Affichage des articles dont le libellé est Mouvement social. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mouvement social. Afficher tous les articles

dimanche 4 août 2024

Transmettre la force émancipatrice

Parce que j'ai besoin de cultiver le jardin du nouveau front populaire, je suis allée à la bibliothèque prendre des livres sur 1936 en France. 

J'ai été frappée par la force émancipatrice des images. 

Multitudes de poings levés,
casquettes et femmes à chapeau,
bicyclettes et tandems,
blouses et bleus de travail,
le bord de l'eau,
le bord de mer,
les tentes de fortune,
les usines occupées,
la joie multipliée,
des enfants partout,
le grand Blum à lunettes rondes et ses ministres femmes,
le premier billet populaire de congé annuel,
les trains et les plages pris d'assaut,
les bals musettes improvisés dans les cours.
Et encore le bord de mer,
et encore le bord de l'eau

Voir l'album ici

Bien sur, avant, il y a les images des émeutes de février 34. Et après, il y a la dislocation de 37, le triste manque de solidarité avec la République espagnole et la maudite "pause" dans les réformes. 

Il n'empêche que, dans nos mémoires longues, la gloire lumineuse de 1936 brille avec une telle intensité qu'elle réveille nos tendresses et nos désirs de justice... La victoire de l'unité des gauches, la force des grèves qui poussent à changer la vie, la revanche du travail sur le capital et le temps retrouvé nous attendent !

Aujourd'hui, nous sommes le 4 août, trêve olympique ou pas, nous sommes un certain nombre à saluer ce jour. Le souffle de l'abolition des privilèges mérite toutes les médailles du monde !






samedi 22 juin 2024

L'école ou la banque ?


L'autre jour à Nanterre, pour le #NouveauFrontPopulaire, je suis restée quelques temps à attendre devant l'école Maxime Gorki. Et j'ai été scotchée par cette image de la petite école au pied des tours mastodontes de la Société Générale. Comme un emblème de la période de "clarification" imposée par la dissolution : Quel avenir voulons-nous... L'école ou la banque ?

L'école en travaux, tournée vers les habitants du quartier qui ce jour-là avaient préparé un petit déjeuner à partager. L'école habitée par la diversité du monde et des peuples. L'école entourée d'arbres. L'école de nos enfants. L'école du jeu, de l'apprentissage d'humanité. L'école de la reconnaissance de la "Chose Publique". L'école de la construction d'avenir.

Ou bien la banque glacée, métallique, lisse, déshumanisée, tournée vers le pôle de développement économique de la Défense. La banque froidement imposante, la puissance du calcul et de l'accumulation. La banque dont les tours ont une hauteur de 167m avec des façades conçues pour résister à des vents de 350 kmh.

Evidemment, je choisis l'école. Et je me dis que le 8 juillet, quelque soit le résultat des élections législatives, on sera comme l'école au pied des tours, à faire face aux partis de la banque. Alors je m'associe à la pression populaire pour que le #NouveauFrontPopulaire ait le plus de force.  

=> POUR la gratuité de l'école publique : cantine, transports, périscolaire.

=> POUR l'augmentation des recettes fiscales et la distribution des richesses.

Merci pour la photo, Laureen !





mercredi 19 juillet 2023

Traduction.fr - Déclaration finale du Sommet des Peuples 2023. Bruxelles



Dans le cadre d'un exercice de diplomatie populaire répondant à un appel pluriel, représentatif, divers et inclusif, 

Nous, organisations et mouvements sociaux, politiques, syndicaux, féministes et environnementaux d'Amérique latine, des Caraïbes et d'Europe, réunis à Bruxelles le 17 et 18 juillet 2023 lors du Sommet des Peuples, déclarons :

1) Alors qu'à notre époque, l'impérialisme développe une offensive qui tente de diviser le monde en blocs d'États déconnectés et en conflit les uns avec les autres, il intensifie toutes sortes de provocations, blocus, pressions et mesures coercitives unilatérales contre les peuples qui ne se soumettent pas et ne servent pas ses intérêts, et il cause destruction et mort dans de nombreuses régions de la planète.

Ce Sommet des Peuples a compris que la rencontre entre la CELAC (Communauté des Etats d'Amérique Latine et des Caraïbes) et l'Union Européenne est une opportunité pour avancer dans la création d'un monde multipolaire, avec des relations multilatérales qui permettent à l'Humanité de progresser dans la Paix en harmonie avec la Terre Mère. Pour cela, des progrès doivent être réalisés dans les relations entre l'Europe, l'Amérique latine et les Caraïbes, pour renforcer une coopération bi-régionale, fondée sur le respect mutuel et la réciprocité, qui place l'être humain au centre des politiques publiques, sans ingérence extérieure, et rejette catégoriquement toute action politique ou militaire visant à interférer dans le développement normal des institutions et des normes constitutionnelles de l'un des États participant au Sommet. C'est pourquoi nous condamnons les campagnes médiatiques visant à déstabiliser les gouvernements démocratiquement élus par leurs peuples en Amérique latine et aux Caraïbes

En ce sens, nous observons avec intérêt l'avancée des forces qui défendent un nouvel ordre international multipolaire et multicentrique, qui annonce l'avènement progressif d'une architecture mondiale, fondée sur la solidarité et la coopération entre pays souverains. C'est avec optimisme et sympathie que nous regardons la nouvelle vague progressiste qui fait son chemin en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous saluons leurs combats héroïques en défense de la souveraineté, du bien-être social et de la démocratie participative, dans le but d'améliorer les conditions de vie et d'existence des peuples, promouvoir l'unité solidaire et l'intégration régionale, réactiver avec plus de force la CELAC et l'UNASUR.

De même, nous apprécions hautement le rôle d'avant-garde joué par l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), fondée par Fidel Castro et Hugo Chávez, et nous nous reconnaissons dans l'appel du Forum de Sao Paulo lorsqu'il proclame : « Surmontons les différences, construisons l'unité la plus large dans la diversité des partis, des mouvements sociaux et populaires et de l'intelligentsia progressiste et de gauche au sein de chaque organisation, pays et continent. Nous continuerons dans l'unité pour l'intégration régionale afin de faire progresser la souveraineté de l'Amérique latine et des Caraïbes !"

Nous saluons les 20 ans du Réseau des Intellectuels, Artistes et Mouvements Sociaux en Défense de l'Humanité (REDH), un mouvement de pensée et d'action qui prône dans ses principes directeurs : la défense de la paix, de la mémoire, de la vérité et de la pluralité de l'information, l'intégration et la souveraineté des peuples, la préservation de l'environnement et l'unité dans la diversité culturelle.

2) En conséquence, le Sommet des Peuples :
  • Condamne le blocus injuste et illégitime que les États-Unis font subir à Cuba et se joint à la déclaration approuvée lors de la 26ème réunion du Forum de Sao Paulo, qui s'est tenue à Brasilia du 29 juin au 2 juillet 2023. Il y est affirmé que Cuba a héroïquement résisté à plus d'un demi-siècle de blocus injuste et criminel de la puissance impériale des États-Unis. La dignité du peuple cubain est un exemple pour toutes les nations et partis populaires du monde, de la même manière que nous nous solidarisons avec le Forum de Sao Paulo qui déclare que Cuba est "Patrimoine universel de la dignité".
  • Condamne l'utilisation de mécanismes judiciaires et de fake news pour expulser de leurs fonctions les dirigeants progressistes d'Amérique latine démocratiquement élus par leurs peuples et rejette la politique illégale de sanctions et de mesures coercitives unilatérales imposées par les États-Unis contre la République bolivarienne du Venezuela et la République du Nicaragua qui constituent un blocus inhumain et criminel des économies et des peuples des deux pays. Il rejette également la politique de l'Union européenne consistant à approuver et, dans certains cas, à reproduire les sanctions américaines contre le Venezuela et le Nicaragua.
  • Exhorte le gouvernement des États-Unis à abroger complètement, immédiatement et sans condition toutes les mesures qui affectent la pleine jouissance des droits humains des peuples d'Amérique latine et des Caraïbes, y compris la réalisation de leur droit au développement et à la recherche du bien-être.
  • Condamne spécifiquement l'enlèvement et la détention arbitraire du diplomate bolivarien Alex Saab, par le gouvernement des États-Unis, alors qu'il effectuait un travail humanitaire à l'étranger, obtenant des médicaments et de la nourriture pour atténuer l'impact criminel des mesures coercitives unilatérales sur le peuple vénézuélien. Nous exigeons sa libération immédiate.
  • Rejette l'avancée de l'extrême droite en Europe, facilitée par la mise en place de politiques autoritaires, réactionnaires et patriarcales qui ont supprimé les droits sociaux et rendu la vie précaire à des millions de personnes à travers l'Europe.
  • Défend l'application de politiques socialement avancées qui empêchent les peuples d'Europe de continuer à subir les conséquences d'une crise qu'ils n'ont pas provoquée.
  • Se solidarise avec les efforts déployés par le gouvernement colombien du président Petro pour faire avancer un programme social et de transformation avec un nouveau cadre de travail en faveur de la classe ouvrière, une nouvelle conception de l'éducation qui garantit véritablement le droit à l'éducation et le progrès vers une éducation universelle et de qualité système de santé publique.
  • Considère comme un exemple de fermeté populaire la lutte du peuple bolivien pour récupérer la démocratie après le coup d'État fasciste qui a tenté de mener le pays à ses heures les plus sombres. Aujourd'hui la Bolivie avance dans l'amélioration de son économie avec équité et justice sociale, avec comme horizon la politique du "Vivir Bien". Elle émerge de ses racines indigènes originelles, se combine harmonieusement avec l'expérience et les paradigmes des travailleurs, et recherche la stabilité sociale avec de grandes réalisations dans la protection des droits humains des peuples indigènes et paysans et ceux de la Terre mère.
  • Considère avec joie et espoir le retour de Lula à la présidence du Brésil après avoir subi toutes sortes d'attaques, de manipulations, après le rejet populaire de la politique d'extrême droite de Bolsonaro qui ouvre la voie à une nouvelle étape de progrès au Brésil. Cela nous permet de concevoir cette victoire comme un exemple de combat et de défaite du fascisme par la persévérance dans le travail social, syndical et politique.
  • Se félicite de l'impulsion qui soutient la création de la CELAC sociale comme espace de représentation des peuples latino-américains et caribéens, et demande instamment qu'elle soit reconnue par l'UE et ses organisations comme contrepartie pour la création d'un espace social de bi-participation populaire régionale
  • Condamne la répression au Pérou qui a fait 69 morts, dont 49 tués avec des armes à usage militaire et policier. Nous rejetons la criminalisation de la protestation sociale et l'entrave au droit à la mobilisation pacifique. Nous réclamons que les crimes contre l'humanité soient portés devant la justice et la liberté des détenus. Nous dénonçons également que le gouvernement de Dina Boluarte ait autorisé la présence de troupes américaines dans le but d'intimider la population. Nous rejetons la déclaration du Congrès du Pérou contre les présidents Gustavo Petro, Manuel López Obrador et l'ancien président Evo Morales à la lumière de leurs évaluations justes de la situation politique et sociale péruvienne.

