lundi 20 juin 2022

Pour Rachel. Le Vieux Communiste. Traduction



Un vieil homme qui était communiste 
S'assoit pour fumer tout l'après-midi 
Alors qu'une bonne pluie tombe dehors 
A voix nue, le vieil homme pense 

Parce qu'à sa fenêtre se réunissent
De grises colombes, tristes qu'il fume
De grises colombes, tristes qu'il fume

Il tourne ses yeux vers un jour lointain
Vers un livre, un baiser, une fille, une pensée
Vers un livre, un baiser, une fille, une pensée
Il croit que plus rien ne le surprend
Qu'il a été guéri de la peur, qu'il a épuisé les pleurs
Qu'il a été guéri de la peur, qu'il a épuisé les pleurs

Il se souvient des chansons qu'il chantait
Et de conversations avec les amis jusqu'à l'aube
Et de conversations avec les amis jusqu'à l'aube
Il se souvient du coin de sa maison
Quand il a dit adieu et qu'il a vu sa mère pleurer
Quand il a dit adieu et qu'il a vu sa mère pleurer

Et maintenant il pleut aussi dans ses yeux 
Il est surpris que ça fasse encore mal 
Les années, la vie, son amour 
Les années, la vie, son amour 

Oh, oh-oh-oh-oh ça fait toujours mal 
Oh, oh-oh-oh-oh ça fait toujours mal 
Oh, oh-oh-oh-oh ça fait toujours mal 
Oh, oh-oh ça fait toujours mal

Manuel Garcia (Chili)
Un viejo que fuera comunista 
Se sienta a fumar la tarde entera 
Mientras buena lluvia cae afuera 
Con voz desnuda, el viejo piensa 

Porque coinciden en su ventana 
Palomas grises con la pena que fumara 
Palomas grises con la pena que fumara 

Torna sus ojos a un día lejos 
Cuando a un libro un verso, a una muchacha un pensamiento 
Cuando a un libro un verso, a una muchacha un pensamiento 
Cree que ya nada lo sorprende 
Que se curó de espanto, desgastó el llanto 
Se curó de espanto, desgastó el llanto 

Recordó canciones que cantaba 
Y conversaciones con amigos hasta el alba 
Y conversaciones con amigos hasta el alba 
Recordó la esquina de su casa 
Cuando dijo adiós y vio a su madre que lloraba 
Cuando dijo adiós y vio a su madre que lloraba 

Y ahora en sus ojos también llueve 
Pues le sorprende que aún le duele 
Los años, la vida, su amor 
Los años, la vida, su amor 

Oh, oh-oh-oh-oh aún le duele 
Oh, oh-oh-oh-oh aún le duele 
Oh, oh-oh-oh-oh aún le duele 
Oh, oh-oh aún le duele

Manuel Garcia (Chile)

vendredi 17 juin 2022

El presidente Macron no debe involucrar a Francia en una economía de guerra


Traducción Comunicado CGT 
Francia. 16/06/2022

Con motivo de la inauguración de la feria de armas Eurosatory, y refiriéndose a la situación internacional del momento, el Presidente de la República hizo declaraciones graves, anunciando "que había que entrar en una economía de guerra, organizándonos de manera sostenible. »

El término "economía de guerra" se eligió cuidadosamente y se repitió tres veces en el discurso para justificar aumentos sostenibles en los presupuestos de defensa en Francia y en Europa, accelerando la Europa de defensa y preparando las mentes para un gran conflicto.

Entrar en una economía de guerra significa movilizar capacidades civiles al servicio de los recursos militares. Esto tendrá importantes consecuencias sobre las pautas presupuestarias pero también sobre nuestro tejido industrial y las condiciones de vida y trabajo de miles de empleados.

Reforzando estas directrices, la Délégation Générale de l'Armement está impulsando un texto legislativo que permita la requisa de empresas civiles y materiales para fines militares.

Para Macron, los presupuestos de defensa se están convirtiendo en su prioridad y pretende aplicarlos "cueste lo que cueste", aunque lo haga en detrimento de la respuesta a las necesidades sociales que se expresan hoy en las movilizaciones y en las urnas contra el alto costo de la vida, por una política de salud, educación, justicia social, entre otras.

Vistiendose de gran timonel de la OTAN, Macron pretende unir detrás de él a todos los estados europeos para aumentar la inversión en armamento, cuando la diplomacia que el acaba de hundir hubiera tenido que jugar un papel importante. Esta deriva bélica es peligrosa para la Paz. El exceso de armamento solo puede traer sangre y lágrimas. 

