Ses dessins sur la puissance de la forêt amazonienne ont attiré l’attention d’innombrables publics en Colombie et dans le monde entier. Abel Rodríguez, artiste et érudit de la communauté Nonuya, a consacré sa vie à immortaliser les espèces végétales et animales préservées dans sa mémoire. Il est décédé ce jeudi 10 avril 2025 à l'âge de 84 ans. « Ses œuvres témoignent avec force de la relation étroite entre l'homme et la jungle, et constituent une forme de résistance à l'oubli et à la disparition de la culture. Dans chaque trait, dans chaque récit, il a su capturer la richesse spirituelle, écologique et symbolique des peuples autochtones du bassin du fleuve Cahuinarí » a déclaré le Musée national de Colombie dans un communiqué de deuil.
Rodríguez est né en 1941 dans un territoire appelé "La Chorrera", niché entre la rivière Cahuinarí et le cours supérieur de la rivière Igara-Paraná, près de la frontière avec le Brésil. Son nom ancestral était Mogaje Guihu, ce qui signifie en espagnol « plumes de faucon brillantes ». Dans les années 1990, un déplacement forcé l’a contraint à quitter les profondeurs de la jungle. Les connaissances transmises par sa famille dès son enfance ont résisté à la cruauté de la violence contre les peuples autochtones et ont été préservées à travers des dessins et des mots. Ses œuvres montrent la finesse détaillée des feuilles, des branches, des arbres, des animaux et des rivières qui l’entouraient depuis son enfance. L'artiste a illustré plus de 400 arbres amazoniens avec une capacité fascinante qui lui a valu le surnom de « celui qui nomme les plantes».
« Enfant, j'étais curieux. J'ai appris des choses sur les plantes, les animaux et les mots grâce au mamo (chef spirituel), et c'est ainsi qu'au fil du temps, on m'a appelé "celui qui donne des noms aux plantes". Ce savoir n'est pas biologique, mais plutôt lié matériellement, spirituellement et émotionnellement à la jungle, à son énergie », a-t-il raconté dans un recueil de conversations de 2024 cité par le Museum of Modern Art (MoMA) de New York.
À son arrivée à Bogotá après son déplacement, il a pris contact avec l'ONG néerlandaise Tropenbos, qui promeut la conservation des forêts. Il avait travaillé avec cette organisation auparavant, en tant que guide pour identifier les plantes de son territoire. Depuis lors, ses dessins, en plus de devenir une source de revenus, ont permis la classification des espèces d'arbres et de plantes et ont contribué au développement de la recherche scientifique botanique dans le bassin amazonien.
Ses pensées voyageaient vers la jungle pour renouer avec les odeurs, les couleurs et les textures. « Recréer les plantes dans mes dessins évoque le changement de génération, la naissance d'un enfant. Nous appelons nos pensées des enfants. Ce sont des enfants spirituels, toujours présents. On essaie de faire ressortir cette figure ou récolter ce qui existait avant, mais ce ne sera plus jamais pareil. Tout change chaque jour. Les feuilles et les racines se multiplient, transformant ainsi de plus en plus leur forme de vie», a-t-il déclaré.
A sa mort, cet artiste considéré comme l'un des plus importants gardiens du savoir ancestral de l'Amazonie, a été salué par de nombreuses voix de condoléances. « Nous rendons hommage au maître Abel Rodríguez, qui, par ses mots et ses dessins, a préservé la mémoire écologique, spirituelle et culturelle des peuples autochtones du fleuve Cahuinarí. Son œuvre capture le lien entre l'humanité et la jungle. C'est un savoir qui perdure, s'épanouit et transcende », a souligné le Musée national sur son compte X, avec une image de l'arbre de l'abondance et un court texte de Rodríguez : « Je parle en devinant, et je peins en devinant. Alors que le palmier est dans mon esprit, j'en dessine les racines, le tronc, l'écorce, le bourgeon, les branches, je les dessine dans l'air et sur le papier. C'est un processus pour se souvenir, mais aussi pour deviner les mots, car c'est de là que naissent les choses ». L'ancien ministre de la Culture, des Arts et du Savoir, Juan David Correa, a déclaré :
« Vos arbres offriront de l'ombre à beaucoup d'entre nous pendant de nombreuses années. Merci, maître »
Le Musée d'Art Latino-Américain de Buenos Aires (Malba) a également déploré ce décès en soulignant que Rodríguez a inventorié de mémoire les espèces de la jungle avec une grande fraîcheur artistique et précision botanique. « Son intention était de préserver la sagesse orale de ses ancêtres, qui coulait autant dans ses veines que dans les branches et les racines des diverses espèces végétales glorifiées par les Nonuya comme source de nourriture et de vie. Ses dessins sont comme des cartes qui captent les principales caractéristiques de ces arbres, plantes et fleurs », a-t-il souligné sur le réseau social.
Son nom est devenu célèbre en Colombie, mais aussi sur la scène artistique internationale, où il s’est imposé comme l’un des artistes autochtones les plus reconnus aujourd’hui. En 2014, il a reçu le Prix Art et Nature de la Fondation Prince Claus aux Pays-Bas pour son travail et son lien ancestral avec la nature, en tant que connaissance fondamentale de la culture mondiale. Son travail a été exposé dans des lieux d’art contemporain internationaux, tels que la Biennale de Sao Paulo (2021), la Biennale d’art de Toronto (2022), la 23e Biennale de Sydney (2022), la Biennale de Kwangju en Corée (2023) et la Biennale de Venise (2024). « L’œuvre d’Abel Rodríguez est un trésor ancestral, un cadeau de la jungle à ce monde globalisé, totalisant et homogénéisé, dont la notion de progrès menace gravement la nature et la survie des êtres humains et des autres espèces », a écrit la Commission de la Vérité. « Son œuvre nous laisse une leçon profonde : regarder et écouter la jungle comme une bibliothèque vivante de connaissances et de souvenirs, et comprendre que l'art peut aussi être une forme de révérence, de résistance et de transmission culturelle » a conclu le Musée national dans son communiqué au nom du Système des musées nationaux.
Nous sommes allés voir l'exposition "Demain est annulé... De l'art et des regards sur la sobriété" à la fondation EDF. J'ai été particulièrement impactée par le travail de RERO.
L'intervention de l'humain est la principale menace pour les écosystèmes et les espèces en Colombie. La colonisation, les changements démographiques, la distribution inégale du territoire ont déterminé, parmi d'autres facteurs liés à la population, le changement qu'a souffert l'environnement de notre pays. Conséquences d'une intervention humaine disproportionnée : Des écosystèmes dans un état critique et des centaines d'espèces menacées. C'est ce que révèle le rapport "Colombia Viva 2017", publié par le WWF, qui recueille des recherches de scientifiques comme Andrés A. Etter de l'Université Javeriana, et les données des derniers "livres rouges" des espèces menacées dans le pays, afin d'évaluer l'état actuel de nos écosystèmes et espèces. Le panorama n'est pas brillant.
