vendredi 7 octobre 2016

Communiqué conjoint #2. Délégations du Gouvernement National et des FARC-EP


Sources :
Pazfarc-ep.org
equipo paz gobierno
La Havane, Cuba. 7 octobre 2016

Nous, délégations du Gouvernement National et des FARC-EP, après nous être réunis à La Havane avec les pays garants et avec le Chef de la Mission Spéciale des Nations Unies en Colombie, Jean Arnault, voulons informer l'opinion publique que :

1. Après quasi 4 ans de conversations intenses, nous avons conclu le 24 août dernier l'Accord Final pour la Cessation du Conflit Armé et la Construction d'une Paix Stable et Durable, dans lequel nous nous sommes engagés. Nous considérons qu'il contient les réformes et les mesures nécessaires pour asseoir les bases de la paix et garantir la fin du conflit armé.

Nous reconnaissons, toutefois, que ceux qui ont participé au Plébiscite du 2 octobre dernier se sont prononcés majoritairement en faveur du Non bien que ce soit avec une marge étroite. Dans le cadre des facultés présidentielles octroyées par la Constitution Politique, il convient que nous continuions à écouter les différents secteurs de la société, dans un processus rapide et efficace, pour comprendre leurs préoccupations et définir rapidement une solution par les voies évoquées dans la sentence de la Cour Constitutionnelle C-376 de 2016. Les propositions d'ajustements et les précisions qui résulteront de ce processus, seront discutées entre le Gouvernement National et les FARC-EP pour donner des garanties à tous.

2. Nous réaffirmons l'engagement assumé par le Président de la République et le Commandant des FARC-EP de maintenir l'arrêt des Hostilités et le Cessez-le-Feu Bilatéral et Définitif décrété le 29 août dernier, ainsi que le contrôle et la vérification à travers le mécanisme tripartite. De même que les garanties de sécurité et de protection des communautés dans leurs territoires, conformément à ce qui est défini par les parties dans le protocole.

Pour consolider ce Cessez-le-feu, nous avons accordé un protocole tendant à prévenir tout incident dans les zones de pré-regroupement dans les quadrants définis, et assurer un climat de sécurité et de tranquillité assurant la pleine application de toutes les règles qui régissent l'arrêt des Hostitilités et le Cessez-le-feu Bilatéral et Définitif.

Le mécanisme Tripartite de Contrôle et de Vérification avec la participation du Gouvernement et des FARC-EP et la coordination de la mission des Nations Unies aura la charge de contrôler et vérifier le respect du protocole, particulièrement le respect des règles qui s'appliquent au Cessez-le-feu.

3. Dans ce but, nous demandons au Secrétaire Général des Nations Unies, et par son intermédiaire, au Conseil de Sécurité, qu'il autorise la Mission des Nations Unies en Colombie à exercer les fonctions de contrôle, vérification, résolution des différends, recommandations, rapports et coordination du Mécanisme de Contrôle et de Vérification prévues dans la Résolution 2223 (2016) du protocole mentionné ci-dessus.

De même, nous invitons les pays qui contribuent à la Mission avec des observateurs désarmés à ce qu'ils continuent à déployer leurs hommes et femmes, qui pourront compter sur toutes les garanties de sécurité nécessaires.

4. Parallèlement, nous continuerons à avancer dans la mise en oeuvre de mesures de construction de confiance à caractère humanitaire comme la recherche des personnes déclarées disparues, les plans pilotes de déminage humanitaire, la substitution volontaire des cultures d'usage illicite, les engagements concernant le départ des mineurs présents dans les campements et la situation des personnes privées de liberté.

5. Les délégations remercient le Comité International de la Croix Rouge pour son soutien permanent, le Chili et le Venezuela pour leur accompagnement et surtout, Cuba et la Norvège, pour leur travail intense et dévoué de soutien à la construction des accords de paix en Colombie, leur contribution constante à la recherche de solutions dans des moments difficiles et leur disposition à continuer leur soutien au processus de paix.

Trad°: CM


Colombie, dans la catharsis du Oui et du Non


Par Myriam Montoya,
Paris, le 5 octobre 2016

C'est un fait, nous, colombiens, n'avons pas encore réussi à sortir définitivement du cauchemar, de "l'horrible nuit" évoquée et tant annoncée dans notre hymne national écrit en 1887, "l'horrible nuit" que nous voulions terminer ce 26 septembre dernier avec la signature des Accords de paix.

A la question très concrète du plébiscite imprimée sur le bulletin de vote : Soutenez-vous l'accord final pour la cessation du conflit et la construction d'une paix stable et durable? Sur un total de 34’899.945 électeurs inscrits au Registre National, soit les colombiens habilités à voter pour ratifier ou refuser les Accords de Paix ce 2 octobre 2016,  seuls 13’066.047 votants sont allés aux urnes. Parmi eux, 6’377.482 ont ratifié le OUI et 6’431.376 ont rejeté l'accord final pour la paix que le gouvernement colombien et les FARC-EP ont négocié pendant près de 4 ans, en donnant au NON une victoire partielle avec une différence de 53.894 voix en plus.

La perplexité des colombiens qui se sont lancés dans la campagne et ont voté OUI, dont nous-mêmes,  a été aussi grande que la déception et l'impuissance manifestée par les nombreux accompagnateurs et facilitateurs internationaux de ces Accords de Paix, et de l'opinion publique en général. Mais en surmontant la réalité de ces chiffres et en faisant le bilan des résultats, il faut que nous, les colombiens, réfléchissions sur le cap que prendront les Renégociations du conflit et la construction de la Paix, nous ne devons pas laisser passer cet événement important et révélateur, et nous questionner sur l'état d'abandon et de détérioration dans lequel se trouve notre démocratie.
 
Y-a-t'il une véritable légitimité constitutionnelle quand seuls 37.43% de la population habilitée à voter, décide sur un sujet aussi délicat et important que celui de mettre fin au conflit armé en Colombie et donc, que finalement, on permette à seulement 18%, c'est à dire une minorité dans laquelle on retrouve évidemment l'extrême droite et les élites politiques, de changer les termes de négociations auxquelles eux-mêmes avaient refusé d'assister et s'étaient marginalisés ?
 
Où est et pourquoi cette immense majorité du 62.57% de la population colombienne n'a pas participé?
Pouvons-nous croire objectivement que la volonté et le désir le plus profond du peuple colombien se sont trouvés exprimés dans ces chiffres fracassants, qui n'atteignent même pas la moitié de la population inscrite au Registre National et habilitée à voter ?
Ces élections et scrutins ont-ils été conformes au sens le plus strict et profond d'une démocratie effective et bien structurée ?
Notre Constitution actuelle qui est le cadre qui forge et soutientnotre démocratie est-elle conçue et modelée à la mesure de notre taille, de nos besoins, nos exigences et nos requêtes historiques ?