Al exceso de armamento convencional se suma ahora la amenaza del deslizamiento nuclear, a pesar de que el Tratado sobre la Prohibición de las Armas Nucleares (Tian) encuentre nuevos signatarios para erradicar definitivamente este peligro mortal para la humanidad.

En la CGT nos hubiera gustado que el presidente de la República tuviera la misma determinación para ganar la batalla contra el Covid, que el mismo había calificado de “guerra”. Pero hoy, está claro que continúa eliminandose camas en los hospitales, que los profesionales de la salud siguen siendo maltratados y que el hospital público está al borde de la explosión.

En lugar de inspirarse en la Francia de la Ilustración, de los Derechos Humanos y del progreso social, Macron optó por desfilar con los traficantes de armas.

Tenemos que parar  lo más rápido posible esas políticas mortales guerreristas que están compitiendo para armamentar en exceso el planeta. El único camino de la razón sigue siendo la paz construida por la acción diplomática y política.

La CGT siempre ha apostado por la Paz y el Progreso Social. Es en este sentido que está preparando una iniciativa con el Mouvement de la Paix que se celebrará el 5 de octubre de 2022 en Montreuil, y cuyo tema principal es: “ Una Economía para la Paz”.

Mientras tanto, la CGT pretende participar con todas sus organizaciones en las marchas por la paz del 21 de septiembre y en la jornada de la ONU del 26 de septiembre por la eliminación total de las armas nucleares.

Montreuil, a 16 de junio de 2022


Le Président Macron ne doit pas engager la France dans une économie de guerre

En évoquant la situation internationale du moment, à l’occasion de l’inauguration du salon de l’armement d’Eurosatory, le président de la République a tenu des propos graves de conséquences, annonçant « qu’il fallait entrer dans une économie de guerre, dans laquelle nous devrions durablement nous organiser. »

Le terme « d’économie de guerre » est minutieusement choisi et répété à trois reprises dans le discours pour justifier des augmentations durables des budgets de Défense en France, comme en Europe, et l’accélération d’une Europe de la défense, préparant les esprits à un conflit majeur.

Entrer en économie de guerre, c’est mobiliser les capacités civiles au service des moyens militaires et cela entraînera des conséquences majeures sur les orientations budgétaires mais aussi sur notre tissu industriel et les conditions de vie et de travail de milliers de salariés.

Confortant ces orientations, la Délégation Générale de l’Armement pousse pour un texte législatif permettant de réquisitionner des entreprises et des matériaux civils à des fins militaires.

Pour Macron, les budgets de Défense deviennent sa priorité et il entend y appliquer le « quoi qu’il en coûte », même si cela se fait au détriment de la réponse aux besoins sociaux qui s’expriment aujourd’hui dans les mobilisations et dans les urnes contre la vie chère, pour une politique de santé, d’éducation, de justice sociale, entre autres.

Enfilant les habits de grand timonier de l’Otan, Macron entend fédérer derrière lui tous les États européens pour investir davantage dans les armes, là où la diplomatie qu’il vient de saborder aurait eu un rôle majeur à jouer.

Cette dérive guerrière est dangereuse pour la Paix. Le surarmement ne pourra qu’apporter du sang et des larmes. Au surarmement conventionnel s’ajoute aujourd’hui une menace de dérapage nucléaire, alors même que le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (Tian) vient de trouver de nouveaux signataires pour éradiquer définitivement ce danger mortel pour l’humanité.

La CGT aurait voulu que le président de la République ait la même détermination pour gagner la bataille contre la Covid, qu’il avait lui-même qualifiée de « guerre ». Mais, aujourd’hui, force est de constater que les fermetures de lits se poursuivent, que les personnels de santé sont toujours aussi maltraités et que l’hôpital public est au bord de l’explosion.

Plutôt que de s’inspirer de la France des Lumières, des Droits de l’Homme et du progrès social, Macron fait le choix de parader avec les marchands d’armes.

Stoppons au plus vite ces politiques mortifères de va-t-en-guerre dans une course au surarmement de la planète. La seule voie de la raison, qu’elles que soient les difficultés, demeure la paix construite par des actions diplomatiques et politiques.
 
La CGT a toujours fait le choix de la Paix et du Progrès social et c’est en ce sens qu’elle prépare une initiative avec le Mouvement de la Paix qui se tiendra le 5 octobre 2022, à Montreuil, et dont le thème principal est : « Une économie pour la Paix ».

