coopération bi-régionale, fondée sur le respect mutuel et la réciprocité, qui place l'être humain au centre des politiques publiques, sans ingérence extérieure, et rejette catégoriquement toute action politique ou militaire visant à interférer dans le développement normal des institutions et des normes constitutionnelles de l'un des États participant au Sommet. C'est pourquoi nous condamnons les campagnes médiatiques visant à déstabiliser les gouvernements démocratiquement élus par leurs peuples en Amérique latine et aux Caraïbes

En ce sens, nous observons avec intérêt l'avancée des forces qui défendent un nouvel ordre international multipolaire et multicentrique, qui annonce l'avènement progressif d'une architecture mondiale, fondée sur la solidarité et la coopération entre pays souverains. C'est avec optimisme et sympathie que nous regardons la nouvelle vague progressiste qui fait son chemin en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous saluons leurs combats héroïques en défense de la souveraineté, du bien-être social et de la démocratie participative, dans le but d'améliorer les conditions de vie et d'existence des peuples, promouvoir l'unité solidaire et l'intégration régionale, réactiver avec plus de force la CELAC et l'UNASUR.

De même, nous apprécions hautement le rôle d'avant-garde joué par l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), fondée par Fidel Castro et Hugo Chávez, et nous nous reconnaissons dans l'appel du Forum de Sao Paulo lorsqu'il proclame : « Surmontons les différences, construisons l'unité la plus large dans la diversité des partis, des mouvements sociaux et populaires et de l'intelligentsia progressiste et de gauche au sein de chaque organisation, pays et continent. Nous continuerons dans l'unité pour l'intégration régionale afin de faire progresser la souveraineté de l'Amérique latine et des Caraïbes !"

Nous saluons les 20 ans du Réseau des Intellectuels, Artistes et Mouvements Sociaux en Défense de l'Humanité (REDH), un mouvement de pensée et d'action qui prône dans ses principes directeurs : la défense de la paix, de la mémoire, de la vérité et de la pluralité de l'information, l'intégration et la souveraineté des peuples, la préservation de l'environnement et l'unité dans la diversité culturelle.

2) En conséquence, le Sommet des Peuples :
  • Condamne le blocus injuste et illégitime que les États-Unis font subir à Cuba et se joint à la déclaration approuvée lors de la 26ème réunion du Forum de Sao Paulo, qui s'est tenue à Brasilia du 29 juin au 2 juillet 2023. Il y est affirmé que Cuba a héroïquement résisté à plus d'un demi-siècle de blocus injuste et criminel de la puissance impériale des États-Unis. La dignité du peuple cubain est un exemple pour toutes les nations et partis populaires du monde, de la même manière que nous nous solidarisons avec le Forum de Sao Paulo qui déclare que Cuba est "Patrimoine universel de la dignité".
  • Condamne l'utilisation de mécanismes judiciaires et de fake news pour expulser de leurs fonctions les dirigeants progressistes d'Amérique latine démocratiquement élus par leurs peuples et rejette la politique illégale de sanctions et de mesures coercitives unilatérales imposées par les États-Unis contre la République bolivarienne du Venezuela et la République du Nicaragua qui constituent un blocus inhumain et criminel des économies et des peuples des deux pays. Il rejette également la politique de l'Union européenne consistant à approuver et, dans certains cas, à reproduire les sanctions américaines contre le Venezuela et le Nicaragua.
  • Exhorte le gouvernement des États-Unis à abroger complètement, immédiatement et sans condition toutes les mesures qui affectent la pleine jouissance des droits humains des peuples d'Amérique latine et des Caraïbes, y compris la réalisation de leur droit au développement et à la recherche du bien-être.
  • Condamne spécifiquement l'enlèvement et la détention arbitraire du diplomate bolivarien Alex Saab, par le gouvernement des États-Unis, alors qu'il effectuait un travail humanitaire à l'étranger, obtenant des médicaments et de la nourriture pour atténuer l'impact criminel des mesures coercitives unilatérales sur le peuple vénézuélien. Nous exigeons sa libération immédiate.
  • Rejette l'avancée de l'extrême droite en Europe, facilitée par la mise en place de politiques autoritaires, réactionnaires et patriarcales qui ont supprimé les droits sociaux et rendu la vie précaire à des millions de personnes à travers l'Europe.
  • Défend l'application de politiques socialement avancées qui empêchent les peuples d'Europe de continuer à subir les conséquences d'une crise qu'ils n'ont pas provoquée.
  • Se solidarise avec les efforts déployés par le gouvernement colombien du président Petro pour faire avancer un programme social et de transformation avec un nouveau cadre de travail en faveur de la classe ouvrière, une nouvelle conception de l'éducation qui garantit véritablement le droit à l'éducation et le progrès vers une éducation universelle et de qualité système de santé publique.
  • Considère comme un exemple de fermeté populaire la lutte du peuple bolivien pour récupérer la démocratie après le coup d'État fasciste qui a tenté de mener le pays à ses heures les plus sombres. Aujourd'hui la Bolivie avance dans l'amélioration de son économie avec équité et justice sociale, avec comme horizon la politique du "Vivir Bien". Elle émerge de ses racines indigènes originelles, se combine harmonieusement avec l'expérience et les paradigmes des travailleurs, et recherche la stabilité sociale avec de grandes réalisations dans la protection des droits humains des peuples indigènes et paysans et ceux de la Terre mère.
  • Considère avec joie et espoir le retour de Lula à la présidence du Brésil après avoir subi toutes sortes d'attaques, de manipulations, après le rejet populaire de la politique d'extrême droite de Bolsonaro qui ouvre la voie à une nouvelle étape de progrès au Brésil. Cela nous permet de concevoir cette victoire comme un exemple de combat et de défaite du fascisme par la persévérance dans le travail social, syndical et politique.
  • Se félicite de l'impulsion qui soutient la création de la CELAC sociale comme espace de représentation des peuples latino-américains et caribéens, et demande instamment qu'elle soit reconnue par l'UE et ses organisations comme contrepartie pour la création d'un espace social de bi-participation populaire régionale
  • Condamne la répression au Pérou qui a fait 69 morts, dont 49 tués avec des armes à usage militaire et policier. Nous rejetons la criminalisation de la protestation sociale et l'entrave au droit à la mobilisation pacifique. Nous réclamons que les crimes contre l'humanité soient portés devant la justice et la liberté des détenus. Nous dénonçons également que le gouvernement de Dina Boluarte ait autorisé la présence de troupes américaines dans le but d'intimider la population. Nous rejetons la déclaration du Congrès du Pérou contre les présidents Gustavo Petro, Manuel López Obrador et l'ancien président Evo Morales à la lumière de leurs évaluations justes de la situation politique et sociale péruvienne.

3) Exige le respect de l'autodétermination du peuple haïtien sans coups d'État promus par le Nord global, ni occupations militaires de son territoire comme celles qui se sont produites dans le cadre des opérations de la Force multinationale provisoire (FMP) et de la MINUSTA (Mission pour la stabilisation des Nations Unies pour Haïti, approuvé par le Conseil de sécurité de l'ONU et impliqué dans l'abus sexuel systématique de filles, garçons et femmes

4) Avec le principe de la solidarité active, nous affirmons : la libre circulation n'est pas seulement un droit inhérent à l'être humain. Elle a aussi un impact positif sur les sociétés d'accueil.

C'est pourquoi il est nécessaire de dénoncer et de rendre visible la violation des droits humains subie par les migrants et leurs familles, ainsi que la tragédie humanitaire sur les routes migratoires, vécue majoritairement par des femmes et des filles victimes des réseaux de traite d'êtres humains et victimes de la traite à des fins d'exploitation sexuelle. Il est impératif d'agir pour leur défense et leur protection. Ce Sommet affirme que le moment est venu pour les États du Nord et du Sud de reconnaître le double avantage de la migration et de mettre en œuvre des politiques en conséquence.

5) Constate avec inquiétude que les jeunes des deux continents sont touchés par le chômage, l'accroissement des écarts d'inégalités et les limites à leur développement personnel et professionnel. Inspirés par la force mobilisatrice de la jeunesse, nous plaidons pour que soient donnés aux jeunes les moyens d'assumer le rôle de transformer leurs réalités, d'accompagner leurs revendications et de garantir le respect de leurs droits sans aucune forme de discrimination et pour une plus grande justice sociale.

6) Constate qu'en dépit des progrès réalisés, le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les formes d'intolérance qui y sont associées persistent, ce qui a un impact négatif sur la jouissance de tous les droits humains des personnes d'ascendance africaine, en particulier les femmes et les mineurs qui sont victimes de discrimination intersectionnelle et multisectorielle. Il demande instamment l'adoption de lois et la mise en œuvre de politiques et de programmes qui garantissent la protection effective des personnes africaines et d'ascendance africaine victimes de discrimination raciale.

7) En préparant ce Sommet, nous avons réalisé un travail qui a abouti à deux jours de conférences, débats et ateliers, au cours desquels des expériences de lutte et de gouvernement ont été échangées, des alternatives aux problèmes qui affectent nos Peuples ont été définies et des projets ont été coordonnés. Cela nous amène à proclamer notre détermination à coopérer et à coordonner nos forces :
  • Elle propose de lutter en coordination pour construire un Ordre International Multipolaire basé sur des relations multilatérales, qui permettent le développement des principes et droits reconnus dans la Charte Fondatrice des Nations Unies.
  • Elle défend le droit de chaque Peuple à disposer librement de son avenir, sans ingérence extérieure, avec la capacité de mettre ses richesses et ses ressources naturelles au service de l'amélioration des conditions de vie de la majorité sociale qui souffre aujourd'hui de la faim, de maladies curables, et du manque de logement. En ces moments de crise alimentaire, nous revendiquons le développement de l'agriculture traditionnelle et le dialogue interscientifique pour parvenir à la sécurité alimentaire souveraine du monde.
Ce Sommet appelle les peuples du monde, les forces politiques de gauche, les progressistes et les mouvements sociaux et populaires d'Amérique latine et des Caraïbes, et en particulier la CELAC et l'ALBA, à assumer une solidarité claire et active avec la lutte contre le colonialisme et en faveur du droit inaliénable à l'autodétermination du peuple sahraoui et de son représentant légitime, le Front Polisario.

