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vendredi 9 janvier 2026

Un ROUGE 2026 pour toutes et tous !



Demain, dans quelques heures, je serai rouge, 
comme toujours, 
mais avec beaucoup plus de luminosité. 
Sans fracas mais rouge vive 
comme mon sang, 
mes lèvres, 
mon manteau d’hiver, 
mon chapeau d’été, 
mon cœur amoureux 
et mon âme de femme qui a vécu. 

En cette année qui commence, je souhaite pour toutes et tous la vie en rouge.
Je veux un 2026 rempli des drapeaux rouges de la liberté, 
car nos désirs viennent de cette source qui veut que le monde soit digne,
pour pouvoir y habiter sereinement, 
sans épées qui transforment nos vies en friches obscures
et nos champs en déserts assoiffés.

Je veux que nous soyons, toi et moi, des verres de vin rouge
des chaussures rouges pour traverser les frontières sans autorisation, 
des capes rouges pour accueillir toutes celles et ceux qui veulent vivre sur notre terre, 
des boucliers rouges pour repousser les indésirables qui ordonnent la mort, 
des roses rouges pour rendre hommage à ceux que nous aimons, 
des cartables rouges pour les enfants qui courent vers l'école, 
des ballons rouges qui, d'un seul souffle, montent jusqu'au ciel
et des stylos rouges pour écrire des vœux.

Rouge est ton âme 
et rouge est la mienne. 
Rouges sont nos pieds qui laissent des empreintes 
et rouges sont les caractères de nos meilleurs livres. 
Rouges toutes et tous, 
nous, les rouges, qui avec de grandes embrassades, 
pouvons réussir que le monde soit rouge 
pour toutes celles et ceux qui aiment profondément les autres êtres humains, 
et qui se réjouissent de voir les animaux dans leur habitat 
et la nature dans sa plénitude.

Qu'ils ne nous changent pas notre couleur. 
Nous, les gens de gauche, nous sommes rouges, 
et avec une fierté historique immense. 
Les grands changements qui ont rendu notre monde beaucoup plus humain ont été rouges
comme nous. 

Un rouge 2026 pour toutes et tous !

Source : Olga Gayón. 31/12/2025






lundi 20 juin 2022

Pour Rachel. Le Vieux Communiste. Traduction



Un vieil homme qui était communiste 
S'assoit pour fumer tout l'après-midi 
Alors qu'une bonne pluie tombe dehors 
A voix nue, le vieil homme pense 

Parce qu'à sa fenêtre se réunissent
De grises colombes, tristes qu'il fume
De grises colombes, tristes qu'il fume

Il tourne ses yeux vers un jour lointain
Vers un livre, un baiser, une fille, une pensée
Vers un livre, un baiser, une fille, une pensée
Il croit que plus rien ne le surprend
Qu'il a été guéri de la peur, qu'il a épuisé les pleurs
Qu'il a été guéri de la peur, qu'il a épuisé les pleurs

Il se souvient des chansons qu'il chantait
Et de conversations avec les amis jusqu'à l'aube
Et de conversations avec les amis jusqu'à l'aube
Il se souvient du coin de sa maison
Quand il a dit adieu et qu'il a vu sa mère pleurer
Quand il a dit adieu et qu'il a vu sa mère pleurer

Et maintenant il pleut aussi dans ses yeux 
Il est surpris que ça fasse encore mal 
Les années, la vie, son amour 
Les années, la vie, son amour 

Oh, oh-oh-oh-oh ça fait toujours mal 
Oh, oh-oh-oh-oh ça fait toujours mal 
Oh, oh-oh-oh-oh ça fait toujours mal 
Oh, oh-oh ça fait toujours mal

Manuel Garcia (Chili)
Un viejo que fuera comunista 
Se sienta a fumar la tarde entera 
Mientras buena lluvia cae afuera 
Con voz desnuda, el viejo piensa 

Porque coinciden en su ventana 
Palomas grises con la pena que fumara 
Palomas grises con la pena que fumara 

Torna sus ojos a un día lejos 
Cuando a un libro un verso, a una muchacha un pensamiento 
Cuando a un libro un verso, a una muchacha un pensamiento 
Cree que ya nada lo sorprende 
Que se curó de espanto, desgastó el llanto 
Se curó de espanto, desgastó el llanto 

Recordó canciones que cantaba 
Y conversaciones con amigos hasta el alba 
Y conversaciones con amigos hasta el alba 
Recordó la esquina de su casa 
Cuando dijo adiós y vio a su madre que lloraba 
Cuando dijo adiós y vio a su madre que lloraba 

Y ahora en sus ojos también llueve 
Pues le sorprende que aún le duele 
Los años, la vida, su amor 
Los años, la vida, su amor 