D E S E C O S Y S T E M E S D A N S U N E T A T C R I T I Q U E
La Colombie est le deuxième pays avec la plus grande biodiversité du monde après le Brésil, devant des pays comme l'Afrique du Sud ou l'Indonésie. C'est le seul pays d'Amérique du Sud qui a des côtes à la fois sur l'Océan Atlantique et sur l'Océan Pacifique, et c'est le seul lieu au monde où habitent des espèces comme le singe tití du Caquetá et la grenouille vénéneuse dorée Kokoï.
Dans notre pays, 85 types d'écosystèmes ont été identifiés, qui se divisent en plusieurs catégories suivant leur localisation géographique. Pourtant, avec le temps, l'intervention humaine a détérioré 31.3% de ces écosystèmes, en en laissant 20 dans un état critique et 17 autres en danger. Parmi eux, 26 ont perdu plus de 50% de leur zone originaire et 17 en ont perdu plus de 80%.
La forêt sèche tropicale : Située principalement dans la région caraïbe colombienne, c'est un écosystème caractérisé par de longues périodes de sécheresse, avec peu ou pas de pluie. Selon le rapport Colombia Viva 2017, l'élevage, la dégradation du sol par érosion, les incendies fréquents et l'extraction du bois sont les principales menaces pour ces écosystèmes. On estime que la superficie totale de la forêt dans le territoire national a diminué de 5.15 millions d'hectares, soit une zone qui équivaut à 12.875 fois le Parc Métropolitain Simón Bolívar et 440 fois la ville de Bogotá.
Les écosystèmes de l'Orénoque : Ce sont quatre écosystèmes proches de la vallée du fleuve Orénoque, où domine un climat tropical tout au long de l'année. Parmi eux, les Forêts Humides Tropicales du Piémont Llanero sont les plus affectées par l'intervention humaine. "Jusqu'en 1970, il n'y avait que 2% des Plaines Orientales qui avaient souffert un changement significatif lié à l'activité humaine. Mais en 2012, la transformation de la partie colombienne du bassin de l'Orénoque avait déjà atteint 15.5%" assure le rapport Colombia Viva 2017. En 2001, l'extension des savanes innondables, sableuses et hautes avait été réduite de 2.118 km carrés.
Les Páramos (Hauts-Plateaux) : C'est un écosystème intertropical qui se trouve au dessus de 2.900 m d'altitude, en montagne. Il est caractérisé par une végétation d'arbustes et de matorral, et est à l'origine des ruisseaux qui deviendront des fleuves. Sa fonction est de capter l'eau, de la purifier et de la drainer dans les époques de sécheresse. Sa température est instable et très variée, pouvant passer de 30°C à 0°C. Selon l'Institut Von Humboldt, "en 2000, il existait 1.237.273 hectares de Páramo" desquels 420.672 hectares ont été transformés par l'action humaine. En 2005, le taux annuel de disparition de ces écosystèmes était de 17%.
Les Nevados (Pics glaciaires) : Il s'agit de grandes montagnes qui ont différents étages thermiques et qui ont un écosystème glaciaire à leur sommet. Selon le rapport Colombia Viva 2017, l'augmentation globale de la température, la diminution ou les changements dramatiques des pluies ont affecté gravement ces écosystèmes. A la fin du siècle dernier, 8 des 17 pics avaient souffert un dégel total et on estime qu'en 2032, il n'y aura plus de glaciers en Colombie.
Les Humedales (Zones Humides) : Ce sont des écosystèmes qui s'inondent d'eau de manière permanente ou intermittente tout au long de l'année, et qui sont constitués d'un mélange d'écosystèmes aquatiques et terrestres. Ils ont une très grande végétation et attirent une énorme quantité d'espèces animales à cause de leur richesse alimentaire.
Les milieux marins et côtiers : Situés dans la zone océanique de la terre, ils constituent un des écosystèmes les plus grands et les plus complexes à étudier. Ils se caractérisent par leur stabilité et leur faible variation de température et de salinité tout au long de l'année. Mais la sédimentation, la contamination des sources hydriques, les résidus de l'extraction des hydrocarbures et le changement climatique mettent en danger la plupart de ces écosystèmes, particulièrement les coraux.
UNE GARDERIE DE CORAUX A SAN ANDRES Y PROVIDENCIA
Des batteries de voitures, des WC, des pneus et même des engins de guerre comme des bazookas, faisaient partie du panorama sous-marin de San Andrés. Il ne s'agissait pas d'une situation récente, ni d'un phénomène provoqué par le passage d'un ouragan, mais de déchets amoncelés pendant des décennies qui, petit à petit, s'étaient approprié le paysage.
La mer aux sept couleurs en était affectée : les petits coquillages qui avaient pour coutume d'arriver sur les plages à l'aube, ont été remplacés par des morceaux de bouteille, des couvercles, des sacs et des boites de conserves qui, à leur tour, devenaient des aliments pour les poissons et les oiseaux. Le plastique était le plus gros des problèmes, particulièrement celui qui passe par des processus de vulcanisation pour devenir du caoutchouc. Il ne s'agit pas simplement d'une contamination visuelle dans laquelle un pneu apparaît sous l'eau sans raison apparente, mais surtout de déchets qui ont le pouvoir de détruire l'écosystème.
Selon Jorge Sánchez Berrío, coordinateur de l'initiative Bajo Tranquilo, projet de l'ONG Help2Oceans, le caoutchouc qui se trouve sous l'eau contient différentes bactéries qui étouffent les récifs coraliens. C'est une situation préoccupante quand on sait que 77% des coraux du pays se trouvent dans la mer de San Andrés. C'est pourquoi les membres de cette association, après avoir nettoyé 60 mille mètres carrés de fonds océaniques, ont décidé de sauver des petites semences de corail.
L'idée consiste à ancrer au fond des eaux de l'archipel des grosses cordes qui maintiennent des rectangles élaborés avec des tubes de PVC. Sur ces tubes, des grilles métalliques où reposent les petites semences de corail qui n'ont pas encore la taille d'héberger de la vie mais qui s'agrippent avec force au réseau qui les soutient pour grandir. Ces tubes ne sont pas contaminants des eaux, ce sont des garderies coralines pour les récifs qui peigneront de sept couleurs différentes la mer de San Andrés et qui deviendront le foyer de centaines d'étoiles de mer, oursins, larves et poissons.
Quatre garderies se trouvent à San Andrés et deux dans les îles de Providencia. Corales de Paz, Help2Oceans et le Mouvement environnementaliste colombien sont à l'origine du projet "Más Grande, más efectivo" (Plus grand, plus efficace) qui cherche à redonner vie aux récifs de coreaux de l'archipel colombien. "La culture de colonies de corail est un processus lent et complexe, mais donne de bons résultats" affirme Daniel Florio, moniteur de plongée et collaborateur de l'initiative. Pour le moment, tout a une couleur verdâtre et une apparence visqueuse. Certaines semences ont des formes de cactus, d'autres ressemblent à des bouts de gingembre et le reste paraît être une culture d'artichauts. Elles sont petites et ne grandiront pas plus d'un centimètre par an, mais avec leur apparence insignifiante, elles sont le noyau de tout un univers.