D’ici là, la CGT entend participer avec toutes ses organisations aux marches de la Paix, le 21 septembre, et à la journée de l’ONU du 26 septembre pour l’élimination totale des armes nucléaires.

Montreuil, le 16 juin 2022




samedi 14 mai 2022

La Colombie à la Bourse du Travail de Paris #PactoHistorico


Chers ami.es, colombiens, colombiennes, franco latino-américain;es, français.es, permettez-moi au nom du collectif d'animation du Pacto Historico à Paris de remercier la Confédération Générale des Travailleurs CGT, qui nous accueille dans cette belle et historique salle de la Bourse du travail, cette salle qui porte le nom d'Ambroise Croizat, ministre communiste du gouvernement de Gaulle après la guerre, ancien secrétaire général de la fédération CGT de la métallurgie qui a mis en place en 1946 le régime général de la Sécurité Sociale.

En disant cela, on parle de conquêtes sociales, du droit à la santé pour toutes, pour tous. 

En remerciant la CGT, je salue leur internationalisme car leurs batailles sont nos batailles, et nos luttes pour une vie digne, pour la justice sociale se retrouvent. En Colombie ce 29 mai après des décennies de violence et de misère, produit d'un pouvoir corrompu, d'une oligarchie liée à la mafia et au paramilitarisme,  notre peuple portera sans doute à la présidence Gustavo Petro, et Francia Marquez à la vice-présidence. 

En France avec La NUPES, la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale le 12 et 19 juin le peuple français peut élire une majorité de député.es à l'Assemblée Nationale pour mettre fin au néolibéralisme de Macron et avoir à Matignon avec Jean Luc Mélenchon, un gouvernement progressiste, pour une France fidèle à sa devise : Liberté, Egalite, Fraternité, une France ouverte au monde, solidaire, internationaliste, non alignée.

Une Colombie progressiste, une France progressiste pour développer nos échanges, pour accueillir nos étudiant.es, pour qu'elles et ils puissent étudier et non galérer, pour que nos ouvriers, nos professionnel.les aient un travail digne, une retraite reconnue dans nos deux pays, un digne retour au pays. 

Voilà ce que nous pouvons gagner, voilà nos objectifs.
Nous avons des rendez-vous historiques pour changer la vie de nos peuples. 
Nous lutterons jusqu'à que la dignité devienne habitude.

Manuel Salamanca



jeudi 24 mars 2022

Jusqu'à ce que la dignité devienne une habitude



« Nous allons faire naître la dignité et la démocratie » : Francia Márquez

Le Pacte historique et la Colombie ont maintenant une vice-présidente. L'annonce a été faite ce mercredi 23 mars par Gustavo Petro lui-même. Il a également déclaré qu'elle vivra à Medellín d'où elle assumera des responsabilités telles que la création du ministère de l'égalité.
 
Par Juan Carlos Hurtado Fonseca
@aurelianolatino
in VOZ
 
Celle qui lors des dernières élections est devenue la femme la plus importante et la plus influente de la politique colombienne, Francia Márquez, a été nommée vice-présidente de Gustavo Petro, pour le Pacte historique.
 
Avec plus de 785 000 votes obtenus lors de la consultation présidentielle du 13 mars, elle est la dirigeante politique la mieux placée dans l'opinion publique, avec des centaines de milliers de personnes qui la suivent. Ce qui la place au-dessus du candidat présidentiel du "centre", Sergio Fajardo, qui a obtenu à peine 723 mille voix.

À tel point que Fajardo lui-même, par le biais d'émissaires, a proposé à Francia Márquez d'être candidate à la vice-présidence avec lui. Quand Fajardo a postérieurement nié cette info, la leader afrodescendante l'a confirmée dans un tweet énergique : "J'ai reçu une invitation de la campagne de Sergio Fajardo pour être sa formule vice-présidentielle. Merci de prendre en compte notre lutte. Nous n'acceptons pas pour 2 raisons : 
  1. Nous sommes le Pacte Historique et nous ferons changer les choses pour notre peuple. 
  2. Dans ma communauté, ils m'ont appris à respecter la parole donnée"
C'est avec des phrases de ce genre que Francia s'est fait connaitre pendant le court laps de temps de la campagne électorale : comme une femme de parole, de caractère, une femme avec des principes qui, dans les débats, confronte les représentants de la classe politique traditionnelle avec des arguments et les caractérise sans équivoque. Elle les désigne comme responsables de la crise économique et sociale qui a laissé des millions de colombiennes et colombiens dans la pauvreté, la misère, le chômage, le manque d'éducation et de possibilités de travail décent.