Oh, oh-oh-oh-oh aún le duele 
Oh, oh-oh-oh-oh aún le duele 
Oh, oh-oh-oh-oh aún le duele 
Oh, oh-oh aún le duele

Manuel Garcia (Chile)

dimanche 18 juillet 2021

La poésie en des temps de sauvagerie

Y'a-t-il un temps pour la poésie, en une époque de sauvagerie ? Cette question n'est pas nouvelle. A chaque impasse humaine, après chaque catastrophe, l'impuissance de la poésie à humaniser l'Histoire est questionnée. (...) Je dois bien reconnaître ici que notre présente célébration est embarrassante. Non que la poésie puisse paraître étrangère à notre époque de barbarie, puisque la poésie a toujours été fille de son temps ingrat, mais parce que la célébration est fête, et que nous sommes bien incapables de ressentir la joie de la fête... Non qu'il y ait un deuil chez notre voisin, mais bien parce que nous, nous tous habitants de cette petite planète, nous tous, nous sommes en deuil! (...)

La mort palestinienne quotidienne est devenue une sorte de bulletin météo, la tyrannie américaine ayant placé l'occupation israélienne au-dessus du droit international et élevé la puissance occupante au rang de la sainteté. C'est un monde sauvage, dément, égoïste, dans lequel ne prévaut pas d'autre loi que celle de la jungle, un monde armé au surplus de la puissance nucléaire. Est-il encore possible d'écrire un poème ? Comment peut-on être à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du réel en même temps ? Comment peut-on à la fois contempler et s'engager ? Comment peut-on poursuivre sa tentative permanente : recréer le monde grâce à des mots à la vitalité éternelle ? Et comment sauver ces mots de la banalité de la consommation de tous les jours ? Sans doute avons-nous besoin aujourd'hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité, notre conscience de notre humanité menacée et de notre capacité à poursuivre l'un des plus beaux rêves de l'humanité, celui de la liberté, celui de la prise du réel à bras-le-corps, de l'ouverture au monde partagé et de la quête de l'essence. (...)

La poésie est-elle capable, aujourd'hui, de se retrouver elle-même, tant la clarté de son contraire est excessive ? Peut-être, car la poésie, ce moyen particulier de supporter la vie et de se la concilier, est aussi une méthode qui nous permet de résister à une réalité inhumaine en écrasant l'évidence de la vie. (...) En effet, la poésie ne combat pas la guerre avec les armes et le langage de la guerre. La poésie n'abat pas un avion à l'aide d'un missile oratoire. La contemplation de l'éternité d'un brin d'herbe, de l'adoration du papillon à la lumière, de ce que le regard de la victime ne dit pas au bourreau : voilà de quelle manière la poésie combat l'effet de la guerre contraire à ce qu'il y a de naturel en nous, de cohérent avec la nature. (...)

Il est vrai qu'une poésie qui ne conserverait pas sa vivacité en d'autres temps serait une poésie qui se dissoudrait aussi rapidement que le présent change. Il est vrai aussi que la poésie emporte avec son devenir et qu'elle renaitra, demain. Mais il n'en est pas moins vrai que le poète ne peut renvoyer l'"ici" et le "maintenant" vers un ailleurs et vers un autre temps.

C'est en ce temps de tempête que la poésie a besoin que soient posées les questions qu'elle soulève, seule, d'une façon qui la rende présente et vivante. Rendre le langage vivant, rendre le fluide de vie aux paroles, voilà qui ne peut se faire sans redonner à la vie le sens de la vie. En cela la quête du sens est la quête de l'essence, c'est là notre questionnement humain, collectif et personnel. C'est ce qui rend la poésie à la fois possible et nécessaire.

Mahmoud Darwich, Poète et écrivain palestinien. 1941-2008

Allocution prononcée en 2003, lors de la manifestation "rencontre avec Mahmoud Darwich", à la cité d'Aix-en-Provence




vendredi 19 juin 2020

De tout, il resta trois choses. Fernando Sabino


De tout, il resta trois choses :
La certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu’il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.
Faire de l’interruption, un nouveau chemin,
faire de la chute, un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rêve, un pont,
de la recherche, une rencontre !

De todo quedaron tres cosas: 
la certeza de que estaba siempre comenzando, 
la certeza de que había que seguir 
y la certeza de que sería interrumpido antes de terminar. 
Hacer de la interrupción un camino nuevo, 
hacer de la caída, un paso de danza, 
del miedo, una escalera, 
del sueño, un puente, 
de la búsqueda, un encuentro !
De tudo ficaram três coisas...  A certeza de que estamos começando...  A certeza de que é preciso continuar...  A certeza de que podemos ser interrompidos antes de terminar...  Façamos da interrupção um caminho novo...  Da queda, um passo de dança...  Do medo, uma escada...  Do sonho, uma ponte...  Da procura, um encontro! Fernando Sabino





dimanche 22 mars 2020

Puisque la poésie est politique. Ya que la poesia es política


La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.
Paul Eluard
Nunca es completa la noche.
Ya que lo digo, ya que lo afirmo,
al final de la pena,
siempre hay
una ventana abierta,
una ventana iluminada.
Siempre hay un sueño que vela,
deseo que colmar,
hambre que calmar,
un corazon generoso,
una mano tendida,
una mano abierta,
unos ojos atentos,
una vida: la vida para compartir.
Paul Eluard
Traduction : CM


lundi 16 mars 2020

Coronavirus. De la peur à l'espoir.


