Ils avaient été annoncés les sept morts et les 20 blessés du 5 octobre dernier à Pueblo Negro, Alto Mira et Frontera, aux alentours de Tumaco. Et ils ont finalement été dénoncés par le Conseil Communautaire du Peuple Autonome de la région et l'Association des Conseils d'Action Communale des fleuves Nulpe et Mataje comme un résultat de l'affrontement violent entre les forces de l'ordre et les cultivateurs de coca. Depuis plusieurs mois, différentes organisations sociales ont attiré l'attention du Gouvernement, de la ONU et de l'opinion publique sur la violence que la force publique exerce contre les paysans, les noirs et les indigènes qui protestent contre le Gouvernement qui ne met pas en oeuvre les accords d'éradication volontaire évoqués dans le Point IV de l'Accord de La Habane. En septembre dernier, la Coordination Nationale des Cultivateurs de Coca, de Pavot et de Marijuana (Coccam) a dénoncé l'intensification des opérations violentes d'éradication forcée de l'Armée et de l'Esmad (Escadron Mobile Anti-Emeutes) à El Retorno (dans le Guaviare), Puerto Rico (Meta), San José del Fragua (Caquetá), Piamonte (Cauca) et Tibú (Nord du Santander). Le Défenseur du Peuple avait activé l'alerte rouge sur les menaces et les homicides perpétrés contre les leaders et les communautés engagées dans la mise en oeuvre des programmes d'éradication.
Le 21 septembre, des paysans du hameau de San Juan, à Corinto (dans le Cauca) protestaient contre l'inconséquence du Gouvernement quand ils ont été agressés par l'Armée Nationale. Résultat : Trois paysans blessés et la mort du garde paysan José Alberto Turijano. A San Isidro de Morales (Cauca), un fait semblable a eu lieu : quatre blessés, un mort. A Piamonte, Bota Caucana, Maydany Salcedo, la dirigeante du Coccam. a été attaquée. A Tibú, après avoir signé un accord entre les paysans et le Programme National de Substitution Intégrale des cultures d'usage illicite, les troupes de l'Armée ont débarqué pour éradiquer les plants de coca manu militari.
Il ne s'agit pas d'un accident, ni de deux ou trois "interventions malencontreuses". Il s'agit d'une politique de répression contre la protestation sociale sur le non-respect des accords d'éradication volontaire. L'histoire est simple : Le Gouvernement a signé le pacte mais n'a pas commencé les programmes de substitution des cultures. Les gens sortent sur la route, la force publique arrive, il y a un choc avec les paysans et au milieu de l'agitation et des cris "on tire et il y a des morts et des blessés". C'est ce qui était arrivé jeudi à Llorente (dans le Nariño) : Après des signalements, des dénonciations, des requêtes respectueuses, les troupes du gouvernement sont arrivées et elles ont maltraité le premier qui a crié, la protestation s'est généralisée, quelqu'un a tiré une pierre, les forces de l'ordre ont attaqué... Puis : "l'Armée et la Police se permettent d'informer que la dissidence des Farc a utilisé des bombes artisanales contre la force publique et a tiré sans discernement". Les paysans dénoncent le contraire : Ils ont été les victimes, il n'y a pas un seul militaire blessé, ni par balle, ni par éclat d'obus. Et ils demandent : Où sont les trous des bombes ? L'enquête prendra des années avant d'établir les responsabilités, et dans le meilleur des cas, un petit soldat et un caporal finiront par être jugés - et pas nécessairement condamnés.
Il saute aux yeux que la répression brutale augmente avec les peurs du Gouvernement colombien face à l'annulation d'accréditation annoncée par Trump et orchestrée par le Centre Démocratique et le Ministère Public. Il est évident que les paysans sortent aujourd'hui pour défendre l'Accord de La Havane en ce qui concerne les cultures illicites. Dans le futur, ils pourront également exiger le respect de tout le Point I sur les terres.
Ces morts sont les premiers coups pour réduire en miettes l'Accord de La Havane, comme le cherche le Centre Démocratique ; ou mettre au trou les Farc, comme le prétend Cambio Radical.
Communiqué de la Coordination Fédérale d'Izquierda Unida.
23/09/2017 - Source : Izquierda Unida
Au vu de l'appel au référendum du 1er Octobre pour l'indépendance de la Catalogne et face à la réaction répressive et autoritaire du Gouvernement espagnol, voici la position adoptée avec une large majorité par la Coordination Fédérale d'Izquierda Unida, le 23 septembre dernier (78% avec 50 voix "pour") :
1. Il existe en Catalogne un conflit politique de caractère historique qui nécessite une solution politique que l'on ne peut trouver qu'à travers la négociation et le dialogue. Parmi les mécanismes démocratiques disponibles, l'organisation d'un référendum qui permette à la société catalane de décider sur son futur devrait être envisagée, car 80% de la société catalane a manifesté sa volonté d'exercer son droit à décider et cela ne peut pas être ignoré.
2. Le Gouvernement d'Espagne n'aborde pas ce problème politique avec une attitude démocratique. Il utilise au contraire la répression et l'autoritarisme. L'attaque contre les droits fondamentaux perpétrée par le Gouvernement d'Espagne est très grave, elle affecte l'ensemble des citoyens de l'Etat et pas seulement une partie de la population catalane. L'attitude du Gouvernement d'Espagne est anti-démocratique, irresponsable et réactionnaire.