3) Exige le respect de l'autodétermination du peuple haïtien sans coups d'État promus par le Nord global, ni occupations militaires de son territoire comme celles qui se sont produites dans le cadre des opérations de la Force multinationale provisoire (FMP) et de la MINUSTA (Mission pour la stabilisation des Nations Unies pour Haïti, approuvé par le Conseil de sécurité de l'ONU et impliqué dans l'abus sexuel systématique de filles, garçons et femmes

4) Avec le principe de la solidarité active, nous affirmons : la libre circulation n'est pas seulement un droit inhérent à l'être humain. Elle a aussi un impact positif sur les sociétés d'accueil.

C'est pourquoi il est nécessaire de dénoncer et de rendre visible la violation des droits humains subie par les migrants et leurs familles, ainsi que la tragédie humanitaire sur les routes migratoires, vécue majoritairement par des femmes et des filles victimes des réseaux de traite d'êtres humains et victimes de la traite à des fins d'exploitation sexuelle. Il est impératif d'agir pour leur défense et leur protection. Ce Sommet affirme que le moment est venu pour les États du Nord et du Sud de reconnaître le double avantage de la migration et de mettre en œuvre des politiques en conséquence.

5) Constate avec inquiétude que les jeunes des deux continents sont touchés par le chômage, l'accroissement des écarts d'inégalités et les limites à leur développement personnel et professionnel. Inspirés par la force mobilisatrice de la jeunesse, nous plaidons pour que soient donnés aux jeunes les moyens d'assumer le rôle de transformer leurs réalités, d'accompagner leurs revendications et de garantir le respect de leurs droits sans aucune forme de discrimination et pour une plus grande justice sociale.

6) Constate qu'en dépit des progrès réalisés, le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les formes d'intolérance qui y sont associées persistent, ce qui a un impact négatif sur la jouissance de tous les droits humains des personnes d'ascendance africaine, en particulier les femmes et les mineurs qui sont victimes de discrimination intersectionnelle et multisectorielle. Il demande instamment l'adoption de lois et la mise en œuvre de politiques et de programmes qui garantissent la protection effective des personnes africaines et d'ascendance africaine victimes de discrimination raciale.

7) En préparant ce Sommet, nous avons réalisé un travail qui a abouti à deux jours de conférences, débats et ateliers, au cours desquels des expériences de lutte et de gouvernement ont été échangées, des alternatives aux problèmes qui affectent nos Peuples ont été définies et des projets ont été coordonnés. Cela nous amène à proclamer notre détermination à coopérer et à coordonner nos forces :
  • Elle propose de lutter en coordination pour construire un Ordre International Multipolaire basé sur des relations multilatérales, qui permettent le développement des principes et droits reconnus dans la Charte Fondatrice des Nations Unies.
  • Elle défend le droit de chaque Peuple à disposer librement de son avenir, sans ingérence extérieure, avec la capacité de mettre ses richesses et ses ressources naturelles au service de l'amélioration des conditions de vie de la majorité sociale qui souffre aujourd'hui de la faim, de maladies curables, et du manque de logement. En ces moments de crise alimentaire, nous revendiquons le développement de l'agriculture traditionnelle et le dialogue interscientifique pour parvenir à la sécurité alimentaire souveraine du monde.
Ce Sommet appelle les peuples du monde, les forces politiques de gauche, les progressistes et les mouvements sociaux et populaires d'Amérique latine et des Caraïbes, et en particulier la CELAC et l'ALBA, à assumer une solidarité claire et active avec la lutte contre le colonialisme et en faveur du droit inaliénable à l'autodétermination du peuple sahraoui et de son représentant légitime, le Front Polisario.

Dans le même sens, elle est solidaire de la lutte des peuples palestiniens pour la défense de leur droit à établir un État indépendant en application du droit international, et dénonce la répression qu'ils subissent de la part des forces d'occupation d'Israël.

Ce Sommet célèbre que le 7ème Sommet de la CELAC, qui s'est tenu à Buenos Aires en janvier 2023, ait ratifié "l'Amérique latine et les Caraïbes en tant que zone de paix", comme elle l'avait déjà reconnu à La Havane, au cours de son 2ème sommet qui avait eu lieu en 2014. Nous espérons que les pays qui composent l'UE suivront cet exemple, afin qu'ils puissent contribuer efficacement à la paix mondiale.

En ce moment de l'histoire, plein de conflits, nous revendiquons la défense de la culture de la Paix, comme fondement de la civilisation. Nous demandons instamment que ces conflits soient résolus par des moyens pacifiques et par des négociations diplomatiques. Nous soutenons les efforts promus par les présidents Lula et López Obrador, plusieurs présidents africains et le gouvernement chinois, pour mettre fin au conflit militaire en Ukraine. Dans cette défense de la solution négociée des conflits, nous soutenons les initiatives du président Petro en faveur d'une paix totale en Colombie, et nous reconnaissons le rôle de Cuba, du Mexique et du Venezuela en tant que garants du processus et des accords de paix en Colombie de 2016 .

8) Parallèlement à notre Sommet des peuples, s'est tenu le 3ème Sommet des chefs d'État et de gouvernement de la CELAC et de l'UE, qui a été présenté comme une opportunité pour approfondir les relations entre les deux régions à partir d'une autonomie stratégique.

Nous regrettons les tentatives de l'UE d'imposer des méthodes unilatérales, peu transparentes, contraires à l'esprit de respect, de dialogue et de coopération qui devrait prévaloir dans les relations bi-régionales. En tant que Sommet des Peuples, nous continuerons à faire pression pour dégager des espaces de rencontre bi-régionaux, construits sur un pied d'égalité, transparents, pleinement inclusifs, qui apportent de vraies solutions aux défis politiques, sociaux, environnementaux et économiques de nos peuples.

9) Nous sommes sûrs que ce Sommet servira d'impulsion aux luttes populaires, et avec cette Déclaration finale, nous appelons à l'établissement d'une feuille de route qui envisage de :
  • Soutenir le Tribunal international contre le blocus de Cuba, qui se tiendra les 16 et 17 novembre 2023. Il s'agit d'une action importante de mobilisation, de dénonciation et de revendication des peuples contre le blocus. Nous exigeons le retrait de Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme.
  • Impliquer toutes nos organisations dans les mobilisations qui sont appelées pour le 21 septembre, en défense de la Paix et de la Solidarité, contre la spirale belliciste et pour la dissolution des Blocs Militaires. Cela nous engage à continuer à travailler pour que l'Atlantique et la Méditerranée soient déclarées comme zones de paix, libres de bases militaires.
  • Promouvoir une campagne pour dénoncer les blocus et les mesures coercitives subis par de nombreux États du monde aux mains de l'impérialisme et, en particulier, ceux subis de manière particulière par Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, qui doivent cesser immédiatement. En ce sens, nous dénonçons l'utilisation du Parlement européen comme instrument au service de ces attaques.
  • Exiger la cessation des sanctions unilatérales, qui constituent une ingérence manifeste dans les affaires intérieures de ces États. L'UE ne peut pas être l'architecte ou la complice de ces actions illégales. C'et pourquoi nous proposons qu'elle agisse directement en son sein et dans toutes les institutions judiciaires et politiques internationales pour parvenir à son élimination.
  • Soutenir les luttes des femmes contre le Patriarcat pour la défense de la vie, la construction de sociétés justes et émancipatrices.
  • Soutenir la proposition présentée par le président bolivien Luis Arce Catacora que les États membres de l'ONU convoquent l'Assemblée de la Terre pour 2024, afin de préserver notre maison commune qu'est la Terre mère et discuter des conséquences du modèle de développement capitaliste qui a conduit à la destruction de notre planète, en promouvant la création du Mécanisme Intergouvernemental Permanent pour l'Eau à l'ONU qui garantisse le droit à l'eau potable et à l'assainissement en tant que droit humain essentiel pour nos peuples
  • Défendre des accords et des mesures qui contribuent à développer des relations commerciales, financières et économiques équitables, équilibrées sur la base du bénéfice mutuel et de la défense de la Terre Mère, de nature multilatérale, qui éradique définitivement le colonialisme qui a causé tant de dommages aux peuples latino-américains et Caraïbes.
  • Défendre la conservation, la revitalisation et la promotion des langues autochtones afin de préserver l'identité, l'histoire, la culture, les connaissances, les coutumes et les traditions de nos peuples dans le cadre de la Décennie internationale des langues autochtones, en soutenant les pratiques de médecine culturelle et ancestrale des peuples autochtones préservés par les peuples autochtones
  • Exhorter à la construction de plates-formes de communication à partir desquelles diffuser des informations réelles et véridiques qui brisent les manipulations et les blocages de l'information des médias au service de l'impérialisme.
  • Développer des mécanismes de communication et de coopération entre ceux d'entre nous qui participent à ce Sommet des Peuples afin de donner une continuité au travail et aux propositions de ce Sommet et de rendre nos luttes plus efficaces.
Ce Sommet des peuples latino-américains, caribéens et européens clôt ses travaux par l'appel à poursuivre les luttes populaires qui nous sont présentées dans les différents compte-rendus qui accompagnent cette Déclaration.

JUSQU'A LA VICTOIRE FINALE DES PEUPLES CONTRE L'IMPÉRIALISME.