De William Ospina
in El Espectador

Il arrive des choses qui ne se passent que dans les contes. Devoir rester obligatoirement à la maison, recommencer à s'occuper des enfants, travailler à distance, consommer juste ce qui est indispensable, essayer d'avoir des réserves des choses les plus basiques, vouloir respirer de l'air pur, esquiver les agglomérations, avoir peur des contacts. Et tout à coup se ferment les écoles et les commerces, et les spectacles sont annulés, les entreprises paralysées. Et les économies plongent d'un moment à l'autre, les monnaies s'effondrent, les transports s'interrompent. Mais que nous dit la Terre avec tout ça ?

La dernière grande pandémie, celle de la grippe espagnole de 1918, on ne l'avait pas vécue de la même manière. C'était un fait planétaire, mais il fallait la vivre comme un fait local, partout. Maintenant, pour la première fois, nous ressentons qu'il nous arrive la même chose dans toute la planète. Cette société ultra-informée et ultra-globalisée nous apporte l'expérience nouvelle de partager la curiosité, la peur et la fragilité de toute l'humanité, elle nous fait nous comporter comme une espèce.

C'est étrange de sentir pour la première fois (parce qu'avant c'était différent, et que celles et ceux qui l'avaient vécu étaient autres) que le tissu de la civilisation bouge et qu'il semble hésiter. Et nous reviennent presque à la mémoire ces vieux oracles qui déchiffraient des signaux dans le vol des oiseaux, des messages dans les faits de la nature et dans les tragédies de l'histoire. Plus rien ne semble aléatoire, ni la forme des nuages. Et il nous est finalement révélé combien nous sommes connectés et de quelle manière étonnante est entretissé le monde. C'est alors que chacun de nous se demande quel est le message.

Sommes-nous beaucoup, maintenant ? 
C'est mauvais de manger les animaux ? 
La majeure partie des occupations du monde sont-elles vaines ? 
La lenteur et la solitude sont-elles préférables ? 
Les villes, au-delà de certaines limites civilisées, sont-elles une erreur et un piège ? 
Le modèle économique dans lequel nous vivons n'est-il qu'inégal et injuste, ou également absurde et étonnamment fragile ?
Les entreprises peuvent-elles s'effondrer avec la même facilité que les êtres humains ?
Ce que nous appelons "le pouvoir" n'est-il qu'un brin d'herbe au vent de l'histoire ?
De la même façon que Richard était prêt à échanger son royaume pour un cheval, n'y-a-t'il pas un moment où nous changerions toutes nos richesses pour un peu d'air pur dans les poumons ou pour un filet d'eau dans la gorge ?

Tout vient nous rappeler que nous pouvons vivre sans avions mais pas sans oxygène. Que ceux qui travaillent le plus pour la vie et pour le monde, ce ne sont pas les gouvernements mais les arbres. Que le bonheur c'est la santé, comme le voulait Schopenhauer. Que, comme le disait un latino, la religion, ce n'est pas s'agenouiller pour prier et supplier, mais tout regarder avec une âme tranquille. Que si nous, humains, nous travaillons jour et nuit pour raréfier la vie, intoxiquer l'air, acculer le reste des vivants, altérer les rythmes de la nature et détruire leurs équilibres, le monde a un savoir plus ancien, un système de climats qui se complètent, de vents qui rasent, de catastrophes compensatoires, de silences forcés, de quiétudes obligatoires, d'armées invisibles qui tracent des lignes rouges, neutralisent les maux, contrôlent les excès, imposent la modération et équilibrent la terre. Après avoir thésauriser pendant des siècles notre connaissance, mis en valeur notre talent, vénérer notre audace, adorer notre force, voici l'heure où nous devons aussi méditer sur notre fragilité, estimer notre étonnement, respecter notre peur.

Car il y a aussi quelque chose de poétique dans la peur : elle nous enseigne les limites de notre force, la portée de notre audace, la vraie valeur de nos mérites. Comme la mer, elle sait nous dire où est ce qui nous dépasse. Comme la gravité, elle nous montre quels sont les pouvoirs qui sont sur nous. Comme la mort et comme le corps lui-même, elle nous dit quels sont les commandements que nous ne pouvons pas violer, ce qui n'est pas permis, quelle frontière est sacrée. Et elle ne le fait ni avec des avertissements, ni avec des discours, ni avec des menaces, mais avec un langage sans mots, efficace et subtil comme un oracle, qui oeuvre "sans pitié et sans colère" comme l'a dit un poète, et qui est lumineux et inflexible comme une flamme.