3. L'appel au référendum du 1er octobre par le Govern de la Généralitat de Catalogne ne résout pas le problème car il ne réunit pas les garanties politiques suffisantes et ne s'adresse pas à toute une partie de la société catalane. La feuille de route du Govern qui révèle également un manque de contenus en matière de revendications sociales et de régénération démocratique, liée à l'action répressive de l'Etat, empêcheront que ce processus jouisse des garanties nécessaires. Dans ce cadre, nous ne pouvons accepter que le résultat de ce processus ait des effets sur le statut de la Catalogne.
4. L'action répressive du Gouvernement a été soutenue par le bloc réactionnaire formé par le PP (Parti Populaire) et le CS (Ciudadanos). Pourtant, elle n'a pas le soutien du Congrès. Face à ce bloc réactionnaire, nous saluons la célébration de l'assemblée des parlementaires démocratiques de tout l'Etat, qui exige une solution politique et dénonce la répression du Gouvernement en tant que recul gravissime des libertés.
5. Nous affirmons que la meilleure solution au conflit est un processus constituant qui aboutisse à une République Fédérale. Cet horizon constituant est nécessaire car notre pays est plurinational et que la Constitution de 1978 est périmée, conséquence de l'offensive néolibérale de ces dernières années. Nous avons besoin d'un nouveau modèle de vie en commun qui garantisse les droits humains, ce qui est impossible dans le cadre actuel. Le cadre que nous défendons est celui de la République Fédérale, qui est liée nécessairement à la reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples, et à la conquête et la consolidation des droits sociaux pour les classes populaires.
6. Nous comprenons que, vu les circonstances, le 1er Octobre est actuellement une mobilisation qui peut servir à l'exigence du droit à décider et à la protestation face aux actions irresponsables du Gouvernement. Il y aura probablement diverses manifestations d'ampleur dans toute la Catalogne, et sans doute dans d'autres parties de l'Etat, contre la répression du Gouvernement et du bloc réactionnaire : Nous appelons nos militant-e-s à y participer en défense des droits et des libertés.
7. Nous continuerons à travailler avec EUiA (Gauche Unie et Alternative, en Catalogne) sur les solutions à ce conflit politique. A Izquierda Unida, nous considérons que l'appel à un référendum effectif, qui puisse faciliter la participation massive de la société catalane, avec une expression possible des différentes options, et qui implique un débat sérieux et profond sur le modèle d'Etat, est la meilleure solution pour l'exercice du droit à décider. En tant que force fédéraliste, nous reconnaissons le droit à l'autodétermination des peuples, et donc aussi celui du peuple catalan. Nous revendiquons la célébration d'un référendum et nous nous engageons à travailler pour qu'il ait lieu.
Il aura fallu 50 ans pour qu'un commandant guerrilléro fasse un discours devant le congrès. Plus de 10 000 personnes ont assisté à l'arrivée des Farc en politique sans armes.
La rose des Farc s'est imprimée sur les murs du Capitole. La nuit était claire, sans nuage. Plus de 10 000 personnes célébraient la naissance d'un nouveau parti politique. Timoleón Jimenez est monté sur la scène, il avait entre les mains 10 feuilles blanches froissées. On le sentait nerveux, dubitatif. C'était comme s'il avait gagné une guerre de 54 ans. Il était le premier commandant guérillero à parler sur la place de Bolivar, face à une multitude qui chantonnait son nom et qui levait le bras vers le ciel avec le poing fermé. Timoleón a respiré et il a parlé. L'hologramme de la rose des Farc continuait à se projeter imperturbablement sur le mur du congrès. Les gens se sont tus et ils l'ont écouté.
Pendant toute la semaine, avait couru la rumeur affirmant que Peñalosa faisait tout son possible pour ne pas prêter la place aux Farc. Les pressions de la droite colombienne, majoritaire, s'appesantissaient sur le maire de Bogota. Et ce vendredi à 13h00, les Farc ont été au bord de l'annulation du concert programmé et évoqué dans les accords de La Havane eux-mêmes. Parmi les invités d'honneur, ils devaient avoir Poncho Zuleta, l'auteur du nouveau classique du vallenato Que viva la tierra paramilitar, mais le chanteur s'est désisté en début de semaine. C'est la deuxième fois qu'il pose un lapin aux Farc : Dans la zone de regroupement de Conejo commandée par Joaquin Gomez, dans la Guajira, il ne les a laissé voir qu'une queue de comète au début du mois d'août. Mais le plus grave était à venir : à 13h00, l'organisation s'est retrouvée face à un mur suite à l'annulation de l'assurance qui couvrait l'événement. Peñalosa a lancé un ultimatum : S'il n'y avait pas une autre compagnie d'assurance, la Place de Bolivar n'était pas mise à disposition. Une demi-heure plus tard, et avec le soutien du gouvernement de Juan Manuel Santos, une nouvelle assurance est apparue. Le Concert allait avoir lieu.