Bruxelles 18 juillet 2023




dimanche 13 décembre 2020

Trois manières de sortir de la pandémie. Boaventura de Sousa Santos


Entretien avec Bernarda Llorente.
Source : Página 12

Le sociologue essayiste portugais Boaventura de Sousa Santos est un grand penseur actuel des mouvements sociaux, auteur d'une oeuvre très étendue dans lequel se détachent des titres comme "Une épistémiologie du Sud", "La Démocratie au bord du chaos : Essai contre l'autoflagellation" et "La fin de l'empire cognitif". Depuis plusieurs décennies, il cherche à radiographier la vie et les modes de subsistance des communautés les plus vulnérables. Son champ d'action l'a amené à s'intéresser aussi bien aux conditions de vie dans un camp de réfugiés en Europe, qu'aux formes d'organisation des communautés originaires d'Amazonie ou des quartiers populaires de Buenos Aires. 

Sousa Santos est né au Portugal, il y a 80 ans, dans la ville de Coïmbra, où il réside la moitié de l'année depuis qu'il a pris sa retraite du poste d'enseignant de la Faculté d'Economie. Il a obtenu un doctorat en sociologie de l'université de Yale, et il a donné des cours à la Faculté de Droit de l'Université du Wisconsin-Madison aux Etats-Unis, où il passe l'autre moitié de l'année. Dans ses textes, il déconstruit les concepts classiques des sciences sociales pour comprendre le monde et les revitalise avec l'objectif de construire des savoirs "qui donnent de la visibilité aux groupes historiquement opprimés". 

  • Quel futur pouvons-nous espérer après la pandémie ? Comment serons-nous capables de penser et de construire le monde post-pandémie ?
La pandémie a créé une telle incertitude, que les gouvernements, les citoyens, les sociologues et les épidémiologistes ne savent pas ce qui va se passer. Je viens de publier "Le futur commence maintenant : De la pandémie à l'utopie" où j'explique que cette pandémie marque le début du XXIème siècle. De la même façon que le XIXème siècle n'a pas commencé le 1er janvier 1800 mais en 1830 avec la révolution industrielle, ou que le XXème siècle a commencé en 1914 avec la première guerre mondiale et la révolution russe de 1917, pour moi, le XXIème siècle commence avec la pandémie, parce qu'elle s'inscrira comme une marque très forte dans toute la sociabilité de ce siècle. Et elle le sera parce que, malgré tous les vaccins qui existeront, le modèle de développement, de consommation et de production que nous avons créé, amène à ce qu'il ne soit pas possible pour le moment de pouvoir en sortir. 

Nous allons entrer dans une période de "pandémie intermittente", de confinement/déconfinement où le virus aura des mutations, où il y aura un vaccin efficace pour certains et d'autres non, où viendront d'autres virus. Le néo-extractivisme, qui est une exploitation de la nature sans aucun précédent, est en train de détruire les cycles vitaux de restauration. Et donc l'ensemble des milieux sont affectés par l'exploitation minière à ciel ouvert, l'agriculture industrielle brutale, les insecticides et pesticides, la pollution des fleuves, la disparition des forêts... Tout cela, avec le réchauffement global et la crise écologique, fait que les virus passent de plus en plus entre les animaux et les humains. Or, nous, humains, nous ne sommes pas préparés, nous n'avons pas d'immunité, nous ne savons pas comment l'affronter.

  • Y'a-t-il une conscience de la gravité ? Y'a-t-il des solutions ?
Je vois trois scénarios possibles et je ne sais pas ce qui arrivera finalement. Le premier scénario, c'est celui qui a été mis en circulation fondamentalement par des gouvernements de droite et d'extrême droite (du Royaume-Uni aux Etats-Unis, en passant par le Brésil) et qui affirme que cette pandémie est une grippe, que ce n'est pas grave, que ça va passer et que la société reviendra rapidement à la normalité. Bien sur que cette "normalité" est un enfer pour une grande partie de la population mondiale. C'est la normalité de la faim, des autres épidémies, de la pauvreté, des quartiers délabrés, du logement insalubre, des travailleurs de la rue, de la débrouille. C'est un scénario distopique, très préoccupant. Parce que cette "normalité" équivaut à revenir à des conditions de vie que les gens ne supportaient plus et remplissaient les rues de nombreux pays en criant "Basta" (Assez!).

L'autre scénario possible, c'est ce que j'appelle le guépardisme, en me référant au roman de Lampedusa de 1958. C'est l'idée que tout change pour tout continue, pareil. Les classes dominantes d'aujourd'hui sont plus attentives à la crise sociale et économique. Les pages éditoriales du Financial Times sont un bon exemple de ce deuxième scénario. Elles disent clairement que ça ne peut plus continuer. Qu'il faudra modérer un peu la destruction de la nature et changer quelque chose dans la matrice énergétique. C'est faire quelques concessions pour que rien ne change et que le capitalisme redevienne rentable. Et donc, la destruction de la nature continuera et la crise écologique sera peut-être retardée mais non résolue. L'Europe s'engage un peu dans ce scénario, où l'on parle de transition énergétique, mais il me semble que cela ne va pas résoudre les problèmes. Cela retardera peut-être le mécontentement, les protestations sociales, mais cela ne pourra pas solder la question pandémique.

Le troisième scénario est peut-être le moins probable, mais il représente aussi la grande opportunité que cette pandémie nous a donné. C'est la possibilité de penser d'une autre manière : un autre modèle de civilisation, différent de celui qui vient du XXVIIème siècle, qui s'est approfondi ces 40 dernières années avec le néolibéralisme. Avec le coronavirus, les secteurs privilégiés sont restés plus longtemps dans leurs maisons, avec leurs familles, ils ont découvert d'autres manières de vivre. Bien sur, cela n'a concerné qu'une minorité, le monde n'est pas cette classe moyenne qui peut respecter la distanciation physique, se laver les mains, porter des masques... La grande majorité ne peut pas. Voilà la grande opportunité pour commencer une transition vers un nouveau modèle de civilisation, parce qu'il est impossible de le faire d'un jour à l'autre. Et cette transition commencera là où il y aura le plus de consensus. Cela fait longtemps que ce modèle est complètement cassé, d'un point de vue social, éthique et politique. Il n'a pas de futur. C'est un changement social, de connaissances, politique et culturel. 

Difficile de savoir quel sera le scénario qui prendra le devant. Peut-être aurons-nous une combinaison des trois. Le premier scénario dans certaines parties du monde, le deuxième dans d'autres, et de plus grandes avancées dans certains pays. La politique du futur dépendra fondamentalement du scénario qui prévaudra. C'est le conflit vital des prochaines décennies.

  • Le modèle de la transition alimente l'espoir d'une société différente, mais elle présuppose aussi des reconstructions politiques différentes, en termes idéologiques et économiques, des modèles de développement, sociaux et culturels, différents. Quelles seraient les utopies face à autant de distopies ?
Ce que le néolibéralisme a créé de pire, c'est l'absence d'alternative. L'idée qu'avec la fin du socialisme soviétique et la chute du mur de Berlin, il ne reste que le capitalisme. Et même, le capitalisme le plus anti-social, qui est le néolibéralisme dominé par le capital financier. En Argentine, ils ont eu une expérience très douloureuse avec les fonds vautours. Nous avons vécu ces 40 ans dans un confinement pandémique et politique : enfermés dans le néolibéralisme. La pandémie nous ouvre une espérance de sortir du confinement. Elle nous oblige à nous confiner et en même temps, elle nous ouvre les portes à des alternatives. Parce qu'elle dévoile que ce modèle est complètement vicieux. Il y a un capitalisme corsaire qui a rendu plus millionnaires ceux qui l'étaient déjà. Le propriétaire de Zoom, que nous utilisons tant en ce moment, peut gagner 1500 millions de dollars en un mois, alors qu'avant le confinement, peu de gens le connaissait. C'est le cas aussi de Jeff Bezos, avec Amazon. La hausse des achats en ligne a fait de lui le premier trillionaire du monde. Aux Etats-Unis, lui et 7 autres hommes ont autant de richesse que les 160 millions les plus pauvres du pays, qui représentent la moitié de la population. 

Voilà ce qu'est cette concentration actuelle de la richesse, dans un capitalisme sans conscience éthique. Le mot qui me vient en ce moment, c'est "Vol". Il y a eu vol. Et les défauts de ce modèle obligent à changer la politique et cela nous donne une espérance. Ce qui est le plus terrible aujourd'hui c'est la distribution inégale de la peur et de l'espoir. Dans les quartiers du monde, les classes populaires ont surtout peur. Elles luttent, elles continuent à lutter, avec créativité. Par exemple, pendant la pandémie, elles ont protégé les communautés. Mais, abandonnées par les Etats dans la plus grande partie des pays, elles ont très peu d'espoir.

  • Vous parliez du poids qu'ont aujourd'hui les entreprises digitales qui sont devenues les plus grosses entreprises de la planète, et qui dépassent les dimensions économiques et le pouvoir de très nombreux pays. Les GAFA représentent-elles un changement dans la matrice du néolibéralisme actuel et futur ? Comment ce changement influe-t-il dans nos vies ?
Avant la pandémie, nous parlions tous déjà de la quatrième révolution industrielle, dominée par l'intelligence artificielle, la robotique et l'automotion. Avec les impressions 3D, la robotisation, l'énorme développement des technologies digitales, nous devenons chaque fois plus dépendants de ces changements technologiques. La question est de déterminer si ces technologies sont un bien public ou si elles appartiennent à quelques propriétaires. C'est le problème, maintenant. Il y a des systèmes publics, par exemple celui de l'ONU, que l'on empêche d'être offerts au monde. Les entreprises le refusent parce qu'elles souhaitent continuer à faire leurs affaires. Et elles ne sont que quelques unes... Google, Apple, Facebook et Amazon (GAFA) et Ali Baba en Chine. Ce sont les grandes compagnies technologiques qui dominent le monde aujourd'hui et qui n'acceptent pas d'être régulées par quiconque. En ce moment, par exemple, la discussion au Congrès des Etats-Unis est claire : Mark Zuckerberg a dit qu'il n'accepte pas d'être régulé. Et comme ces entreprises ont tant de pouvoir, elles prétendents avec arrogance s'autoréguler en accord avec leurs propres intérêts.