Dans le même sens, elle est solidaire de la lutte des peuples palestiniens pour la défense de leur droit à établir un État indépendant en application du droit international, et dénonce la répression qu'ils subissent de la part des forces d'occupation d'Israël.

Ce Sommet célèbre que le 7ème Sommet de la CELAC, qui s'est tenu à Buenos Aires en janvier 2023, ait ratifié "l'Amérique latine et les Caraïbes en tant que zone de paix", comme elle l'avait déjà reconnu à La Havane, au cours de son 2ème sommet qui avait eu lieu en 2014. Nous espérons que les pays qui composent l'UE suivront cet exemple, afin qu'ils puissent contribuer efficacement à la paix mondiale.

En ce moment de l'histoire, plein de conflits, nous revendiquons la défense de la culture de la Paix, comme fondement de la civilisation. Nous demandons instamment que ces conflits soient résolus par des moyens pacifiques et par des négociations diplomatiques. Nous soutenons les efforts promus par les présidents Lula et López Obrador, plusieurs présidents africains et le gouvernement chinois, pour mettre fin au conflit militaire en Ukraine. Dans cette défense de la solution négociée des conflits, nous soutenons les initiatives du président Petro en faveur d'une paix totale en Colombie, et nous reconnaissons le rôle de Cuba, du Mexique et du Venezuela en tant que garants du processus et des accords de paix en Colombie de 2016 .

8) Parallèlement à notre Sommet des peuples, s'est tenu le 3ème Sommet des chefs d'État et de gouvernement de la CELAC et de l'UE, qui a été présenté comme une opportunité pour approfondir les relations entre les deux régions à partir d'une autonomie stratégique.

Nous regrettons les tentatives de l'UE d'imposer des méthodes unilatérales, peu transparentes, contraires à l'esprit de respect, de dialogue et de coopération qui devrait prévaloir dans les relations bi-régionales. En tant que Sommet des Peuples, nous continuerons à faire pression pour dégager des espaces de rencontre bi-régionaux, construits sur un pied d'égalité, transparents, pleinement inclusifs, qui apportent de vraies solutions aux défis politiques, sociaux, environnementaux et économiques de nos peuples.

9) Nous sommes sûrs que ce Sommet servira d'impulsion aux luttes populaires, et avec cette Déclaration finale, nous appelons à l'établissement d'une feuille de route qui envisage de :
  • Soutenir le Tribunal international contre le blocus de Cuba, qui se tiendra les 16 et 17 novembre 2023. Il s'agit d'une action importante de mobilisation, de dénonciation et de revendication des peuples contre le blocus. Nous exigeons le retrait de Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme.
  • Impliquer toutes nos organisations dans les mobilisations qui sont appelées pour le 21 septembre, en défense de la Paix et de la Solidarité, contre la spirale belliciste et pour la dissolution des Blocs Militaires. Cela nous engage à continuer à travailler pour que l'Atlantique et la Méditerranée soient déclarées comme zones de paix, libres de bases militaires.
  • Promouvoir une campagne pour dénoncer les blocus et les mesures coercitives subis par de nombreux États du monde aux mains de l'impérialisme et, en particulier, ceux subis de manière particulière par Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, qui doivent cesser immédiatement. En ce sens, nous dénonçons l'utilisation du Parlement européen comme instrument au service de ces attaques.
  • Exiger la cessation des sanctions unilatérales, qui constituent une ingérence manifeste dans les affaires intérieures de ces États. L'UE ne peut pas être l'architecte ou la complice de ces actions illégales. C'et pourquoi nous proposons qu'elle agisse directement en son sein et dans toutes les institutions judiciaires et politiques internationales pour parvenir à son élimination.
  • Soutenir les luttes des femmes contre le Patriarcat pour la défense de la vie, la construction de sociétés justes et émancipatrices.
  • Soutenir la proposition présentée par le président bolivien Luis Arce Catacora que les États membres de l'ONU convoquent l'Assemblée de la Terre pour 2024, afin de préserver notre maison commune qu'est la Terre mère et discuter des conséquences du modèle de développement capitaliste qui a conduit à la destruction de notre planète, en promouvant la création du Mécanisme Intergouvernemental Permanent pour l'Eau à l'ONU qui garantisse le droit à l'eau potable et à l'assainissement en tant que droit humain essentiel pour nos peuples
  • Défendre des accords et des mesures qui contribuent à développer des relations commerciales, financières et économiques équitables, équilibrées sur la base du bénéfice mutuel et de la défense de la Terre Mère, de nature multilatérale, qui éradique définitivement le colonialisme qui a causé tant de dommages aux peuples latino-américains et Caraïbes.
  • Défendre la conservation, la revitalisation et la promotion des langues autochtones afin de préserver l'identité, l'histoire, la culture, les connaissances, les coutumes et les traditions de nos peuples dans le cadre de la Décennie internationale des langues autochtones, en soutenant les pratiques de médecine culturelle et ancestrale des peuples autochtones préservés par les peuples autochtones
  • Exhorter à la construction de plates-formes de communication à partir desquelles diffuser des informations réelles et véridiques qui brisent les manipulations et les blocages de l'information des médias au service de l'impérialisme.
  • Développer des mécanismes de communication et de coopération entre ceux d'entre nous qui participent à ce Sommet des Peuples afin de donner une continuité au travail et aux propositions de ce Sommet et de rendre nos luttes plus efficaces.
Ce Sommet des peuples latino-américains, caribéens et européens clôt ses travaux par l'appel à poursuivre les luttes populaires qui nous sont présentées dans les différents compte-rendus qui accompagnent cette Déclaration.

JUSQU'A LA VICTOIRE FINALE DES PEUPLES CONTRE L'IMPÉRIALISME.

Bruxelles 18 juillet 2023




dimanche 13 décembre 2020

Trois manières de sortir de la pandémie. Boaventura de Sousa Santos


Entretien avec Bernarda Llorente.
Source : Página 12

Le sociologue essayiste portugais Boaventura de Sousa Santos est un grand penseur actuel des mouvements sociaux, auteur d'une oeuvre très étendue dans lequel se détachent des titres comme "Une épistémiologie du Sud", "La Démocratie au bord du chaos : Essai contre l'autoflagellation" et "La fin de l'empire cognitif". Depuis plusieurs décennies, il cherche à radiographier la vie et les modes de subsistance des communautés les plus vulnérables. Son champ d'action l'a amené à s'intéresser aussi bien aux conditions de vie dans un camp de réfugiés en Europe, qu'aux formes d'organisation des communautés originaires d'Amazonie ou des quartiers populaires de Buenos Aires. 

Sousa Santos est né au Portugal, il y a 80 ans, dans la ville de Coïmbra, où il réside la moitié de l'année depuis qu'il a pris sa retraite du poste d'enseignant de la Faculté d'Economie. Il a obtenu un doctorat en sociologie de l'université de Yale, et il a donné des cours à la Faculté de Droit de l'Université du Wisconsin-Madison aux Etats-Unis, où il passe l'autre moitié de l'année. Dans ses textes, il déconstruit les concepts classiques des sciences sociales pour comprendre le monde et les revitalise avec l'objectif de construire des savoirs "qui donnent de la visibilité aux groupes historiquement opprimés". 

  • Quel futur pouvons-nous espérer après la pandémie ? Comment serons-nous capables de penser et de construire le monde post-pandémie ?
La pandémie a créé une telle incertitude, que les gouvernements, les citoyens, les sociologues et les épidémiologistes ne savent pas ce qui va se passer. Je viens de publier "Le futur commence maintenant : De la pandémie à l'utopie" où j'explique que cette pandémie marque le début du XXIème siècle. De la même façon que le XIXème siècle n'a pas commencé le 1er janvier 1800 mais en 1830 avec la révolution industrielle, ou que le XXème siècle a commencé en 1914 avec la première guerre mondiale et la révolution russe de 1917, pour moi, le XXIème siècle commence avec la pandémie, parce qu'elle s'inscrira comme une marque très forte dans toute la sociabilité de ce siècle. Et elle le sera parce que, malgré tous les vaccins qui existeront, le modèle de développement, de consommation et de production que nous avons créé, amène à ce qu'il ne soit pas possible pour le moment de pouvoir en sortir. 

Nous allons entrer dans une période de "pandémie intermittente", de confinement/déconfinement où le virus aura des mutations, où il y aura un vaccin efficace pour certains et d'autres non, où viendront d'autres virus. Le néo-extractivisme, qui est une exploitation de la nature sans aucun précédent, est en train de détruire les cycles vitaux de restauration. Et donc l'ensemble des milieux sont affectés par l'exploitation minière à ciel ouvert, l'agriculture industrielle brutale, les insecticides et pesticides, la pollution des fleuves, la disparition des forêts... Tout cela, avec le réchauffement global et la crise écologique, fait que les virus passent de plus en plus entre les animaux et les humains. Or, nous, humains, nous ne sommes pas préparés, nous n'avons pas d'immunité, nous ne savons pas comment l'affronter.

  • Y'a-t-il une conscience de la gravité ? Y'a-t-il des solutions ?
Je vois trois scénarios possibles et je ne sais pas ce qui arrivera finalement. Le premier scénario, c'est celui qui a été mis en circulation fondamentalement par des gouvernements de droite et d'extrême droite (du Royaume-Uni aux Etats-Unis, en passant par le Brésil) et qui affirme que cette pandémie est une grippe, que ce n'est pas grave, que ça va passer et que la société reviendra rapidement à la normalité. Bien sur que cette "normalité" est un enfer pour une grande partie de la population mondiale. C'est la normalité de la faim, des autres épidémies, de la pauvreté, des quartiers délabrés, du logement insalubre, des travailleurs de la rue, de la débrouille. C'est un scénario distopique, très préoccupant. Parce que cette "normalité" équivaut à revenir à des conditions de vie que les gens ne supportaient plus et remplissaient les rues de nombreux pays en criant "Basta" (Assez!).