Ce sont ces millions de colombien.nes exclu.es, les "riens", qu'elle prétend représenter. C'est ainsi qu'elle l'a fait savoir dans son discours au soir de la victoire du 13 mars : « Gagner un projet de changement, un projet de transformation, un projet centré sur la vie. Je salue les "riens" de Colombie, celles et ceux qui nous ont accompagnés depuis les montagnes, les plaines, les quartiers, à travers différents endroits de ce pays. (…) En Colombie, nous partons de la résistance pour prendre le pouvoir, jusqu'à ce que la dignité devienne une habitude ».

Elle représente des millions de personnes, les communautés afro-colombiennes, les communautés autochtones, les chômeurs, les femmes, la population LGTBI, les jeunes, les écologistes, les paysans et les sans terre, qui se sentent désormais plus impliqué.es dans le projet de Pacte historique, un processus pour lequel les exclu.es sont essentiel.les.

Les paroles de la vice-présidente

Mais qui est cette femme qui a révolutionné la politique colombienne ? A 39 ans, cette militante des droits humains née à Suárez, dans le Cauca, est également écologiste, féministe et avocate. Ses luttes menées contre l'exploitation minière ont été mises en évidence pour son impact sur l'environnement et les communautés. Au point qu'en 2018, elle a remporté le prix américain Goldman Environmental Prize, qui récompense les meilleurs représentants du monde dans la défense des écosystèmes.

En tant que membre du Black Communities Process, PCN, et conseillère du Conseil national pour la paix, elle a été protagoniste du processus de paix avec les FARC en soutenant l'incidence ou la participation des peuples noirs à l'Accord de La Havane, en particulier dans le chapitre ethnique.

Lors de la présentation de sa formule vice-présidentielle, ce 23 mars, Gustavo Petro a annoncé que le siège de la vice-présidence sera Medellín, une ville où Francia Márquez vivra pour assumer dans un premier temps ses responsabilités de campagne, puis une fois élu.es, la création du ministère de l'égalité qui a pour objectif principal d'aider à faire en sorte qu'en Colombie, les hommes et les femmes aient les mêmes droits et opportunités.

Pour sa part, la dirigeante afro-américaine s'est exprimée ainsi : « Je remercie les peuples qui sont restés en résistance, pour la vie, pour la paix, pour la justice sociale et pour la dignité humaine. Peuples d'ascendance africaine, Raizales et Palenqueros, peuples indigènes et paysans. Saluons aussi les diversités sexuelles et de genre qui ont résisté pour la dignité de leurs conditions de vie, et bien sûr, mes sœurs et camarades : les femmes de ce pays qui ont été le soutien de la vie, qui au milieu de la guerre et de la violence ont fait rayonner l'amour, qui ont utilisé leur instinct du soin et du lien, leur amour maternel, pour maintenir cette société ».

De la même manière, elle a adressé ses salutations aux travailleuses et travailleurs qui ont déployé leurs efforts et leur dévouement pour faire avancer le pays. A la classe moyenne qui parie sur un changement en termes de justice sociale et économique ; à toutes les expressions religieuses et spirituelles avec qui, a-t-elle assuré, elle comptera pour opérer le changement.

Elle a salué de manière particulière la jeunesse colombienne, pour son courage lors des manifestations de l'année dernière, jeunesse qui s'est soulevée et a démontré qu'il est possible de construire une Colombie meilleure.

« Nous saluons le mouvement écologiste qui dans ce pays a défendu les rivières, les mers, les forêts, les territoires. La lutte continue, frères et sœurs, car le défi que nous avons est d'arrêter la crise environnementale que connaît la grande maison aujourd'hui », a-t-elle déclaré sous les applaudissements.

Dans son discours, elle a fait référence aux millions de Colombien.nes qui, pour diverses raisons, ont dû fuir le pays. Elle espère que les conditions seront créées pour leur retour afin de contribuer au développement de la nation.