  • En même temps, leur pouvoir dépasse le champ économique et joue un rôle fondamental en politique. La désinformation et les fake news qui arrosent les réseaux sociaux collaborent dans la dégradation des piliers structurels des démocraties.
Oui, évidemment... Et en plus, il y a cette contradition... Dans de nombreuses partie du monde, par exemple au Brésil, au Royaume Uni avec le Brexit, au Parlement européen, les fake news et l'usage des technologies digitales pour produire de fausses nouvelles ont eu un rôle fondamental dans les résultats électoraux. Bolosonaro, par exemple, n'aurait jamais été président du Brésil sans elles. Twitter est-il intervenu à ce moment-là comme il le fait aujourd'hui avec Trump aux Etats-Unis ? Non, parce que le patron de Twitter n'était pas brésilien. Twitter est intervenu quand la démocratie des Etats-Unis était en jeu. Si c'était celle du Bangladesh, d'Afrique du Sud, ou du Portugla, pas d'importance... C'est la liberté d'internet. Mais si on est aux Etats-Unis, alors là non, là on va fermer le robinet. Contradiction éternelle. Bien sur que cela appelle à une régulation plus large des réseaux au niveau global, mais manifestement, nous sommes dans un autre paradigme, où il faut travailler avec ces technologies, et en même temps, lutter contre tout le système des fausses informations.

  • Est-il possible d'y arriver ? A partir de quels mécanismes ?
C'est toute la question. Nous partons vers cette transition déjà très usés, très appauvris politiquement, parce que la politique s'est beaucoup appauvrie ces dernières 40 ou 50 dernières années. Parce que la Politique, c'est construire des alternatives. A une époque, le socialisme et le capitalisme avaient des choses en commun, par exemple, leur relation avec la nature. Mais il y avait un choix. Or, avec la chute du mur de Berlin, nous sommes restés sans choix, et donc les politiques se sont confinés dans le capitalisme et sont devenus médiocres. La politique a cessé d'être intéressante, même pour les jeunes, et les gens ont pris largement leur distance par rapport à elle. Il y a peu, j'ai discuté avec des gens qui travaillent sur le logement au Brésil, ils sont intéressés par l'idée de donner une maison digne à la population des sans-toits, mais ils n'ont pas participé aux dernières élections municipales. Parce qu'ils disent "Bof, on va élire l'un ou l'autre, mais ça ne change rien", et c'est là qu'est le danger. Que les gens pensent que les changements politiques ne changent rien, que c'est une forme de guépardisme. La politique doit recommencer à se construire. Je pense qu'à partir de maintenant, ce qui devra différencier la gauche et la droite, ce sera la capacité, parmi les groupes politiques, à créer des alternatives face au capitalisme, les alternatives d'une société différente, qui peut avoir différentes nuances. Cela sera peut-être une société qui reviendra à la prise en compte des intérêts des paysans et des indigènes du continent. Une société qui aura une relation plus harmonique avec la nature. Le capitalisme ne peut pas avoir une relation harmonique avec la nature, parce que sa matrice est dans l'exploitation du travail et l'exploitation de la nature. Donc la gauche doit prendre une dimension paradigmatique de changement vers une autre civilisation, alors que la droite va par contre continuer à toujours gérer le présent conformément aux deux scénarios évoqués plus haut. C'est la différence majeure du futur.

  • Vous évoquez différents concepts qui pourraient aider à changer les formes de construction politique. Quitter l'idée de l'utopie d'un "tout" pour la remplacer par des utopies multiples et variées, en accord avec la diversité des réalités et des rêves. Comment faire pour diversifier, segmenter, construire différentes utopies, et en même temps, faire grandir un projet global, qui soit capable de les structurer, les améliorer, les unir ?
Pour moi, ce qui est crucial dans notre temps, c'est exactement cette asymétrie avec la domination qui n'est pas seulement capitaliste, mais aussi colonialiste et patriarcale. A mon avis, le capitalisme ne fonctionne pas sans racisme et sans sexisme. Par contre, la résistance n'est pas articulée, elle est fragmentée, c'est pour cela que de nombreux partis de gauche, avec une vocation anticapitaliste, ont été racistes et sexistes. Il y a même eu des mouvements féministes qui ont été racistes et pro-capitalistes. Et certains mouvements de libération anti-raciale ont été sexistes et pro-capitalistes. Le problème auquel nous faisons face, c'est une domination articulée et une résistance fragmentée. Nous n'irons pas de l'avant comme ça, parce que nous savons que l'intensification du modèle est ce qui aggrave la vie des gens, et qu'un mode de domination amène les autres. Au Brésil, quand s'intensifie la domination capitaliste avec Temer puis Bolsonaro, le génocide des jeunes noirs dans les périphéries des villes a augmenté de manière brutale. Et la violence domestique contre les femmes et le féminicide a augmenté. Et donc, la domination est particulière. Nous avons besoin de sujets politiques globaux, en plus des locaux, et en plus des nationaux. Cette articulation est possible parce que quand les mouvements -au Chili ou les Black Lives Matter par exemple- partent d'une demande, qu'elle soit féministe ou anti-raciale, 