Si la peur est une réaction face aux menaces du monde, l'angoisse est une réaction face aux menaces de l'esprit et de l'imagination. Elle met en évidence le mystère du monde, active la mémoire et ses fantômes, révèle l'efficacité de l'invisible, le pouvoir de l'inconnu.

On dit que ce qui ne nous détruit pas, nous rend plus forts. Cette imminence du désastre met aussi une touche de magie noire à ce qui paraissait sous contrôle, un goût hallucinatoire aux jours, elle verse une rafale de folie sur ce qui est établi, un éclair divin sur la prose du monde.

Et nous sentons qu'il y a quelque chose à apprendre de ces alarmes et de ces dangers. Si tout ce qui est le plus ferme est en état de choc, cela nous laisse entrevoir que tout peut changer, et pas forcément en mal. Si la tourmente effraie tout, nous pouvons nous aussi être la tourmente. Et dans le coeur des tourmentes, il peut y avoir aussi, comme le disait Chesterton, non pas une furie mais un sentiment et une idée.

Dans cette pause de patience et de peur, les méditations de Hamlet et les délires de Don Quichote, les conseils du Christ et les questions de Socrate, les rêves de Shéhérazade et l'ivresse d'Omar Kayam gagnent un sens nouveau. S'il est un monde fatigué et malade qui craque et s'effondre, il doit aussi y avoir un monde nouveau qui est en gestation et qui nous défie. Nous voulons donc dire avec Barba Jacob : "Donnez moi du vin et remplissons de cri les montagnes!". Nous voulons dire avec Nietzche : "Et que chaque jour où l'on n'a pas dansé au moins une fois soit perdu pour nous ! Et que toute vérité qui n'amène pas au moins un éclat de rire nous semble fausse !".

William Ospina. Écrivain, essayiste, journaliste et poète colombien de renom, né à Padua en Mars 1954. Couronné par de nombreux prix littéraires. Oeuvres traduites en français :
À qui parle Virginia en marchant vers l'eau ?, traduit de l'espagnol par Tania Roelens,
Ursúa, trad. Claude Bleton, J-C. Lattès, 2007
Le pays de la cannelle, trad. Claude Bleton, J-C. Lattès, 2010
Arrêter net, trad. Tania Roelens, Paris, Editions des Crépuscules 2019

Traduction : CM

mardi 22 mai 2018

Milonga del fusilado. En hommage à Alain Fichet


Ne me demandez pas qui je suis
ni si vous me connaissiez
les rêves que j'avais eu
grandiront bien que je ne sois plus
Je ne vis plus mais je continue
à la recherche de ce que je cherchais
et les autres qui continuent à se battre
verront naître d'autres roses
Au nom de ces choses
tous continueront à me nommer.

Ne vous souvenez pas de mon visage
celui qui fut mon visage de guerre
alors qu'il y avait sur ma terre
le besoin d'être dans la haine.
Dans le ciel qui s'éclaire déjà
vous verrez comment était mon front
peu de gens m'ont entendu rire
et bien que mon sourire soit ignoré
vous le retrouverez dans l'aube
du jour que l'on aperçoit.

Ne me demandez pas mon âge
J'ai les années de tous et toutes
parmi de nombreux choix, j'ai choisi
d'être plus vieux que mon âge
Et les années en vérité
sont les coups que j'ai donné
Je nais avec chaque fusillé
et même si mon corps se meurt
j'aurai l'âge en vérité
de l'enfant que j'aurai libéré.

Ne cherchez pas ma tombe
parce que vous ne la trouverez pas
Mes mains sont celles qui vont
dans d'autres mains qui se battent
ma voix est celle qui crie
mon rêve est celui qui continue entier
et sachez que je ne meure
que si vous commencez à lâcher
Parce que celui qui meurt au combat
vit dans chaque camarade.