L'autre scénario possible, c'est ce que j'appelle le guépardisme, en me référant au roman de Lampedusa de 1958. C'est l'idée que tout change pour tout continue, pareil. Les classes dominantes d'aujourd'hui sont plus attentives à la crise sociale et économique. Les pages éditoriales du Financial Times sont un bon exemple de ce deuxième scénario. Elles disent clairement que ça ne peut plus continuer. Qu'il faudra modérer un peu la destruction de la nature et changer quelque chose dans la matrice énergétique. C'est faire quelques concessions pour que rien ne change et que le capitalisme redevienne rentable. Et donc, la destruction de la nature continuera et la crise écologique sera peut-être retardée mais non résolue. L'Europe s'engage un peu dans ce scénario, où l'on parle de transition énergétique, mais il me semble que cela ne va pas résoudre les problèmes. Cela retardera peut-être le mécontentement, les protestations sociales, mais cela ne pourra pas solder la question pandémique.

Le troisième scénario est peut-être le moins probable, mais il représente aussi la grande opportunité que cette pandémie nous a donné. C'est la possibilité de penser d'une autre manière : un autre modèle de civilisation, différent de celui qui vient du XXVIIème siècle, qui s'est approfondi ces 40 dernières années avec le néolibéralisme. Avec le coronavirus, les secteurs privilégiés sont restés plus longtemps dans leurs maisons, avec leurs familles, ils ont découvert d'autres manières de vivre. Bien sur, cela n'a concerné qu'une minorité, le monde n'est pas cette classe moyenne qui peut respecter la distanciation physique, se laver les mains, porter des masques... La grande majorité ne peut pas. Voilà la grande opportunité pour commencer une transition vers un nouveau modèle de civilisation, parce qu'il est impossible de le faire d'un jour à l'autre. Et cette transition commencera là où il y aura le plus de consensus. Cela fait longtemps que ce modèle est complètement cassé, d'un point de vue social, éthique et politique. Il n'a pas de futur. C'est un changement social, de connaissances, politique et culturel. 

Difficile de savoir quel sera le scénario qui prendra le devant. Peut-être aurons-nous une combinaison des trois. Le premier scénario dans certaines parties du monde, le deuxième dans d'autres, et de plus grandes avancées dans certains pays. La politique du futur dépendra fondamentalement du scénario qui prévaudra. C'est le conflit vital des prochaines décennies.

  • Le modèle de la transition alimente l'espoir d'une société différente, mais elle présuppose aussi des reconstructions politiques différentes, en termes idéologiques et économiques, des modèles de développement, sociaux et culturels, différents. Quelles seraient les utopies face à autant de distopies ?
Ce que le néolibéralisme a créé de pire, c'est l'absence d'alternative. L'idée qu'avec la fin du socialisme soviétique et la chute du mur de Berlin, il ne reste que le capitalisme. Et même, le capitalisme le plus anti-social, qui est le néolibéralisme dominé par le capital financier. En Argentine, ils ont eu une expérience très douloureuse avec les fonds vautours. Nous avons vécu ces 40 ans dans un confinement pandémique et politique : enfermés dans le néolibéralisme. La pandémie nous ouvre une espérance de sortir du confinement. Elle nous oblige à nous confiner et en même temps, elle nous ouvre les portes à des alternatives. Parce qu'elle dévoile que ce modèle est complètement vicieux. Il y a un capitalisme corsaire qui a rendu plus millionnaires ceux qui l'étaient déjà. Le propriétaire de Zoom, que nous utilisons tant en ce moment, peut gagner 1500 millions de dollars en un mois, alors qu'avant le confinement, peu de gens le connaissait. C'est le cas aussi de Jeff Bezos, avec Amazon. La hausse des achats en ligne a fait de lui le premier trillionaire du monde. Aux Etats-Unis, lui et 7 autres hommes ont autant de richesse que les 160 millions les plus pauvres du pays, qui représentent la moitié de la population. 

Voilà ce qu'est cette concentration actuelle de la richesse, dans un capitalisme sans conscience éthique. Le mot qui me vient en ce moment, c'est "Vol". Il y a eu vol. Et les défauts de ce modèle obligent à changer la politique et cela nous donne une espérance. Ce qui est le plus terrible aujourd'hui c'est la distribution inégale de la peur et de l'espoir. Dans les quartiers du monde, les classes populaires ont surtout peur. Elles luttent, elles continuent à lutter, avec créativité. Par exemple, pendant la pandémie, elles ont protégé les communautés. Mais, abandonnées par les Etats dans la plus grande partie des pays, elles ont très peu d'espoir.

  • Vous parliez du poids qu'ont aujourd'hui les entreprises digitales qui sont devenues les plus grosses entreprises de la planète, et qui dépassent les dimensions économiques et le pouvoir de très nombreux pays. Les GAFA représentent-elles un changement dans la matrice du néolibéralisme actuel et futur ? Comment ce changement influe-t-il dans nos vies ?
Avant la pandémie, nous parlions tous déjà de la quatrième révolution industrielle, dominée par l'intelligence artificielle, la robotique et l'automotion. Avec les impressions 3D, la robotisation, l'énorme développement des technologies digitales, nous devenons chaque fois plus dépendants de ces changements technologiques. La question est de déterminer si ces technologies sont un bien public ou si elles appartiennent à quelques propriétaires. C'est le problème, maintenant. Il y a des systèmes publics, par exemple celui de l'ONU, que l'on empêche d'être offerts au monde. Les entreprises le refusent parce qu'elles souhaitent continuer à faire leurs affaires. Et elles ne sont que quelques unes... Google, Apple, Facebook et Amazon (GAFA) et Ali Baba en Chine. Ce sont les grandes compagnies technologiques qui dominent le monde aujourd'hui et qui n'acceptent pas d'être régulées par quiconque. En ce moment, par exemple, la discussion au Congrès des Etats-Unis est claire : Mark Zuckerberg a dit qu'il n'accepte pas d'être régulé. Et comme ces entreprises ont tant de pouvoir, elles prétendents avec arrogance s'autoréguler en accord avec leurs propres intérêts.

  • En même temps, leur pouvoir dépasse le champ économique et joue un rôle fondamental en politique. La désinformation et les fake news qui arrosent les réseaux sociaux collaborent dans la dégradation des piliers structurels des démocraties.
Oui, évidemment... Et en plus, il y a cette contradition... Dans de nombreuses partie du monde, par exemple au Brésil, au Royaume Uni avec le Brexit, au Parlement européen, les fake news et l'usage des technologies digitales pour produire de fausses nouvelles ont eu un rôle fondamental dans les résultats électoraux. Bolosonaro, par exemple, n'aurait jamais été président du Brésil sans elles. Twitter est-il intervenu à ce moment-là comme il le fait aujourd'hui avec Trump aux Etats-Unis ? Non, parce que le patron de Twitter n'était pas brésilien. Twitter est intervenu quand la démocratie des Etats-Unis était en jeu. Si c'était celle du Bangladesh, d'Afrique du Sud, ou du Portugla, pas d'importance... C'est la liberté d'internet. Mais si on est aux Etats-Unis, alors là non, là on va fermer le robinet. Contradiction éternelle. Bien sur que cela appelle à une régulation plus large des réseaux au niveau global, mais manifestement, nous sommes dans un autre paradigme, où il faut travailler avec ces technologies, et en même temps, lutter contre tout le système des fausses informations.

  • Est-il possible d'y arriver ? A partir de quels mécanismes ?
C'est toute la question. Nous partons vers cette transition déjà très usés, très appauvris politiquement, parce que la politique s'est beaucoup appauvrie ces dernières 40 ou 50 dernières années. Parce que la Politique, c'est construire des alternatives. A une époque, le socialisme et le capitalisme avaient des choses en commun, par exemple, leur relation avec la nature. Mais il y avait un choix. Or, avec la chute du mur de Berlin, nous sommes restés sans choix, et donc les politiques se sont confinés dans le capitalisme et sont devenus médiocres. La politique a cessé d'être intéressante, même pour les jeunes, et les gens ont pris largement leur distance par rapport à elle. Il y a peu, j'ai discuté avec des gens qui travaillent sur le logement au Brésil, ils sont intéressés par l'idée de donner une maison digne à la population des sans-toits, mais ils n'ont pas participé aux dernières élections municipales. Parce qu'ils disent "Bof, on va élire l'un ou l'autre, mais ça ne change rien", et c'est là qu'est le danger. Que les gens pensent que les changements politiques ne changent rien, que c'est une forme de guépardisme. La politique doit recommencer à se construire. Je pense qu'à partir de maintenant, ce qui devra différencier la gauche et la droite, ce sera la capacité, parmi les groupes politiques, à créer des alternatives face au capitalisme, les alternatives d'une société différente, qui peut avoir différentes nuances. Cela sera peut-être une société qui reviendra à la prise en compte des intérêts des paysans et des indigènes du continent. Une société qui aura une relation plus harmonique avec la nature. Le capitalisme ne peut pas avoir une relation harmonique avec la nature, parce que sa matrice est dans l'exploitation du travail et l'exploitation de la nature. Donc la gauche doit prendre une dimension paradigmatique de changement vers une autre civilisation, alors que la droite va par contre continuer à toujours gérer le présent conformément aux deux scénarios évoqués plus haut. C'est la différence majeure du futur.