Après la stupéfaction, la commotion et la surprise, nous devons interpréter avec lucidité le nouveau paysage politique, arriver à des conclusions qui interprètent et élucident en profondeur ce "ballotage", cet échec apparent du plébiscite pour la Paix en Colombie, et essayer d'en tirer le meilleur parti possible. Où est le triomphe réel du NON ? C'est celui d'avoir eu la capacité d'obstruer et de retarder un processus dont on ne peut plus tourner la page, ni d'un côté ni de l'autre, et aussi bien sur, l'intégration dans les Accords de l'avatar des trois oeufs de l'uribisme qui sont maintenant quatre, ainsi que certains conditionnements des points qui touchent les intérêts mesquins de l'oligarchie et de l'extrême droite.

Face au monde entier, nous devons avoir la certitude que l'échiquier politique colombien après la signature de l'Accord de Paix du 26 octobre 2016, ne correspondra jamais plus à l'image et à la volonté de l'uribisme, la manoeuvre de l'extrême droite et de l'uribisme a trop tardé à réagir et bien qu'ils aient eu cette apparente victoire, et qu'ils aient réussi à retarder et allonger le processus, leur lutte effrénée pendant la campagne pour le NON, au cours de laquelle tous les moyens et ressources ont été utilisés dont le mensonge, la peur, l'achat de voix et toutes les manigances déjà utilisées pour la réélection, sont des manifestations de désespoir parce que le NON de la campagne qui a refusé dans un premier temps la cessation du conflit armé avec les FARC-EP doit tôt ou tard se transformer en OUI. Perdre le plébiscite peut devenir la plus judicieuse des erreurs si les renégociations se font dignement, en protégeant les intérêts des victimes, l'intégrité de la guérilla et la volonté politique de ceux qui ont voté pour le oui, auquel nous ne pouvons renoncer pour seulement 53.894 voix de plus. L'extrême droite n'a pas carte blanche pour balayer tout le travail réalisé pendant quatre ans ; le défi maintenant est d'en profiter et d'inclure les acteurs politiques qui manquaient. Le Centre Démocratique et son champion, dont on ne peut nier qu'il est une partie active de notre conflit, mais aussi l'Armée de Libération Nationale (ELN), car cette organisation aussi a manifesté catégoriquement son intérêt à négocier la Paix et le dépôt des armes avec le Gouvernement Colombien.

N'oublions pas que beaucoup de choses ont changé, tout d'abord la position et l'image politique des FARC-EP dans la population civile colombienne et dans la communauté internationale. La qualité de l'évolution idéologique des Forces Armées Colombiennes et tout ce déploiement d'énergies pour arriver jusqu'au plébiscite ont marqué et transformé la perception, non seulement des vieux mais aussi celle des nouvelles générations, dont beaucoup, même s'ils ne pouvaient pas voter ont été sensibilisés pour le OUI. Depuis quatre ans, le pays vit peu à peu une transition et ce processus murit dans l'esprit d'une jeunesse enthousiaste qui se prépare à prendre le relai.

Alors qu'apparaissent toutes les questions mentionnées ci-dessus et qui peuvent être à la base de la construction de la Colombie que nous rêvons, qui nous désirons vivre ici et maintenant, et que nous voulons transmettre à nos enfants et aux générations à venir, il y a une urgence qui saute aux yeux et que nous ne pouvons plus dissimuler ni reporter. L'urgence de sortir ce cette inertie est une occasion extraordinaire pour que nous provoquions l'émergence de cette Colombie cachée, nous avons besoin de rompre le cercle de silence, de sortir du danger de la marginalisation de cette Colombie dont nous ne savons pas si elle est Résistante, apathique, indifférente ou ignorante politiquement, mais qui fut celle qui ne s'est pas prononcée dans la prise d'une décision si importante comme celle de la ratification des Accords de Paix, cette Colombie qui était et qui est capitale pour nous sortir du marasme dans lequel nous nous trouvons maintenant. Nous devons faire une grande expédition ou trouver une stratégie pour chercher et arriver à cette Colombie qui a été la grande absente de ce plébiscite, parce que ce vide immense s'ajoute à notre frustration, cette Colombie dont nous ne savons pas si elle est bâillonnée ou si elle ne veut pas parler, cette multitude amorphe dont, en urgence, nous avons besoin d'entendre la voix, l'opinion, la présence, l'adhésion, la participation cruciale.

En partant de cette urgence, il est pertinent également de lancer un appel aux Institutions, à la société civile et au gouvernement pour mener à bien un grand débat sur notre système électoral actuel et la proposition de faire évoluer la conscience citoyenne et la société dans son exercice politique. Le Vote, comme l'éducation, est à la fois un droit, une nécessité et un devoir obligatoire. Il doit être posé comme un engagement et une condition inéluctable pour l'exercice du pouvoir, du contrat et des libertés citoyennes.

Proposer un Programme National Pilote qui puisse se mettre en oeuvre pendant 30 ou 40 ans, comme partie de la transition historique que nous sommes en train de vivre et du saut fondamental que nous nous apprêtons à faire. Le phénomène de l'abstention électorale est un problème structurel, c'est le noyau de notre problème et de notre retard politique et social. Après ce fiasco, ce serait irresponsable de continuer à l'ignorer.

Traduction : CM

jeudi 6 octobre 2016

Colombie : On se verra d'ici 10.000 morts


Par Enrique Santiago Romero
Avocat, Militant politique, Assesseur juridique des FARC-EP
in Tribuna Abierta/Diario.es
04/10/2016

  • Au delà de la tristesse, le résultat du plébiscite a un effet politique très grave et la Colombie a un problème politique qui doit être résolu de manière urgente, par des moyens exclusivement politiques, et non juridiques.
  • Les arguments de la campagne du Non à l'accord de paix en Colombie, non contents d'être abusivement grossiers et simplistes, ne tiennent pas face aux 297 pages de l'Accord Final, élaborées patiemment et avec soin pendant 4 ans de travail.

"On se verra d'ici 10.000 morts"
Tlaxcala, México, 1992.

Le surprenant résultat du Plébiscite qui a eu lieu dimanche dernier en Colombie et où le "Non" à l'Accord de Paix signé entre le Gouvernement et les FARC-EP s'est imposé avec une courte avance de 56.000 bulletins sur plus de 12 millions et demi déposés dans les urnes, met le processus de Paix développé à La Havane depuis 2012, dans une position délicate. Le problème créé par ce résultat est éminemment politique et n'est en aucun cas un problème juridique grave.