. Así no vamos a salir adelante porque sabemos que la intensificación del modelo es lo que agrava la vida de la gente, de un modo de dominación que lleva a los otros. En Brasil cuando se intensifica la explotación capitalista, con Temer y después con Bolsonaro, se incrementó de una manera brutal el genocidio de los jóvenes negros en las periferias de las ciudades. Aumentó la violencia doméstica en contra de las mujeres y el feminicidio. O sea, la dominación es particular. Necesitamos de sujetos políticos globales además de los locales, y además de los nacionales. Esta articulación es posible porque cuando los movimientos -Chile o los Black Lives Matter por ejemplo- parten de una demanda, sea feminista o anti-racial, al mismo tiempo, cuando ganan importancia, traen las otras demandas, el hambre o de la desigualdad social. Hoy el movimiento Black Lives Matter tiene una dimensión feminista también, y obviamente de oposición a este modelo capitalista tan desigual e injusto. Yo pienso que tiene que haber un cambio. En la dimensión local hay que volver a las barriadas. Hoy son los pastores evangélicos quienes hablan con la gente y les dicen que hay que votar a la derecha. Por eso pienso que no es solo la organización, sino tambien la cultura politica la que necesita cambios. --¿Qué prácticas y estrategias deberían modificar o reforzar los partidos y los movimientos sociales frente a esta nueva etapa? ¿Están preparados para el cambio? --¿Si me preguntan si los partidos opositores tienen ese perfil hoy? No, no lo tienen. Deben cambiar. Los partidos de izquierda se acostumbraron a esta dialéctica oposición-gobierno, ¿no? Y durante 40 años esa dinámica no tuvo alternativa civilizatoria, no se pudo pensar nada más allá del capitalismo. Independientemente del perfil ideológico de los gobiernos, hasta marzo las primeras páginas de los periódicos eran ocupadas por los economistas y las finanzas. Ahora con la pandemia son los médicos, los epidemiólogos, los virólogos. La pandemia nos obligó a cambiar. Entonces, creo que hay que ver otro modo de hacer política y otra manera de gerenciar la política. Yo pienso que parte de las izquierdas deben acostumbrarse a ser oposición para luego saber reconstruir. Tienen que ayudar a mejorar la vida de la gente. Pero las instituciones actualmente no permiten eso, porque tenemos todo un entorno global que no te deja, por ejemplo el capitalismo financiero. Entonces tendremos que encontrar otra forma de gobierno y hay que empezar a pensar en esa dimensión global. Conversación entre la socióloga Silvia Rivera Cusicanqui y el director del proyecto ALICE, Boaventura de Sousa Santos. ¿Y cuál sería el rol de las oposiciones? ¿Cómo construirse desde otras lógicas? --La política de gobierno es una parte de la política: fuera de eso tienes que tener otra política que es extra institucional, que no está en las instituciones sino en la formación de la gente, en la educación, en las calles, en las protestas pacíficas. Miren lo que está pasando en Chile antes de esta pandemia; fueron las mujeres, sobre todo, y los movimientos sociales. Ellos tuvieron un papel fundamental para traer a las calles cosas que la política misma no estaba dispuesta a hacer. Los partidos de izquierda, por increíble que parezca, no habían incluido en sus proyectos la causa mapuche cuando los mapuches habían sufrido con huelgas y asesinatos, y habían sido la oposición a los gobiernos de Chile. Y todavía están abandonados. Es necesario una protesta y un movimiento popular constituyente, donde las mujeres tengan un papel muy importante para tener en la política una gestión plurinacional. Los partidos son importantes pero los movimientos son igual de importantes. Tiene que haber una relación mas horizontal entre ambos. --¿La protesta, la calle, sigue siendo una de las principales herramientas de visibilización y resonancia política? --Las comunidades siguen teniendo una gran creatividad y esto forma parte de un movimiento de izquierda reconstruida, más abierta a toda esta creatividad comunitaria. No son simplemente las calles y las plazas, es la vivencia comunitaria que tendremos que intensificar. Porque las calles no son un emporio de las izquierdas, en esta década vamos a ver calles llenas de gente de extrema derecha. Yo vi a la extrema derecha entrar en las manifestaciones en Brasil. Las consignas de la izquierda, aprovechadas por la extrema derecha, y después dominando toda la protesta. Aquí en Europa sabemos muy bien eso, los Estados Unidos hoy, la gente contra Biden que no es propiamente de izquierda, y por otro lado los Prat Boys de la extrema derecha organizada y militarizada que ocupa las calles, y que va a hacer la política extraconstitucional, de las calles, de las protestas. --En Argentina se ha hablado mucho de "la grieta" como si fuera un fenómeno "nacional", único. Cuando se mira al mundo la polarización, sin embargo, parece ser el signo de estos tiempos. ¿Cómo afecta esta situación el funcionamiento de la democracia? --A mi juicio, durante mucho tiempo la teoría democrática, la idea más valiente, más segura, era que las democracias se sostienen en una clase media fuerte. Claro que yo, estando en Portugal, trabajando en África y en América Latina, no veía clases medias fuertes, lo que realmente veía era desigualdad social. Siempre me sentí como un demócrata radical, o sea, la democracia es mala porque es poca. Hay que ampliar la democracia en las calles, en las familias, en las fábricas, en la vida universitaria, en la educación. Entonces esta idea de que la polarización es contraria a la democracia, me parece que es cada vez más evidente cuando hablamos de democracia liberal. Sólo tiene sentido, o se refuerza, con una democracia participativa, con otras formas de participación de la gente que no sean democracias electorales, porque si son solo democracias electorales van a seguir eligiendo anti demócratas como Trump, Bolsonaro, Iván Duque, como tantos otros. Por eso la democracia muere democráticamente, por elección, por vía electoral. Hitler ganó dos elecciones en 1932, antes de su golpe. Creo que hay que fortalecer esa democracia con democracias participativas. La polarización, la desigualdad, provienen de esta polarización de la riqueza sin precedentes que hoy tenemos. A mayor desigualdad en la vida económica y social, más racismo, más discriminación y más sexismo. Entonces estamos en una sociedad en retroceso a nivel mundial, en retroceso reaccionario, donde el capitalismo es cada vez más desigual, más racista y más sexista. Esta es la realidad que tenemos hoy. --¿Como sería la forma de avanzar hacia una mayor participación, imprescindible para recomponer las democracias, con la exclusión social que arroja un modelo tan concentrado y desigual? --Tenemos que pensar en la transición. Y hoy debemos contar con políticas sociales, romper con el neoliberalismo, y para eso es necesario una reforma fiscal. Es inaceptable que los pobres y la clase media paguen 40% de impuestos, y los ricos el 1%. Que Trump haya erogado de impuestos federales 765 dólares, es impensable. Tiene que haber una reforma fiscal para dar políticas de educación, de salud. La otra cuestión es política, necesitamos una reforma constituyente. Las constituciones que tenemos congelaron una sociedad segmentada, no solo desde un punto de vista capitalista sino también racista y sexista. Tenemos que refundar el Estado. Los únicos países que tuvieron reforma política fueron Bolivia y Ecuador, e igual fracasaron. La misma idea fracasa muchas veces antes de tener éxito, antes de hacer historia. Los derechos de la madre Tierra, por ejemplo, no tuvo muchos resultados en Ecuador, pero veamos lo que pasó en Nueva Zelanda. Jacinda Arden, la primera ministra, una mujer fabulosa, la líder mundial en este momento después del Papa diría yo, esta señora promulgó una ley sobre los derechos humanos del río sagrado de los indígenas, y no fue simplemente eso, ha dado plata para regenerar, revitalizar los ciclos vitales del río. Es una revolución que no logró efecto en Ecuador, en Bolivia, en Colombia, como sí en Nueva Zelanda. Debemos articular los conflictos sociales con esa idea de Naturaleza porque esta es territorio, cultura, memoria, pasado, espíritu, conocimiento, incluso sentimiento paisaje". Pienso que las constituyentes van a ser un marco del futuro para deslegitimar el neoliberalismo y volver a la soberanía popular que va a permitir la soberanía alimentaria, que muchos países no tienen hoy. soberanía industrial, ¿cómo es posible que los Estados Unidos no produzcan mascarillas ni guantes, ni respiradores? Por eso, ¿es un país desarrollado? No sé. Sudáfrica ha defendido mejor la vida de la gente que los Estados Unidos. --El gobierno de Alberto Fernández comenzó en diciembre y tres meses más tarde debió enfrentar la pandemia, a la que se sumó la herencia de un país endeudado y una economía destruida. ¿Qué nos recomendaría a los argentinos, a los latinoamericanos, en este momento? --Yo soy un intelectual de retaguardia, no de vanguardia. No doy consejos: mi solidaridad, que es grande, es conversar con la gente. Yo pienso que es un continente en el que siempre ha habido una creatividad política enorme, y estas experiencias han dejado cosas muy interesantes. He hablado de Chile, también Bolivia, las elecciones ahora en Brasil. Alberto Fernández es un caso muy interesante y los describe mi último libro, porque es el único presidente que llega al poder y después viene la pandemia. Viene con un programa, pero el programa se vuelve la pandemia. Alberto Fernández tuvo un coraje enorme para enfrentarla. Un gran problema es la herencia brutal de neoliberalismo, de destrucción del Estado, de las políticas sociales, de la economía. Esa herencia es brutal y lleva tiempo la reconstrucción. Además, es una sociedad muy movilizada, con movimientos sociales y populares fuertes, el de mujeres es fortísimo y en estos días se expresa en la lucha por el aborto legal. Hay toda una sociedad muy creativa, y eso se nota. Esta es una gran oportunidad para repensar un poco la política y para volver a una articulación continental; yo pienso que la idea de matriz de articulación regional, como el ALCA, o UNASUR, fueron muy interesantes. Esta semana mirá lo que China y los países asiáticos están haciendo: el más grande conjunto de libre comercio, de articulación económica. Sin los Estados Unidos, y sin Europa; es mucho más grande que cualquier acuerdo europeo, mucho más grande que el tratado entre Estados Unidos, México y Canadá. Entonces, ¿por qué no entender que el continente no es el patio trasero de los Estados Unidos? Y tiene que tener más autonomía, porque son todos de desarrollo intermedio, de mucha población. Hay que reinventar y en este momento, sobre todo, hay que hacer una autocrítica. A las personas de izquierda no les gusta, porque viene de la época de Stalin, pero la autocrítica es la auto reflexión, es repensar las izquierdas. América Latina: el patio trasero Para entender los procesos políticos latinoamericanos, Boaventura de Sousa Santos pone la lupa en las asimetrías, en lo cultural. Estudia las democracias tribales, mira las economías urbanas, critica los sistemas educativos, se enfoca en lo múltiple, lo pluricultural. Sostiene que el Estado tiene que ser refundado porque esta democracia liberal ha llegado a su límite. Dice que las izquierdas del Norte global sean eurocéntricas no es novedad, pero que las izquierdas del sur sean racistas con los pueblos indígenas y afrodescendientes, es producto de la exclusión que produjo el capitalismo, el colonialismo y el patriarcado. --¿Cómo deberían plasmarse estos cambios en América Latina, la cual aparece como una Región en disputa? --Es esperanzador lo que está ocurriendo y nos tiene que llevar a reflexionar. Por ejemplo, el caso de Bolivia, es el único país que tiene la mayoría indígena del continente, 60% de la población. Yo pienso que los occidentales de izquierda, nosotros los blancos de izquierda, intelectuales, no entendemos los pueblos indígenas. Hay que ser muy humildes, porque no tenemos conceptos. Cuando ganó el MAS de nuevo, la sorpresa fue enorme, porque no imaginaban que los indígenas volverían tan rápido al gobierno. Porque no entienden el alma indígena. Después de la salida de Evo reconstruyeron el MAS, los liderazgos, se animaron de otra manera, con otra gente. --¿Hubo reflexión? ¿Hubo aprendizaje? --Estamos repensando todo y las cosas están cambiando. El contexto internacional de esos años hasta el 2014 permitió que en algunos países de América Latina como Brasil o Argentina la gente fuera menos pobre, sin que los ricos dejaran de enriquecerse. Hubo políticas de redistribución por parte de los gobiernos populares pero el ciclo de las comodities cambió y los modelos entraron en crisis. Cualquiera que hayan sido los errores cometidos en los procesos populares, sabemos que no pueden repetirse. Porque los precios de los commodities no están como estaban, porque las condiciones son muy distintas, y porque hay una deslegitimación de todo el modelo neoextractivista. La agricultura industrial tiene que disminuir, puede ser una transición, pero debe lograrse; si no diversificamos la economía, es un desastre. Eso ya lo sabemos. Me parece que ahora estamos en un punto de repensar las cosas. Con Alberto Fernández en Argentina, AMLO en México, son las dos esperanzas. AMLO es un poco más complejo que Alberto, a mi juicio. Tenemos bastantes avances en Chile, y la corriente para iniciar el proceso constituyente, que va a ser muy conflictiva de aquí en adelante. Entonces me parece que las cosas están cambiando, y que de alguna manera en América Latina se están dando respuestas porque la gente está, los movimientos sociales siguen luchando, aunque sea en pésimas condiciones como en Colombia.

lundi 16 mars 2020

Espagne. Pour un Plan de choc social face à la pandémie















Source : Publico.es

En Espagne, syndicats et militants exigent du Gouvernement un plan de choc social face au Coronavirus. La campagne #PlanDeChocSocial alerte sur les conséquences pour l'économie si les "mesures austéricides" d'il y a 10 ans se reproduisent. Elle souligne qu'il va falloir "décider qui paiera la crise économique brutale qui arrive".

En lien avec les mouvements sociaux, une campagne dans les réseaux sociaux a été lancée pour exiger du Gouvernement un plan de choc qui concerne le logement, les revenus et la santé, pour faire face à la pandémie de coronavirus. "Ce mardi, le Gouvernement espagnol prendra des décisions qui affecteront profondément nos vies" expliquent les collectifs qui promeuvent l'initiative. "Ce qui est en jeu, c'est de voir si on prend les mêmes mesures austéricides qu'il y a dix ans ou si, cette fois, on sauve les gens. C'est à dire, qu'on décide qui paiera la crise économique brutale qui arrive".

Il y a trois axes dans le plan. Le premier concerne la suspension du paiement du loyer, des prêts et des charges - électricité, eau et gaz- pour celles et ceux qui n'ont plus de revenus. "Le Gouvernement doit suspendre les paiements du loyer, des hypothèques et des charges basiques pour les personnes qui ne percevront plus de ressources" expose le syndicat des locataires de Madrid, la région d'Espagne la plus affectée par la pandémie.

"En matière sanitaire, nous demandons l'intervention de la santé privée pour qu'elle se mette à la disposition du bien commun pour toute la population" explique Alejandra Jacinto, porte parole de la PAH, à travers les réseaux sociaux. Enfin, "en matière d'emploi, nous demandons l'arrêt des licenciements et un revenu basique pour qui se trouvera sans ressources".

Le hashtag "PlanDeChoqueSocial" a été mis en route à partir de 13 heures ce lundi 16 mars et il est devenu Trending Topic National. "Ce n'est pas possible que tout cela ne soit examiné que par des mesures de confinement contrôlées par l'armée et la police. Nous exigeons de notre gouvernement une attention et une protection pour les plus précaires et/ou celles et ceux qui se retrouveront sans travail. Nous ne voulons pas d'un autre 2008" écrit l'anthropologue militante Yayo Herrero.

"Face à la crise du coronavirus, nous exigeons un #PlanDeChoqueSocial au gouvernement. D'abord, ils doivent garantir tous les moyens humains et matériels dans les centres sanitaires pour protéger les patients et les personnels" écrivent les Ecologistas en Acción. "Dans 24 heures, le gouvernement décidera quelle sera la réponse aux milliers de familles et de petites entreprises qui voient qu'elles vont faire faillite" dénonce Jaime Palomera, porte-parole du Syndicat des locataires.