  • Vous évoquez différents concepts qui pourraient aider à changer les formes de construction politique. Quitter l'idée de l'utopie d'un "tout" pour la remplacer par des utopies multiples et variées, en accord avec la diversité des réalités et des rêves. Comment faire pour diversifier, segmenter, construire différentes utopies, et en même temps, faire grandir un projet global, qui soit capable de les structurer, les améliorer, les unir ?
Pour moi, ce qui est crucial dans notre temps, c'est exactement cette asymétrie avec la domination qui n'est pas seulement capitaliste, mais aussi colonialiste et patriarcale. A mon avis, le capitalisme ne fonctionne pas sans racisme et sans sexisme. Par contre, la résistance n'est pas articulée, elle est fragmentée, c'est pour cela que de nombreux partis de gauche, avec une vocation anticapitaliste, ont été racistes et sexistes. Il y a même eu des mouvements féministes qui ont été racistes et pro-capitalistes. Et certains mouvements de libération anti-raciale ont été sexistes et pro-capitalistes. Le problème auquel nous faisons face, c'est une domination articulée et une résistance fragmentée. Nous n'irons pas de l'avant comme ça, parce que nous savons que l'intensification du modèle est ce qui aggrave la vie des gens, et qu'un mode de domination amène les autres. Au Brésil, quand s'intensifie la domination capitaliste avec Temer puis Bolsonaro, le génocide des jeunes noirs dans les périphéries des villes a augmenté de manière brutale. Et la violence domestique contre les femmes et le féminicide a augmenté. Et donc, la domination est particulière. Nous avons besoin de sujets politiques globaux, en plus des locaux, et en plus des nationaux. Cette articulation est possible parce que quand les mouvements -au Chili ou les Black Lives Matter par exemple- partent d'une demande, qu'elle soit féministe ou anti-raciale, 


. Así no vamos a salir adelante porque sabemos que la intensificación del modelo es lo que agrava la vida de la gente, de un modo de dominación que lleva a los otros. En Brasil cuando se intensifica la explotación capitalista, con Temer y después con Bolsonaro, se incrementó de una manera brutal el genocidio de los jóvenes negros en las periferias de las ciudades. Aumentó la violencia doméstica en contra de las mujeres y el feminicidio. O sea, la dominación es particular. Necesitamos de sujetos políticos globales además de los locales, y además de los nacionales. Esta articulación es posible porque cuando los movimientos -Chile o los Black Lives Matter por ejemplo- parten de una demanda, sea feminista o anti-racial, al mismo tiempo, cuando ganan importancia, traen las otras demandas, el hambre o de la desigualdad social. Hoy el movimiento Black Lives Matter tiene una dimensión feminista también, y obviamente de oposición a este modelo capitalista tan desigual e injusto. Yo pienso que tiene que haber un cambio. En la dimensión local hay que volver a las barriadas. Hoy son los pastores evangélicos quienes hablan con la gente y les dicen que hay que votar a la derecha. Por eso pienso que no es solo la organización, sino tambien la cultura politica la que necesita cambios. --¿Qué prácticas y estrategias deberían modificar o reforzar los partidos y los movimientos sociales frente a esta nueva etapa? ¿Están preparados para el cambio? --¿Si me preguntan si los partidos opositores tienen ese perfil hoy? No, no lo tienen. Deben cambiar. Los partidos de izquierda se acostumbraron a esta dialéctica oposición-gobierno, ¿no? Y durante 40 años esa dinámica no tuvo alternativa civilizatoria, no se pudo pensar nada más allá del capitalismo. Independientemente del perfil ideológico de los gobiernos, hasta marzo las primeras páginas de los periódicos eran ocupadas por los economistas y las finanzas. Ahora con la pandemia son los médicos, los epidemiólogos, los virólogos. La pandemia nos obligó a cambiar. Entonces, creo que hay que ver otro modo de hacer política y otra manera de gerenciar la política. Yo pienso que parte de las izquierdas deben acostumbrarse a ser oposición para luego saber reconstruir. Tienen que ayudar a mejorar la vida de la gente. Pero las instituciones actualmente no permiten eso, porque tenemos todo un entorno global que no te deja, por ejemplo el capitalismo financiero. Entonces tendremos que encontrar otra forma de gobierno y hay que empezar a pensar en esa dimensión global. Conversación entre la socióloga Silvia Rivera Cusicanqui y el director del proyecto ALICE, Boaventura de Sousa Santos. ¿Y cuál sería el rol de las oposiciones? ¿Cómo construirse desde otras lógicas? --La política de gobierno es una parte de la política: fuera de eso tienes que tener otra política que es extra institucional, que no está en las instituciones sino en la formación de la gente, en la educación, en las calles, en las protestas pacíficas. Miren lo que está pasando en Chile antes de esta pandemia; fueron las mujeres, sobre todo, y los movimientos sociales. Ellos tuvieron un papel fundamental para traer a las calles cosas que la política misma no estaba dispuesta a hacer. Los partidos de izquierda, por increíble que parezca, no habían incluido en sus proyectos la causa mapuche cuando los mapuches habían sufrido con huelgas y asesinatos, y habían sido la oposición a los gobiernos de Chile. Y todavía están abandonados. Es necesario una protesta y un movimiento popular constituyente, donde las mujeres tengan un papel muy importante para tener en la política una gestión plurinacional. Los partidos son importantes pero los movimientos son igual de importantes. Tiene que haber una relación mas horizontal entre ambos. --¿La protesta, la calle, sigue siendo una de las principales herramientas de visibilización y resonancia política? --Las comunidades siguen teniendo una gran creatividad y esto forma parte de un movimiento de izquierda reconstruida, más abierta a toda esta creatividad comunitaria. No son simplemente las calles y las plazas, es la vivencia comunitaria que tendremos que intensificar. Porque las calles no son un emporio de las izquierdas, en esta década vamos a ver calles llenas de gente de extrema derecha. Yo vi a la extrema derecha entrar en las manifestaciones en Brasil. Las consignas de la izquierda, aprovechadas por la extrema derecha, y después dominando toda la protesta. Aquí en Europa sabemos muy bien eso, los Estados Unidos hoy, la gente contra Biden que no es propiamente de izquierda, y por otro lado los Prat Boys de la extrema derecha organizada y militarizada que ocupa las calles, y que va a hacer la política extraconstitucional, de las calles, de las protestas. --En Argentina se ha hablado mucho de "la grieta" como si fuera un fenómeno "nacional", único. Cuando se mira al mundo la polarización, sin embargo, parece ser el signo de estos tiempos. ¿Cómo afecta esta situación el funcionamiento de la democracia? --A mi juicio, durante mucho tiempo la teoría democrática, la idea más valiente, más segura, era que las democracias se sostienen en una clase media fuerte. Claro que yo, estando en Portugal, trabajando en África y en América Latina, no veía clases medias fuertes, lo que realmente veía era desigualdad social. Siempre me sentí como un demócrata radical, o sea, la democracia es mala porque es poca. Hay que ampliar la democracia en las calles, en las familias, en las fábricas, en la vida universitaria, en la educación. Entonces esta idea de que la polarización es contraria a la democracia, me parece que es cada vez más evidente cuando hablamos de democracia liberal. Sólo tiene sentido, o se refuerza, con una democracia participativa, con otras formas de participación de la gente que no sean democracias electorales, porque si son solo democracias electorales van a seguir eligiendo anti demócratas como Trump, Bolsonaro, Iván Duque, como tantos otros. Por eso la democracia muere democráticamente, por elección, por vía electoral. Hitler ganó dos elecciones en 1932, antes de su golpe. Creo que hay que fortalecer esa democracia con democracias participativas. La polarización, la desigualdad, provienen de esta polarización de la riqueza sin precedentes que hoy tenemos. A mayor desigualdad en la vida económica y social, más racismo, más discriminación y más sexismo. Entonces estamos en una sociedad en retroceso a nivel mundial, en retroceso reaccionario, donde el capitalismo es cada vez más desigual, más racista y más sexista. Esta es la realidad que tenemos hoy. --¿Como sería la forma de avanzar hacia una mayor participación, imprescindible para recomponer las democracias, con la exclusión social que arroja un modelo tan concentrado y desigual? --Tenemos que pensar en la transición. Y hoy debemos contar con políticas sociales, romper con el neoliberalismo, y para eso es necesario una reforma fiscal. Es inaceptable que los pobres y la clase media paguen 40% de impuestos, y los ricos el 1%. Que Trump haya erogado de impuestos federales 765 dólares, es impensable. Tiene que haber una reforma fiscal para dar políticas de educación, de salud. La otra cuestión es política, necesitamos una reforma constituyente. Las constituciones que tenemos congelaron una sociedad segmentada, no solo desde un punto de vista capitalista sino también racista y sexista. Tenemos que refundar el Estado. Los únicos países que tuvieron reforma política fueron Bolivia y Ecuador, e igual fracasaron. La misma idea fracasa muchas veces antes de tener éxito, antes de hacer historia. Los derechos de la madre Tierra, por ejemplo, no tuvo muchos resultados en Ecuador, pero veamos lo que pasó en Nueva Zelanda. Jacinda Arden, la primera ministra, una mujer fabulosa, la líder mundial en este momento después del Papa diría yo, esta señora promulgó una ley sobre los derechos humanos del río sagrado de los indígenas, y no fue simplemente eso, ha dado plata para regenerar, revitalizar los ciclos vitales del río. Es una revolución que no logró efecto en Ecuador, en Bolivia, en Colombia, como sí en Nueva Zelanda. Debemos articular los conflictos sociales con esa idea de Naturaleza porque esta es territorio, cultura, memoria, pasado, espíritu, conocimiento, incluso sentimiento paisaje". Pienso que las constituyentes van a ser un marco del futuro para deslegitimar el neoliberalismo y volver a la soberanía popular que va a permitir la soberanía alimentaria, que muchos países no tienen hoy. soberanía industrial, ¿cómo es posible que los Estados Unidos no produzcan mascarillas ni guantes, ni respiradores? Por eso, ¿es un país desarrollado? No sé. Sudáfrica ha defendido mejor la vida de la gente que los Estados Unidos. --El gobierno de Alberto Fernández comenzó en diciembre y tres meses más tarde debió enfrentar la pandemia, a la que se sumó la herencia de un país endeudado y una economía destruida. ¿Qué nos recomendaría a los argentinos, a los latinoamericanos, en este momento? --Yo soy un intelectual de retaguardia, no de vanguardia. No doy consejos: mi solidaridad, que es grande, es conversar con la gente. Yo pienso que es un continente en el que siempre ha habido una creatividad política enorme, y estas experiencias han dejado cosas muy interesantes. He hablado de Chile, también Bolivia, las elecciones ahora en Brasil. Alberto Fernández es un caso muy interesante y los describe mi último libro, porque es el único presidente que llega al poder y después viene la pandemia. Viene con un programa, pero el programa se vuelve la pandemia. Alberto Fernández tuvo un coraje enorme para enfrentarla. Un gran problema es la herencia brutal de neoliberalismo, de destrucción del Estado, de las políticas sociales, de la economía. Esa herencia es brutal y lleva tiempo la reconstrucción. Además, es una sociedad muy movilizada, con movimientos sociales y populares fuertes, el de mujeres es fortísimo y en estos días se expresa en la lucha por el aborto legal. Hay toda una sociedad muy creativa, y eso se nota. Esta es una gran oportunidad para repensar un poco la política y para volver a una articulación continental; yo pienso que la idea de matriz de articulación regional, como el ALCA, o UNASUR, fueron muy interesantes. Esta semana mirá lo que China y los países asiáticos están haciendo: el más grande conjunto de libre comercio, de articulación económica. Sin los Estados Unidos, y sin Europa; es mucho más grande que cualquier acuerdo europeo, mucho más grande que el tratado entre Estados Unidos, México y Canadá. Entonces, ¿por qué no entender que el continente no es el patio trasero de los Estados Unidos? Y tiene que tener más autonomía, porque son todos de desarrollo intermedio, de mucha población. Hay que reinventar y en este momento, sobre todo, hay que hacer una autocrítica. A las personas de izquierda no les gusta, porque viene de la época de Stalin, pero la autocrítica es la auto reflexión, es repensar las izquierdas. América Latina: el patio trasero Para entender los procesos políticos latinoamericanos, Boaventura de Sousa Santos pone la lupa en las asimetrías, en lo cultural. Estudia las democracias tribales, mira las economías urbanas, critica los sistemas educativos, se enfoca en lo múltiple, lo pluricultural. Sostiene que el Estado tiene que ser refundado porque esta democracia liberal ha llegado a su límite. Dice que las izquierdas del Norte global sean eurocéntricas no es novedad, pero que las izquierdas del sur sean racistas con los pueblos indígenas y afrodescendientes, es producto de la exclusión que produjo el capitalismo, el colonialismo y el patriarcado. --¿Cómo deberían plasmarse estos cambios en América Latina, la cual aparece como una Región en disputa? --Es esperanzador lo que está ocurriendo y nos tiene que llevar a reflexionar. Por ejemplo, el caso de Bolivia, es el único país que tiene la mayoría indígena del continente, 60% de la población. Yo pienso que los occidentales de izquierda, nosotros los blancos de izquierda, intelectuales, no entendemos los pueblos indígenas. Hay que ser muy humildes, porque no tenemos conceptos. Cuando ganó el MAS de nuevo, la sorpresa fue enorme, porque no imaginaban que los indígenas volverían tan rápido al gobierno. Porque no entienden el alma indígena. Después de la salida de Evo reconstruyeron el MAS, los liderazgos, se animaron de otra manera, con otra gente. --¿Hubo reflexión? ¿Hubo aprendizaje? --Estamos repensando todo y las cosas están cambiando. El contexto internacional de esos años hasta el 2014 permitió que en algunos países de América Latina como Brasil o Argentina la gente fuera menos pobre, sin que los ricos dejaran de enriquecerse. Hubo políticas de redistribución por parte de los gobiernos populares pero el ciclo de las comodities cambió y los modelos entraron en crisis. Cualquiera que hayan sido los errores cometidos en los procesos populares, sabemos que no pueden repetirse. Porque los precios de los commodities no están como estaban, porque las condiciones son muy distintas, y porque hay una deslegitimación de todo el modelo neoextractivista. La agricultura industrial tiene que disminuir, puede ser una transición, pero debe lograrse; si no diversificamos la economía, es un desastre. Eso ya lo sabemos. Me parece que ahora estamos en un punto de repensar las cosas. Con Alberto Fernández en Argentina, AMLO en México, son las dos esperanzas. AMLO es un poco más complejo que Alberto, a mi juicio. Tenemos bastantes avances en Chile, y la corriente para iniciar el proceso constituyente, que va a ser muy conflictiva de aquí en adelante. Entonces me parece que las cosas están cambiando, y que de alguna manera en América Latina se están dando respuestas porque la gente está, los movimientos sociales siguen luchando, aunque sea en pésimas condiciones como en Colombia.