Enfin, elle a promis d'œuvrer pour les droits des jeunes afin qu'ils «puissent recommencer à rêver et n'aient pas à risquer d'avoir les yeux arrachés, d'être emprisonnés ou violés. Notre tâche sera de contribuer à un combat que nous avons attendu en tant que peuple d'ascendance africaine et qui est de pouvoir avancer dans la réparation historique". Pour cela, elle a souligné qu'il est nécessaire de réglementer et de mettre en œuvre les droits constitutionnels de la population et des ethnies Raizal Palenquera d'ascendance africaine « …Et combler les fossés de l'inégalité et de la marginalité dans les territoires exclus, marginalisés et réduits au silence. Que fleurisse la joie, que fleurissent la paix, la dignité et la justice sociale. Qu'en tant que Colombien.nes, nous tou.tes, nous tous, puissions BIEN VIVRE dans ce pays ».




samedi 29 janvier 2022

Quand le bateau coule

Source : Semanario VOZ@ZabierHernndez
 

Une loi maritime très ancienne stipule qu'en cas d'urgence, le capitaine doit être le dernier à quitter le navire. Tant qu'il y a un navire, le principal responsable de l'équipage est celui qui, jusqu'au bout, doit organiser l'évacuation de tout le personnel. Dans cette culture de la navigation, on sait aussi que lorsque les rats quittent le navire, c'est parce que le naufrage est imminent. Les rongeurs maltraités et intelligents ont un sens particulier pour prédire le danger et le désastre qui les attend.

Dans le cas du contexte politique colombien, il semble que certains rats du pouvoir sentent le désastre et ont lentement commencé à abandonner le navire traditionnel de la droite qui coule sous le poids de sa propre irrationalité, de son impudence et de sa cupidité insupportable. Certains capitaines d'extrême droite, politiciens, hommes d'affaires, hauts fonctionnaires de l'État et du gouvernement actuel, ont commencé à envoyer une grande partie de leur capital dans des paradis fiscaux.
 
Des Panama Papers aux Pandora Papers publiés par le Consortium international des journalistes d'investigation, ICIJ, on a découvert que le président Iván Duque Márquez, Lisandro Junco Riveira, son directeur du DIAN (services fiscaux et douaniers colombiens), l'ancien procureur Néstor Humberto Martínez Neira, ainsi que des millionnaires, anciens présidents, ministres actuels et anciens ministres, alliés du pouvoir liés au trafic de drogue et cercles uribistes, sont classés comme "clients" de ces paradis fiscaux.
 
Le chapitre consacré à la Colombie analysé par l'ICIJ contient des informations sur 588 noms de personnes physiques et morales qui apparaissent dans la presse en tant que véritables propriétaires de plusieurs sociétés offshore.
 
Le président Iván Duque a déclaré que ce n'était pas un crime d'avoir des comptes à l'étranger... Mais enfin, Monsieur, ce ne sont pas des comptes à l'étranger, c'est de l'évasion fiscale ! C'est-à-dire qu'il s'agit de tromperie et de fraude avec l'économie colombienne.
 
Rappelez-vous ce qui s'est passé en 1991 avec le croiseur grec Oceanos. Avec des centaines de passagers à bord, le luxueux bateau a pris l'eau, s'est incliné et a commencé à couler lentement. Plus que le naufrage, le fait marquant de cet événement a été l'attitude de son capitaine Yiannis Avaranas, qui a abandonné le navire avec son équipage avant 200 hommes, femmes et enfants, désespérés et toujours à bord. Pour sa défense, Avaranas avait dit : « Si je donne l'ordre d'abandonner le navire, peu importe quand je partirai. L'ordre est pour tout le monde. Si certaines personnes décident de rester, qu'elles restent."
 
Il semble que le capitaine Uribe ait donné l'ordre d'évacuer et décidé en premier lieu l'évacuation de ses fils Tomás et Jerónimo, liés au paradis fiscal des îles Vierges britanniques. Ce sont des petits rats qui annoncent bien sûr le changement de cap du pays.
 
En politique, il existe de nombreuses façons de quitter le navire. L'une est de quitter définitivement le pays, une autre de changer de discours et une autre encore, très courante en Colombie, de rejoindre un autre navire. Dans le département du Nariño, on raconte qu'un leader politique reconnu, un rat du territoire, sénateur d'Uribe, a dit qu'il envisageait de soutenir Gustavo Petro.
 
Mais dans la culture maritime, il existe une autre loi curieuse selon laquelle le capitaine en fuite est un problème pour les armateurs, car un navire abandonné par son équipage passe entre les mains de celui qui le sauve... 