Le soleil n'était pas au rendez-vous quand des centaines de guérrilleros sont arrivés à Bogota, en provenance des zones de regroupement éparpillées partout en Colombie. Pour bon nombre d'entre eux, c'était la première fois qu'ils venaient dans la capitale. Gabriel Angel, le chroniqueur des Farc, a été le premier à arriver. Il est venu avec sa copine, une brune exubérante aux yeux clairs qu'il a connu dans les troupes de la guérrilla, il y a 10 ans. Il n'avait pas mis les pieds sur la place de Bolivar depuis 1983. A cette époque, il étudiait au vieux collège Saint Bartholomé, avec le rêve de changer le pays. Il a tout laissé pour suivre les idées de Jacobo Arenas. Il a lutté aux côtés de Jorge Briceno, alias Mono Jojoy, un des commandants guérrilleros les plus haïs des colombiens et les moins compris du pays, mais aimé avec une ferveur proche de l'adoration dans les troupes des Farc. Gabriel a un rendez-vous avec un journaliste allemand. Bien qu'il soit content et qu'il répète qu'il n'a pas peur, il critique rudement le non-respect des accords de la part du gouvernement.
De l'autre côté de la place, dans une énorme tente, les membres de l'état-major des Farc arrivent peu à peu. Mauricio Jaramillo est le premier à arriver vers quatre heures et demie, juste au moment où les Rebelles du Sud sont sur scène et chantent les mots d'ordre communistes qui, en pleine guerre, donnaient le moral aux troupes de la guérrilla. La place est déjà pleine quand, sur l'avenue Séptima, mille étudiants de l'Université Nationale entrent par le côté de la Cathédrale, en affirmant leur soutien aux Farc.
Parmi la foule, un homme vend des porte-clefs à l'effigie du Mono Jojoy, de Tirofijo et de Jacobo Arenas. Des jeunes avec des lunettes de marque portent fièrement des tee-shirts imprimés avec le visage d'Alfonso Cano. La police passe à côté d'eux et ne leur dit rien. C'est un autre pays. Le logo des Farc est partout et quand la nuit arrive, son hologramme commence à être projeté sur la Cathédrale et même sur les murs du Congrès. Pour la première fois, je comprends la peur uribiste : Dans la nuit du 1er septembre, il semblerait que les Farc ont gagné la guerre. Ils ont pris la Place de Bolivar.
Dans le public, il n'y a pas que des guérrilléros ou des gens de Bogota. Marina Hernandez et son mari Martin Ricaute viennent d'arriver de Medellín. Ils n'ont fait le voyage que pour voir comment les Farc célébraient leur transformation en parti politique. Nestor Gonzalez, un enfant de 13 ans, agite un drapeau avec la rose des Farc. Il est arrivé de Neiva avec son papa, un vieux militant, survivant du génocide de la UP. Ensemble, ils tournent plutôt les yeux vers la tente où se trouve l'état major que sur la scène où les Rebelles du Sud ont cédé la place au chanteur romantique Johnny Rivera, un des préférés des troupes de la guérrilla. Dans la tente, c'est Pastor Alape qui arrive, et pour répondre à la demande des gens, il abandonne son siège et se mélange au public pour serrer des mains et faire des selfies. Victoria Sandino, accompagnée de trois gardes du corps, marche au milieu de la foule qui la reconnait, qui lui serre la main et lui exprime son admiration. Vers 18h00, comme tant d'autres sympathisants présents sur la place, le petit Nestor entre dans une extase proche du délire à l'entrée de Timoleon Jimenez. Sur la scène, un des fils de Bob Marley, asphixié et un peu perdu, est éclipsé par la figure du commandant guérrilléro. Vers sept heures, Timoleon Jimenez monte sur scène. Il semblerait que la pression va l'avaler. Il accroche sa main à sa ceinture et commence le discours qui est peut-être le meilleur de sa vie. C'est un discours de victoire où, tout en reconnaissant les terribles erreurs que peut laisser une guerre de plus d'un demi-siècle, il présente une nouvelle Colombie où tou-te-s ont leur place : Les pauvres et les riches, les sans-terre et les sans-toits, les pédés et les conservateurs, les communistes et les uribistes. La Rose des Farc se projette sur les pierres des murs du Congrès. Une autre Colombie a commencé.
Des Chamanes plus que centenaires brûlent leurs encens près du visage de Timoleón Jiménez. Dans leurs langues natives, ils invoquent leurs dieux. Ils bénissent la guérrilla et le nouveau pays. La multitude explose dans un cri quand les musiciens de Totó La Momposina frappent sur leurs tambours avec force. La fête a commencé. Tous célèbrent la paix, sans sursauts. Santrich, qui sera l'amphitrion d'une fête à la maison où il est hébergé vers Nicolás de Federman, abandonne la tente. Tous font de même, sauf Carlos Antonio Lozada qui danse sans ménagements pendant toute la session de Totó La Momposina et celle de l'Orquesta Aragón qui jouera jusqu'à 22h00. Tout se termine. La rue piétonne de la Septima est une fête. Tous boivent et jouent de la musique. La célébration est absolue. Ce n'est pas seulement un nouveau parti qui est né. C'est une nouvelle Colombie qui a commencé.