U N E F L O R E D A N S U N E T A T C R I T I Q U E
La biodiversité de la Colombie ne se reflète pas seulement dans ses écosystèmes mais aussi dans la grande quantité d'êtres vivants qui y habitent. L'intervention irresponsable et exagérée de l'homme, dans la majorité des régions, a laissé une trace profonde sur la flore et la végétation du pays.
Bien qu'il existe plus de 40.000 espèces végétales en Colombie, on s'est basé uniquement sur un échantillon de 1.853 espèces pour étudier leur état de conservation. Les résultats, compilés dans cinq volumes de livres rouges des plantes en Colombie, ont abouti au constat que 665 de ces espèces se trouvent menacées d'extinction. Selon cette étude, les espèces qui contiennent du bois sont les plus menacées en raison de leur valeur commerciale.
Les orchidées : Il s'agit d'une énorme famille où existent jusqu'à 60.000 espèces, très diverses entre elles. En Colombie, 202 espèces ont été enregistrées, localisées dans tout le territoire national, dont 54 sont menacées. Selon l'étude, l'intrusion dans leur habitat et les troubles occasionnés par l'homme ont engendré des modifications intolérables pour l'espèce.
Les frailejones : Ce sont des espèces complexes qui se trouvent dans les hauts-plateaux de Colombie. Ils se chargent de recueillir l'eau de la brume et de la conserver dans les époques de sécheresse. Ils ont une grande faculté d'adaptation aux changements de leur environnement et pourtant, sur les 68 espèces enregistrées dans le pays, 36 sont menacées et 7 se trouvent en situation critique, principalement à cause de l'élevage et de l'expansion agricole.
Les palmiers : Il s'agit de plantes qui atteignent une grande hauteur, caractérisées par les anneaux qui entourent leur tronc, qui d'ailleurs représentent leur âge. En Colombie, un nombre important de palmiers sont endémiques, c'est à dire, uniques dans le pays. Des facteurs comme l'élevage intensif et l'invasion d'autres espèces les ont considérablement affectés. Parmi les 213 espèces enregistrées, 83 sont menacées et six se trouvent en danger critique.
Les sauges : Elles forment une famille d'herbes et d'arbustes, dont un nombre important ont des propriétés médicinales ou gastronomique. Parmi les 203 espèces qui se trouvent dans le pays, 162 sont endémiques et 72 sont menacées.
Les bromélias : Ce sont des plantes qui ont une grande capacité d'adaptation pour pousser sur des roches, des arbres ou des cactus. Leurs feuilles accumulent l'eau et la matière organique, ce qui leur permet de servir d'habitat pour différentes espèces d'insectes et d'araignées. Selon le rapport Colombia Viva 2017, 160 des 492 espèces sont menacées principalement à cause de l'agriculture et de l'élevage.
Les passiflores : Il s'agit d'une gigantesque famille de plantes situées dans le monde entier, sauf dans l'Antarctique. Les Andes colombiennes sont un habitat parfait pour ces plantes qui se caractérisent par une grande diversité de fleurs très colorées. En Colombie, il existe 154 espèces de Passiflores enregistrées et 23 d'entre elles se trouvent menacées, principalement par des activités agricoles.
LE PALMIER A CIRE : UN SURVIVANT DEVENU MECANISME DE RECONCILIATION
Alors que cette plante était au bord de la disparition, le département du Tolima et différents secteurs de cette région ont misé sur sa conservation. Aujourd'hui, ce symbole national a rajeuni et est devenu un symbole de résilience.
"Quand Alexander Von Humboldt a exploré le département du Tolima, il s'est trouvé face à ce qu'il a appelé "un bois dans un autre bois", en voyant les feuillages et la splendeur des palmeraies sur la route entre Ibagué et Cartago" explique Jaime Cacéres, un habitant du hameau de Toche, situé à Ibagué. Comme lui, des centaines de tolimenses (les habitants du Tolima) sont très fiers de parler de leur territoire, particulièrement quand il s'agit de la plante emblématique qui embellit leurs paysages : le palmier de cire.
Jaime explique qu'"un palmier à cire met environ cent ans pour devenir adulte" et souligne l'importance de sa culture pour les paysages de son département et de ceux du Quindio, où il pousse également. Après une brève pause, un souvenir lui revient qui réveille son émotion : "Il fut un temps où la culture du palmier à cire était interdite et inexplorée. Par ici, il y avait des groupes hors la loi qui campaient et il était impossible d'accéder au territoire". La zone dont il parle, proche du cañon de Las Hermosas, au sud-est du Tolima où le conflit armé était historiquement présent, était une zone de repli du 21ème front des FARC. C'est pourquoi le palmier à cire était relégué dans les projets de durabilité et de conservation, bien qu'il ait été déclaré "Arbre national" et symbole patriotique de la Colombie par la loi 61 de 1985.
Mais ce n'est pas la seule difficulté qu'a dû affronter le palmier qui atteint en moyenne 70 mètres de hauteur. La célébration religieuse du "Dimanche des Rameaux" l'a décimé pendant toute une période au cours de laquelle la taille sans limite correspondait à une offrande religieuse, où les feuilles de palme étaient sensées recréer les rameaux qui accompagnaient l'entrée triomphale du Christ à Jérusalem. La situation ne mettait pas seulement en danger la plante elle-même, mais aussi les espèces qui dépendent d'elle, comme le perroquet aux oreilles jaunes qui habite dans ses branches. C'est pourquoi, depuis 2001, la fondation ProAves a lancé la campagne "Réconcilie-toi avec la nature" dont l'objectif est de sensibiliser les habitants des territoires sur l'importance du palmier à cire et la problématique de son exploitation démesurée.
"Réconcilie-toi avec la nature" cherche à travailler sur la sensibilisation des habitants de la région, en lien avec les mairies, les corporations autonomes, différentes instances publiques et privées, et des institutions éducatives. A travers la pédagogie de la conservation, différentes alternatives ont été proposées pour changer les pratiques religieuses pendant la célébration du Dimanche des Rameaux.
Par exemple, à Roncesvalle, dans le Tolima, la campagne a compté sur la participation de près de 500 habitants qui ont reçu différents types de fleurs, de plantes et de graminées, comme alternatives d'offrande religieuse pendant la semaine sainte. Dans cette municipalité, on a commencé à consolider le changement de mentalité proposé par ProAves sur le palmier à cire. Le secrétaire au développement rural de Roncesvalle, William Manuel Romero, affirme que : "C'est un de nos arbres importants pour la municipalité et il se trouve dans une période de récupération et d'attention. Nous prenons conscience que cet arbre se trouve en voie d'extinction, et donc, avec l'Armée et la Mairie, nous développons des pépinières pour améliorer les cultures".
L'ingénieur Romero explique que la première chose à faire pour ces projets, c'est de bien choisir le micro-climat pour la pépinière, qui doit se situer en altitude. Ensuite, on choisit les semences qui seront apportées à la pépinière et on fait les plantations. "La population a pris conscience et a vu qu'il était important de maintenir la culture de ces arbres qui sont des symboles pour nous, c'est pourquoi ils collaborent même au recueil des semences pour les porter à la pépinière"
Le changement de mentalité à Roncesvalle a conduit la commune à devenir une des pionnières des projets de conservation du palmier à cire. De fait, au niveau culturel, ce bourg en est déjà au "XIIIème Festival du Perroquet aux oreilles jaunes et de la Palme à cire, et c'est devenu une tradition culturelle" selon le secrétaire à la Culture de la municipalité, Carlos Aguirre.