Avec le Pacte historique : on est là pour le sauvetage de la Colombie !



dimanche 19 septembre 2021

Le centenaire de Paulo Freire


C'est le 19 septembre que l'on célèbre le centenaire de la naissance de celui qui est considéré comme le principal promoteur de l'éducation radicale, critique et libératrice de "Notre Amérique" (le sud du continent américain) 

Par Harold Garcia-Pacanchique
In VOZ 

Paulo Freire est né le 19 septembre 1921 au Brésil, à Recife, capitale du Pernambuco, dans une famille d'extraction populaire dont il apprendra les principales valeurs chrétiennes et humanistes qui marqueront sa façon de penser et d'agir tout le reste de sa vie. Au cours de son enfance et sa jeunesse, sa formation pédagogique se déroule dans les milieux catholiques, essentiellement par l'influence de sa mère. Après avoir terminé ses études de base à l'école secondaire, il décide d'étudier le droit en 1943 et en même temps, la philosophie et la psychologie du langage à l'Université de Recife. Bien que sa formation étudiante soit passée par le droit et la philosophie, sa vocation professionnelle a toujours été liée à l'éducation. Parallèlement à sa préparation universitaire, il était professeur de portugais dans une école secondaire de sa ville natale. 

Alphabétisation et exil 

Son expérience d'éducateur est enrichie par deux situations de vie qui le conduiront à travers les chemins de l'éducation. La première est sa relation avec l'institutrice Elza Maia Costa de Oliveira avec qui il a partagé ses idées pédagogiques dans le domaine de l'éducation. Et la deuxième, c'est le travail formidable qu'il a accompli à partir de 1961 en tant que chef du Département d'extension culturelle de l'Université de Recife. C'est là qu'en 1963, il a mis en pratique sa première expérience d'éducation de groupe, dans le cadre de la Campagne nationale d'alphabétisation, en réussissant l'alphabétisation de 300 travailleurs ruraux en un mois et demi.

Cette expérience mettra la méthode d'alphabétisation des adultes de Freire au centre de la discussion pédagogique de l'époque, ce qui a permis de massifier le projet comme politique d'État. Elle fut interrompue en 1964 après le coup d'État du général Humberto Castelo Branco. 

Paulo Freire est alors détenu pendant 72 jours, puis opte pour l'exil pendant plus de 16 ans, qu'il passe au Chili, en Europe et en Afrique. C'est là qu'il développe une systématisation rigoureuse de son expérience d'éducateur et qu'il publie deux de ses œuvres les plus importantes : L'éducation comme pratique de la liberté (1968) et La Pédagogie des opprimés (1970). Avec ces deux textes à succès, il devient de 1970 à 1976 consultant auprès du Conseil œcuménique mondial des Églises à Genève pour les questions éducatives dans les pays économiquement « sous-développés ». 

Le sens de l'éducation populaire 

Ce sont ses productions théoriques qui ont fait de Freire l'une des références les plus importantes en termes d'épistémologie de la pédagogie en Amérique latine, faisant de sa pensée l'avant-garde collective du champ pédagogique critique. 

Paulo Freire a cherché à systématiser et conceptualiser ce qu'on appelle aujourd'hui l'éducation populaire. Il a spécifiquement travaillé sur l'éducation libératrice, l'espoir ou les opprimés. Dans ses travaux académiques et pratiques, il a affirmé l'importance de certains éléments : la réflexion, le dialogue des savoirs, l'émancipation à partir de la pluralité et l'action collective. 

Pour parler d'éducation populaire, la contradiction centrale entre "éducation bancaire" et "éducation libératrice" se concrétise par deux éléments en conflit, c'est à dire un rapport constant et contradictoire entre  "objet/sujet" et entre "une pédagogie en soi/pédagogie pour soi". 

C'est là que se trouve la puissance de l'éducation populaire, car elle interroge profondément les rapports sociaux qui se développent dans le système éducatif bancaire, qui lui, est clairement instructif, endoctrinant, a-culturel et fait pour domestiquer, en d'autres termes, une pédagogie sans sujet, une pédagogie en soi. Pour analyser la proposition antagoniste qui fait face à ce système, voici quatre éléments catalyseurs de la proposition éducative populaire de Notre Amérique.

Quatre éléments de l'éducation populaire

L'éducation comme pratique pour la liberté des opprimés est donc la matrice méthodologique des actions d'éducation populaire. 
 