Traduit le 22 mai 2018, en hommage à Alain Fichet.

vendredi 27 avril 2018

Pour un 1er mai internationaliste : SOMOS SUR (Ana Tijoux feat Shadia Mansour)


Pour ce 1er mai 2018, voici la traduction des paroles de la chanson d'Ana Tijoux : SOMOS SUR

Tu nous dis que nous devons nous asseoir
Mais les idées ne peuvent que nous mettre debout
Cheminer, avancer, ne pas se rendre ni reculer
Voir, apprendre, absorber comme une éponge
Personne n'est en trop, on a besoin de tous, tous comptent
Tous pour tous, tout pour nous
Tu nos dices que debemos sentarnos
Pero las ideas solo pueden levantarnos
Caminar, recorrer, no rendirse ni retroceder
Ver, aprender como esponja absorbe
Nadie sobra, todos faltan, todos suman
Todos para todos, todo para nosotros
Nous portons le grand rêve que l'empire tombe
nous le crions haut et fort, il n'y a pas le choix
ce n'est pas une utopie, c'est une joyeuse rébellion
la danse de ceux qui sont de trop, ta danse et la mienne
pour nous lever et dire : ça suffit
Ni l'Afrique, ni l'Amérique Latine ne se vendent aux enchères
avec de la terre, un casque, un crayon, fouler au pied le fiasco
provoquer un tremblement de terre social dans ce bourbier

Soñamos en grande que se caiga el imperio
lo gritamos alto, no queda mas remedio
esto no es utopía, es alegre rebeldía
del baile de los que sobran, de la danza tuya y mía
levantarnos para decir: ya basta
Ni África, ni América Latina se subasta
con barro, con casco, con lápiz, zapatear el fiasco
provocar un social terremoto en este charco
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Nigeria, Bolivie
Chili, Angola, Porto Rico et Tunisie
Algérie, Venezuela,
Guatemala, Nicaragua, Mozambique, Costa Rica
Cameroun, Congo, Cuba, Somalie,
Mexique, République Dominicaine, Tanzanie
Tirez vous de l'Amérique Latine yanquees
français, anglais et hollandais, je te veux libre Palestine
Nigeria, Bolivia
Chile, Angola, Puerto Rico y Tunisia
Argelia, Venezuela
Guatemala, Nicaragua, Mozambique, Costa Rica
Camerún, Congo, Cuba, Somalía
México, República Dominicana, Tanzania
Fuera yanquis de América latina
franceses, ingleses y holandeses, yo te quiero libre Palestina

[Shadia Mansour]
(Donne moi le micro)
La musique est la langue maternelle du monde
Elle soutient notre existence, elle protège nos racines
Elle nous unit depuis la grande Syrie, à l'Afrique, jusqu'en Amérique Latine
Ici je suis avec Anita Tijoux
Ici je suis avec ceux qui souffrent, et non avec ceux qui t'ont vendu
Ici je suis avec la résistance culturelle
Depuis le début, hasta la victoria siempre!
Je suis avec ceux qui sont contre, ceux qui n'ont pas collaboré, ceux qui sont de notre côté
Depuis longtemps j'y ai pensé, c'est pourquoi j'ai investi sur Banksy quand Ban-Ki s'est brisé
Comme dit le refrain : "la situation a besoin d'être bercée mais en réalité la situation doit s'arrêter"
Pour chaque prisonnier politique libre, une colonie israélienne s'agrandit
Pour chaque salut, mille maisons dévastées
Ils utilisent la presse pour ce qu'ils peuvent fabriquer
Mais quand ma peine est condamnée, la voilà la réalité
(Dame el micrófono)
La música es la lengua materna del mundo
Ella apoya nuestro existencia, ella protege nuestros raíces
Ella nos une desde la gran Siria, África, hasta América Latina
Aquí estoy con Anita Tijoux
Aquí estoy con los que sufren, y no con los que te vendieron
Aquí estoy con la resistencia cultural
Desde el comienzo, hasta la victoria siempre!
Estoy con los que están en contra, con los que no colaboraron, con los que están en nuestro lado
Hace tiempo, yo he calculado, así que decidí invertir en Banksy después que Ban-Ki se quebró
Como dicen "la situación necesita ser acunada pero en realidad la situación se tiene que parar"
Por cada prisionero político libre, una colonia israelí se agranda
Por cada saludo, se retumbé mil casas
Ellos usan la prensa para que pueden fabricar
Pero cuando mi pena se condena, la realidad se presenta
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los sometidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Pillage, saccage, colonisation, Matías Catrileo, Wallmapu
Mille fois nous vaincrons, du ciel au sol, du sol au ciel
Allons, sau, sau, sau, sau, sau, sau, sau, sautant
Petit Cheval Blanc, repars dans ton village
Nous n'avons pas peur de toi, nous avons la vie et le feu
le feu de nos mains, le feu de nos yeux
Nous avons tant de vie, et jusqu'à la force couleur rouge
La petite Marie ne veut pas de ton chatiment
Elle va se libérer avec le sol palestinien
Nous sommes Africains, Latinoaméricains
Nous sommes ce Sud et nous nous tendons la main

Saqueo, pisoteo, colonización, Matías Catrileo, Wallmapu
Mil veces venceremos, del cielo al suelo, y del suelo al cielo
vamos, sa, sa, sa, sa, sa, sa, sa, saltando
Caballito Blanco, vuelve pa' tu pueblo
no te tenemos miedo tenemos vida y fuego
fuego nuestras manos, fuego nuestros ojos
tenemos tanta vida, y hasta fuerza color rojo
La niña María no quiere tu castigo
se va a liberar con el suelo Palestino
Somos Africanos, Latinoamericanos
somos este sur y juntamos nuestras manos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los sometidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos

dimanche 16 juillet 2017

Et la mort n'aura pas d'empire


Des poètes et des artistes du monde entier soutiennent le processus de paix et appellent à sa mise en oeuvre rapide en Colombie.