Voici le discours de Timochenko :
"Nous serons des millions et des millions dans une Nouvelle Colombie. Le 20 avril 1944, Jorge Eliécer Gaitan avait dit : "... En Colombie, il y a deux pays : Le pays politique qui pense à ses emplois, à sa mécanique et à son pouvoir, et le pays national qui pense à son travail, à sa santé, à sa culture, non pris en compte par le pays politique. Le pays politique a des objectifs qui ne sont pas les mêmes que ceux du pays national. Terrible drame dans l'histoire d'un peuple !". 73 ans après, cette tragédie continue à vif. Comme l'expliquait Gaitan à l'époque, l'Etat continue actuellement à représenter les intérêts d'un groupe minoritaire, alors qu'il devrait représenter toutes les classes et défendre spécialement celle qui en a besoin, c'est à dire la grande majorité des déshérités. Nous proposons à la Colombie de mettre fin à cette réalité si amère. Et nous le faisons en présentant au pays et au monde, notre parti la FORCE ALTERNATIVE REVOLUTIONNAIRE DU COMMUN - FARC, en montrant une fois de plus notre engagement pour la paix, la démocratie et la justice sociale en Colombie. Les plus de 50 ans de résistance armée ont pris fin avec la signature des Accords de La Havane. Nous laissons les armes pour faire de la politique par des voies pacifiques et légales, nous voulons construire un pays différent avec vous tous et toutes. Un pays où, tout d'abord, la violence disparaisse définitivement de la scène politique, où personne ne soit poursuivi, assassiné ou disparu parce qu'il ou elle pense différemment. Un pays dans lequel aucun habitant ne soit obligé de prendre les armes pour défendre sa vie, où la réponse à la protestation et au mécontentement social ne soit pas les mauvais traitements de l'ESMAD (Escadron Mobile Anti-Emeutes).
Un pays où la tolérance et le respect de la différence soit la norme, où le dialogue et la concertation soit la manière de trouver des solutions aux problèmes. Nous ne voulons plus une seule goutte de sang pour des raisons politiques, qu'aucune mère ne reverse des larmes pour son fils ou sa fille violentés. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à tendre la main en signe de pardon et de réconciliation, nous voulons une Colombie sans haines, nous venons pour pratiquer la paix et l'amour fraternel entre compatriotes. Nous avons fait de nombreux gestes en ce sens. Nous avons cesser tous les feux, nous nous sommes réunis dans les zones et les points transitoires, nous avons fait un dépôt complet des armes, nous avons remis l'inventaire de notre économie de guerre et nous avons commencé le processus de remise de tous nos biens. Nous faisons maintenant le pas de notre conversion en parti politique légal. Si seulement l'Etat colombien avait montré le même empressement à respecter ses engagements ! Nous n'allons pas ici faire la défense de notre soulèvement. La recherche de la vérité du conflit et ses victimes a été au centre des Accords de La Havane, et les différents instruments auxquels nous avons souscrits se chargeront de révéler ce qui s'est réellement passé. Nous n'avons pas peur de la justice. Au contraire, nous l'appelons. Pour un pays où l'impunité disparaisse pour toujours, sans faire de différence suivant le statut social du responsable ou sa condition politique. C'est pourquoi nous proposons aussi une réflexion profonde aux grands médias de communication, leur apport est essentiel dans la création d'un climat national différent. Dans notre nation, la violence et la guerre ont été en grande mesure le fruit de l'exacerbation des passions, de la polarisation induite à travers les micros, les plumes et les écrans. La Colombie sera différente avec votre aide. Nous sommes conscients qu'une société divisée par d'énormes inégalités économiques et sociales est un vivier permanent de conflits et d'injustices. Nous savons que certains segments de la population colombienne détiennent des fortunes impensables et font étalage de privilèges dignes de contes de fées, alors que des pans entiers supportent des conditions de vie implacables. Peut-être atteindrions-nous un pays plus humain et plus juste si les premiers cédaient un peu de leurs bénéfices aux deuxièmes. Notre expérience récente en Norvège nous a montré un pays où tous les citoyens, selon leur condition économique, paient leurs impôts et y consentent facilement, parce qu'ils savent qu'ils auront un retour à travers des travaux dont le bénéfice est collectif. C'est la raison pour laquelle ils jouissent d'un niveau général de vie élevé. Ici les grands capitaux poussent la fiscalité à la baisse, alors que l'ensemble de la population est taxée par des impôts indirects qui sont la plus grande part de la fiscalité. Et ce qui est encore pire, c'est que chaque matin, nous nous réveillons avec un nouveau scandale de corruption, dans lequel un personnage différent de l'élite gouvernante apparaît mis en cause dans des détournements de fonds gigantesques, ce qui met à nu le terrible degré de décomposition caché dans les différents pouvoirs publics. La règle du "moi d'abord" s'est emparée de toute l'administration publique, ce qui se traduit par l'abandon, la raillerie et la tromperie des électeurs qui ont cru un jour dans ces leaders. C'est pourquoi nous rêvons d'un pays où la transparence et le châtiment exemplaire de ceux qui le violent soient sacrés. Un pays où les politiques servent réellement les citoyens au lieu de penser tout le temps à leur enrichissement facile. Un pays où l'on n'arrive pas au Congrès en pensant à l'eù nrichissement personnel dérivé de sa position et de son influence, ni aux mairies et aux départements, ni aux autres corporations publiques ou aux tribunaux, alors que c'est la coutume aujourd'hui. Nous rêvons d'un pays où, sur ses plus de cinquante millions d'hectares cultivables, puissent vivre ensemble dans la prospérité, la solidarité et l'équité, les entrepreneurs ruraux, l'économie paysanne et les communautés afrodescendantes et indigènes. Un pays où l'investisseur ou l'éleveur ne pensent pas à augmenter leurs propriétés sur le dos de leurs voisins. Un pays où l'exploitation minière ne signifie pas destruction de l'environnement et misère des habitants.