Cette initiative est également portée par des dirigeants politiques comme Teresa Rodríguez, tête de file des Anticapitalistes, et son camarade l'eurodéputé Miguel Urbán, mais aussi Carolina Alonso et Sol Sánchez, députées de Unidad Podemos de la Communauté de Madrid, et les acteurs Alberto San Juan, Juan Diego Botto 

Traduction : CM



samedi 30 novembre 2019

De Valparaiso à Paris : La coupable ce n’est pas moi, ni mes fringues, ni l’endroit


Ce lundi 25 novembre dernier, dans le cadre des manifestations féministes pour la journée internationale de luttes contre les violences faites aux femmes, le collectif chilien Lastesis a présenté une intervention qui dénonce la violence de genre dans les rues de Valparaiso, Santiago et plusieurs villes du pays.

Cette chorégraphie, chantée à l'unisson par des centaines de femmes cherche à rendre visible l'inégalité de traitement et la violence constante dont les femmes sont victimes à partir du moment où elles naissent.

"Le patriarcat est un juge, qui nous juge dès la naissance. Notre punition est la violence que tu vois. C'est le féminicide, l'impunité pour mon assassin, c'est la disparition, c'est le viol" disent les premières strophes de l'intervention qui s'est rapidement popularisée dans les réseaux sociaux et qui s'est disséminée dans différentes villes du monde.

"La coupable, ce n'est pas moi, ni mes fringues, ni l'endroit" répète la chanson qui est devenue en quelques jours une icone de la lutte féministe. "Le violeur, c'est toi" engage finalement les différentes institutions qui ne prennent pas en charge le problème.

Hier soir, à Paris, des dizaines de militantes féministes réunies au Trocadéro ont répondu aux femmes chiliennes et elles ont ajouté leurs propres refrains : "A nos soeurs assassinées, de leur sang vous êtes tachés. A nos soeurs assassinées, on ne vous oubliera jamais".



mercredi 12 septembre 2018

Mouvements sociaux en Amérique Latine, un nouveau cycle de luttes

Entretien avec le journaliste et écrivain Raúl Zibechi, auteur de "Mouvements sociaux en Amérique Latine" chez Zambra-Baladre

par Enric Llopis in Rebelión

Le Mouvement des Travailleurs Sans Toit (MTST) du Brésil a impulsé en septembre 2017 l'occupation de Povo Sem Medo -Peuple Sans Peur- à Sao Bernardo do Campo, dans l'état de Sao Paulo, en revendiquant le droit au logement pour des familles à faibles ressources. Le campement s'est organisé avec des tentes et des baraques en plastique sur 60.000 m2 de terrains abandonnés depuis plus de quarante ans par une entreprise de construction. Plusieurs sources parlent d'une présence de 30.000 personnes sur ces terrains occupés.

Raúl Zibechi, journaliste et chercheur uruguayen (né à Montevideo en 1952), met en exergue cette occupation, comme exemple de la poussée populaire en Amérique Latine. Auteur d'une vingtaine de livres - "Décoloniser la rébellion", "Impulser la résistance" ou "Changer le monde à partir d'en haut", entre autres - il vient de publier dans la maison d'Edition Zambra-Baladre "Mouvements sociaux en Amérique Latine. Le "monde autre" en mouvement". "J'ai choisi des petites maisons d'édition afin de tisser un réseau d'amis, j'écris pour les gens du commun, pas pour les grands éditeurs" affirme-t-il. Zibechi collabore actuellement avec des journaux comme La Jornada du Mexique, Brecha de l'Uruguay, Gara et l'Agence de presse Sputnik. Dans le prologue de son dernier livre, il rappelle les 400 usines récupérées en Argentine, les 12.000 aqueducs communautaires qui fonctionnent en Colombie ou les plus de 2000 "entreprises" soutenables développées par des collectifs populaires au Mexique, soit le double de ce qui existait il y a 10 ans.

Ton dernier livre révise un texte publié en 2003 "Les mouvements sociaux latinoaméricains : tendances et défis" (Observatoire Social d'Amérique Latine, CLACSO). Tu affirmes qu'après la victoire électorale d'Hugo Chavez (1998), suivie par d'autres comme celle de Evo Morales (2005), "La stabilisation progressiste a permis que les Etats mettent en oeuvre des politiques sociales qui ont désintégré, fragilisé et démobilisé un nombre important de collectifs". Nous trouvons-nous face à une nouvelle étape dans la bataille des mouvements sociaux ?

J'aimerai qu'il s'agisse d'un nouveau cycle de luttes. Je crois que ça l'est, même si j'affirmerai peut-être dans dix ans que je me suis trompé. La première caractéristique du cycle, c'est qu'il naît sous le modèle "extractiviste", avec une énorme spéculation immobilière, une terrible accumulation due au pillage, la présence des monocultures de soja et l'industrie minière à ciel ouvert. Après, le modèle s'est bloqué avec la chute des prix des matières premières. C'est aussi l'étape des gouvernements "progressistes", particulièrement parce qu'ils ont amélioré la situation des pauvres, mais sans réaliser de changements structurels. 

Une autre caractéristique, c'est la grande participation des jeunes des secteurs populaires et des femmes ; par exemple, au Brésil, le Mouvement Pase Libre pour le transport public gratuit qui a déclenché des luttes en juin 2013. Puis une troisième caractéristique, c'est le surgissement de sujets collectifs qui étaient plutôt tranquilles jusque là, comme les noirs et les secteurs les plus enclavés du monde du travail, les favelas, les palenques et les quilombos, surtout au Brésil, en Colombie et dans les Caraïbes. Au Brésil, il y a eu en mars 2014, une grève des ramasseurs de poubelles -noirs, pauvres et jeunes- pendant le carnaval de Rio. Une quatrième caractéristique est l'approfondissement de l'idée d'autonomie.

Pourrait-on fixer une date de début pour cette nouvelle phase des luttes sociales, avec par exemple, au Pérou, la résistance populaire contre le projet minier Conga, dans le département de Cajamarca, à partir de 2012 ?

Au Brésil, à partir de juin 2013, en pleine coupe des Confédérations de football, 20 millions de personnes ont manifesté dans 353 villes. Avec la répression, la gauche se paralyse, la droite en profite pour monter dans le "train" des mobilisations et s'empare de la rue. Mais en Bolivie, le point de départ se situerait en 2011, avec la Marche en défense du Territoire Indigène et du Parc National Isiboro-Secure (TIPNIS) où le gouvernement national projetait de construire une route qui traversait cet espace protégé. En Argentine, le point de départ est l'occupation du Parc Ibéroaméricain de Buenos Aires en 2010, pendant la présidence de Cristina Kirchner où des secteurs populaires urbains se sont mobilisés dans ce parc énorme pour le droit au logement et contre l'insuffisance des politiques sociales.

Pour le cas spécifique de l'Amérique Latine, tu préfères l'idée de "mouvement social" ou celle de "sociétés "autres" en mouvement" ? Tu parles dans ton livre, entre autres, de la population de Cherán (Michoacán de Ocampo, au Mexique) qui est revenue à des systèmes d'organisation p'urhépechas quand elle s'est mobilisée en 2011 contre les mafias qui taillaient les bois communaux.

Le concept de "mouvement social", très utile, a surgit en Europe et en Amérique du Nord pour expliquer l'émergence, dans les années 60 du XXème siècle, de mouvements comme celui des femmes, la lutte pour les droits civils aux Etats-Unis, contre l'OTAN, pour le pacifisme et l'écologie. Tous ces mouvements exigeaient certains droits aux Etats.

Mais, en Amérique Latine, les mouvements sont enracinés dans des territoires et cette "territorialisation" est une marque d'identité qui fait la différence. Dans tous ces espaces, que ce soit le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terres (MST) du Brésil, le zapatisme au Mexique ou les mapuches au Chili, ils créent de nouvelles sociétés, qui incluent de la production, des soins de santé et dans certains cas, certains organes de pouvoir non étatiques, comme les Juntes de Bon Gouvernement du zapatisme, qui est le cas le plus connu et le plus développé. L'exemple zapatiste est remarquable avec les centaines de communautés regroupées sur plus de 30 municipalités dans 5 régions, avec des écoles, des cliniques et des cultures sans produits agrochimiques. Il y a également le cas des conseils indigènes de la population nasa dans les réserves du Sud de la Colombie. A une autre échelle, le MST a récupéré près de 25 millions d'hectares appartenant aux grands propriétaires, elle a organisé 5000 occupations où vivent deux millions de personnes, avec 1500 écoles, des coopératives de production et de distribution dans les foires.

Pourquoi expliques-tu que ces sociétés "autres" ont besoin de se mobiliser et même de se renouveler ? C'est ce qui est arrivé avec les peuples des basses terres de Bolivie, où il y a eu un processus d'unification dans des assemblées et de reconstitution de leurs territoires depuis le début des années 80 du siècle dernier, et qui ont fini par participer de manière décisive à la Marche en Défense du TIPNIS en 2011.

Parce que s'ils ne le font pas, ces territoires qui sont comme des îles, se retrouvent encerclés et finissent étouffés et réprimés par le Capital. Ils ont besoin de lutter et de créer des liens avec d'autres, de s'étendre pour survivre. Il y a par exemple, le soulèvement en juin 2009 des indigènes wampis et awajún à Bagua, dans la Selva de l'Amazonie péruvienne : Huit ans après les affrontements avec la police armée qui se sont soldés par des centaines de morts, plus de 80 communautés wampis ont proclamé leur auto-gouvernement pour défendre 1.3 millions d'hectares de forêt contre les multinationales. Il y a aussi le cas des Nasa, qui avaient depuis longtemps un espace consolidé dans le département colombien du Cauca. En octobre 2008, environ 10.000 indigènes ont commencé la Minga Sociale et Communautaire, qui est passée par des villes comme Calí pour arriver jusqu'à Bogotá. Pendant le parcours, ils ont été rejoints par les coupeurs de canne à sucre, les noirs, les étudiants et d'autres collectifs urbains. Et c'est après cette grande marche, en 2010, qu'a été fondé le Congrès des Peuples qui rassemble de nombreux mouvements populaires.