L'Accord Final pour la cessation du conflit et l'établissement d'une paix stable et durable, signé le 24 août à La Havane, maintient sa validité juridique malgré le résultat du plébiscite. Et ceci pour différentes raisons :
  1. D'abord, parce que l'article 22 de la Constitution Politique colombienne énonce que : "La paix est un droit et un devoir qui a force exécutoire".
  2. Ensuite, parce que la sentence de la Cour Constitutionnelle colombienne qui s'est prononcée en juillet dernier sur la loi de convocation du plébiscite, a établi que le résultat de ce dernier n'avait aucun effet juridique sur l'Accord de Paix, même s'il comporte une obligation politique pour le Président de la Colombie, qui a décidé unilatéralement de le convoquer alors qu'il n'avait pas l'obligation de le faire.
  3. Et troisièmement, parce que l'Accord Final a déjà une force juridique propre, conformément au droit international, dans la mesure où il a été souscrit comme Accord Spécial – figure juridique à force exécutoire prévue dans les conventions de Genève de 1949 – et déposé par les parties devant l'organisme dépositaire des Conventions de Genève, ce qui donne une légitimité à ses contenus.
Les FARC-EP, bien qu'elles aient accepté en juin dernier la réalisation du plébiscite après trois ans de divergence argumentée, s'opposaient à sa célébration pour les raisons suivantes : Parce que la Constitution colombienne configure le droit à la paix comme un droit fondamental, et donc comme un droit "contre majoritaire", c'est à dire un droit intrinsèque à la vie humaine qui ne peut pas être soumis à une consultation, et dont le résultat, s'il est malgré tout soumis à consultation, n'a aucun effet juridique. Il s'agit d'un droit indisponible consubstantiel à la dignité de la personne, de même que le droit à la vie ou à la liberté de tout être humain, droits fondamentaux dont les contenus et les configurations ne dépendent pas de tiers, sauf si on choisit de violer la Déclaration Universelle des Droits Humains ou le Pacte International des Droits Civils et Politiques, en plus de la Constitution colombienne elle-même.

Au delà de la tristesse qui saisit toute personne qui regarde comment un pays ne profite pas de l'opportunité d'en finir avec un conflit qui a débuté au moins 30 ans avant que n'existent les FARC-EP (Voir Loi des Terres 200 de 1936), le résultat du plébiscite a sans aucun doute un effet politique très grave, et donc la Colombie a un problème politique qui doit être résolu de manière urgente, par des moyens exclusivement politiques, et non juridiques.


Les arguments de la campagne du NON

Il y a un secteur important de la population qui a compris de manière erronée que l'effet de l'Accord de Paix serait pernicieux pour le pays, parce que (selon les arguments essentiels de la campagne du Non): cela provoquerait l'instauration d'un régime politique "castro chaviste" où les libertés individuelles ne seraient pas respectées ; cela provoquerait une hausse des impôts ; cela instaurerait une société gouvernée par un intérêt de "genre" qui s'associent à des comportements "féministes" et "homosexuels"; et cela supposerait l'impunité des crimes commis pendant le conflit, et des délits et infractions au Droit International Humanitaire qu'aurait causé la guérrilla des FARC-EP.

De tels arguments, non contents d'être abusivement grossiers et simplistes, ne tiennent pas face aux 297 pages de l'Accord Final, élaborées patiemment et avec soin pendant 4 ans de travail, en prenant en compte les droits de toutes les victimes du conflit, et en recueillant leurs inquiétudes et leurs opinions. Loin d'instaurer un régime "castro-chaviste", l'Accord Final renforce le droit à la propriété privée des petits et moyens producteurs agricoles, en les protégeant contre les pratiques de pillage  –Plus de 7 millions d'hectares usurpées violemment– qui ont souffert historiquement le joug des grands propriétaires et de leurs armées privées -paramilitaires- qui ne défendent le droit à la propriété privée que si la terre est pour eux.

En Colombie, 53% de la terre cultivable est entre les mains de 2.300 personnes. Rien ne gêne autant ces grands propriétaires que d'entendre parler des 10 millions d'hectares qui selon l'Accord de Paix, vont être remises avec des titres de propriétés à de pauvres paysans sans terre. Et il en est ainsi parce que l'Accord de Paix considère peu probable que seront remises à leurs propriétaires une partie importante des 7 millions d'hectares usurpées pendant le conflit.

L'Accord de Paix signifie également l'élimination d'une dépense militaire de 7 à 8 millions de dollars par jour, budget qui pourra être redirigé par l'Etat vers des investissements dans le social, en infrastructures, santé ou éducation à la demande des institutions, sans nécessité d'augmenter les impôts.

Ce fut le premier accord de paix du monde où a existé et est intervenu une "commission du genre" qui a révisé tous les accords avec la perspective des droits des femmes et des personnes avec une orientation sexuelle diverse. C'est ce qui a fourni l'argument surprenant, né dans les églises évangéliques et non démenti par l'église catholique, que l'accord de paix généraliserait les relations affectives homosexuelles dans le pays et qu'elle rendrait possible une espèce de "dictature social féministe".

Le plus insensé des arguments du Non à la paix est celui de la supposée impunité provoquée par les accords, bien que le modèle de Justice proposé ait été salué par les institutions internationales et les organisations de victimes de manière pratiquement unanime. Seuls Uribe, le très conservateur ex-procureur Ordoñez et l'ONG nord-américaine Human Rights Watch, ont maintenu une position belligérante contre l'accord de la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP), accord qui envisage les procès en pénal de centaines de milliers de conduites criminelles qui ont provoqué des victimes et qui se trouvent dans une impunité absolue.
Alors qu'au contraire, c'est la première fois dans un processus de paix, que ce soit en Colombie ou dans n'importe quel autre pays du monde, et sans intervention de la communauté internationale, que les parties réunies autour d'une table de conversations ont accordé un système intégral de justice et de recherche de la vérité –un autre mot qui n'est pas du goût des puissants– devant lequel tous les intervenants du conflit, combattants et non-combattants –membres de collectifs politiques, de groupes économiques, agents de gouvernements étrangers, et autres– devront comparaître pour rendre compte de leurs responsabilités, s'ils en ont.
Des membres de collectifs politiques et économiques qui n'avaient jamais porté un uniforme ni marché dans la boue des tranchées, mais qui sont intervenus et/ou ont utilisé la guerre pour leur profit politique ou économique depuis leurs bureaux confortables de Bogotá, jouissant structurellement d'impunité, sont maintenant ceux qui s'érigent contre une soi-disant "impunité guérilléra" permise par la JEP. Le Ministère Public Général de Colombie a dans ses cartons plus de 55.000 accusations contre les FARC, –responsables avec d'autres guérillas, de pas plus de 15% de la victimisation causée par le conflit, selon des données de l'Unité de Victimes du Gouvernement–, en plus des milliers de condamnations déjà imposées aux guérilléros. D'un autre côté, il n'y a qu'à peine 3.000 accusations préparées par le Ministère Public contre les agents de l'Etat –responsables de 25% des victimisations– et aucune accusation contre les organisateurs, les financeurs ou les commanditaires des groupes paramilitaires, responsables de plus de 50% de la victimisation pendant le conflit.

Plus de 2.000 "copies conformes" (accusations dérivées à partir d'un tribunal non compétent pour enquêter) contre les financeurs et les organisateurs des groupes paramilitaires, circulent dans différentes instances judiciaires colombiennes depuis l'approbation par le président de l'époque, Uribe, de la Loi de Justice et Paix en 2005, sans qu'aucune institution ne diligente de procès. Les arguments du Non sur la soi-disant impunité que provoquerait selon eux le "Système Intégral de Vérité, Justice, Réparation et garanties de Non-Répétition" accordé à La Havane, ne se réfèrent à aucun moment au traitement pénal différencié qui est contemplé pour les agents de l'Etat dans ce Système, traitement qui vraisemblablement sera utilisé comme monnaie d'échange dans une hypothétique négociation, afin de maintenir les créneaux habituels d'impunité civile.