Nous voulons un pays où toutes les citoyennes et tous les citoyens aient un accès effectif à l'éducation et à la santé. Où les critères d'humanité et de service s'imposent sur ceux de la croissance et du profit. Où les secteurs stratégiques de l'économie ne dépendent pas du négoce capitaliste de quelques consortiums, un pays où l'on s'appuie sur le producteur national. Un pays où la jeunesse et les travailleurs jouissent réellement du développement de l'esprit, où le sport, la culture, l'art et les loisirs élèvent les aspirations et les opportunités pour tous. Un pays où tous aient un logement digne, un lit propre, au moins trois repas par jour, où personne ne soit sans travail et encore moins, sans une rémunération juste. Un pays où les femmes soient reconnues et jouissent des mêmes droits et opportunités que les hommes. Où la diversité de genre et sexuelle ne soit pas stigmatisée. Où l'enfance soit le patrimoine social le plus précieux et qu'elle soit donc protégée et dotée des meilleures opportunités de développement intégral. Où le handicap trouve un soutien et une incitation au dépassement. Où personne ne dorme dans les rues et où l'Etat assiste les personnes dominées par une dépendance.
Ce pays cessera d'être un rêve quand nous serons des millions de colombiens ayant à coeur de le rendre possible. Quand cette immense majorité abstentionniste se décidera à agir politiquement, quand tous les déçus de la politique en viendront à croire dans une nouvelle alternative. Nous n'avons pas d'autre lettre de candidature que notre histoire de plus d'un demi-siècle où nous avons tout donné, même la vie, pour qu'il nous soit permis d'ouvrir cet espace par où tous puissent passer. En nous barrant tous les espaces politiques, ils nous ont précipité dans une longue guerre. Mais nous n'avons jamais cessé de lutter pour ouvrir à nouveau ces espaces. Gaitan disait que sa plus grande qualité était de ne pas flancher dans la lutte, de convertir l'obstacle en incitation au dépassement, d'insister sur les grandes questions chaque fois qu'il est nécessaire. Nous croyons honnêtement qu'après plus d'un demi-siècle d'effort, personne ne peut douter de la persistance de nos idées, voilà la carte de visite qui permet de nous présenter. Que la tâche ne sera ni facile ni immédiate, c'est parfaitement clair pour nous. Que nous serons la cible des attaques les plus immondes, nous n'en doutons pas. Qui saurait mieux que nous, que la persévérance peut tout vaincre ? Il faudra aller étape par étape, on ne peut pas commencer à construire une pyramide par son sommet. Notre premier pas maintenant, est de présenter notre parti politique à la Colombie, son programme stratégique, notre proposition d'action politique. Nous voulons et nous réussirons à être reconnus nationalement comme parti politique légitimement situé dans la scène nationale. Nous impulserons une grande convergence nationale, la conformation future d'un mouvement de mouvements qui regroupe les propositions les plus diverses de dépassement de la grande crise nationale par des moyens pacifiques et démocratiques. Nous lançons dès maintenant notre proposition d'un gouvernement national de transition pour la période 2018-2022. Nous croyons fermement que le peuple colombien veut la paix et sera disposé à la défendre comme le plus précieux de ses droits. Nous considérons que les Accords de La Havane ont réussi à élever une muraille puissante face aux instigateurs de la guerre et de la violence. Mais nous savons qu'ils ne sont pas d'accord et qu'ils cherchent par tous les moyens à ouvrir une brêche dans ce mur. Nous soutiendrons de manière décidée quiconque sera disposé à le blinder, à empêcher qu'ils ne l'affectent. Il faut travailler en responsabilité et sérieusement à la mise en oeuvre de l'Accord Final. Nous sommes convaincus que cela représentera un pas essentiel dans la démocratisation de la vie nationale, que cela élevera considérablement les conditions économiques et sociales du secteur rural et représentera une réussite significative dans la politique contre les drogues illicites, mais aussi que cela rendra possible un tourbillon profond des coutumes politiques, un pas en avant dans la lutte sociale pour la justice. Colombiennes, colombiens : Permettez-moi de vous inviter à connaitre notre parti, à partager la qualité humaine de ses membres, à dialoguer informellement avec nous sur toutes les questions d'intérêt national. Là où il y a une injustice, une offense, une victime, une aspiration d'ordre social, un projet de dépassement des conditions actuelles, une intention de paix et de réconciliation, un soupir ou un sourire, il y aura toujours un ami de la FARC, solidaire, serviable, disposé à vous accompagner dans votre dessein collectif de dignification. Nous sommes les filles et les fils de ce peuple, nous connaissons bien son travail et ses souffrances. Notre proposition est de nous unir pour un pays meilleur, juste, démocratique, souverain et en paix. Nous n'y arriverons pas si nous ne luttons pas unis pour lui, avec l'espoir absolu de le conquérir. Aujourd'hui, nous sommes un parti qui naît, dans un jour pas si lointain, nous serons des millions et des millions dans une Nouvelle Colombie. C'est dans cette Nouvelle Colombie que le pays national et le pays politique se fonderont en un seul, pour le bonheur de toutes et tous. Merci beaucoup".