Medellín, 15 juillet 2017

"Nommer l'extermination salit la langue, c'est la raison pour laquelle on lui cherche de fausses métaphores salvatrices. Mais la guerre ne peut être déguisée, elle est trop inacceptable. Et c'est presque toujours l'argument final pour qui manque d'arguments". 

Nous, poètes et artistes invités au 27ème Festival International de Poésie de Medellín, avons posé nos yeux sur le passé récent de la Colombie. Ce que nous avons vu dépasse notre capacité d'entendement et défie, sans réussir à le vaincre, notre amour pour la vie.

Les chiffres qui se doivent à la froideur ne le font pas ici : Ils sont le douloureux témoignage de décennies d'injustice et de spoliation, les fruits d'une haine qui doit être extirpée du corps de la Colombie. Ne serait-ce que par le nombre de vies fauchées : on nous a parlé de 220.000. Et le nombre de victimes : 8.245.398. Les disparitions forcées : 85.000. On nous a dit que ces chiffres étaient les chiffres officiels. Nous avons pensé que ce ne pouvait être vrai. Alors on nous l'a répété de nouveau : "Ce sont les chiffres officiels". Ainsi donc, toute cette horreur a bien eu lieu. Il ne s'agissait pas d'hyperboles : Un peuple installé, pendant plus d'un demi siècle, sous l'empire de la mort.

Notre capacité à comprendre et à accepter la réalité avait déjà été mise à rude épreuve quand, au cours d'un référendum précédé de mensonges et d'une manipulation perverse des sentiments légitimes du peuple colombien, c'est le Non qui avait gagné et qui résonne encore dans nos consciences. Après avoir résolu cette impasse insoluble, nous pensions que le pire était déjà passé. Nous confions qu'il en sera ainsi. Mais nous devons rester en alerte pour que les discours de haine et de vengeance n'étendent plus leur venin insidieux. Et nous voyons avec joie que les parties qui se sont affrontées pendant des décennies d'horreur ne sont pas seulement en alerte, mais donnent des preuves irréfutables de leur volonté sincère d'honorer leur parole écrite et signée.

Bien que cela puisse paraître un lieu commun, nous voulons répéter ici que la paix est un droit inaliénable des peuples et une obligation sans réserves des gouvernements. Comme avec la signature de l'Accord Final, l'espoir du peuple colombien ne peut pas être à nouveau trahi, nous demandons au Président Juan Manuel Santos, au Pouvoir Judiciaire et au Congrès de la République, d'accélérer l'application de ce qui a été pacté et, tout particulièrement, de ne pas attendre un jour de plus pour, à travers l'amnistie, libérer les insurgés qui demeurent encore dans les prisons, y compris une gestion rapide pour libérer Simon Trinidad. Nous les invitons à lutter de manière décidée et claire pour le démantèlement des structures paramilitaires qui risquent aujourd'hui d'installer à nouveau le peuple colombien sous la domination de la mort et de la haine. Par ailleurs, malgré les difficultés, les dangers et les menaces qui hantent le long chemin de la construction de la paix, nous invitons les FARC-EP à ne pas permettre que faiblisse la volonté de paix dont ils ont déjà montré des preuves évidentes.

Jusqu'à aujourd'hui, nous voyons que le peuple colombien n'a pas été le protagoniste essentiel de l'histoire mais qu'il l'a subie. Il suffit de regarder les chiffres officiels : les 177.000 civils assassinés sélectivement et la quantité abominable des victimes, près de 9 millions de personnes, sont des preuves irréfutables. Nous, poètes et artistes qui avons participé à ce 27ème Festival International de Poésie de Medellín, sommes convaincus que pour la mise en oeuvre de l'Accord Final, la présence vigilante de la société civile sera essentielle. Nous invitons le peuple de Colombie à blinder ce qui a été signé par son accompagnement. Le non-respect des pactes serait, à nouveau, la porte ouverte à l'enfer de la guerre.