Regard vers le futur

A propos du poids politique du résultat du plébiscite, la différence de 56.000 voix entre le Oui et le Non est minimale face à la masse de plus de 12.5 millions de votants et 32 millions d'inscrits. De nombreux colombiens n'ont pas pu voter car il n'y a pas eu d'ouverture des listes électorales, dans un pays où une bonne partie de la population paysanne n'a pas de document d'identité, avec également plus de 4 millions de colombiens à l'extérieur du pays –dont un bon nombre sont exilés politiques– et une immense majorité de non inscrits. Comme si cela ne suffisait pas, le passage du cyclone Mathew dans la région des Caraïbes colombiennes le jour même de l'élection, a provoqué une très haute abstention dans une région où les enquêtes donnaient le Oui massivement vainqueur et où, effectivement, il a gagné, malgré les centaines de milliers de personnes qui se sont trouvées dans l'impossibilité d'aller voter.
Après le résultat inattendu, tous les secteurs impliqués se sont prononcés pour la continuation du processus de paix : Le gouvernement, les FARC et les défenseurs du Non, ces derniers prétendant à se convertir en oracles qui se mettent à interpréter ce qui doit être modifié dans l'Accord de Paix pour que ce dernier corresponde supposément à la volonté exprimée par les électeurs du Non.
Les lecteurs verront bien comment l'oracle uribiste interprètera ce que sont les accords sur la Juridiction Spéciale pour la Paix, le démantèlement du para-militarisme et la Réforme Rurale Intégrale, ceux qui doivent être modifiés, ou mieux encore "démantelés". Non pas pour que les guérilléros ne puissent pas jouir d'une impunité inexistante dans la justice ordinaire colombienne ou dans le Système Intégral défini dans les accords –le procureur de la Cour Pénale Internationale a affirmé dans son rapport sur la Colombie de novembre 2015, que les guérillas en Colombie sont l'unique acteur du conflit qui n'a pas bénéficié d'impunité, en raison de la persécution implacable et constante exercée par l'Etat à son encontre et contre ses supposés collaborateurs. Mais pour exclure de la compétence de la JEP, les politiques, les chefs d'entreprises et en général, les civils organisateurs, financeurs ou commanditaires des nombreux groupes armés paramilitaires qui ont existé ou existent en Colombie. Leur objectif n'est autre que de continuer, pour les siècles des siècles, à jouir de l'impunité à laquelle ils sont accoutumés et qui leur a généré de tels bénéfices.

Le lundi 3 octobre, conformément à ce qui avait été sollicité par les défenseurs du Non, le Président Santos a convoqué toutes les forces politiques à une réunion pour aborder la nouvelle situation. La totalité des partis politiques, sauf le Centre Démocratique d'Uribe, est venue pour soutenir le processus de paix. L'unique parti politique qui n'est pas venu à cette réunion est le Centre Démocratique. Absence qui ne peut avoir d'autre raison que le manque de volonté d'arriver à un accord politique pour sauver le processus de paix, ou bien que ni eux-même ne savent actuellement comment gérer le Non à la paix qu'ils ont provoqué de manière si irresponsable.


Les propositions présentées jusqu'à maintenant par le sénateur Uribe au Sénat, le jour suivant le plébiscite, pour soi-disant sauver le processus de paix (cessez-le-feu, accord d'amnisties immédiates et protection de la vie des chefs des FARC) étaient déjà présentes dans l'Accord de Paix et, dans le cas du Cessez-le-feu en vigueur depuis le 29 août dernier, le processus de Dépôt des Armes par les FARC a déjà commencé depuis le 30 septembre.

La large invitation au dialogue politique de la part du Gouvernement devrait inclure, par souci de justice et de cohérence, les organisations de victimes, représentantes légitimes de ceux qui souffrent ou ont souffert directement de la guerre, et qui peut-être à cause de cela, ont soutenu massivement le Oui à la paix. Sans leur présence, on excluerait du dialogue national ceux au nom de qui tous les partis politiques disent parler, sans qu'aucun d'eux n'ait jamais été mandaté expressément à cette représentation. La présence des victimes dans le dialogue est indispensable, parce qu'il ne semble pas probable que "l'establishment" colombien qui n'a pas été capable pendant près de cent ans d'en finir ni avec la violence politique ni avec la guerre, puisse maintenant arriver à un accord politique pour sauver une paix qui était déjà accordée avec les FARC jusqu'à ce que leurs querelles politiques –Uribe, Santos et l'ambition–la fassent sauter dans les airs.

"On se verra d'ici 10.000 morts": Voilà ce qu'avait dit un négociateur guérilléro exténué et indigné à un négociateur du Gouvernement après l'échec du deuxième des quatre processus de paix qu'il y a eu entre l'Etat et les FARC. Cette fois, nous tous et toutes, allons préserver et protéger la paix, pour qu'il n'y ait pas à se revoir d'ici un mort de plus. Et cette tâche est sans aucun doute une obligation de la Communauté Internationale.

Source : Tribuna Abierta/Diario.es
Trad°: CM

mercredi 5 octobre 2016

Plebiscito Colombia. La construcción de una paz duradera sigue al orden del dia


Comunicado PCF: 

Los resultados del plebiscito sobre el acuerdo de paz firmado en septiembre por el gobierno colombiano y las FARC-EP después de 4 años de negociaciones en La Habana cayeron este domingo 2 de octubre: el No ganó por un mínimo 50.23% de los votos y el Si obtuvo 49.76%, la abstención alcanzó cerca de 62.5%.

Los resultados han revelado que los departamentos más afectados por el conflicto armado y social en Colombia han ratificado mayoritariamente con el Si su deseo de paz.

La situación llama pues a evitar toda simplificación en la interpretación de los resultados, y a apoyar más que nunca los esfuerzos de unidad de todos los sectores democráticos y progresistas de la sociedad colombiana, sobre la base de las aspiraciones populares, por la construcción de una paz duradera.

El Partido Comunista Francés está al lado de las fuerzas progresistas que luchan para que la paz en Colombia sea inseparable de la exigencia de justicia social.

Source : http://international.pcf.fr/92187

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Pero un dia, un dia vendrá color de naranja


vendredi 30 septembre 2016

A l'aube cessera l'horrible nuit

Photo : Gustavo Nieto

De Jorge TORRES MEDINA
Paris, 12 septembre 2016 

   Tout a commencé quand les vents de l’Orient ont fait échouer trois caravelles sur des terres où les «NATURELS» adoraient le soleil et toutes ses déités cosmiques. L’imaginaire raconte que ces hommes vivaient en harmonie avec la terre mère. Des embarcations bizarres, ils ont vu descendre des êtres étranges qui paraissaient des géants à quatre pattes avec deux têtes, revêtus de métal et portant dans leurs mains des instruments qui brillaient à la venue du dieu Soleil.
Depuis lors, tout fut un cauchemar. 

Peu à peu, les étranges sont entrés sur la terre ferme, ils ont assujettis tous les habitants qu’ils rencontraient dans leurs explorations et ils ont exterminés les plus aguerris d’entre eux, comme le muisca TUNDAMA, en s’appropriant leurs trésors et leurs terres. Mais pour se sauver de la barbarie, certains ont fui par les montagnes escarpées ou les forêts impénétrables et ils sont aujourd’hui les témoins des cultures qui existaient : Ainsi, ils ne se sont pas laissés effacer par l’écoulement des siècles.