Bogota. 1er septembre 2017
Le Gouvernement colombien a présenté ces jours derniers le Budget Général de la Nation pour 2018. Le projet de loi représente 235.6 mille milliards de pesos (soit 67 milliards d'euros), il doit être approuvé avant le mois d'octobre et sera débattu dans les commissions économiques conjointes et dans les plénières des deux chambres. Le budget présenté correspond aux demandes des organisations internationales du commerce et aux orientations et projections fiscales tracées par le gouvernement au cours de la première année du mandat du président Juan Manuel Santos. C'est un budget qui tourne le dos à la réalité sociale et politique du pays. Et particulièrement aux besoins liés à la mise en oeuvre de l'accord de paix pour l'année prochaine, et tout le quinquennat au cours duquel seront développés les accords de paix signés entre les FARC-EP et l'Etat colombien.
La Défense
Si le budget général pour 2018 n'avait pas à préciser de lignes budgétaires spécifiques pour les programmes, les plans et les stratégies de développement concernant la mise en oeuvre des accords, il aurait dû contenir une augmentation importante de chaque rubrique sociale ou d'investissement lié à la paix. Et pourtant, il n'y a qu'un seul secteur qui augmente, c'est celui de la Défense.
Il est préoccupant que les rubriques de la Défense augmentent alors que les rubriques liées à l'investissement social diminuent. Par exemple : La Défense aurait 4 mille milliards (1.140 M€) de plus que le budget 2017. Ce secteur est passé de 29 mille milliards de pesos (8.263 M €) à 32.4 (9.229 M €) en 2018. Alors que le pays passe de la guerre à la paix et qu'il n'a plus besoin de grands mouvements de troupe ni d'opérations militaires gigantesques, les chefs militaires continuent à bénéficier d'un budget énorme et ont la capacité de faire des contrats sans aucune régulation, puisqu'une bonne partie de leurs dépenses sont sous réserve.
Le Centre Démocratique (parti d'Alvaro Uribe Vélez) a d'ores et déjà annoncé que son groupe parlementaire ne votera aucune rubrique destinée à la réincorporation des ex-combattants, au développement social des communautés affectées par le conflit ou aux plans d'organisation territoriale qui aient quelque chose à voir avec l'agenda de La Havane. Bien que la réincorporation sociale des ex-combattants des FARC ne coûte au pays qu'une somme dérisoire, équivalente à sept jours d'exécution du budget militaire en pleine guerre.
L'affectation budgétaire
Les Programmes de Développement dans une Approche Territoriale (PDETS) sont une des autres stratégies pour la consolidation de la paix qui apparaissent dans le budget de l'année prochaine, ils seront le moteur de la mise en route des accords de paix dans les territoires. Pourtant, alors que l'on attend que le Conseil National de la Politique Economique et Sociale (CONPES) formule un document qui intègre les ressources nécessaires pour les cinq ans à venir, il n'y a pas de renforcement des entités déterminantes pour cet objectif. Bien au contraire, les entités départementales de planification et de développement social vont être sérieusement affectées dans les montants mandatés par les ministères.
Un autre secteur sinistré par les coupes budgétaires est celui de la science et de la technologie. Il est passé de 380 (108 M €) en 2017 à 222 mille milliards (63 M €) pour 2018. Cette diminution affecte la recherche, le maintien des centres scientifiques colombiens, le budget des universités publiques, les bourses accordées aux scientifiques colombiens en Colombie et à l'étranger.
Education
Le budget de l'éducation se maintient avec 35 394 mille milliards de pesos (10,08 M €) alors que l'on s'attendait à ce qu'il augmente. En effet, le pays vient d'être le témoin d'une énorme mobilisation des enseignants qui avaient obtenu du Gouvernement des engagements basés sur la croissance du budget annuel à partir de 2018 jusqu'en 2022 afin d'obtenir une augmentation des salaires, une hausse de l'investissement dans l'infrastructure scolaire et une mise à jour de la journée unique du système éducatif qui aurait dû être insérée dans le budget 2018.
Conformément à ce qui a été signé par la Ministre de l'Education Yaneth Giha, "le Gouvernement colombien et la Fecode (Fédération Syndicale des Enseignants) ont accordé qu''à partir de 2018, les enseignants recevront une bonification salariale pédagogique de la manière suivante : En 2018, les enseignants recevront une augmentation correspondant à 6% du traitement mensuel de base ; en 2019, les enseignants recevront une augmentation correspondant à 11% du traitement mensuel de base. Et à partir de 2020, les enseignant recevront une augmentation correspondant à 15% du traitement mensuel de base". Sur la base d'un budget équivalent pour la Justice en 2017, il ne semble pas possible que cet accord soit respecté par l'exécutif.
Sport
Dans le cas du sport, la réduction du budget atteint 347 mille millions de pesos (98 M €). Alors que cette année, le Comité Olympique Colombien, la plus grande autorité du Sport national, avait un budget de 530 mille millions (151 M €), en 2018, il aura 183 mille millions de pesos (52 M €) pour son fonctionnement, le développement des pépinières de talents sportifs, le soutien aux athlètes de haut niveau et à la préparation du cycle olympique.
Le dernier cycle olympique a été le plus réussi de l'histoire du sport colombien. Trois médailles d'or, deux d'argent, trois de bronze et 13 diplômes. Alors que le budget pour 2017 et les années antérieures avaient été idéales pour la préparation de nos sportifs, il va sans dire que les temps de préparation des sportifs de haut niveau vont être sérieusement affectés.