La réflexion est un des éléments centraux qui pourrait définir la racine du concept. Elle nous permet de comprendre et de penser le monde à partir des propres réalités des communautés en état d'oppression, elle est ce qui pense et génère des relations de sujet à sujet et permet à l'éducateur d'interagir à partir des réalités qui l'entourent. Elle permet alors de voir l'acte pédagogique comme un élément qui pense le sujet comme acteur actif du processus éducatif. 

Par conséquent, l'exercice de réflexion est vu comme une pédagogie pour soi, c'est à dire un élément générateur de conscience qui fonctionne comme articulateur principal de l'acte de transformation du monde et de l'éducation. 

Cet exercice de réflexion réalise en pratique ce que Freire appelle le dialogue des savoirs, élément qui favorise et renforce la relation enseignant-apprenant et permet aux sujets qui font partie de l'acte éducatif d'avoir droit à une voix active. L'éducation populaire est clairement dialogante et génère donc un échange réflexif profond au sein des communautés, en permettant à l'apprenant de ne pas aliéner sa voix et d'être un acteur actif dans le processus. Le dialogue des savoirs représente la dialogicité plurielle à partir de laquelle se renforce l'éducation populaire quand il s'agit de proposer une organisation communautaire pour l'émancipation.

C'est dans l'émancipation à partir de la pluralité que réside son engagement politique, qui se développe sur la pluralité, l'unité dans la diversité. Cette émancipation est profondément liée au développement politique, économique et social des peuples opprimés. La mettre en route amène à reconnaître l'éducation populaire comme un champ permettant de savoir, faire et organiser le monde.

Enfin, Freire fait référence à l'action collective, qui fait de l'éducation un champ de lutte politique pour la transformation du sens commun, maintient une perspective communautaire des relations sociales avec une intention claire concernant l'organisation, la lutte collective pour libérer les secteurs politiquement, scolairement et socialement exclus. C'est ici que se trouve un objectif central de l'éthique politique de l'éducation populaire : ce n'est pas possible de la penser sans questionner le système éducatif capitaliste et pas possible de mener des actions éducatives de nature populaire sans résister et s'organiser face au projet néolibéral. 

Praxis 

Pour Freire, la praxis est le moteur de sa proposition pédagogique. Il l'entend comme « la réflexion et l'action des hommes sur le monde pour le transformer. Sans elle, il est impossible de surmonter la contradiction oppresseur-opprimé ». Dans la praxis se trouve la construction d'un nouvel ordre social. A ce propos, on peut citer trois des plus riches expériences d'éducation populaire de notre continent : la campagne nationale d'alphabétisation à Cuba 1960-1961, la croisade nationale d'alphabétisation au Nicaragua 1980 et la mission Robinson au Venezuela 2003. 

Dans leur quête pour libérer les opprimés des chaînes de l'analphabétisme, ces trois expériences ont trouvé la formule pour éliminer du champ éducatif l'enseignement bancaire excluant. Ils ont trouvé dans la méthode de Freire la synthèse d'une proposition d'éducation populaire ou de pédagogie des opprimés, héritée de Simón Rodríguez, José Martí et José Carlos Mariátegui, qui a été profondément enrichie à la fois théoriquement et pratiquement par le Brésilien. 
 
Freire a enseigné à toute une génération d'enseignants et d'enseignantes que l'éducation est un acte politique et qu'elle doit être prise de manière radicale, sans sectarismes, à la recherche de l'unité populaire, pour l'amour de l'humanité.

Paulo Freire, ce chercheur de vérité, réalisé par Olympe Ollivier et Pierre Chaigneau,
éditions Polynôme-Unesco, série "Les Bâtisseurs", Paris, 1991 (50 minutes).

Voir aussi : Eduquer la liberté, la conscientisation avec Paolo Freire. 1975

Trad° CM

mardi 17 août 2021

COLOMBIE. Un adieu très orageux

"On m'appelle le "macron" colombien... Oh, Désolé!". MATADOR in El Tiempo

Par Jaime Cedano Roldán

Il reste moins de trois cent soixante jours avant qu'Iván Duque ne cède la présidence de la Colombie. Un temps qui peut passer rapidement... ou qui peut sembler une éternité, dirait Perogrullo (Le Lapalice hispanique). Avec 70 % d'avis défavorable, Duque n'a pas la moindre chance d'être réélu, et il le sait. Il est conscient qu'il est arrivé à la présidence sans aucun mérite propre, ni bagage électoral, ni idéologie. Rien de rien dans son sac à dos. S'il est là, c'est parce qu'Uribe le voulait. C'est pourquoi son séjour au palais présidentiel n'a été qu'un squatt. Il a essayé - ou du moins l'a prétendu - être "quelqu'un de la maison", mais il n'a pas pu.