Les hommes qui venaient d’un royaume lointain, ces barbus à casques, armures et épées à la croix inquisitrice chargée sur leurs épaules, apportaient dans leur être l’avarice, le pouvoir de la haine et de la guerre, la vengeance, l’homicide, l’envie, le mensonge. Et dans leurs yeux, dans leur langue, dans leurs mains, l’ambition du Tout Puissant. Voilà pourquoi, quand ils endurcirent la mita et exterminèrent les « naturels » dans les mines, ils firent venir les esclaves d’Afrique pour continuer à s’enrichir en se répartissant avec le roi et sa cour les bénéfices de la « grande découverte ».

C’est ainsi qu’ils ont fondé et qu’ils fondèrent des villes et des royaumes en se promenant de conquêtes en colonies pour finalement y demeurer, car ils n’en sont jamais partis.

Pendant ce temps-là, la population du royaume dit « de GRANADA » et d’autres fiefs, augmenta : des blancs, des indiens, des noirs, des métis et des mulâtres sous le pouvoir de l’Espagne. Vinrent alors les premières rébellions, comme celle de JOSÉ ANTONIO GALÁN et son entourage, aux prises avec les vice-rois. Mais Aïe ! Aïe ! Aïe ! Quelle douleur ! Le mensonge, artifice de la parole et du papier, recommence et se répète comme au temps d’ATAHUALPA, trompé par PIZARRO, là-bas dans les terres incas. Et voilà les têtes pendues du châtiment, et la peur, et la terreur transpirant dans la région de Santander.

Les années défilent et passent à l’autre siècle, nous sommes le 20 juillet au XIXème : Voilà le premier cri d’indépendance et ensuite la grande guerre contre l’absurde et contre la terreur de la mère patrie. Et Bolívar, Santander, Sucre et tous les héros nationaux que notre histoire rassemble pour couper le cordon ombilical, instaurer l’indépendance et créer la REPUBLIQUE, notre REPUBLIQUE, les Etats-Unis de Colombie, puis LA GRANDE COLOMBIE, rêve de Bolívar, mais qui finalement sera LA REPUBLIQUE DE COLOMBIE.

Cet ETAT NATIONAL né au XIXème siècle, a engendré une élite de notables qui avait la maladie de ses ancêtres espagnols et qui hérita du pouvoir jusqu’à faire la Constitution de Rionegro de 1863 (fédéraliste), puis la constitution de 1886 (centraliste), pour continuer de famille en famille et arriver à la Patria Boba et, évidemment, à une autre confrontation politique entre partis : La Guerre des Mille jours. Et de nouveau l’odeur de la mort rodant dans les champs (cent mille morts), la désolation, la douleur, l’impuissance et en plus, la perte de Panama.

Les partis que nous avons hérités de Bolívar et de Santander ont courbé l’échine du XXème siècle et sont restés accrochés au pouvoir jusqu’à épuisement, non sans passer par de permanents conflits entre les grands chefs de la politique qui, posément, ont semé la « Patrie » de cimetières sur tous les lieux de grandes batailles pour consolider leur soif de dominer le combat. Avec des armées nationales ou régionales formées par des métis et des mulâtres sous les ordres des lignées blanches, nos champs et nos villes se sont nourris de sang et ont alimenté l’oubli.

Il y eut quelques occasions où nos fils de pauvreté se soulevèrent, mais toujours ils furent châtiés avec dureté et sans aucun remords. Il en fut ainsi pour le "Massacre des Bananeraies" en 1928, quasiment effacée de la mémoire historique de notre peuple, qui eut lieu pour protéger les compagnies américaines qui exploitaient les terres productives de la "Nation".

Dans cette confrontation entre Libéraux et Conservateurs, enfin, surgit un "CAUDILLO", Jorge Eliécer Gaitán, libéral qui n'appartenait pas aux élites du parti : Il voulait changer le cours de l'Histoire mais il fut éliminé du chemin. Alors survint le soulèvement, le "BOGOTAZO" et depuis, la violence permanente s'est étendue dans les campagnes, d'un côté acte de rébellion contre les institutions et de l'autre, officialité de la "PATRIE", s'imposant avec les armes et le mensonge, sur tout cri de rébellion.

"LA VIOLENCIA" : Continuité in crescendo de la guerre archaïque engendrée depuis le XIXè siècle. Guérillas libérales résistant à l'offensive conservatrice. Evidemment, le langage a été éclaboussé de mots qui identifiaient ceux qui pratiquaient LES SEVICES : "Chusma", "Bandoleros", "Chulavitas", "Pájaros", qui pour de l'argent protégeaient leurs potentats régionaux et rackettaient la population en pratiquant en même temps coupe-gorges et massacres, dans une décomposition éthique sans limites et sans scrupules.

Et comme toujours, "LE SIEGE DU POUVOIR" arrangea les événéments de l'HISTOIRE BRISEE. Pacification des guérillas de la plaine, grâces, amnisties, promesses de terres et finalement, boucs émissaires. Car vint le Général Rojas qui calma les esprits par l'art de la démagogie et fit que tous sortirent sur les places publiques pour signer la fin de l'extermination. Or peu à peu, tous les leaders guérilléros furent assassinés, avec entre autres, GUADALUPE SALCEDO. Et d'un autre côté, tous ceux de la racaille, les "chusmeros" et "bandoleros" eux-aussi trahis et exécutés par l'armée nationale: Sang Noir, Le Vengeur, etc, etc...

Et "Le Général, le Dictateur" succomba. L'art de réglementer les normes pour "Gouverner" ne se fit pas attendre : Les génies de la Patrie malade ont engendré LE FRONT NATIONAL. Les trois cinquièmes du XXème siècle, rouillés, tournaient au ralenti quand les puissants de l'univers instaurèrent la guerre froide et, qu'au dos des Caraïbes, Cuba se libéra du détestable Batista. C'était les années de la Première Révolution qui changea le rythme de l'histoire.

Pendant ce temps-là, Guillermo León Valencia, président de l'honorable république de Colombie, préparait la première grande offensive contre les dites "Républiques indépendantes" de Guayabero et El Pato, bastions des guérillas libérales qui ne s'étaient jamais soumises et qui devinrent des guérillas révolutionnaires sous l'influence des idées communistes. C'est là que le légendaire "Tirofijo" et d'autres, des gars courageux, fondèrent les FARC et firent une percée. L'Etat et ses Forces Armées, avec leurs nouvelles technologies de guerre et soutenus par les Etats-Unis d'Amérique, appliquaient la doctrine de l'ALLIANCE POUR LE PROGRES, avec l'objectif de freiner les insurrections en Amérique Latine et d'étouffer par le blocus la REVOLUTION CUBAINE. Avec le mot DEMOCRATIE, muté comme un OGM avec le mot démagogie, dont la culture continue aujourd'hui.