A ce propos, Baltazar Medina, le Président du Comité Olympique Colombien, a fortement critiqué le Ministre des Finances, Mauricio Cárdenas : " Il est très clair que le budget est insuffisant pour le sport colombien mais, au delà, il ne correspond absolument pas aux résultats, au développement et à la reconnaissance internationale de notre pays dans le champ du sport. Il est absurde de penser que tous ces résultats et tous ces succès peuvent se maintenir et se répéter avec un budget totalement insuffisant" a indiqué le dirigeant sportif.
52 mille milliards de pesos sont destinés au service du paiement de la dette soit 1 billion de plus que l'année dernière, sachant que c'est la rubrique la plus importante du budget. Selon les données fournies par le Banco de la República au 1er trimestre de 2017, la dette colombienne s'est élevée à 122.412 millions de dollars, avec une croissance annuelle de 6.7%.
Les mesures austéritaires du budget sont dues aux recommandations de l'OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique)qui, au cours de sa dernière visite dans le pays, a signalé la nécessité de mener à bien en 2018 les réformes des systèmes de retraite qui puissent réduire la dépense de l'Etat et consolider la politique fiscale à moyen et long terme, au détriment de l'investissement social du pays.
J'ai le plaisir de vous informer sur le bilan des opérations et activités liées au dépôt des Armes :
Enlèvement des containers
Aujourd'hui 15 août, se termine le processus d'extraction de la totalité de l'armement et des restes de munitions présents dans les 26 campements des FARC-EP ainsi que ce qui a été retrouvé dans les caches à la date d'aujourd'hui. En plus de l'opération qui est en cours à Pondores, des opérations d'extraction sont en cours d'exécution dans quatre zones en ce moment : La Reforma, Yari, La Guajira et La Variante. Le matériel transporté dans les containers comprend 8.112 armes et près de 1.300.000 cartouches incinérées.
Je souligne que le processus d'extraction comprend 16 mouvements aéro-terrestres et 10 terrestres, ce qui représente plus de 50 heures de vol des 3 hélicoptères de la Mission et plus de 11.000 km parcourus.
Au jour d'aujourd'hui se termine aussi la destruction de tout le matériel instable qui se trouvait dans les 26 campements comprenant des mines antipersonnel, des grenades, des explosifs artisanaux, de la poudre, entre autres.
Opérations dans les caches d'armes
En ce qui concerne les opérations dans les caches, on dispose à la date d'aujourd'hui d'une information sur 873 caches dont le matériel a été récupéré dans 510 caches.
Jusqu'à maintenant, concernant le résultat des opérations d'extraction des caches d'armes, la Mission de l'ONU sur le terrain a comptabilisé le matériel suivant :
795 armes
293 803 munitions de différents calibres pour des armes légères
22 077 kilogrammes d'explosifs divers
25 216 mètres de cordon de détonation et de mèche lente
3 957 grenades (de main et de 40 mm)
1 846 mines antipersonnel
27 282 détonateurs
1 130 munitions de mortier ( parmi lesquels sont identifiés du 81 mm, 60 mm et des roquettes.
Il me semble que c'est un chiffre important, qui démontre que définitivement, il y a eu un processus exhaustif de dépôt des armes, pas seulement un processus de dépôt des armes individuelles, mais un processus exhaustif de tout ce que contiennent les équipements des FARC-EP. Et comme l'a dit le président Juan Manuel Santos, cela met le pays sur la voie d'une nouvelle étape.
Merci beaucoup.
Déplacement des containers de Nations Unies dans le Tolima
En Colombie actuellement, 13 millions de personnes vivent dans la pauvreté*
4 millions vivent dans une pauvreté extrême.
Environ 8 millions de personnes vivent dans une pauvreté multidimensionnelle, avec des problèmes de logement, de travail, de santé et d'accès aux services de bases.
La Colombie est le 2ème pays avec le plus grand taux d'inégalité sociale en Amérique Latine
Maintenant, avec la Paix et avec le pouvoir de notre parole, nous FARC-EP, allons lutter pour construire un pays avec une distribution plus juste de la richesse pour que toutes et tous, nous puissions vivre dignement.
FARC-EP
Paix avec Justice Sociale
* Pour une population totale de 49 millions d'habitants.
Il y a près d'un an que la procédure d'impeachment contre la présidente du Brésil Dilma Rousseff, l'a obligée à laisser son poste alors qu'elle était accusée de manipuler illégalement les comptes du gouvernement. Mais ce n'est pas une raison pour qu'elle garde le silence.
Au cours d'un entretien avec la BBC, l'ancienne cheffe d'Etat a affirmé que l'image diffusée en Occident sur le Venezuela est irresponsable, que le traitement de la presse internationale sur ce pays est "absurde" et que de cette manière, un grand conflit armé peut se créer dans la région "comme ils l'ont fait en Irak et en Afghanistan".
Depuis que Rousseff a quitté le pouvoir, son mentor politique, l'ancien président Luz Inácio Lula da Silva, a été condamné il y a un mois à 10 ans de prison pour un autre cas de corruption et de blanchiment d'argent. Quelques semaines auparavant, Michel Temer qui a succédé à Roussef à la présidence du Brésil et qu'elle accuse de "traître", a failli être poursuivi par la Chambre des Députés.