mercredi 27 décembre 2017

Evo Morales Ayma : Le temps s'achève pour nous


Discours de Evo Morales Ayma, 
Président de l'Etat Plurinational de Bolivie
Source : http://www.cancilleria.gob.bo/webmre/node/2361

Paris, 12 décembre 2017

Frères et soeurs de la presse,

Nous sommes à Paris en réponse à l'invitation du président Emmanuel Macron, du Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Gutierrez et d'autres organismes internationaux. Je profite de cette opportunité pour faire connaitre la position bolivienne sur ce Sommet de la Planète, qui représente un sommet pour la vie, pour l'humanité. Je salue le grand effort du président français qui, au nom de la France, au nom de la vie, nous a appelé, nous les présidents, les organismes internationaux, les experts qui étudient la vie, et particulièrement le futur des générations à venir.

Le temps s'achève pour nous. Alors que nous parlons, ouragans, tremblements de terres, inondations, sécheresses, pollution de l'air, pollution de nos océans et extinction des espèces qui en découlent, sont les conséquences directes du système actuel de production, de consommation et d'industrialisation sans mesure.

Frères et soeurs, le temps s'achève pour nous. Les 5 dernières années ont été les plus chaudes enregistrées dans l'histoire. Les concentrations de gaz à effet de serre continuent à augmenter. Le niveau de la mer continue à monter, les lagunes, les fleuves et leurs affluents sont en train de sécher. Au niveau global, la chaleur des océans atteint une température record.

La glace des deux pôles de la planète est en dessous de sa taille moyenne et nos cordillères perdent leurs couvertures blanches. Le temps s'achève pour nous. Les phénomènes extrêmes sont devenus le plus grand risque pour l'humanité en matière de santé, d'accès à l'eau et aux services de base.

Cette situation aggrave considérablement la crise humanitaire que vit l'Afrique et le Moyen Orient. Dans ma région, l'Amérique Latine et des Caraïbes, les derniers ouragans qui se sont abattus sur la Dominique, Antigua et Barbuda ont provoqué des dégâts qui atteignent 1.100 millions de dollars.

Nous devons attaquer les causes structurelles du changement climatique. Démonter le système de production qui ne se développe pas en harmonie avec la nature, modifier les modèles et la culture de la consommation sans fin, rénover notre relation avec la Mère Terre, en reconnaissant et en respectant ses droits.

Les pays qui ont plus de responsabilité historique sur les dommages à la Mère Terre doivent assumer un plus grand engagement réel et réaliser de plus gros apports.

Nous, les pays du Sud, qui étions avant des colonies et dont les ressources naturelles sont encore exploitées sans une juste rétribution, nous sommes ceux qui souffrons le plus des effets du changement climatique. Par ailleurs, nous sommes les pays qui apportons le plus en matière de réduction des gaz à effet de serre.

La Bolivie génère à peine 0.1% des gaz à effet de serre. Avec les arbres de notre Amazonie, nous capturons et nous nettoyons 2% mondial du dioxyde de carbone polluant. C'est à dire que nous apportons au monde 2% de l'oxygène de notre planète. Nous avons une équation environnementale positive, parce que nous émettons peu de gaz à effet de serre et que nous nettoyons ces gaz. Ainsi nous apportons au monde 20 fois plus d'oxygène que ce que nous polluons.

Pourtant, notre population souffre des terribles sécheresses ou inondations qui affectent sa vie quotidienne. Malgré ces difficultés, la Bolivie a investi ces dernières années plus de 1.600 millions de dollars en projets d'accès à l'eau, accomplissant ainsi les objectifs du millénaire. De plus, nous investissons maintenant 2.600 millions de dollars en diversification de nos sources d'énergie électrique avec des sources d'énergie alternatives et renouvelables.

Frères et soeurs de la presse,

Nous, les pays du Sud, nous sommes les gardiens de la Convention sur le Changement Climatique. Deux ans après la célébration de l'Accord de Paris, nous sommes à nouveau réunis, et nous débattons à nouveau sur les mêmes problèmes de blocage des financements pour une lutte efficace contre le changement climatique.

Si les pays développés ne respectent pas l'engagement de garantir les provisions pour le financement, le transfert de technologies et le développement des capacités, nous ne pourrons pas atteindre nos objectifs. Les pays industrialisés se sont engagés à faire une contribution annuelle de 100.000 millions de dollars pour ce que l'on appelle le financement climatique. Mais en deux ans, il n'y a eu l'assignation que de 10% de cette somme. 

Nous voyons avec une grande préoccupation que l'on envisage de transférer cette responsabilité au secteur privé. C'est une erreur historique gravissime. La privatisation de cette responsabilité apportera des conséquences irréversibles.

Frères et soeurs de la presse,

La privatisation est synonyme de capitalisme. On ne peut pas résoudre, avec plus de capitalisme, la crise provoquée par le capitalisme. Prétendre que ce système résolve la crise du changement climatique, c'est comme prétendre donner la responsabilité au renard de veiller sur le poulailler.

Certaines données nous montrent que, uniquement pour atténuer les effets du changement climatique, on doit investir environ 3% du PIB mondial, ce sont des données des Nations Unies. Le financement pour l'adaptation, l'atténuation, la technologie, les forêts, devrait être de 6% du produit national brut des pays développés.