Il y a deux ans exactement, dans le cadre du II Sommet Mondial de Poésie pour la Paix en Colombie, les poètes invités au Festival International de Poésie de Medellín avaient rédigé et signé un document qui disait entre autres : 

"La poésie et l'art peuvent transformer la douleur et la tragédie, vécues comme mémoire et force pour affirmer la vie et vaincre les arguties de la mort. Nous disposer à transformer les blessures profondes produites en Colombie par l'injustice et son déploiement guerrier, nous engage tous à une réflexion sur ce mal-être. Mais aussi à reconnaître ce que nous étions avant la contagion, et ce que, une fois dépassée, nous pouvons arriver à être. Si nous affirmons sans tituber que la poésie est un impossible réalisé, la paix devrait être un impossible réalisable. Cet impossible réalisable remettra dans nos yeux le pays tel qu'on ne l'a pas laissé être".

Aujourd'hui, nous faisons nôtres ces paroles et nous redisons les mots laissés par Dylan Thomas : 
"Et la mort n'aura pas d'empire" 
"Y la muerte no tendrá señorio"
"And death shall have no dominion"

Signataires :

Timo Berger, Tom Schulz, Odile Kennel (Allemagne)
Graciela Maturo, Samuel Bossini, Hugo Francisco Rivella, Tina Elorriaga (Argentine)
Maria Takolander (Australie)
Diana Araujo (Brésil)
Stefan Hertmans (Belgique)
Marcia Mogro (Bolivie)
Jorge Torres, José Luis Díaz-Granados, Alejandra Lerma, Maria Tabares, Marco Fidel Cardona, Camila Charry, Lucía Parias, Gustavo Valdes, Carlos Ciro, Sore Snid Berrío, Maria Isabel Garcia Mayorca, Pedro Arturo Estrada, Orietta Lozano, Felipe Posada,  Felipe López,  Camilo Restrepo, Carlos Andrés Jaramillo,  Kelly Jiménez,  Daniel Acevedo,  Lina Trujillo,  Andrés Alvarez ,  Ronald Cano,  Lorena Zapata,  Gunnara Jamioy Izquierdo (Nations Iku-Kamëntsá, Colombie),  Pedro Ortiz (Nation Inga, Colombie),  Martín Cruz (Colombie)
Eduard Encina, Polito Ibañez (Cuba)
Elvira Hernández, Jesus Sepulveda, Mauricio Castillo –Chinoy-(Chili)
Gary Geddes (Canada)
Peter Laugesen (Danemark)
Luis Carlos Mussó, Luis Carlos Mussó (Equateur)
Gerry Loose (Ecosse)
Inger Mari Aikio (Nation Sami, Finlande)
Marc Perrin, Anne Kawala, Stepháne Chaumet (France)
Peter Waugh, Zingonia Zingone (Grande Bretagne)
Nikolaos Vlahakis, Savina Yannatou, Spyros Manesis (Grèce)
Sabino Esteban (Guatemala)
Fabricio Estrada (Honduras)
Abhay K. (Inde)
Caterina Davinio (Italie)
Ann-Margaret Lim (Jamaique)
Hanane Aad (Líban)
Khalid Raissouni (Maroc)
Margarito Cuéllar, Balam Rodrigo (Mexique)
Natalio Hernández (Nation Náhuatl, Méxique)
Baatarkhuu Tumendembere (Mongolie)
Fakhri Ratrout (Palestine-Jordanie) Najwan Darwish (Palestine)
Shirley Villalba (Paraguay)
Denisse Vega (Pérou)
Mina Gligoric (Serbie)
Firas Sulaiman (Syrie)
Svenja Herrmann (Suisse)
Haydar Ergülen (Turquie)  
Saidash Begzy Oglu Mongush (Tuva-Russie)





mardi 6 juin 2017

Rêves en désordre. Sueños en desorden. Bachir Hadj Ali


Sueños en desorden

Sueño con islotes risueños y calas umbrías
Sueño con verdes ciudades de noche silenciosas
Sueño con caseríos blanquiazules sin tracoma
Sueño con rios profundos tranquilos y perezosos
Sueño con una protección de los bosques convalecientes
Sueño con fuentes anunciadoras de cerezos
Sueño con olas rubias que salpican las torres de alta tensión
Sueño con plataformas petrolíferas color primero de mayo
Sueño con encajes lánguidos sobre las sendas quemadas
Sueño con fábricas afiladas y manos hábiles
Sueño con bibliotecas cósmicas bajo el claro de luna
Sueño con comedores de murales mediterraneos
Sueño con tejados rojos en la cumbre del Chelia
Sueño con cortinas corrugadas en las ventanas de mis tribus
Sueño con un interruptor de marfil en cada cuarto
Sueño con un cuarto claro para cada niño
Sueño con una mesa transparente para cada familia
Sueño con un mantel florido para cada mesa
Sueño con poderes adquisitivos elegantes
Sueño con novias que no se preocupan por las negociaciones secretas
Sueño con parejas harmoniosamente acordadas
Sueño con hombres equilibrados en presencia de la mujer
Sueño con mujeres cómodas en presencia del hombre
Sueño con bailes rítmicos en los estadios
y campesinas espectadoras con zapatos de cuero
Sueño con campeonatos geométricos inter-liceos
Sueño con torneos oratorios entre los picos y los valles
Sueño con conciertos de verano en unos jardines colgantes
Sueño con mercados persas modernizados para cada cual segun sus necesidades
Sueño con mi pueblo valeroso cultivado bueno
Sueño con mi país sin torturas sin carceles
Miro con mis ojos miopes mis sueños desde mi celda