La révolution cubaine a engendré l'ELN. C'est là que Camilo Torres Restrepo a souligné l'impossibilité de la pratique de la DEMOCRATIE en disant "Les voies légales pour la participation politique sont épuisées" et qu'il a rejoint la guerre de guérillas. Plus tard, apparut l'EPL, influencé par le Maoïsme, qui à travers les campagnes et avec le même objectif, s'engagea dans la Guerre Populaire Prolongée.

De lucides Pères de la patrie se sont alternés dans l'acte de gouverner, on modernisa l'armée et la guerre contre l'insurrection continua avec plus d'acharnement. De la guerre archaïque, on passa à la guerre des nouvelles technologies, on appliqua l'informatique, la torture, la disparition forcée. Le délire de gagner la bataille finale devint une obsession, les prisons se remplirent de prévenus, le narcotrafic et le paramilitarisme se mêlèrent de la bataille avec la complicité de l'état, la corruption s'institutionnalisa. La pourriture se multiplia comme une légion de rats, on assassina des candidats de tous les courants : Pizarro du M19, Galán du Nouveau Libéralisme, Pardo Leal de l'Union Patriotique, entre autres. La transhumance de millions et millions de déplacés se déchaîna, on extermina les militants politiques d'opposition, on multiplia les massacres de paysans. Les villes se peuplèrent de misère et en voyant passer la catastrophe en silence, la société ferma les yeux.

Pourtant, pendant la dernière décennie du XXème siècle, de nouveaux événements eurent lieu : Le M19 et l'EPL rejoignirent la vie civile et politique, en croyant à la PAIX. Le narcotrafic s'infiltrait comme force économique dans la politique et commençait à broder les sentiers du pouvoir, l'Etat accepta un changement constitutionnel, condition de la négociation entre l'insurrection et la classe politique, et la constitution de 1991 surgit.

La fatalité vint nous surprendre un jour incertain, avec l'apparition du Paramilitarisme et le renforcement de l'extrême droite. Il y avait là les éleveurs, les potentats locaux, les industriels et peu à peu, pour répondre à leurs besoins économiques: Le narcotrafic. Car une légion de mercenaires privés a besoin de beaucoup d'argent pour carburer. Vint la para-politique, machine parfaitement bien huilée pour justifier tous les actes qui blessent la justice et la dignité humaine.

Le siècle s'évapora dans un souffle et à la naissance d'un nouveau millénaire, la complexité de notre autodestruction se transforma en une nuit horriblement interminable. La Colombie tomba malade de paranoïa, de détresse, de peur, d'impuissance, la vie perdit son essence et les sicaires pullulèrent comme le moustique Anophèle, la dévastation du territoire devint une pustule, et à la campagne, des fleuves et des fleuves de fluide vital se diluèrent dans les labyrinthes de l'amnésie. Le mot "Terrorisme" devint le cancer à combattre dans tous les coins de LA PATRIE, et nous, habitants qui respirions l'impuissance, nous fûmes assiégés par l'avarice de quelques uns qui continuent encore à se sentir puissants.

Nous n'avons pas pu être un peuple souverain où la multiculturalité, la richesse de nos races, la joie de notre musique, l'ingéniosité pour résoudre la difficulté, l'humanisme et l'acte de travailler, la solidarité et la générosité, et avec eux le "Mot" et "l'Acte", priment sur la haine et la vengeance. Nous avons été soumis par la peur et la mort qui grandirent comme la peste et s'enracinèrent de génération en génération dans nos êtres. Qui pourrait dire le contraire pour être couronné roi du mensonge ?

Quand les ennemis fatigués se sont assis et ont donné leur parole d'arrêter la guerre
Ils sont venus nous demander à tous si nous voulions la paix "Tous ont dit OUI"
Accompagné d'un roulement de tambours... OUI... OUI... OUI...
Qui pourra alors se laisser tromper
alors que nous pouvons aujourd'hui changer l'histoire
Alors que nous avons réussi à arrêter la bataille
qui a toujours été un cauchemar
Qu'est arrivée l'heure de nous écouter
Que pardonner est l'acte de l'eau pour la soif
Que demander pardon est sentir la douleur de l'autre
A l'Aube cessera l'horrible nuit
Pour que l'enfance batifole et rêve toujours
Pour que nous apprenions tous à parler au vent
Qui porte toujours cinq siècles sans oubli

Je vote OUI pour extirper la guerre et le massacre
Renaître..., Catharsis, Catharsis!


 
 
 
 

mardi 27 septembre 2016

Colombie : Pourquoi le "OUI" ce 2 octobre...


Par Carlos Mario Perea [*]
Source : CLACSO - Megafón Septembre 2016

Il y a très peu d'occasions où un peuple a l'opportunité de changer le cours de son destin. Pour que cela arrive, ce peuple aura dû traverser des eaux tumultueuses et, au milieu de dures batailles, endurer des souffrances innommables. 

C'est le cas de la Colombie, qui n'a pas seulement porté le poids de la guerre la plus longue et la plus dégradée du continent, mais aussi la tristesse d'être le coin de la planète où le narcotrafic a déchargé ses effets les plus amers et les plus délétères. Combien de fois, au cours des trois dernières décennies, nous sommes-nous trouvés à fermer les yeux quand nous envahissait la terrible sensation d'être les enfants d'un pays qui se condamnait sans rémission à l'échec. Peu importe la rive où chacun a été déposé par la vie, que ce soit à tel ou tel moment, tous sans exception, nous sommes passés par la révélation assourdissante d'appartenir à une nation dont des données de base étaient bouleversées. De trop lourds tributs à la mort et au sang ont été payés : combien de vies malheureuses, combien de corps mutilés, combien d'âmes égarées, combien de haine amassée...

Pourtant, au milieu de cette longue agonie, il semble enfin que l'on commence à s'élever au dessus des grandes eaux de la guerre. C'est ce qui est, ni plus ni moins, l'enjeu du plébiscite du 2 octobre prochain.

Bien sur, la victoire du "OUI" ne taillera pas à la racine les maux nationaux les plus sensibles. On ne mettra pas fin au conflit armé, car pour son infortune, la Colombie affronte le drame d'un nouveau cycle de violences encouragé par d'anciens et de nouveaux acteurs armés. On n'éradiquera pas non plus le narcotrafic, les drogues illicites sont un de ces phénomènes globalisés dont la transformation dépend de la volonté commune du continent latino-américain.

Mais, malgré son étendue limitée, la signification de la fin de la confrontation avec les FARC est aussi importante que celle de s'élever au dessus des grandes eaux de la guerre. Car, cela suppose de démobiliser l'armée qui a largement réussi à se déployer dans le territoire, soit actuellement, dans la moitié de la géographie du pays. Au fond, ce qui compte le plus en réalité, c'est de mettre fin à la trame historique façonnée par un corps armé dont les premiers soubresauts remontent aux années 40 du XXème siècle. C'est ce qu'incarnait Manuel Marulanda Vélez, le guérilléro qui avait commencé sa carrière comme un libéral bon teint, et qui est devenu avec les années, le chef de la cause insurgée.