Au delà de ses problématiques et de son importance symbolique au niveau national, le palmier à cire est considéré aujourd'hui comme un outil de transformation sociale car il a aidé à dépasser les conflits du passé dans le territoire, tandis qu'il créait une conscience environnementale pour le futur chez les habitants. Avec des initiatives comme "Réconcilie-toi avec la nature", on garantit la protection de cette espèce végétal admirable qui pendant des générations a été, comme l'explique Carlos Aguirre, "le symbole qui appelle les gens à connaitre le paradis dans lequel nous vivons".
U N E F A U N E D A N S U N E T A T C R I T I Q U E
La position géographique et la variété des climats de notre pays rendent possible la vie de milliers d'espèces animales. Mais beaucoup d'entre elles sont en danger à cause de l'intervention humaine, principalement parce qu'à mesure que s'étendent les villes et villages, les lieux qui servent d'habitat aux animaux se réduisent.
Selon le rapport Colombia Viva 2017 : "parmi les 284 espèces d'animaux terrestres dans les livres rouges (44 insectes, 4 araignées, 54 amphibiens, 29 reptiles, 125 oiseaux et 28 mammifères), 41 espèces sont en danger critique, 112 sont menacées et 131 sont vulnérables". Les amphibiens sont le groupe qui enregistre le plus gros pourcentage de risque, car sur les 54 espèces analysées, 13 se trouvent en situation critique, 25 en grave danger et 16 sont vulnérables.
Les abeilles : Ces insectes volants jouent un rôle fondamental dans la reproduction de la flore puiqu'ils sont chargés de la pollinisation. Selon le Livre Rouge des espèces menacées en Colombie, "les 11 espèces d'abeilles menacées (4 en état critique, 4 en situation de risque et 3 vunérables) sont un indicateur alarmant dans l'altération des fonctions critiques des écosystèmes".
Les grenouilles : Ce sont des amphibiens très menacés par le changement climatique et la déforestation de leur habitat. Les jungles du Pacifique en Colombie est l'unique lieu du monde où se trouve la grenouille poison dorée, considérée comme l'animal le plus vénéneux de la planète et, actuellement, dans un état critique de conservation.
Les colibris : Considérés comme les oiseaux les plus petits de la planète, ils se caractérisent par leurs couleurs vives et leur large bec qu'ils utilisent pour extraire le nectar des fleurs. Ce sont les uniques animaux capables de se suspendre dans l'air et ils battent des ailes entre 80 et 200 fois par seconde. Actuellement, trois colibris se trouvent en état critique et quatre sont menacés.
Les perroquets : Ces oiseaux colorés sont considérés comme un des animaux les plus intelligents de la planète. Actuellement, leur capture pour être vendu dans le trafic d'animaux exotiques est le principal facteur de menace pour cette espèce, comme celui de la déforestation.
Les tortues : Ces reptiles pourvus d'une grosse et forte carapace de protection se trouvent en état critique en raison de facteurs comme l'urbanisation, l'agriculture et la chasse.
UN JEU POPULAIRE QUI SAUVE LES GRENOUILLES
Ses yeux noirs qui sortent des orbites sont trop grands pour sa petite tête triangulaire. Avec ses longues pattes qui se terminent par 3 doigts à ventouse, elle est capable de sauter jusqu'à 6 mètres de distance et de s'accrocher aux feuilles et aux branches. Ce n'est pas un monstre mais se trouver en sa présence peut être mortel.
Avec seulement cinq centimètres, la phyllobates terribilis ou grenouille poison dorée, est considérée comme le vertébré le plus toxique de la planète. Sa peau brillante et de couleur jaune est imprégnée d'un puissant venin qui paralyse les muscles de qui la touche, en causant une mort lente et douloureuse.
Elle habite dans les forêts pluvieuses du Pacifique Colombien, dans les zones du Darién, du Cauca et du Chocó où elle est endémique. Elle utilise ses couleurs pour avertir ses possibles prédateurs de sa toxicité et elle se cache dans les pierres et les mares de la jungle.
Pourtant, il ne s'agit pas de la grenouille la plus populaire du pays. En Colombie, il existe une autre grenouille, en bois, qui reste immobile dans l'attente qu'un ou plusieurs anneaux métalliques lui tombent dans la bouche. On la trouve facilement dans les cantines et les bars des quartiers où, contrairement à la grenouille poison dorée, elle ne fait pas peur mais provoque plutôt de la sympathie et du divertissement.
Cette grenouille est un jeu qui pourrait être considéré comme un Patrimoine Culturel de la Nation en raison de son histoire et de sa place dans toutes les familles colombiennes. Alors qu'elle a une grande popularité parmi ceux qui fréquentent les bars et les tavernes, c'est une amie qui ne peut manquer dans les excursions et les vacances dans les terres chaudes, où on mise sur qui obtiendra le plus de points et atteindra la fameuse "moñona" (le gros lot).
"Une grenouille avec qui, contrairement à la grenouille terribilis, on peut jouer" : Voilà le message que l'agence de publicité Habas, en lien avec la fondation ProAves et des entités comme l'Université Nationale, le Parc Explora de Medellín, la maison de production The Zoo Films, entre autres, sont chargés d'apporter dans les zones où la grenouille se trouve la plus menacée, en soulignant que, "avec la grenouille terribilis, on ne joue pas".
Timbiquí est une petite commune qui se baigne dans les eaux de l'Océan Pacifique et se réveille entre roucoulements et coups de marimba. Ses cours d'eaux vifs et chargés d'or sont contaminés de mercure à cause de l'activité minière illégale et ses poumons forestiers commencent à manquer d'air à cause de la déforestation. Mais, pendant que certains cherchent de l'or dans les eaux et du bois précieux dans les arbres, d'autres cheminent dans la forêt à la recherche d'un trésor différent. Le venin de la grenouille terribilis ne suffit pas à la tenir en sécurité et l'être humain est chargé de la chasser jusqu'à en faire une espèce en voie d'extinction.
Une fois que cet animal est attrapé, son prix oscille entre les 15.000 et les 800.000 mille pesos à Timbiqui, mais peut dépasser les 2.000 euros quand il arrive dans le vieux continent. Sa valeur vient du fait que ce poison qui devrait la rendre invincible, permet d'obtenir un médicament beaucoup plus efficace que la morphine.
Partant de cette problématique, l'initiative "Grenouilles qui sauvent des Grenouilles" est arrivée à Timbiquí, où à travers différents ateliers et formations, on a expliqué à la population l'importance de protéger ce petit animal. Le jeu populaire de la grenouille a été modifié et la grande bouche métallique a été changée pour ressembler à la grenouille dorée. Sans aucun trou permettant le passage d'anneaux métalliques, ni aucun nombre de points sur la façade qui ne puissent être ajoutés. C'est devenu un meuble pour prendre conscience qu'avec ce petit animal, jaune et coloré, on ne doit pas jouer.