Lamentablement, on dépense plus pour la guerre que pour combattre le changement climatique et ses conséquences. Un exemple clair de tout cela est ce qui arrive avec le principal pollueur de l'histoire de la planète : Les Etats-Unis. Il abandonne l'accord de Paris, méprise la communauté internationale et sa priorité, c'est la guerre, les interventions. Sa dépense militaire pour 2018 arrivera presque à 700 000 millions de dollars.

En tournant le dos à l'accord de Paris et en utilisant tant de ressources pour la guerre, les Etats-Unis ne sont pas seulement en train de construire des murs physiques entre frères, ils construisent le pire des murs dans le monde entier : le mur entre la vie et la mort, le mur qui peut priver nos générations futures de leur droit à la vie. Les Etats-Unis sont la principale menace contre la famille humaine et contre la Mère Terre.

Frères et Soeurs,
C'est pour toutes ces raisons et beaucoup d'autres que nous suggérons les tâches urgentes suivantes, ce sont nos 10 propositions pour cette conférence :

  1. Reconnaître et respecter les droits de la Mère Terre, son droit à exister et à être respectée intégralement, à maintenir ses cycles vitaux et ses processus évolutifs, à la génération, à la restauration et à la protection de ses structures génétiques.
  2. La création du Tribunal de Justice Climatique, contraignant, pour qu'il juge et sanctionne les responsables du dommage climatique.
  3. Reconnaître et solder la dette climatique historique des pays industrialisés envers la planète à cause de la sur-exploitation des ressources naturelles.
  4. Reconnaître les services basiques comme des droits humains : l'eau et l'énergie ne doivent pas être un commerce privé, mais un service public.
  5. Les ressources de la guerre doivent être re-dirigées et utilisées pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, elles doivent servir à faire face aux graves conséquences des catastrophes climatiques.
  6. Construire un nouvel ordre économique financier mondial, où les relations soient basées sur la complémentarité et la solidarité, et non sur le profit, l'individualisme et l'exploitation.
  7. La reconnaissance des droits des peuples du monde à accéder à égalité de conditions aux avancées de la science et de la technologie.
  8. Nous devons récupérer les savoirs ancestraux des Peuples indigènes pour vivre en harmonie avec la nature.
  9. Nous devons construire une nouveau paradigme de production, de consommation, de développement et de lien avec la Mère Terre : C'est le "Bien Vivre".
  10. Au niveau politique international, notre devoir est de défendre le multilatéralisme, l'égalité, la souveraineté des Peuples, et notre droit à la Paix, la Paix avec justice sociale, avec la dignité et la souveraineté des peuples.
Frères de la presse,

Le temps s'achève pour nous. Si nous voulons remporter ce défi global, notre lutte doit être contre le capitalisme, contre le colonialisme et contre l'impérialisme. L'être humain ne peut pas vivre sans la Mère Terre mais la Mère Terre peut mieux exister sans l'être humain.

Voici notre proposition pour cette conférence sur la planète convoquée par le président de France.
Merci beaucoup.

Paris 12 décembre 2017
Traduction : CM




lundi 30 octobre 2017

L'oligarchie n'accepte rien de ce qui menace la dictature du capital


Entretien avec Carlos A. Lozano Guillén, directeur de VOZ 
Une analyse de la réalité colombienne  

Source : Rédaction politique de VOZ

Carlos A. Lozano Guillén est le directeur de VOZ et un analyste reconnu sur le thème de la paix. La preuve en est qu'il a écrit sept ouvrages sur ce sujet à différentes époques. Pour www.semanario voz.com, nous avons voulu connaître ses opinions sur les difficultés rencontrées pour l'application de l'Accord de La Havane et leurs perspectives de dépassement, au milieu des contradictions avec les ennemis de la paix, des fragilités du gouvernement de Santos, de la campagne électorale et la recherche d'une solution démocratique de la crise.

Question : Certains analystes, de droite comme de gauche, considèrent que le processus de paix traverse une crise difficile à résoudre. Suite à la décision de la Cour Constitutionnelle qui donne un feu vert aux modifications des projets par les congressistes, feu vert que ces derniers ont pris très au sérieux, on assiste à une crise de confiance, une crise du respect des engagements, une crise de l'application, en raison de la résistance du Congrès de la République à voter les lois et les actes législatifs qui mettent en oeuvre l'Accord de La Havane. Quelle est votre opinion ?

Réponse : Prenons les choses une par une. Il y a une crise dans le processus d'application de l'Accord de La Havane. Il est l'objet d'une espèce de renégociation dans certains cas et aussi de changement arbitraire, tant de la part du gouvernement et des agents de l'Etat que des congressistes, dont ceux qui sont dans la coalition gouvernementale. C'est, pour le Gouvernement, l'Etat et les partis de la coalition officialiste, sans doute pour des raisons différentes, une manière de poser un lapin à l'Accord avec les FARC-EP. Quelles qu'en soient les raisons, c'est un acte de trahison, un manque de parole. Les FARC-EP, par contre, ont respecté au pied de la lettre les engagements des accords pactés à La Havane - et qui les obligent. C'est la différence.

La panique de l'oligarchie face aux réformes

Au fond, ce que nous avons toujours expliqué est ratifié. J'ai dit à de multiples reprises dans de nombreuses analyses sur les processus de paix, et en faisant des comparaisons avec les précédents, que l'oligarchie colombienne, toute sans exception, a une peur panique des changements, des réformes démocratiques. Pour préserver le pouvoir sempiternel qu'ils ont maintenu grâce à la violence et la terreur, ils savent que leur pire ennemi est la démocratie, le régime des libertés et des garanties. C'est pourquoi les processus antérieurs ont échoué et c'est à cause de cela que la mise en oeuvre de l'Accord de la Havane est en crise. La clef de la classe dominante bourgeoise pour se maintenir au pouvoir a été la violence, la précarité démocratique et donc, ils n'ont aucun intérêt aux changements, aussi minimes soient-ils. Il y a parmi eux un secteur réaliste qui a compris la nécessité d'une ouverture limitée et c'est de là que viennent les tentatives de paix dialoguée et le succès de La Havane, mais ils cèdent aux pressions, ils font des concessions à l'ultradroite militariste et guérrière.

Les FARC ont respecté leur parole et ils ont mis fin à la lutte armée : ils ont laissé les armes et ils ont fait le passage à un parti sans armes, c'était ce qui intéressait Santos, Uribe Vélez, Vargas Lleras, Martínez Neira, et tous ceux qui détiennent le pouvoir et aspirent à maintenir le statu quo. Les changements qu'ils permettent sont ceux qui ne mettent pas en danger leur pouvoir politique et économique. C'est ce que Santos a appliqué pendant la négociation... Pas question de discuter le modèle économique, la propriété privée, la "confiance des investisseurs", etc... Rien de ce qui menace la dictature du capital.

Des contradictions dans le bloc dominant

Q : Mais il y a des contradictions entre eux...

R :  Bien sur qu'il y en a. On pourrait appeler ça les contradictions du bloc hégémonique au pouvoir, ou bloc dominant. Et elles s'expriment de différentes manières. Alors que Santos, par exemple, veut la réconciliation parce que la paix est son drapeau et que la paix n'a pas de sens sans réconciliation, l'extrême droite, elle, revendique la victoire militaire, prône la vengeance, les représailles et promeut la violence. Elle veut voir Timoleón et tous les anciens membres du Secrétariat des FARC en prison et extradés aux Etats-Unis. Mais en plus, ceux qui sont les plus compromis dans la guerre sale, le terrorisme d'Etat, la violence contre le mouvement populaire, la promotion du paramilitarisme et le génocide, ont peur de la justice transitionnelle et de la Juridiction Spéciale de Paix, la célèbre JEP, car il se pourrait qu'ils aient à y répondre de leurs atrocités. Ce sont les politiciens traditionnels, les chefs d'entreprise, grands propriétaires, éleveurs, commerçants qui ont protégé les crimes, les ont financé et l'ont fait en toute impunité. Celui qui a carte blanche, c'est l'ex-président Uribe Vélez qui a commis toute une série d'irrégularités et de délits et qui a été couvert par la Commission des Accusations de la Chambre des Représentants (Commission des Absolutions, dit-on). Mais il tombera. Que ce soit à la Cour Pénale Internationale ou quand existera une véritable justice dans le pays. Je partage la proposition de Roy Barreras, sénateur officialiste qui, face à l'offensive réactionnaire du Congrès, affirme que la meilleure voie est la convocation d'une Assemblée Nationale Constituante à moyen terme.

Un polititien réaliste mais avec un jeu double

Q : Ce que vous avez dit de Santos le met dans le camp des gentils ?

R : On ne peut pas dire ça comme ça. Santos est un politique réaliste, mais il joue aussi un double jeu. Au gouvernement, ils sont en train de reformuler parties des accords. Sa position est ambigüe, il fait des concessions à l'extrême droite. Il y a des ennemis de la paix à l'intérieur du Gouvernement et de l'Etat, et il n'agit pas contre eux. Il ne respecte pas non plus les pactes sociaux avec les communautés et cela fragilise les accords de paix, il y a une profonde insatisfaction populaire dans le pays. Regardez tout le jeu qu'il a donné à Vargas Lleras, cet affairiste en politique qui a monté sa campagne présidentielle avec des fonds publics et qui est à la tête du parti Cambio Radical, un des partis les plus infestés de parapolitique et de corruption. C'est pour ça qu'il craint tant la JEP. Il a fait un clin d'oeil à Néstor Humberto Martínez Neira pour qu'il soit Procureur Général de la Nation et regardez le rôle néfaste qu'il joue comme saboteur de la paix. Rodrigo Lara, le président de la Chambre, est un provocateur contre les accords de paix, son père Rodrigo Lara Bonilla, un homme extraordinaire, un démocrate, fondateur du Comité Permanent des Droits Humains, doit se retourner rageusement dans sa tombe en voyant son fils parrainer la guerre et soutenir les paramilitaires qui l'ont assassiné. Quelle horreur !