Avec la démobilisation des FARC, les eaux se calment, elles endorment leurs grandes turbulences. Face à l'agonie de la nation qui paraissait condamnée à la tristesse, la victoire du "OUI" permet d'imaginer la possibilité d'un pays qui puisse être modelé par des mains disposées à se mêler. La Paix, avec sa voix posée au coeur de la scène publique, a déja redonné du sens à certaines choses. D'abord, elle a remis en état la fibre citoyenne moisie en arrachant des centaines de personnes au marasme paralysant de la guerre. Entre une guérilla qui a abandonné ses slogans non-négociables et une élite qui a déposé ses intransigeances et ses privilèges, la paix a mobilisé une société disposée, comme elle ne l'avait jamais été auparavant, à miser sur de nouvelles cartes dans le jeu imprévisible de l'histoire.

Le 2 octobre sera une journée dédiée à réclamer le droit sacré à vivre en paix, ce droit si longtemps violé par les venins toxiques de la guerre.

Il y a très peu d'occasions où un peuple a l'opportunité de changer le cours de son destin. Voilà ce que représente le "OUI" du plébiscite : une volonté qui se reconnait elle-même après la divagation des grandes eaux et de la souffrance, une volonté de nation prenant conscience que, enfin, après un temps si long, l'heure est arrivée d'intervenir sur le destin qui est devant nous.

[*] Professeur de l'Université Nationale de Colombie et de l'Université Distritale Francisco José de Caldas de Bogotá. Membre du Conseil National de la Paix et du Réseau des Universités pour la Paix

Source : Porque el "SI" este 2 de octubre
Trad° : CM


lundi 26 septembre 2016

Colombie : Une Paix digne pour les deux parties au conflit et pour le pays.


Dialogue avec Carlos Lozano, directeur de VOZ
Bogotá, 24 septembre 2016

Source : Diálogo con Carlos Lozano, director de VOZ 

Voz : Vous avez été un des facilitateurs de ce processus de paix pendant sa phase secrète mais votre nom n'est pas mentionné par la grande presse alors qu'elle reconnait le rôle important qu'ont joué d'autres personnes...

Carlos Lozano : Oh, ça ne m'empêche pas de dormir ! J'ai fait un travail facilitant, confidentiel, dans le respect des contraintes permettant aux contacts préliminaires d'avoir lieu. Je suis intervenu à la demande de Cuba, avec la recommandation que tout ait lieu dans le plus grand des secrets. J'ai échangé des messages avec Alfonso Cano. La réunion prévue avec lui n'a pas pu se tenir à cause des opérations militaires qui s'étaient renforcées au moment des premiers contacts. C'était paradoxal. A l'époque, dans une conversation avec Roberto Pombo, le directeur du Tiempo qui ne savait pas que je travaillais là-dessus, nous avions parlé des opérations contre Cano et il m'a dit que le président Santos lui avait demandé si, étant président, avec Cano assiégé et avec la possibilité d'en finir, il aurait donné l'ordre de l'attaquer. Et il avait répondu : "Non, je ne le ferais pas, parce qu'avec lui, on peut faire la paix". Je ne sais pas si Pombo était en fait au courant des contacts secrets.

Je n'ai pas pu voir Alfonso parce que dans un message, il m'a fait savoir : "C'est dangereux, ici il y a beaucoup de bruit" mais il m'a dit que cette possibilité était à l'examen et en plus, que les FARC étudiaient la possibilité de suspendre les "rétentions économiques". Sur ce sujet, nous avions déjà parlé dans le Caguán avec Cano et le "Mono Jojoy". Avec Alfonso, après la rupture des dialogues du Caguán, nous avions échangé des messages sur cette question avec des points de vue contradictoires et des coïncidences, mais finalement, avec l'excellent résultat qui les a fait considérer qu'il fallait éradiquer cette mauvaise pratique. De fait, le texte de ce message est entre les mains des cubains.

Après la mort de Cano, ou plutôt son assassinat, ce fut Timoleón qui m'a dit qu'ils avaient pris la décision de mettre fin à ces "rétentions économiques" et qu'ils l'annonceraient prochainement. Ce fut peu de temps avant qu'ils annoncent les dialogues publics. J'ai lancé le scoop dans une soirée chez León Valencia où étaient présents Enrique Santos, Medófilo Medina, Martha Ruiz et Jorge Enrique Botero. Deux jours plus tard, sortait le communiqué du Secrétariat des FARC à ce sujet.

Voz : Comment les contacts ont-ils été confirmés ?

Carlos Lozano : Voilà l'histoire. Les messages avec Alfonso Cano ne me l'ont jamais confirmé, mais ils laissaient voir que c'était ça. Je crois qu'il ne l'a jamais dit de manière claire car ces papiers pouvaient être interceptés. Et puis il y a eu aussi le message d'Alfonso Cano destiné à la Rencontre Nationale Agricole et Populaire de Barrancabermeja, en 2011 si je ne m'abuse, où il a fait la proposition de cinq points à discuter avec le gouvernement de Santos, où j'ai vu clairement l'intérêt qu'avaient les FARC à entrer dans des pourparlers. De fait, les cinq points ressemblent beaucoup à ceux adoptés dans l'Agenda de l'Accord de La Havane, qui sont six.

De toute façon, sans connaitre tous les détails, je savais qu'il y avait des rapprochements parce que les cubains me l'avaient dit, en me demandant d'essayer de confirmer si les FARC avaient vraiment intérêt à dialoguer. C'est au cours de cette recherche d'infos, que j'ai cherché à entrer en contact avec Timoleón alors que Cano était encore vivant. Nous nous sommes réunis dans le Catatumbo. Nous avons parlé de choses générales, nous avons échangé des opinions sur la situation politique et sur la possibilité de la paix, mais il ne m'a rien confirmé sur les rapprochements. Je n'ai pas insisté. Entre autres choses, il m'a montré un message de Cano qui disait que je ne viendrais peut-être pas parce que l'hiver était très rude et que les conditions du voyage seraient terribles. Et pourtant, j'y suis allé.

Timoleón a regretté que je n'y sois pas allé quelques mois auparavant quand il m'avait invité à lui rendre visite pour me donner la nouvelle de la mort du commandant Manuel Marulanda, le guérilléro légendaire avec qui j'ai eu une très grande amitié, avec plusieurs rencontres en plein milieu de la guerre, et aussi dans la zone de distension du Caguán. Je n'avais pas pu aller au rendez-vous avec Timoleón parce que j'avais une grosse grippe et comme je ne savais pas l'objet du RV, j'avais pensé que reporter la rencontre était possible. Evidemment, ça ne pouvait pas attendre et ils ont fait passé l'information, qui a été donnée par Timoleón, à la demande du Secrétariat des FARC.

J'ai vu Manuel Marulanda pour la dernière fois, un an avant sa mort, pendant le gouvernement de Uribe Vélez, relativement près de Neiva, dans le Guayabero, malgré la militarisation et les plans de la "sécurité démocratique" qui lui faisait la chasse à l'homme, c'était en 2007. Il y a peu, j'ai fait une chronique dans VOZ sur le voyage et cette rencontre.