"Moi je les ai vues, mon oncle les chasse dans le bois" fut une des réponses des enfants des écoles de Timbiquí, mettant en évidence que la chasse de cet animal est enracinée dans leur culture. On estime qu'environ 20 grenouilles poison sortent du pays tous les mois et que, même les têtards sont trafiqués dans les mines vidées des stylos.
"Nous savons que les chasseurs ne vont pas arrêter de chasser, mais il est important d'ouvrir les yeux sur ce problème et que les dénonciations aient lieu pour éviter qu'ils ne viennent de la population" dit Camila Osorio, une des personnes engagées dans le projet de l'agence de publicité. Le résultat de l'expérience éducative est un documentaire que l'on espère passer dans différentes salles de cinéma au niveau national, pour sensibiliser l'ensemble des colombiens sur la richesse qui habite nos forêts et l'importance de sauver la grenouille poison dorée du Pacifique.
Découverte à El Peñon, dans le département du Santander, par un groupe de chercheurs qui a décidé d'explorer les zones auparavant interdites à cause du conflit armé, cette petite fleur, délicate et simplement jolie, est une nouvelle espèce d'Elaeagia (Rubiacées) de la Cordillère Orientale de Colombie. Elle attire l'attention. Petite, délicate, avec 6 pétales en étoile, elle est blanche avec une texture très douce. Elle était restée cachée au milieu des arbustes de la cordillère des Andes jusqu'à ce que, au printemps 2016, un groupe de 30 personnes décide d'aller à El Peñon, dans le département du Santander, là où elle attendait.
Humberto Mendoza Cifuentes et José Aguilar Cano sont les responsables de cette expédition de Colombia Bio, un projet qui cherche à explorer différentes zones, notamment celles qui, grâce au post-conflit, ont cessé d'être interdites pour les chercheurs.
Le lieu où ils sont arrivés se trouve à 2.500 mètres d'altitude. Il n'y a pas de ruisseaux ou de cours d'eau. L'eau se concentre dans des puits où elle se filtre petit à petit dans le sol. Ce processus a formé des cavernes gigantesques.
"C'est un paysage que l'on ne voit dans aucune autre région du pays" explique Humberto Mendoza. Les grottes sont cachées au milieu d'un enchevêtrement de végétation. "A certains endroits, il y a des gouffres qui peuvent avoir 50 m de diamètre avec jusqu'à 80 m de profondeur, et ils sont reliés avec d'autres grottes". Selon le chef de cette expédition, pendant longtemps, ce lieu a été un site sûr pour la guérilla car quand ils y rentraient, personne ne pouvait les trouver.
Le voyage a duré 12 jours. "Sur le terrain, nous faisons 8 heures de marche par jour, à travers des sentiers ou à travers bois. Cela peut durer toute la journée. Et nous collectons tout ce qui est fleurs et fruits" affirme Mendoza. Ce qu'ils ne savaient pas c'est que cette traversée leur apporterait de nombreuses surprises. Voir : La grenouille qui croasse comme une chèvre.
Derrière les caméras de la découverte
Ils sont tombés sur un arbre de 5 ou 6 mètres de hauteur où se trouvaient ces jolies petites fleurs. "Nous ne savions pas qu'il s'agissait d'une nouvelle espèce. Nous collectons tout simplement des masses de plantes à fleur", raconte Mendoza qui est biologiste botanique spécialisé en taxonomie. "Nous récoltons pendant 10 jours puis nous faisons des herbiers" dit-il. Leurs journées de travail peuvent être de 16 à 18 heures car, après le travail de terrain, il faut arriver à analyser à quel groupe appartient chaque spécimen et prendre des notes.
En Colombie, il y a environ 30 mille espèces différentes de plantes, et donc le défi de l'identification est très important. "Dans tout cet univers des noms, nous devons chercher celui qui correspond à chaque plante que nous récoltons sur le terrain" explique Mendoza qui travaille sur l'Herbier Federico Modem, à Villa de Leyva. Pour faire ce travail, il faut tout un entrainement. Alors qu'ils comparaient dans l'herbier, avec un microscope, les caractéristiques des plantes recueillies, cette blanche inconnue attendait dans leur liste d'attente sans qu'ils le sachent.
"Au bout de 3 mois environ, nous nous sommes retrouvés avec certaines espèces à qui nous ne pouvions pas mettre de nom scientifique. Nous avons continué à chercher jusqu'à arriver à la conclusion que ces plantes, au moins 4 ou 5 espèces, étaient nouvelles" indique-t-il. Parmi elles, "cette petite plante que nous appelons "paix naissante" car après avoir chercher plusieurs mois, nous nous sommes rendus compte qu'aucun scientifique ne l'avait récoltée, que c'était une nouvelle espèce". Finalement, la recherche peut durer au moins 1 an.
Le sens de son nom
La fleur appartient au genre Elaeagia, un groupe peu connu mais très abondant en Colombie. C'est en effet le pays qui a la plus grande diversité d'Elaeagia puisque il en compte 10 espèces sur son territoire.
Son nom complet est Elaeagia Pascisnascis, traduit littéralement par "paix naissante". Généralement, les botanistes qui découvrent les espèces ont le privilège de mettre le nom qu'ils désirent" explique Mendoza. L'expédition Colombia Bio est le fruit du processus de paix. "J'ai travaillé dans la botanique pendant 30 ans et c'est la première fois qu'on me paie pour aller chercher des espèces nouvelles, les décrire et les publier. En fait, tous les travaux que j'avais eu précédemment consistaient en d'autres choses" raconte le biologiste plein d'émotion. Le nom donné à la découverte "est une reconnaissance à ce projet de Colciencias qui a résulté des accords et qui est complètement engagé pour le pays se pacifie" explique Mendoza. Selon cet expert en classification des plantes, les biologistes qui sont allés sur le terrain depuis 30 ans ont connu la vérité vraie de l'Autre Colombie. "Nous avons été assez frappés par tout le processus violent du pays. Maintenant, on apprécie d'aller sur site, complètement tranquilles, avec les gens de la campagne si aimables" indique Mendoza avec enthousiasme. "Ce n'était pas comme ça, il y a 10 ans. Ce nom rend hommage à ce que nous avons gagné avec le processus de paix".
De la famille du café
La Paix Naissante a diverses caractéristiques. Ses feuilles grandissent l'une en face de l'autre, elle est munie de structures qui protègent les feuilles de petite taille, elle produit une résine pour se protéger du froid et elle a des semences minuscules qui se dispersent au vent. Ses fleurs sont les plus grandes de son genre.
Ses zones d'implantation sont limitées aux zones de bois des Andes, dans des lieux où la forêt est bien conservée. De manière préliminaire, elle a été catégorisée comme une espèce en danger. Le plus curieux de cette fleur, c'est qu'elle fait partie du groupe où se trouve le café. Elle n'a malgré tout pas d'odeur. Et sa couleur blanche coïncide avec le nom qui lui a été donné. "C'est une très jolie fleur, vraiment, simple mais jolie" dit Mendoza.
D'autres découvertes
La Paix Naissante n'est qu'une des découvertes réalisées dans le cadre de Colombia Bio. Il y a également Pritimantis sp, une grenouille, et le Gelanesaurus sp, un lézard, des espèces découvertes dans le Chemin Andaquí du Parc Naturel Municipal Andakí, dans le Caquetá.