Camarades, il ne faut pas oublier que Santos a été le ministre de la défense d'Uribe Vélez, que pendant son mandat, il a fait l'attaque en Equateur pour assassiner Raúl Reyes, qu'il y a eu les faux positifs, et qu'il a soutenu les actions contre les facilitateurs de paix. Tout cela compte à l'heure de faire des bilans. Ne nous trompons pas. Il n'est pas correct, par exemple, de proposer des alliances électorales avec lui pour défendre l'Accord de La Havane, comme le proposent certains à gauche. L'assassinat d'Alfonso Cano a été un acte de trahison, alors qu'il était le principal interlocuteur pour établir les dialogues avec les FARC, il n'a pas hésité à ordonner son exécution. L'histoire n'est pas capricieuse, elle est têtue. Elle est vraie quand on raconte ou on écrit bien.

Le pays est ébranlé par les explosions sociales. La réponse qui y est donnée est au refus de les résoudre et la répression aux mains des criminels de l'ESMAD que le Gouvernement ne veut pas dissoudre malgré les exigences des organismes humanitaires nationaux et internationaux. On agit pas non plus contre le paramilitarisme et ses complices qui baignent de sang la géographie nationale. Dans le camp de la gauche et du mouvement populaire, il y a trop de morts et pourtant les sphères officielles continuent à nier l'existence du paramilitarisme et la vague systémique de violence. Il s'agit d'un plan d'extermination qui a le soutien des secteurs militaristes et d'espionnage de l'Etat. Et Santos n'agit pas. Je ne dis pas qu'il est engagé dedans, mais seulement qu'il n'agit pas en conséquence. Une partie des chefs de l'armée conspirent contre la paix. Ne nous y trompons pas.

Ce n'est pas l'hécatombe

Q : Et donc, que faire ? Quel chemin emprunter ?

R : D'abord, il faut dire que la situation est grave, délicate, mais que ce n'est pas non plus l'hécatombe. Nous ne sommes pas au fond du trou, sans solution. Quelquefois, on entend des discours catastrophiques, apocalyptiques. Comme s'il n'y avait plus de solutions. Cette conduite est erronée parce qu'elle engendre de la panique chez les gens et du pessimisme, elle paralyse la mobilisation et la réponse populaire. Au contraire, l'ensemble de la gauche et des organisations sociales d'avant-garde sont en train d'agir, en train de promouvoir la résistance populaire et la dénonciation internationale de ce qui se passe dans le pays. La grève du Sommet Agraire est exemplaire. Les mobilisations dans plusieurs régions aussi. La grève des pilotes, des fonctionnaires de la DIAN, les déclarations de la USO et l'appel à une grève générale nationale en défense des Accords de la Havane et de la vie, nous montrent le chemin à suivre. Nous ne pouvons pas être dans l'expectative, il faut agir, lutter. La meilleure tranchée, c'est la lutte et la résistance des masses.

Il y a d'autres initiatives qui avancent comme le référendum révocatoire du maire de Bogotá, Enrique Peñalosa, il y a aussi celles en provenance des organisations sociales et syndicales qui sont réunies quasiment en session permanente, et qui mûrissent les conditions d'une grêve nationale qui est inévitable. Il y a un bon état d'esprit dans le secteur social et populaire, et c'est important, car cela représente la présence de la majorité de la gauche.

Q : Il y a aussi le dialogue avec l'ELN...

R : Oui, l'observation est pertinente. Le dialogue avec l'ELN est en train de se développer et il est en bonne voie, avec un cessez-le-feu bilatéral qui court jusqu'au mois de janvier, avec des possibilités de prolongement. Il faut le défendre. La consigne n'est pas seulement de défendre l'Accord de La Havane, mais aussi le dialogue avec l'ELN en Equateur, il doit être maintenu et continuer. La réunion récente de la direction du parti FARC avec les délégués de l'ELN à la table de Quito est très importante. Le non-respect des accords de La Havane par le Gouvernement n'est pas un bon message, il ne donne pas confiance à la guérrilla de l'ELN. C'est le chef négociateur du Gouvernement, Juan Camilo Restrepo, qui l'a lui-même reconnu il y a quelques jours, dans un entretien qu'il m'a accordé pour Telesur.

Le processus électoral

Q. Le processus de mise en oeuvre de l'Accord a lieu pendant la campagne électorale, cela n'exacerbe-t-il pas encore plus l'état d'esprit de l'extrême droite et des ennemis de la paix ?

R : Oui, bien sur. L'extrême droite uribiste, toujours aussi arrogante, annonce qu'elle mettra en miettes l'Accord de La Havane et qu'elle interrompera les dialogues avec l'ELN. C'est la politique de la terre brulée, de la guerre totale. Et c'est ce que nous devons prendre en compte pour élaborer la tactique électorale de la gauche.

L'Accord Final de La Havane n'a pas seulement mis un point final au conflit armé de plus d'un demi siècle, il a aussi ouvert d'énormes perspectives d'avancées en matière de réformes démocratiques et sociales. L'ouverture démocratique, c'est ni plus ni moins pour dépasser définitivement les causes du conflit.  C'est une réalité. C'est pourquoi le chemin dans la campagne électorale et au delà, c'est de forger un front large de forces alternatives pour défendre ce qui a été conquis et agir, à travers un programme commun, avec l'ambition de prendre le pouvoir, pour vaincre le bloc hégémonique de la droite et bloquer la route de l'extrême droite délirante et fachisante. C'est un front large, démocratique et progressiste, non limité au champ de la gauche. Il doit aller au delà d'elle, sans composantes réformistes mais en comprenant bien la portée réelle du front. Pour la démocratie et l'amélioration des conditions sociales, pour consolider les résultats de La Havane et ce qui viendra de Quito. Dans cette direction, l'idée d'un gouvernement de transition est pertinente. C'est un moment historique de transition, pour avancer vers un autre moment du stade politique et social national.

Si nous faisons un rappel historique, il y a des exemples dans le passé. Le plus significatif, tout en gardant les proportions, fut peut-être celui de la politique du front populaire en Europe et dans le monde pour barrer le passage au nazisme et au fachisme. En Colombie, cela s'est exprimé par le soutien des communistes au gouvernement de Alfonso López Pumarejo appelé la "révolution en marche", afin de freiner la menace des conservateurs adorateurs du nazifascime de l'époque. S'il n'y avait pas eu cette réalité, on n'aurait peut-être pas donné ce soutien. Par contre, ce fut une erreur de ne pas avoir soutenu Jorge Eliécer Gaitán dans les élections de 1946 que gagna Mariano Ospina Pérez qui instaura un régime terroriste d'Etat grâce à la défaite libérale. Regardez les exemples de l'histoire qui doivent nous servir, non pas pour les répéter, mais pour mieux analyser le meilleur chemin dans ce moment historique. Lénine a orienté la révolution démocratique-bourgeoise, en février 1917, comme voie d'unité pour vaincre le tsarisme et ce fut l'antichambre de la révolution socialiste d'octobre qui fête cent ans ces jours-ci.

Les principes sont inaltérables

Cela ne veut pas dire que la gauche révolutionnaire abandonne ses principes. C'est une question de corrélation des forces, car il s'agit d'accumuler des forces dans la nouvelle réalité en vue de la lutte stratégique pour les changements structurels, les transformations révolutionnaires et le socialisme. Accumuler des forces pour avancer dans la définition du problème du pouvoir.

Timoleón a bien expliqué que les avancées de l'Accord de La Havane sont ceux qu'a permis la corrélation des forces, c'est ce qu'enseigne le b-a-ba de la théorie révolutionnaire. En ce qui nous concerne, nous sommes marxistes-léninistes, communistes, nous ne sommes pas des anarchistes illusoires qui pensent que la révolution est toujours au coin de la rue. Cette révolution, nous devons la construire. Et ainsi, alors que la démocratie incommode la droite, c'est notre meilleur allié dans la lutte pour le pouvoir. Il y a des expériences dans toute la planète. La plus récente est celle du Vénézuela bolivarien, où la gauche a changé la tendance politique avec l'élection de la constituante et les élections des gouverneurs. Elle ne s'est pas laissée cerner par le terrorisme de l'opposition ni par les bandes mafieuses soutenues de l'extérieur.

Ici, nous avons eu du soutien de l'extérieur. De l'Union Européenne, d'Amérique Latine, pour construire la paix, pour tourner la page de la violence qui dure depuis plus d'un demi siècle, c'est important.

C'est pourquoi nous soutenons une alliance des forces alternatives. La dernière plénière du Comité Central a invité les candidats alternatifs à discuter, essayer d'élaborer ensemble un programme commun, ce qui est le plus important. Cela vaut la peine d'essayer afin de défendre les dialogue de La Havane et la Table de Quito, et s'engager dans la lutte démocratique et sociale. C'est un engagement historique, un défi pour vaincre les hésitants et ceux qui encouragent la guerre.

Piedad est une révolutionnaire d'un grand courage

Q : Et dans tout cela, où se trouve Piedad Córdoba ? Je vous le demande parce que je ne sais pas si vous avez lu l'article de la Silla Vacia...

R : Je l'ai lu et cela m'a attristé de voir comment on manoeuvre une situation pour ouvrir des fissures à gauche. L'article est de Laura Ardila, une journaliste décente que je connais et que je respecte, mais elle a eu un parti-pris odieux, et elle a raconté son histoire dans cette direction. Je ne crois pas qu'elle l'ait fait de mauvaise foi, peut-être par attachement à Piedad, qui est une personnalité extraordinaire, une héroïne de la lutte démocratique en Colombie et une femme qui a beaucoup de qualités.