Tu te réfères également à l'Education Populaire "en mouvement", avec deux grands modèles : le développement de l'ELN zapatiste et le MST brésilien...

Le MST part de l'éducation populaire de Paulo Freire. Dans les occupations des "Sans Terre", ils l'approfondissent et la développent jusqu'à arriver à la "pédagogie de la terre" qui pourrait basiquement se définir par "se transformer en transformant". Ainsi, le mouvement comme les sujets du mouvement se transforment "en faisant", et les 1.500 écoles appliquent une pédagogie qui cherche à enraciner le sujet paysan dans la terre. Ils travaillent aussi la relation entre l'enseignant et les élèves, pour qu'elle soit moins verticale et plus participative. C'est surtout un champ d'éducation des adultes, où on cherche une méthode pédagogique dans lequel le rôle du maître est plus circulaire et tous deviennent des évaluateurs. Ils ont développé également un concept qui est très important pour moi : Transformer le mouvement - sur tous les temps et dans tous les espaces - en temps et espaces pédagogiques. Tout ce qui se fait doit avoir un contenu et un résultat pédagogique : si on participe à une campagne de lutte ou à des actions, cela doit servir aussi à discuter de la réalité et à autonomiser les gens.

Dans "Mouvements sociaux en Amérique Latine", tu cites d'autres expériences comme le Réseau Cecosesola, fondé il y a 50 ans dans l'état de Lara au Venezuela. Ils affirment "Notre processus éducatif est présent dans tout ce que nous faisons". Les coopératives agricoles, de santé, d'épargne, de prêt et de production industrielle à petite échelle de Cecosesola comptent 20.000 sociétaires et plus de 50 organisations populaires.

Je voudrais également signaler les Baccalauréats Populaires d'Argentine. Ils ont surgi au début des années 2000, sur les territoires et les espaces du mouvement piquetero et fonctionnent dans les fabriques récupérées par les travailleurs, les syndicats et les organisations territoriales des quartiers populaires. Les gens, adultes qui n'avaient pas terminé l'enseignement secondaire, viennent dans les "Baccalauréats" et étudient la période qui leur manque. Ils fonctionnent comme des espaces "en mouvement" et il y en a plus d'une centaine en Argentine, surtout dans les villes. Les "Baccalauréats" organisent une grande assemblée initiale où, collectivement on commence à travailler le programme, qui n'est pas celui de l'Etat mais celui qui est défini par les collectifs, les enseignants et les étudiants. A partir de ce programme, commencent trois ans de formation, qui aboutissent à des avancées sur le terrain pédagogique, l'acquisition de connaissances, l'habilité à parler en public, avec des étudiants qui sont des militants et même des leaders dans les mouvements. Cette pédagogie est en lien avec celle de Paolo Freire, elle prend racine dans la réalité concrète et elle est destinée à des hommes et des femmes de quartiers très pauvres.

Tu es allé plusieurs fois au Chiapas et tu as découvert "l'Escuelita" (la petite école) Zapatista. "Face au monde occidental et académique, abstrait et général, les zapatistes des bases de soutien ont la vertu du concret et la simplicité de l'exposé", c'est la conclusion de ton livre. Ainsi, la pensée critique de l'EZLN qui surgit de la praxis quotidienne dans les bases de soutien, se reproduit dans des centaines d'écoles.

Les zapatistes ont une particularité. C'est la communauté en assemblée qui élit les enseignants, non pas parce qu'ils en sont plus ou moins capables, mais parce que c'est leur tour. De plus, les enseignants ne perçoivent pas de salaire, ils doivent s'occuper à temps complet de leurs élèves et c'est la communauté qui pourvoit à leurs besoins et qui, par exemple, leur cultive la milpa. Il y a une différence claire entre les écoles de l'Etat et les écoles zapatistes. De plus, dans certaines régions, quand le zapatisme a commencé à installer des écoles "secondaires" ou "primaires", l'Etat en a également implanté -alors qu'auparavant il n'y en avait pas- pour s'opposer aux écoles zapatistes. Dans ces dernières, les parents collaborent, les élèves et les enseignants nettoient l'école ; de fait, ils la gèrent ensemble. Alors que dans les écoles de l'Etat, l'enseignant est un métis ou un blanc qui arrive de la ville en voiture. Dans les écoles zapatistes, ce sont les gens de la communauté elle-même qui enseignent.

Parmi les penseurs "récupérés", il y a entre autres le philosophe et psychiatre de la Martinique, Frantz Fanon, et le philosophe anthropologue Rodolfo Kusch. Pourquoi proposes-tu une rupture épistémologique face à l'eurocentrisme et défends-tu les pensées "propres" des peuples indiens, noirs et des secteurs populaires ? Y-a-t'il en Amérique Latine une dépendance aux modèles -de faire et de penser- européens et étatsuniens ?

Oui, surtout dans les milieux académiques et universitaires. Les auteurs, la forme de travail et d'étude, le rôle des étudiants et des universités est très eurocentré. Par exemple, pour l'étude sur les mouvements sociaux, on fait appel à des auteurs que j'aime beaucoup comme Marx, Foucault, Alain Touraine ou Sidney Tarrow. Mais il y a, pour les mouvements, la nécessité de chercher une autre pédagogie dans leurs traditions. C'est ici que je parle d'une rupture épistémologique.

Dans le livre, j'explique l'expérience de la Communauté d'Histoire Mapuche. Elle naît en 2004 à Temuco, au sud du Chili. La majorité des 23 membres de la Communauté proviennent de l'Université de La Frontière, dans la ville de Temuco. Il s'agit de professeurs d'université et du "secondaire", de travailleurs sociaux, de journalistes, artistes et écrivains ; certains vivent en communauté et beaucoup se définissent comme des activistes des organisations mapuches. Ils accompagnent aussi des processus judiciaires contre les détenus politiques, les processus de défense territoriale contre l'extractivisme et ils participent à la lutte de revitalisation du mapudungun (langue mapuche). Ils ont fait la lumière sur des épisodes historiques qui étaient dans l'obscurité, comme l'exposition en 1883 d'un groupe de 14 mapuches dans un zoo humain au Jardin d'Acclimatation de Paris, ou encore les défaites infligées aux conquistadores espagnols au XVIème siècle.

Une autre idée centrale est la "décolonisation" des méthodes d'investigation et l'opposition à l'hégémonie des spécialistes. A ce niveau-là, des initiatives comme l'Atelier d'Histoire Orale Andine (THOA) sont à relever : Qu'est-ce que c'est ?

C'est une expérience dirigée par l'anthropologue bolivienne Silvia Rivera Cusicanqui. Elle souligne la nécessité d'un "exercice collectif de désaliénation" où le rôle de l'Histoire Orale et des communautés est déterminant. L'atelier a été créé en 1983, quand Silvia Rivera était professeure de Sociologie à l'Université Mayor de San Andrès, à La Paz. La condition pour faire partie du groupe était de savoir parler aymara ou quechua. Le premier travail des étudiants consistait à raconter leur histoire de vie. C'est là qu'ils se sont rendus compte qu'ils souffraient, en plus de la répression externe, une auto-répression très forte en ce qui concerne leur langue, leur culture et leurs traditions, bien que dans le processus d'introspection ils aient commencé à se libérer. Il s'agit d'étudiants des communautés aymaras ou urbains -qui proviennent des communautés- déjà alphabétisés et qui vont à l'université.

Invités par les ayllus (les communautés), les membres du THOA ont développé des ateliers et pour les recherches, des équipes mixtes ont été créées, conduites par des gens de base, avec qui les objectifs, les tâches et les formats de recherche ont été définis. L'Histoire Orale est ce qui leur permet de se découvrir, et ce qui permet aux personnes subordonnées de devenir des sujets. De plus, ce sont les communautés en assemblées qui décident comment doit avoir lieu le "retour" des études. Dans ce cas, cela a donné lieu à du téléthéâtre et à des feuilletons radiophoniques qui ont été écoutés par des centaines de milliers de personnes dans les radios du Haut-Plateau. Cette méthodologie a permis de diffuser l'histoire de Túpac Katari, qui avait mené la révolte aymara en 1781, en même temps que Túpac Amaru dans ce qui est aujourd'hui le Pérou. Et aussi, la reconstruction de la biographie de Santos Marka T'ula, chef de tribu qui a lutté pour la récupération des terres communales. Les ateliers ont eu une influence sur la formation du Conseil National des Ayllus et Markas du Qullasuyu (CONAMAQ), une des organisations indiennes les plus importantes de Bolivie.

Depuis 1986, tu as parcouru l'Amérique Latine, surtout la région andine, en tant que journaliste et enquêteur "militant". Quels sont selon toi les préjugés et les perspectives erronées que porte l'enquêteur du Nord quand il s'approche des communautés indigènes ?

Je crois qu'il y a une erreur de base : Penser que c'est le chercheur qui sait, et pas la communauté. La deuxième erreur est ce que nous appelons "l'extractivisme" académique qui consiste à aller dans les communautés, à "aspirer" des connaissances et à les utiliser pour sa propre carrière institutionnelle ou académique, sans rien retourner à la communauté. La troisième, et cela me semble fondamental, c'est qu'il faut être dans la communauté, avoir des liens et établir de la confiance. Ca ne va pas d'aller faire une visite d'une demi-heure avec un magnétophone pour soutirer de l'information. S'il n'y a pas de relations de confiance, personne ne va te parler de questions de fond, et donc l'information sera toujours partielle et incomplète. Il y a là, me semble-t-il, une reproduction du modèle colonial, qui implante une relation entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l'ont pas, et très souvent entre des hommes blancs, et des femmes ou des enfants indiens, noirs ou métis. De plus, je te dirais que les milieux académiques traditionnels tendent à reproduire le modèle colonial sujet-objet et à chosifier les indigènes, les noirs et les secteurs populaires.

Mais les écoles et les facultés de journalisme mettent l'accent sur la neutralité, la séparation entre l'information et l'opinion, ainsi que l'importance de la rigueur. Est-ce que c'est compatible avec la militance ?