A Boyacá, dans les montagnes de las Quinchas, dans le haut-plateau de Chiscas, celui de Cuchilla Morro Negro et dans le Sanctuaire de la Flore et de la Faune de Iguaque, une quinzaine d'espèces potentiellement nouvelles pour la science ont été découvertes, il s'agit de champignons, de plantes et d'insectes. De plus, 45 espèces nouvelles pour le pays ont été enregistrées, ainsi que 173 pour le département.
Alors que nous sommes quelques un.e.s de Nanterre à avoir participé aux 1ères Assises Communistes de l'Ecologie ces 4 et 5 mai, j'ai besoin de partager le corpus qui nous a été transmis. Pour contribuer à son appropriation, nous permettre d'entrer dans le débat, être associé.e.s aux choix, et prendre notre part dans la lutte pour un futur possible.
Proposition n°1
Prendre le pouvoir sur nos assiettes, ça commence par comprendre comment ça se passe de la fourche à la fourchette
Production => Transformation => Distribution => Consommation
Proposition n°2
Habitant.e.s des banlieues, nous avons droit à la Ville écologique et c'est à nous de la construire. Stop inégalités sociales et environnementales
Proposition n°3
Face à l'URGENCE CLIMATIQUE, nous répondons par un plan local, national et européen d'actions concrètes :Développement du fret ferroviaire, gratuité des transports en commun, circuits courts agricoles et industriels, rénovation thermique du logement, etc...
Proposition n°4
En Europe, face au green washing mensonger auxquelles s’adonnent continuellement les entreprises comme les instances nationales et la Commission européenne, nous convergeons pour rompre avec les orientations des traités européens et de la BCE afin d'éviter le désastre.
Proposition n°5
Selon les conclusions des travaux du GIEC, la nécessité climatique impérieuse est de faire reculer très rapidement et massivement les énergies fossiles carbonées (charbon, pétrole, gaz). En France, nous nous prononçons pour un mix énergétique 100% PUBLIC diversifié (Nucléaire et ENR).
Proposition n°6
Pour une politique nationale d'aménagement du territoire qui préserve la nature et les êtres humains, nous agissons pour stopper le laisser-faire libéral contre l'écologie et le cadre de vie.
Proposition n°7
Nous militons dans l'entreprise pour un droit d'intervention des salarié.e.s et des citoyen.ne.s afin d'imposer de nouveaux modes de production qui respectent la nature et l'humain
Par Carlos Boaventura de Sousa Santos
Source : Blog Publico
En 1845, Karl Marx a écrit les célèbres Thèses sur Feuerbach. Rédigé après les Manuscrits économiques et philosophiques de 1844, le texte constitue une première formulation de l'intention marxienne : Construire une philosophie matérialiste centrée sur la praxis transformatrice, radicalement différente de ce qui était dominant à l'époque, et dont le principal représentant était Ludwig Feuerbach. Dans la célèbre onzième thèse, la plus connue de toutes, il déclare : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer". Le terme "philosophes" est utilisé au sens large, en référence aux producteurs de connaissance érudite, incluant aujourd'hui toute la connaissance humaniste et scientifique considérée comme fondamentale, en opposition aux sciences appliquées.
Au début du XXIe siècle, cette thèse pose deux problèmes. Le premier, c'est qu'il n'est pas vrai que les philosophes se soient employés à contempler le monde sans que leur réflexion n'ait eu d'impact sur la transformation du monde. Et même si cela a eu lieu quelque fois, cela a cessé avec le surgissement du capitalisme ou, plus largement, avec l'émergence de la modernité occidentale, surtout à partir du XVIe siècle. Les études sur la sociologie de la connaissance des cinquante dernières années ont prouvé que les interprétations du monde dominantes à une époque donnée sont celles qui légitiment, rendent possibles ou facilitent les transformations sociales menées par les classes ou les groupes dominants.
La conception cartésienne de la dichotomie nature/société ou nature/humanité en est le meilleur exemple. Concevoir la nature et la société (ou l'humanité) comme deux entités, deux substances selon la terminologie de Descartes, totalement différentes et indépendantes l'une de l'autre, comme la dichotomie corps/âme, et construire sur cette base tout un système philosophique est une innovation révolutionnaire. Cela choque le "sens commun", car nous n'imaginons pas d'activité humaine sans la participation d'un certain type de nature, en commençant par la capacité et l'activité d'imaginer qui a , elle-même, une composante cérébrale, neurologique. De plus, si les êtres humains ont une nature, la nature humaine, il sera difficile d'imaginer que cette nature n'a rien à voir avec la nature non humaine. La conception cartésienne a évidemment de nombreux antécédents, depuis les textes les plus antiques de l'Ancien Testament (le livre de la Genèse) jusqu'aux plus récents de Francis Bacon, qui fut presque son contemporain, et qui considérait que la mission de l'être humain est de dominer la nature. Mais ce fut Descartes qui a conféré au dualisme la consistance de tout un système philosophique.
Le dualisme nature/société, selon lequel l'humanité est totalement indépendante de la nature et la nature est également indépendante de la société, est tellement constitutive de notre manière de penser le monde, notre présence et notre insertion au monde, que penser de manière alternative est quasiment impossible, même si le sens commun nous rappelle que rien de ce que nous sommes, pensons ou faisons, ne peut se soustraire en soi de la nature. Pourquoi alors, dans les milieux scientifiques et philosophiques, cette prévalence et cette quasi évidence de la séparation totale entre nature et société ? Aujourd'hui, il est démontré que cette séparation, aussi absurde qu'elle puisse paraître, a été une condition nécessaire à l'expansion du capitalisme. Sans cette conception, il n'aurait pas été possible de légitimer les principes d'exploitation et d'appropriation sans fin qui ont guidé l'entreprise capitaliste depuis le début.
Le dualisme contenait un principe de différenciation hiérarchique radicale entre la supériorité de l'humanité/société et l'infériorité de la nature, une différenciation radicale qui se basait sur une différence constitutive, ontologique, inscrite dans les plans de la création divine. Cela a permis que, d'un côté, la nature se transforme en une ressource naturelle inconditionnellement disponible pour l'appropriation et l'exploitation au bénéfice exclusif de l'être humain. Et d'un autre côté, que tout ce qui est considéré comme nature, soit objet d'appropriation dans les mêmes termes. C'est à dire que la nature, au sens large, englobait des êtres qui, étant si proches du monde naturel, ne pouvaient pas être considérés pleinement humains.
De cette manière, on a reconfiguré le racisme pour signifier l'infériorité naturelle de la race noire et donc, la conversion "naturelle" des esclaves en marchandises. Ce fut l'autre conversion dont n'a jamais parlée le père António Vieira (fameux jésuite portugais, 1608-1697), mais qui fut présuposée dans toutes les autres conversions dont il parla brillamment dans ses sermons. L'appropriation est devenue l'autre face de la surexploitation de la force de travail. La même chose a eu lieu avec les femmes, en reconfigurant l'infériorité "naturelle" des femmes, qui venait de très loin, en la convertissant en condition de leur appropriation et surexploitation, qui consiste dans ce cas à l'appropriation du travail non payé des femmes qui s'occupent de la famille. Ce travail, aussi productif que l'autre, a été considéré par convention comme lié à la reproduction pour pouvoir le dévaluer, convention que le marxisme a rejeté. Depuis lors, l'idée d'humanité en est venue à coexister nécessairement avec l'idée de sous-humanité, la sous-humanité des corps racialisés et sexualisés. Nous pouvons donc conclure que la compréhension cartésienne du monde était impliquée jusqu'à la moelle dans la transformation capitaliste, colonialiste et patriarcale du monde.