Avec ce paysage, l'ancienne présidente a décidé de parler avec la correspondante de la BBC au Brésil, Katy Watson, pas seulement sur la situation politique turbulente chez elle mais aussi sur celle du pays voisin et ancien allié politique : le Venezuela de Nicolás Maduro.
L'Occident est irresponsable avec le Venezuela
Au milieu de la crise actuelle au Venezuela qui a laissé plus de 100 morts dans les rues au cours des derniers quatre mois de protestation contre le gouvernement, Gleisi Hoffmann, le leader du Parti des Travailleurs (PT) auquel appartiennent Rousseff et Lula, a souligné que le parti soutenait Maduro contre la "violence offensive de la droite". Lula avait également montré son soutien au gouvernement socialiste auparavant, et Rousseff n'est pas catégorique sur la condamnation du gouvernement du Venezuela, comme l'ont été d'autres leaders de la région ces dernières semaines.
"Maduro gouverne au Venezuela dans des circonstances extrêmes. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une manière d'aller de l'avant sans effusion de sang" dit-elle. Elle admet pourtant que Maduro n'a pas la même stature politique qu'Hugo Chávez. "Je crois qu'Hugo Chávez a été un grand leader qui a eu la chance d'être au pouvoir à l'époque où les prix du pétrole étaient à la hausse" a dit Rousseff à la BBC. "Quand les prix ont commencé à descendre, il n'y a pas eu que le Venezuela à le sentir. Et la situation a commencé à devenir très difficile" ajoute l'ex-présidente.
A ce propos, Rousseff critique l'image véhiculée en Occident sur le pays, qu'elle qualifie d' "irresponsable" et considère également que le traitement de la presse internationale "est absurde". "Ils vont créer, comme ils l'ont fait en Irak et en Afghanistan, ils peuvent créer ici, après 140 années de paix, ils peuvent créer un grand conflit armé" assure-t-elle. Et elle ajoute : "Et il ne s'agit plus de discuter. Car l'opposition n'est pas parfaite non plus".
Vous souvenez-vous de Saddam Hussein ?
Et donc on ne peut pas reprocher à Maduro la crise actuelle au Venezuela ? Lui demande la journaliste de la BBC.
"Je ne vais pas en vouloir uniquement à Maduro. Ce qu'il y a c'est un conflit" souligne Rousseff. "Vous vous souvenez de ce qu'ils ont fait à Saddam Hussein ? Ils l'ont tué de la manière la plus brutale possible. Quand ils l'ont fait, tous les monstres sont sortis à découvert, on a ouvert une boite de Pandore. D'où est sorti l'Etat Islamique? Il est venu du fait que les Etats-Unis pensaient qu'il y avait une position démocratique là-bas. Et il n'en était pas ainsi" ajoute-t-elle.
Le 5 août dernier, le bloc économique des pays sudaméricains, le Mercosur, a suspendu indéfiniment le Venezuela jusqu'à ce que la démocratie soit rétablie dans le pays. Pour Roussef, la communauté internationale, et particulièrement le Brésil, a beaucoup de comptes à rendre.
"Le Brésil n'a pas le droit de parler sur la clause démocratique au Mercosur. La situation au Brésil n'est pas la même que celle du Venezuela mais il y a bien eu un coup d'Etat. Au moins, au Venezuela, ils sont arrivés au pouvoir à travers le vote" a souligné Rousseff.
Un coup d'état en cours
Le 31 août 2016, le Sénat du Brésil a destitué Rousseff de son poste de présidente pour "maniements illégaux des comptes du gouvernement". Pour Rousseff, cet événement n'a été qu'une des phases d'un processus bien plus long. "Ne croyez pas que ça a commencé et fini le jour où ils m'ont sortie de mon bureau. Ca a commencé le jour où eux (les rivaux politiques) se sont rendus compte qu'ils n'allaient pas arriver au pouvoir par des élections démocratiques. C'est à dire que la démocratie n'était pas viable selon leur point de vue" a-t-elle dit à la BBC.
Pour Rousseff, la condamnation de son prédécesseur, l'ex-président Lula da Silva, est un autre mouvement de ce plan de manoeuvres politiques. Au delà de la sentence de 10 ans de prison contre lui, Lula se profile comme candidat du PT et se maintient dans les sondages pour les élections de l'année prochaine. "Le premier chapitre a été un coup d'Etat contre moi. Mais il y a un deuxième chapitre, qui est d'éviter que Lula devienne candidat présidentiel".
Mais n'est-il pas temps que la scène politique du Brésil reçoive du sang neuf ?
"Comment savoir si le Brésil a besoin d'un nouveau leader et d'un nouveau changement ? Depuis quand ce qui est "nouveau" est nécessairement "bon" ? Le nouveau, ça pourrait être Hitler. Il n'y a pas de garanties. Pourquoi les gens reconnaissent ce que Lula a fait ? Parce que pendant son gouvernement, on vivait mieux" affirme-t-elle.
Sa réponse est claire quand on lui demande si le fait qu'elle soit une femme a influé sur sa destitution: "Vous me demandez s'il y a eu un comportement machiste ou misogyne ? Oui. Cela n'a pas été la raison principale, je ne peux pas dire ça, mais oui, c'est un élément qui s'est lié à tous les autres".