Je crois qu'il faut être rigoureux, vérifier et être critique avec les sources. Nous avons des exemples merveilleux de journalistes très engagés qui sont du côté des opprimés, comme Eliane Blum, une journaliste et écrivaine brésilienne qui écrit de longs articles dans l'édition brésilienne de El País ; ou Marcela Turati, reporter du Proceso, au Mexique, qui est elle aussi totalement engagée avec les secteurs populaires sans pour cela, perdre la rigueur nécessaire.

D'un autre côté, dans l'article de 2003, tu affirmais que les habitants, les cultivateurs de coca, les paysans Sans Terre, et de plus en plus, les chômeurs urbains et les piqueteros argentins, travaillent à la construction de l'autonomie. Comment l'idée d'autonomie a-t-elle évolué dans les organisations populaires depuis 15 ans ?

Je crois que dans une première phase des mouvements, ce que nous comprenions du zapatisme et d'autres dont les piqueteros argentins, même s'ils ne le posaient pas comme ça, c'est que l'autonomie se formulait comme un discours défensif face à l'Etat, les partis politiques, les églises et les syndicats. Actuellement, on va vers une autonomie plus intégrale, qui implique de disposer d'un territoire, avec sa propre production, si possible sans agrochimiques et, en fait, une autonomie qui touche tous les aspects de la vie. Alors que les paysans et les indigènes ont une grande expérience de l'autonomie alimentaire et des pratiques de santé, les secteurs populaires urbains ont été dépossédés de ces savoirs. Il faut alors souligner l'importance d'expériences comme, parmi beaucoup d'autres, celle de certaines communes de Medellin qui ont atteint une certaine autonomie dans la gestion de l'eau, celle de la Coopérative de Logement Acapatzingo dans le district fédéral de México, ou l'expérience de la culture de quinoa des habitants de Potosí, à Ciudad Bolívar (Bogotá). Une autonomie qui dispose aussi d'espaces pour la résolution de conflits -ce que nous appelons le pouvoir ou la justice- propres, afin de ne pas avoir recours à la justice de l'Etat.

Quels exemples soulignerais-tu ?

C'est ce à quoi tend l'exemple mapuche, avec les groupes d'autodéfense informels. Et en Colombie, le mouvement des peuples nasa et misak organisés autour de l'Associacion des Conseils Indigènes du Nord du Cauca (ACIN) et le Conseil Régional Indigène du Cauca (CRIC) : en plus de leurs instances de justice communautaire et leurs écoles de formation, les nasa-misak ont une garde indigène élue par les communautés. Chaque communauté nasa élit dix gardes indigènes pendant un an, ils sont ainsi plus de 3.000 gardes coordonnés par chaque réserve, avec leurs propres chefs à tour de rôle, et armés de batons. Il s'agit de gens auto-organisés, sous le contrôle des conseils. Ils font peser la masse -c'est à dire la quantité de personnes- pour l'efficacité de leurs actions. Ils ont réussi à détenir les paramilitaires, l'armée, les compagnies minières et les FARC quand ils séquestraient des indigènes. Et tout cela, parce qu'ils considéraient que, dans leur territoire, ils ne voulaient pas de la guerre.

De quels médias indépendants recommanderais-tu la lecture à des citoyens européens pour s'informer, de manière critique, sur la réalité latinoaméricaine ?

Au delà des grands médias comme Brecha ou La Jornada, je soulignerais le site Web Desinformémonos du Mexique, qui est très lié aux mouvements et qui est dirigé par la journaliste Gloria Muñoz Ramirez ; il s'agit d'un journalisme militant et qui a très peu de ressources. Il y a aussi l'exemple de Mapuexpress, en lien avec le peuple Mapuche. Mais le cas le plus incroyable est celui de l'Argentine. L'Association des Revues Culturelles et Indépendantes d'Argentine (AReCIA) enregistre près de 200 revues culturelles, indépendantes et autogérées, sous format papier ou digital ; ces publications liées aux réseaux populaires, par exemple Lavaca.org, Barcelona (Un journalisme par d'autres moyens), La Tinta (L'encre... Un journalisme qui va jusqu'à se tacher) ou Campo Grupal, comptent entre cinq et sept millions de visites mensuelles. Dans ces revues, qui sont majoritairement coopératives, plus de 1500 personnes travaillent ou collaborent à temps complet. La communication en Amérique Latine s'est multipliée de manière notable. Un autre exemple est celui du Réseau d'Education Radiophonique de Bolivie (ERBOL) fondé en 1967, la tradition des radios communautaires en Equateur ou la quinzaine de publications du monde mapuche. Le processus est très riche, il y a une infinité d'expérience dont on n'a pas forcément connaissance.

Traduction : CM


vendredi 27 avril 2018

Pour un 1er mai internationaliste : SOMOS SUR (Ana Tijoux feat Shadia Mansour)


Pour ce 1er mai 2018, voici la traduction des paroles de la chanson d'Ana Tijoux : SOMOS SUR

Tu nous dis que nous devons nous asseoir
Mais les idées ne peuvent que nous mettre debout
Cheminer, avancer, ne pas se rendre ni reculer
Voir, apprendre, absorber comme une éponge
Personne n'est en trop, on a besoin de tous, tous comptent
Tous pour tous, tout pour nous
Tu nos dices que debemos sentarnos
Pero las ideas solo pueden levantarnos
Caminar, recorrer, no rendirse ni retroceder
Ver, aprender como esponja absorbe
Nadie sobra, todos faltan, todos suman
Todos para todos, todo para nosotros
Nous portons le grand rêve que l'empire tombe
nous le crions haut et fort, il n'y a pas le choix
ce n'est pas une utopie, c'est une joyeuse rébellion
la danse de ceux qui sont de trop, ta danse et la mienne
pour nous lever et dire : ça suffit
Ni l'Afrique, ni l'Amérique Latine ne se vendent aux enchères
avec de la terre, un casque, un crayon, fouler au pied le fiasco
provoquer un tremblement de terre social dans ce bourbier

Soñamos en grande que se caiga el imperio
lo gritamos alto, no queda mas remedio
esto no es utopía, es alegre rebeldía
del baile de los que sobran, de la danza tuya y mía
levantarnos para decir: ya basta
Ni África, ni América Latina se subasta
con barro, con casco, con lápiz, zapatear el fiasco
provocar un social terremoto en este charco
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Nigeria, Bolivie
Chili, Angola, Porto Rico et Tunisie
Algérie, Venezuela,
Guatemala, Nicaragua, Mozambique, Costa Rica
Cameroun, Congo, Cuba, Somalie,
Mexique, République Dominicaine, Tanzanie
Tirez vous de l'Amérique Latine yanquees
français, anglais et hollandais, je te veux libre Palestine
Nigeria, Bolivia
Chile, Angola, Puerto Rico y Tunisia
Argelia, Venezuela
Guatemala, Nicaragua, Mozambique, Costa Rica
Camerún, Congo, Cuba, Somalía
México, República Dominicana, Tanzania
Fuera yanquis de América latina
franceses, ingleses y holandeses, yo te quiero libre Palestina

[Shadia Mansour]
(Donne moi le micro)
La musique est la langue maternelle du monde
Elle soutient notre existence, elle protège nos racines
Elle nous unit depuis la grande Syrie, à l'Afrique, jusqu'en Amérique Latine
Ici je suis avec Anita Tijoux
Ici je suis avec ceux qui souffrent, et non avec ceux qui t'ont vendu
Ici je suis avec la résistance culturelle
Depuis le début, hasta la victoria siempre!
Je suis avec ceux qui sont contre, ceux qui n'ont pas collaboré, ceux qui sont de notre côté
Depuis longtemps j'y ai pensé, c'est pourquoi j'ai investi sur Banksy quand Ban-Ki s'est brisé
Comme dit le refrain : "la situation a besoin d'être bercée mais en réalité la situation doit s'arrêter"
Pour chaque prisonnier politique libre, une colonie israélienne s'agrandit
Pour chaque salut, mille maisons dévastées
Ils utilisent la presse pour ce qu'ils peuvent fabriquer
Mais quand ma peine est condamnée, la voilà la réalité
(Dame el micrófono)
La música es la lengua materna del mundo
Ella apoya nuestro existencia, ella protege nuestros raíces
Ella nos une desde la gran Siria, África, hasta América Latina
Aquí estoy con Anita Tijoux
Aquí estoy con los que sufren, y no con los que te vendieron
Aquí estoy con la resistencia cultural
Desde el comienzo, hasta la victoria siempre!
Estoy con los que están en contra, con los que no colaboraron, con los que están en nuestro lado
Hace tiempo, yo he calculado, así que decidí invertir en Banksy después que Ban-Ki se quebró
Como dicen "la situación necesita ser acunada pero en realidad la situación se tiene que parar"
Por cada prisionero político libre, una colonia israelí se agranda
Por cada saludo, se retumbé mil casas
Ellos usan la prensa para que pueden fabricar
Pero cuando mi pena se condena, la realidad se presenta
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los sometidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Pillage, saccage, colonisation, Matías Catrileo, Wallmapu
Mille fois nous vaincrons, du ciel au sol, du sol au ciel
Allons, sau, sau, sau, sau, sau, sau, sau, sautant
Petit Cheval Blanc, repars dans ton village
Nous n'avons pas peur de toi, nous avons la vie et le feu
le feu de nos mains, le feu de nos yeux
Nous avons tant de vie, et jusqu'à la force couleur rouge
La petite Marie ne veut pas de ton chatiment
Elle va se libérer avec le sol palestinien
Nous sommes Africains, Latinoaméricains
Nous sommes ce Sud et nous nous tendons la main

Saqueo, pisoteo, colonización, Matías Catrileo, Wallmapu
Mil veces venceremos, del cielo al suelo, y del suelo al cielo
vamos, sa, sa, sa, sa, sa, sa, sa, saltando
Caballito Blanco, vuelve pa' tu pueblo
no te tenemos miedo tenemos vida y fuego
fuego nuestras manos, fuego nuestros ojos
tenemos tanta vida, y hasta fuerza color rojo
La niña María no quiere tu castigo
se va a liberar con el suelo Palestino
Somos Africanos, Latinoamericanos
somos este sur y juntamos nuestras manos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los omitidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos
Tous ceux qui se taisent (tous)
Tous les oubliés (tous)
Tous les invisibles (tous)
Tous, tou-tou, tous
Tous, tou-tou, tous
Todos los callados (todos)
Todos los sometidos (todos)
Todos los invisibles (todos)
Todos, to-to, todos
Todos, to-to, todos