Dans ce cadre, la onzième thèse sur Feuerbach pose un deuxième problème. Pour affronter les graves problèmes du monde d'aujourd'hui, qui vont des niveaux choquants d'inégalité sociale à la crise environnementale et écologique, au réchauffement global irrésistible, la désertification, le manque d'eau potable, la disparition des régions côtières, des événements "naturels" extrêmes, etc... : il n'est pas possible d'imaginer une pratique transformatrice qui puisse résoudre ces problèmes sans une autre compréhension du monde. Cette autre compréhension doit recueillir, de manière nouvelle, le "sens commun" de la mutuelle interdépendance entre l'humanité/la société et la nature. C'est une compréhension qui part de l'idée qu'au lieu de substances, il y a des relations entre la nature humaine et toutes les autres natures, que la nature est inhérente à l'humanité et que l'inverse est également vrai. Et que c'est un contresens de penser que la nature nous appartient, si nous ne pensons pas, de manière réciproque, que nous appartenons à la nature.
Ce ne sera pas facile. Contre la nouvelle compréhension et donc, contre la nouvelle transformation du monde, de nombreux intérêts agissent, bien enracinés dans les sociétés capitalistes, colonialistes et patriarcales dans lesquelles nous vivons. Comme je l'ai démontré, la construction d'une nouvelle construction du monde sera le résultat d'un effort collectif et d'une époque, c'est à dire, qu'il aura lieu au sein d'une transformation paradigmatique de la société. La civilisation capitaliste, colonialiste et patriarcale n'a pas de futur, et son actualité démontre qu'elle ne survit que par la voie de la violence, la répression, les guerres déclarées et non déclarées, l'état d'exception permanent, la destruction sans précédents de ce que l'on continue à considérer comme une ressource naturelle, et donc, disponible sans limites. Ma contribution personnelle dans cet effort collectif a consisté dans la formulation de ce que j'appelle les épistémologies du Sud. Dans ma conception, le Sud n'est pas un lieu géographique, c'est une métaphore pour désigner les connaissances construites dans les luttes des opprimés et des exclus contre les injustices systémiques causées par le capitalisme, le colonialisme et le patriarcat, tout en sachant évidemment que beaucoup de ceux qui constituent le sud épistémologique ont vécu et vivent aussi dans le sud géographique.
Ces connaissances n'ont jamais été reconnues comme des apports pour une meilleure compréhension du monde par les titulaires de la connaissance érudite ou académique, qu'elle soit philosophique, du domaine des sciences sociales ou des sciences humaines. C'est la raison pour laquelle l'exclusion de ces groupes a été radicale, une exclusion abyssale, qui a résulté de la ligne abyssale qui a séparé le monde entre les pleinement humains, où n'est possible que l'exploitation (la sociabilité métropolitaine), et le monde des sous-humains, populations jetables où sont possibles l'appropriation et la super-exploitation (la sociabilité coloniale). Une ligne et une division qui prévalent depuis le XVIe siècle jusqu'à aujourd'hui. Les épistémologies du Sud cherchent à recueillir les connaissances produites de l'autre côté de la ligne abyssale, le côté colonial de l'exclusion, afin de pouvoir les intégrer dans de larges écologies de savoirs où elles pourront interagir avec les connaissances scientifiques et philosophiques, afin de construire une nouvelle compréhension/transformation du monde.
Ces connaissances -jusqu'à maintenant invisibles, ridiculisées, supprimées- ont été produites tant par les travailleurs qui ont lutté contre l'exclusion non abyssale (zone métropolitaine), comme par les nombreuses populations aux corps racialisés et sexualisés en résistance contre l'exclusion abyssale (zone coloniale). En se centrant particulièrement sur cette dernière zone, les épistémologies du Sud portent une attention spéciale aux sous-humains, celles et ceux qui ont précisément toujours été considérés les plus proches de la nature. Les connaissances produites par ces groupes, avec leur immense diversité, sont étrangères au dualisme cartésien et, au contraire, conçoivent la nature non-humaine comme profondément impliquée dans la vie sociale-humaine, et vice-versa. Comme disent les peuples indigènes des Amériques : "La Nature ne nous appartient pas, c'est nous qui appartenons à la Nature". Les paysans du monde entier ne pensent pas de manière très différente. Et il en arrive de même avec des groupes chaque fois plus nombreux de jeunes écologistes urbains partout dans le monde.
Cela signifie que les groupes sociaux les plus radicalement exclus par la société capitaliste, colonialiste et patriarcale, parmi lesquels beaucoup furent considérés comme des résidus du passé en voies d'extinction ou de blanchiment, sont ceux qui, du point de vue des épistémologies du Sud, sont en train de nous montrer une porte vers l'avenir, un futur digne de l'humanité, et de toutes les natures humaines et non humaines qui la composent. Faisant partie d'un effort collectif, les épistémologies du Sud sont un travail en cours, encore embryonnaire. Dans mon cas, je pense que jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas réussi à exprimer toute la richesse analytique et transformatrice contenue dans les épistémologies du Sud que je propose. J'ai souligné que les trois modes principaux de domination moderne - la classe (capitalisme), la race (racisme) et le sexe (patriarcat)- agissent en s'articulant et que cette articulation varie avec le contexte social, historique et culturel, mais je n'ai pas porté suffisamment d'attention au fait que ce mode de domination s'appuie tellement sur la dualité société/nature, que sans le dépassement de cette dualité, aucune lutte de libération ne peut être un succès.
Dans ce contexte, la nouvelle onzième thèse devrait avoir une formulation de ce type : "Les philosophes, les chercheur.e.s en sciences sociales et les humanistes doivent collaborer avec tou.te.s celles et ceux qui luttent contre la domination, afin de créer des formes de compréhension du monde qui rendent possible des pratiques de transformation du monde libérant conjointement le monde humain et le monde non humain". Il est certain que c'est beaucoup moins élégant que la onzième thèse originale, mais cela nous serait peut être plus utile.
Nous sommes à Paris en réponse à l'invitation du président Emmanuel Macron, du Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Gutierrez et d'autres organismes internationaux. Je profite de cette opportunité pour faire connaitre la position bolivienne sur ce Sommet de la Planète, qui représente un sommet pour la vie, pour l'humanité. Je salue le grand effort du président français qui, au nom de la France, au nom de la vie, nous a appelé, nous les présidents, les organismes internationaux, les experts qui étudient la vie, et particulièrement le futur des générations à venir.
Le temps s'achève pour nous. Alors que nous parlons, ouragans, tremblements de terres, inondations, sécheresses, pollution de l'air, pollution de nos océans et extinction des espèces qui en découlent, sont les conséquences directes du système actuel de production, de consommation et d'industrialisation sans mesure.