Laura m'a interviewé quinze minutes environ et elle a juste sorti un petit parragraphe en dehors du contexte pour accomoder ce qu'elle voulait montrer, c'est à dire que la gauche, les amis de Piedad, lui ont tourné le dos. Elle recueille même des ragots pour le démontrer et cela n'est pas sérieux. En ce qui concerne la Marche Patriotique, il ne s'agit pas de ça. Je suis un des porte-paroles de la Marche Patriotique et je sais bien que là, on l'aime, on l'apprécie et on ne lui a pas tourné le dos, il y a des décisions en cours qui n'ont pas été adoptées. Et dans plusieurs régions, les gens de la Marche Patriotique l'ont accompagnée dans ses tournées électorales. Personnellement, je ne lui ai pas tourné le dos non plus et je ne suis pas un ingrat, parce que Laura assure que Piedad finance le journal VOZ. La vérité, c'est qu'elle nous aide et je l'en remercie. Une fois, il y a trois ou quatre ans, elle nous a fait une contribution économique importante. L'année dernière, elle nous a financé un coktail au Club des Exécutifs et en décembre, elle nous a prêté de l'argent que nous lui avons déjà remboursé. Ce furent des gestes généreux, propres d'une femme comme Piedad, solidaire et battante. Mais elle ne l'a jamais conditionné à autre chose que de voir VOZ continuer la bataille journalistique et révolutionnaire. Ce fut quelque chose de normal, transparent et sans aucune irrégularité. Et donc le parti-pris instillé par Laura est indigne. En réalité, VOZ se finance avec le soutien du Parti Communiste, des organisations syndicales du pays et de l'extérieur, ave ses propres ressources qui proviennent de la vente du journal et des campagnes financières, avec le Festival de VOZ et l'aide de personnalités généreuses comme Piedad Córdoba.

Nous aimons beaucoup Piedad, je l'admire personnellement et elle a été une amie très proche qui m'a soutenu dans dans moments difficiles comme celui qui m'est arrivé pour raisons de santé. Elle a le droit de réaliser sa campagne présidentielle et elle a suffisamment de mérites pour présider ce pays. Et tout le monde doit avoir la certitude que Piedad a un espace dans ce projet unitaire, et si ce devait être, ce serait une excellente candidate. Mais cela doit être le fruit du processus unitaire même, des décisions démocratiques de celles et ceux qui intègrent le front. Piedad, evidemment, a ses propres opinions et elles sont très respectables. C'est tout.

Source : Semanario VOZ
Traduction : CM


mardi 15 août 2017

Colombie : La pauvreté et les inégalités doivent disparaître dans un pays en paix.

Traduction spot FARC-EP
  • En Colombie actuellement, 13 millions de personnes vivent dans la pauvreté*
  • 4 millions vivent dans une pauvreté extrême.
  • Environ 8 millions de personnes vivent dans une pauvreté multidimensionnelle, avec des problèmes de logement, de travail, de santé et d'accès aux services de bases. 
  • La Colombie est le 2ème pays avec le plus grand taux d'inégalité sociale en Amérique Latine
Maintenant, avec la Paix et avec le pouvoir de notre parole, nous FARC-EP, allons lutter pour construire un pays avec une distribution plus juste de la richesse pour que toutes et tous, nous puissions vivre dignement.

FARC-EP
Paix avec Justice Sociale


* Pour une population totale de 49 millions d'habitants.



jeudi 8 juin 2017

Colombie : Femmes communistes et prise de pouvoir pour la paix

Conférence Nationale des Femmes Communistes à Bogotá

Par Vilma del Carmen Salcedo
Source : semanariovoz.com

Du vendredi 19 mai au dimanche 21 mai dernier a eu lieu à Bogotá la Rencontre Nationale des Femmes Communistes Colombiennes. C'est en provenance de toutes les régions du pays que s'y sont retrouvées ces militantes qui se caractérisent par un travail spécifique sur la femme et le genre, avec une approche qui tend à favoriser la prise de pouvoir des femmes et le développement de leurs capacités de leadership dans la participation directe en politique et dans le travail communautaire et populaire : Avec cette force et cette vitalité qui caractérisent les défenseures de la vie et de l'humanité dans l'espace collectif, avec le renforcement du féminisme comme outil de cohésion et de croissance identitaire pour les femmes communistes.

Le débat a eu lieu ces dernières années, dans le cadre des tensions propres à la culture patriarcale qui prétend s'emparer de manière hégémonique des espaces de la politique. Notre parti s'est confronté à cette situation et s'est transformé grâce à la formation de ses militantes femmes, dont les capacités ont eu une incidence qui se reconnait aujourd'hui dans l'accord de paix et dans tout le travail préalable qui avait eu lieu avec "Femmes pour la paix" et d'autres expériences. Nos camarades communistes ont oeuvré dans les luttes populaires, elles laissent la paix comme un beau fruit et de nouvelles portes vers un futur qui aspire à une mise en oeuvre des accords de paix dans une approche du genre.

Différentes interventions

Parmi les participantes, nous avons écouté l'avis de la camarade Mariyory Ortiz à propos de l'importance de cette rencontre nationale des femmes : "Cela nous a permis d'analyser les contenus de toutes les thèses, de nous rendre compte aussi dans quel langage nous les communistes nous écrivons depuis la gauche, et nous permettre d'inclure cette vision du genre, de l'identité de classe à partir de la perspective du genre, féministe, et d'autres perspectives pour aller vers la transversalité".

A ce propos, Adriana Vanegas, une des organisatrices de la rencontre et membre du Département National des Femmes, nous a présenté son opinion sur l'événement : "Une grande participation des femmes qui travaillent au niveau régional, qui sont engagées au parti, engagées dans la militance communiste et engagées pour l'accord de paix. Je considère que le plus important, c'est l'entrée des femmes dans la vie politique de manière différente, de manière différenciée, en apportant leurs propres mots, leurs méthodes de travail, une nouvelle vision de la vie pour la Colombie, pour l'Amérique Latine et pour le futur de l'humanité".

Approche de genre

Pour conclure à propos de l'approche de genre et de son importance dans la formation des femmes communistes, reconnue comme un des aspects les plus importants des accords de paix de La Havane, Adriana Vanegas a ajouté : "Je parlerais d'une "approche différentielle du genre" qui recueille et qui exprime réellement le cumul des expériences vécues par toutes les femmes qui ont travaillé en Colombie bien avant les accords, et qui ont triomphé dans les accords de paix actuels, en luttant pour la paix, en luttant pour leurs droits et en luttant pour l'égalité. Pas seulement pour l'équité de genre, mais pour aller plus loin, pour une politique en construction, que nous avons appelé une "politique des femmes", qui doit être écoutée, qui doit être acceptée et doit entrer dans la vie du parti. C'est une construction qui n'a pas été facile, mais ce qui le plus beau et je crois que cela marque cette conférence, c'est qu'il y a un parti avec un visage de femme, et il y a un parti qui se féminise, et qui accepte d'être avec les femmes et les diversités sexuelles. Cela implique un parti humain, progressiste, au visage de femme, au visage de nouvelles masculinités et de nouvelles possibilités d'être au monde dans cette crise du capitalisme".

Traduction : CM


samedi 30 janvier 2016

Gauche avec identité... Un point de vue depuis la Colombie


Pour que l'unité soit, il faut commencer par l'élaboration d'un programme partagé du Front uni et de l'action populaire, programme qui puisse donner un contenu et une identité à l'objectif louable de l'unité.

Par Carlos A. Lozano Guillén.
Avocat, journaliste et directeur de l’hebdomadaire du Parti communiste colombien, le journal VOZ. Fondé en 1957, VOZ est le journal de gauche le plus ancien du pays

Les dialogues de paix de La Havane sont entrés dans une phase irréversible bien qu'il reste encore deux points difficiles et des thèmes en discussion sur lesquels les accords ne sont que partiels. Dans ce contexte, augmentent les questionnements et les attentes sur ce que sera le post-accord, une fois que sera signé le document sur la paix stable et durable : Quel sera le rôle de la gauche et particulièrement quels seront la forme et le contenu de la participation des insurgés dans la vie politique du pays, sans les armes, et dans les conditions démocratiques des accords politiques.

Certains croient que les insurgés sont nouveaux en politique et qu'ils ont beaucoup à apprendre avant de se lancer dans l'action démocratique et sociale. Pourtant, la majorité d'entre eux, au moins les cadres à tous les niveaux, ont été des dirigeants d'organisations politiques et sociales avant de prendre les armes. De plus, les guérillas sont essentiellement des organisations politico-militaires.

‘Timoleón Jiménez’, le grand chef de la guérilla des FARC, a dit récemment dans un entretien avec l'hedomadaire VOZ : "Nous, les FARC, n'allons pas commencer à faire de la politique. Nous en faisons depuis plus de cinquante ans, nous ne sommes pas novices en la matière. Ce que nous allons faire, c'est de la politique dans de nouveaux cadres démocratiques et avec des garanties qui rendent inutile l'usage des armes". Le chef des FARC ne laisse pas planer de doutes sur la volonté de paix et de participation à la vie politique, après avoir déposé les armes conformément aux accords.

Il n'y a aucun doute: la guérilla convertie en mouvement politique cherchera à rallier les secteurs démocratiques et progressistes pour travailler aux changements dont a besoin le pays. Elle sera un facteur déterminant et indispensable pour l'unité de la gauche. On ne peut ignorer le fait que l'unité et l'avancée démocratique qui s'annoncent, trouveront leur origine dans les changements qui viendront suite aux accords de La Havane.

La semaine dernière, il y a eu à Bogotá une rencontre des dirigeants de la gauche dans ses différentes versions. Il en manquait quelques uns mais ils s'intégreront peut-être plus tard. C'est un bon début, qui doit être salué par toutes les organisat
ions de la gauche dans la mesure où elle implique la rupture avec les tentations d'hégémonie et de sectarisme.

Pour que l'unité soit, il faut commencer par l'élaboration d'un programme partagé du Front uni et de l'action populaire, programme qui puisse donner un contenu et une identité à l'objectif louable de l'unité. Avec une clarté sur les objectifs stratégiques proposés, éloignés du statu quo, de la collaboration avec les gouvernements traditionnels et pour forger une possibilité de pouvoir démocratique en rupture avec le néolibéralisme, le despotisme et la corruption.

Source : Izquierda con Identidad. VOZ
Traduction : Catherine Marchais

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