Bachir Hadj Ali in "Que la dicha perdure"

Bachir Hadj Ali (1920-1991), poeta argelino y activista político.
Nace en la Casbah de Argél el 10 de diciembre de 1920 en el seno de una familia modesta de Aït Hammad (Azeffoun) en Cabilia. Asiste a la escuela coránica y a la escuela francesa, pero en 1937 renuncia a entrar en la escuela normal de maestros para ayudar a su familia. Después de la desmovilización en 1945 entra en el Partido Comunista de Argelia (PCA). En 1948 se convierte en editor del periódico "Libertad", el órgano central del PCA, entra en su secretariado en 1951 y en 1953 los tribunales coloniales le condenan a dos años de prisión por delitos contra la seguridad del Estado. 

En clandestinidad durante la guerra de liberación nacional, Bachir Hadj Ali negocia con Sadek Hadjerès en 1956 la integración  individual al ELN (Ejercito de Liberación Nacional) de los "Combatientes de la liberación", organización militar de los comunistas argelinos creada en 1954, de la cual era responsable. Es nombrado dirigente del PCA.

Después de la independencia, el presidente Ben Bella prohibe el Partido Comunista Argelino en noviembre de 1962. Después de la toma del poder por Houari Boumediene el 18 de junio de 1965,  Bachir Hadj Ali crea con la izquierda del FLN, Hocine Zahouane y Mohammed Harbi, la "Organización de la Resistencia Popular" (ORP). Es detenido en septiembre y torturado en los calabozos de seguridad militar de Argél. Transferido en noviembre a la cárcel de Lambaesis, escribe "Lo  Arbitrario" en una hojas de papel higiénico que logra hacer llegar disimuladas en unos cigarrillos, a su mujer Lucette Laribere durante sus visitas. El texto describe las torturas que sufrió, y de las cuales guardará secuelas importantes. El texto es publicado en 1966 por las Ediciones de Minuit. Liberado en 1968, Bachir Hadj Ali se encuentra bajo arresto domiciliario en Saida y luego en Ain Sefra. Habiendole prohibido permanecer en las principales ciudades de Argelia, regresa a Argél tan solo en 1974.

Escribiendo poemas y ensayos, Bachir Hadj Ali funda en 1966 el Partido de la Vanguardia Socialista
(PAGS) y desarolla una actividad intensa, interrumpida en 1980 a causa de la pérdida progresiva de la memoria. Muere en Argél el 8 de mayo de 1991.




Rêves en désordre

Je rêve d’îlots rieurs et de criques ombragées
Je rêve de cités verdoyantes silencieuses la nuit
Je rêve de villages blancs bleus sans trachome
Je rêve de fleuves profonds sagement paresseux
Je rêve de protection pour les forêts convalescentes
Je rêve de sources annonciatrices de cerisaies
Je rêve de vagues blondes éclaboussant les pylônes
Je rêve de derricks couleur de premier mai
Je rêve de dentelles langoureuses sur les pistes brûlées
Je rêve d’usines fuselées et de mains adroites
Je rêve de bibliothèques cosmiques au clair de lune
Je rêve de réfectoires fresques méditerranéennes
Je rêve de tuiles rouge au sommet du Chélia
Je rêve de rideaux froncés aux vitres de mes tribus
Je rêve d’un commutateur ivoire par pièce
Je rêve d’une pièce claire par enfant
Je rêve d’une table transparente par famille
Je rêve d’une nappe fleurie par table
Je rêve de pouvoirs d’achat élégants
Je rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes
Je rêve de couples harmonieusement accordés
Je rêve d’hommes équilibrés en présence de la femme
Je rêve de femmes à l’aise en présence de l’homme
Je rêve de danses rythmiques sur les stades
Et de paysannes chaussées de cuir spectatrices
Je rêve de tournois géométriques inter-lycées
Je rêve de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées
Je rêve de concerts l’été dans des jardins suspendus
Je rêve de marchés persans modernisés
Pour chacun selon ses besoins
Je rêve de mon peuple valeureux cultivé bon
Je rêve de mon pays sans tortures sans prisons
Je scrute de mes yeux myopes mes rêves dans ma prison

Bachir Hadj Ali in "Que la joie demeure"
Lire L'élan de Bachir Hadj Ali in L'Humanité 


vidéo de l’artiste algérien Ammar Bouras sur un texte de Bachir Hadj Ali