Frères et soeurs, le temps s'achève pour nous. Les 5 dernières années ont été les plus chaudes enregistrées dans l'histoire. Les concentrations de gaz à effet de serre continuent à augmenter. Le niveau de la mer continue à monter, les lagunes, les fleuves et leurs affluents sont en train de sécher. Au niveau global, la chaleur des océans atteint une température record.
La glace des deux pôles de la planète est en dessous de sa taille moyenne et nos cordillères perdent leurs couvertures blanches. Le temps s'achève pour nous. Les phénomènes extrêmes sont devenus le plus grand risque pour l'humanité en matière de santé, d'accès à l'eau et aux services de base.
Cette situation aggrave considérablement la crise humanitaire que vit l'Afrique et le Moyen Orient. Dans ma région, l'Amérique Latine et des Caraïbes, les derniers ouragans qui se sont abattus sur la Dominique, Antigua et Barbuda ont provoqué des dégâts qui atteignent 1.100 millions de dollars.
Nous devons attaquer les causes structurelles du changement climatique. Démonter le système de production qui ne se développe pas en harmonie avec la nature, modifier les modèles et la culture de la consommation sans fin, rénover notre relation avec la Mère Terre, en reconnaissant et en respectant ses droits.
Les pays qui ont plus de responsabilité historique sur les dommages à la Mère Terre doivent assumer un plus grand engagement réel et réaliser de plus gros apports.
Nous, les pays du Sud, qui étions avant des colonies et dont les ressources naturelles sont encore exploitées sans une juste rétribution, nous sommes ceux qui souffrons le plus des effets du changement climatique. Par ailleurs, nous sommes les pays qui apportons le plus en matière de réduction des gaz à effet de serre.
La Bolivie génère à peine 0.1% des gaz à effet de serre. Avec les arbres de notre Amazonie, nous capturons et nous nettoyons 2% mondial du dioxyde de carbone polluant. C'est à dire que nous apportons au monde 2% de l'oxygène de notre planète. Nous avons une équation environnementale positive, parce que nous émettons peu de gaz à effet de serre et que nous nettoyons ces gaz. Ainsi nous apportons au monde 20 fois plus d'oxygène que ce que nous polluons.
Pourtant, notre population souffre des terribles sécheresses ou inondations qui affectent sa vie quotidienne. Malgré ces difficultés, la Bolivie a investi ces dernières années plus de 1.600 millions de dollars en projets d'accès à l'eau, accomplissant ainsi les objectifs du millénaire. De plus, nous investissons maintenant 2.600 millions de dollars en diversification de nos sources d'énergie électrique avec des sources d'énergie alternatives et renouvelables.
Frères et soeurs de la presse,
Nous, les pays du Sud, nous sommes les gardiens de la Convention sur le Changement Climatique. Deux ans après la célébration de l'Accord de Paris, nous sommes à nouveau réunis, et nous débattons à nouveau sur les mêmes problèmes de blocage des financements pour une lutte efficace contre le changement climatique.
Si les pays développés ne respectent pas l'engagement de garantir les provisions pour le financement, le transfert de technologies et le développement des capacités, nous ne pourrons pas atteindre nos objectifs. Les pays industrialisés se sont engagés à faire une contribution annuelle de 100.000 millions de dollars pour ce que l'on appelle le financement climatique. Mais en deux ans, il n'y a eu l'assignation que de 10% de cette somme.
Nous voyons avec une grande préoccupation que l'on envisage de transférer cette responsabilité au secteur privé. C'est une erreur historique gravissime. La privatisation de cette responsabilité apportera des conséquences irréversibles.
Frères et soeurs de la presse,
La privatisation est synonyme de capitalisme. On ne peut pas résoudre, avec plus de capitalisme, la crise provoquée par le capitalisme. Prétendre que ce système résolve la crise du changement climatique, c'est comme prétendre donner la responsabilité au renard de veiller sur le poulailler.
Certaines données nous montrent que, uniquement pour atténuer les effets du changement climatique, on doit investir environ 3% du PIB mondial, ce sont des données des Nations Unies. Le financement pour l'adaptation, l'atténuation, la technologie, les forêts, devrait être de 6% du produit national brut des pays développés.
Lamentablement, on dépense plus pour la guerre que pour combattre le changement climatique et ses conséquences. Un exemple clair de tout cela est ce qui arrive avec le principal pollueur de l'histoire de la planète : Les Etats-Unis. Il abandonne l'accord de Paris, méprise la communauté internationale et sa priorité, c'est la guerre, les interventions. Sa dépense militaire pour 2018 arrivera presque à 700 000 millions de dollars.
En tournant le dos à l'accord de Paris et en utilisant tant de ressources pour la guerre, les Etats-Unis ne sont pas seulement en train de construire des murs physiques entre frères, ils construisent le pire des murs dans le monde entier : le mur entre la vie et la mort, le mur qui peut priver nos générations futures de leur droit à la vie. Les Etats-Unis sont la principale menace contre la famille humaine et contre la Mère Terre.
Frères et Soeurs,
C'est pour toutes ces raisons et beaucoup d'autres que nous suggérons les tâches urgentes suivantes, ce sont nos 10 propositions pour cette conférence :
Reconnaître et respecter les droits de la Mère Terre, son droit à exister et à être respectée intégralement, à maintenir ses cycles vitaux et ses processus évolutifs, à la génération, à la restauration et à la protection de ses structures génétiques.
La création du Tribunal de Justice Climatique, contraignant, pour qu'il juge et sanctionne les responsables du dommage climatique.
Reconnaître et solder la dette climatique historique des pays industrialisés envers la planète à cause de la sur-exploitation des ressources naturelles.
Reconnaître les services basiques comme des droits humains : l'eau et l'énergie ne doivent pas être un commerce privé, mais un service public.
Les ressources de la guerre doivent être re-dirigées et utilisées pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, elles doivent servir à faire face aux graves conséquences des catastrophes climatiques.
Construire un nouvel ordre économique financier mondial, où les relations soient basées sur la complémentarité et la solidarité, et non sur le profit, l'individualisme et l'exploitation.
La reconnaissance des droits des peuples du monde à accéder à égalité de conditions aux avancées de la science et de la technologie.
Nous devons récupérer les savoirs ancestraux des Peuples indigènes pour vivre en harmonie avec la nature.
Nous devons construire une nouveau paradigme de production, de consommation, de développement et de lien avec la Mère Terre : C'est le "Bien Vivre".
Au niveau politique international, notre devoir est de défendre le multilatéralisme, l'égalité, la souveraineté des Peuples, et notre droit à la Paix, la Paix avec justice sociale, avec la dignité et la souveraineté des peuples.
Frères de la presse,
Le temps s'achève pour nous. Si nous voulons remporter ce défi global, notre lutte doit être contre le capitalisme, contre le colonialisme et contre l'impérialisme. L'être humain ne peut pas vivre sans la Mère Terre mais la Mère Terre peut mieux exister sans l'être humain.
Voici notre proposition pour cette conférence sur la planète convoquée par le président de France.