Après la mort d'Alfonso Cano et une fois que Timoleón Jiménez a été désigné comme le nouveau commandant, je suis retourné le voir. Il m'a expliqué qu'au cours de notre dernière entrevue, il ne m'avait pas parlé des contacts avec Santos et il ne m'avait pas répondu malgré mes questions insistantes à travers des messages, parce que le Secrétariat avec accordé que seul Alfonso Cano pouvait parler sur ce thème : "Je n'aime pas dire des mensonges, c'est pour ça que j'ai préféré me taire. Mais maintenant, je suis le commandant et je peux en parler. Asseyez-vous et lisez ces documents". Il m'a passé les rapports d'Alfonso Cano au Secrétariat, les messages d'Henry Acosta et le résumé des messages du président Santos, "dont celui où il a expliqué la mort de Cano comme un impondérable de la guerre". Je les ai lus avec attention et j'ai gardé le secret sur ces véritables scoops journalistiques.

Timoleón m'a dit que lui aurait du être le chef de la délégation pour les dialogues de La Havane et qu'il avait dû rester avec ses valises prêtes parce que, en tant que commandant en chef, il devait rester sur le terrain. La décision était de continuer, en hommage à la mémoire d'Alfonso Cano.

Voz : Nous n'avons pas voulu interrompre un récit si intéressant mais... Comment voyez-vous Timoleón Jiménez comme commandant des FARC-EP? A votre avis, il a passé l'examen ?

Carlos Lozano : Il l'a passé ! Et avec les félicitations du jury ! Timoleón a joué un rôle important, dès le début, je l'ai vu très attaché à son rôle et avec le contrôle de la situation. Il a su préserver la cohésion de toujours du Secrétariat, de l'Etat-Major Central, des blocs, des fronts et de la base des guérilléros. La discipline des Farc ne s'est pas dissoute. Timoleón a fait face à la situation, je l'ai vu une ou deux fois de plus avec qu'il ne s'installe à La Havane et il était au courant de tout, il connaissait le détail de tout ce qui se passait à la Table des Conversations, il orientait chaque pas. L'effort a été collectif, la délégation de La Havane a fait un travail sérieux et responsable et dans le pays, l'ensemble des FARC a soutenu et a compris l'effort pour aller de l'avant vers l'accord final.

Voz : Certains disent que "les FARC-EP sont arrivés vaincus à la négociation et qu'ils ne leur restaient plus qu'à se livrer"...

Carlos Lozano : Le résultat dément clairement le contraire. Les FARC ne sont pas arrivés vaincus et ils l'ont fait savoir au Gouvernement qui croyait qu'il en était ainsi et qui voulait imposer la démobilisation et la remise des armes. Ni l'un ni l'autre n'ont eu lieu. C'est une paix digne pour les deux parties qui a été pactée. Comme l'a dit Timoleón, il n'y a pas eu ni vainqueurs, ni vaincus.

Voz : Vous êtes satisfait de l'Accord Final ?

Carlos Lozano : Oui, Evidemment. C'est une paix digne pour les deux parties et pour la société. Les FARC ont fait leur devoir envers le pays, la gauche, le peuple colombien. L'Accord Final est un document doctrinal qui ouvre le chemin du renforcement de la démocratie et de meilleures conditions sociales de vie dans les campagnes et dans les villes. Mais ce n'est pas seulement cela, l'accord permet de projeter la lutte populaire, il appelle à l'unité vers une Constituante pour adopter des transformations qui changent le modèle économique et produisent des réformes sociales de fonds.

Voz : Mais certains ne le voient pas ainsi...

Carlos Lozano : Ceux qui ne le voient pas comme ça, ce sont ceux d'extrême droite qui cherchent à ce que persiste le vieux pays de la violence, de l'injustice et de la caricature de démocratie ; et aussi certains personnages de la gauche, anti-communistes, sectaires, qui se croient les possesseurs de la vérité révélée et qui minorent l'importance du fait le plus important de ces derniers jours dans le pays et dans le monde, avec l'argument fallacieux que "les Farc sont une vache morte en travers du chemin de la gauche". Ils se croient le nombril de la gauche et pensent que toute la lutte politique et sociale, que toute l'unité de la gauche, tourne autour d'eux. C'est du retard politique, de la toute puissance qui ne contribue pas à ce que la gauche dans son ensemble joue son rôle, en incluant les organisations qui surgiront suite aux accords de paix, et notamment l'ELN.

Voz : Et en parlant de l'ELN, vous aviez envoyé une lettre publique à Gabino. Y-a-t'il une réponse ?

Carlos Lozano : Je suis certain qu'il y en aura une car je connais l'esprit de responsabilité du camarade Nicolás et des membres du COCE. Je crois que les problèmes qui se posent et qui sont liés à l'intimidation et l'agression des militants communistes en Arauca peuvent être dépassés. L'ELN peut compter sur notre solidarité pour les dialogues à établir avec le Gouvernement et qui doivent avancer sans pressions ni conditionnements gouvernementaux. La paix est intégrale et l'ELN est une réalité politique et militaire en Colombie, qui compte pour la paix stable et durable.

Voz : Vous êtes sûr que le Gouvernement colombien respectera les accords ?

Carlos Lozano : On n'a pas confiance dans la classe dominante colombienne. L'oligarchie a toujours été mesquine et elle a une peur panique des changements démocratiques qui peuvent l'amener à perdre les privilèges et les instruments qui lui permettent de maintenir leur pouvoir politique et économique. Pourtant, je crois que cela ne sera pas facile pour eux de ne pas respecter ce qui a été pacté, ni pour ce gouvernement, ni pour un autre gouvernement de la bourgeoisie. Les yeux du monde sont posés sur la Colombie, l'ONU et des pays très respectables sont garants du respect des accords et il y aura une vigilance très stricte pour qu'il en soit ainsi. Les organisations colombiennes doivent faire leur propre suivi et contrôle pour que soient respectés les accords dont bénéficieront tout le pays. Mais il y a d'autres craintes...

Voz : Lesquelles ?

Carlos Lozano : Il y a des secteurs de l'establishment pleins de haine, de rancœur et avec une soif de vengeance contre la guérilla. De là à la guerre sale, à l'extermination physique, il n'y a qu'un pas. L'oligarchie colombienne a été violente, elle n'a pas hésité à encourager et/ou justifier le génocide de l'Union Patriotique et du Parti Communiste Colombien. Elle a une vision unilatérale des accords et ils croient que l'obligation de les respecter ne concerne que la guérrilla. Et je ne me réfère pas aux victimes qui, en majorité, se sont montrées généreuses. Ce sont des personnes qui veulent conserver leurs privilèges et leurs affaires, dont certaines sont illégales. Ils veulent voir les guérilléros en prison ou liquidés. La violence que eux ont exercé a été "bonne" et donc, ils se considèrent comme exonérés de la juridiction de paix, n'ayant pas de compte à rendre sur la promotion du paramilitarisme, des massacres, du génocide de l'Union Patriotique, des faux positifs et d'autres crimes. Ce sont des barrières à la réconciliation, à la possibilité que les accords de paix soient un point final de la confrontation.

Source : “La paz es digna para las dos partes y para el país”
Traduction : CM