Il a fait tous les efforts possibles pour avoir des amis, pour être bien reçu et accepté dans le cercle d'or exquis de l'Uribisme. Pour y parvenir, il leur a tout donné : ambassades, ministères, consulats, contrats d'un million de dollars. Et pour qu'ils n'aient pas de problèmes avec la justice, il leur a même fait cadeau du bureau du procureur général et du parquet. Et aussi du poste du défenseur des droits, au cas où. Oui : tout donné.

Mais rien n'y a fait. Ils ont continué à le considérer comme un squatteur, comme le fou du roi et comme le grand coupable du désastre de l'Uribisme.

Il a organisé des fêtes sans fin et des bamboches mémorables avec du reggaeton, des vallenatos, des mariachis, et toutes sortes d'orchestres, mais rien de rien. Le dernier cadeau a été ni plus ni moins que soixante-dix milliards de pesos sortis du budget de l'Etat, initialement prévus pour amener Internet dans les écoles des zones agraires les plus reculées, et qui se sont retrouvés dans des comptes obscurs aux États-Unis. Et ce n'était pas parce que, sous son gouvernement, le peso a vu la plus grande dévaluation de l'histoire. Non, soixante-dix milliards de pesos, c'est une immense fortune.

Beaucoup de gens sont surpris qu'Iván Duque continue d'être président malgré tant d'échecs, de scandales et malgré la preuve absolue qu'il est à la pointe d'un gouvernement corrompu, mafieux et violent. Mais c'est tout d'abord parce que la Colombie est un pion très important dans la stratégie régionale des États-Unis, et dans ses manœuvres subversives contre le Venezuela, Cuba et tous les pays progressistes. La Colombie a joué un rôle clé dans le "groupe dit de Lima" qui, sous la garde des Yankees, rassemblait l'extrême droite latino-américaine, un groupe qui est aujourd'hui en train de disparaître. C'est la raison pour laquelle la justice nord-américaine a été bienveillante avec Uribe, et ces derniers temps avec Duque. Parce que, bien que la politique yankee ait échoué, la Colombie continuera d'être un allié nécessaire. Avec Uribe et Duque, se réalise la phrase célèbre de Franklin Roosevelt à propos de Somoza : « C'est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute », et l'autre raison pour laquelle Duque n'est pas tombé, nous l'avons déjà dite : c'est parce qu'il a donné tout le pouvoir aux mafias politiques en échange de leur soutien, qui doit s'acheter au jour le jour, ce qui explique la montée en flèche des affaires de corruption.

C'est la première fois dans l'histoire de la Colombie que les forces politiques qui ont soutenu le pouvoir bipartite et le président qui les représente, ont un taux d'impopularité aussi fort. Alors que le candidat de l'opposition populaire, et non de l'alternance, est confortablement en tête des sondages, avec de fortes aspirations au changement au sein de la population.

Cela ne veut pas dire que tout est défini.

Les partis de l'establishment ont toujours vécu dans le discrédit, mais avec de l'argent, des avantages, des achats de voix et des menaces, ils ont pu obtenir les voix nécessaires pour se perpétuer. Ils comptent également sur le soutien du registre national de l'Etat Civil qui comptabilise les voix. Bien que les contrats de gestion de ses systèmes d'exploitation avec la même société qui a embauché les mercenaires qui ont tué le président d'Haïti soient dénoncés, il s'agit là de plaintes sérieuses qui passent inaperçues.

Les analystes s'accordent à dire qu'une campagne électorale très dure s'annonce, avec une grosse bagarre. Très merdique, a déclaré Yezid Arteta. L'important est qu'il y ait des perspectives positives et surtout qu'il y ait des processus communautaires en cours, même si certaines petites stars n'aident pas beaucoup en soutenant leurs candidates et candidats à travers leurs comptes Twitter. Le positif est qu'il semble que le candidat préfère dialoguer davantage avec les communautés qu'avec les starlettes et qu'il renoue avec l'esprit pédagogique dans ses discours, comme lors de la campagne précédente.

Une nouvelle étape progressiste s'ouvre en Amérique latine et cette fois, il semble que la Colombie pourrait en faire partie.

Séville, 15 août 2021

(*) Jaime Cedano Roldán est un militant communiste, rescapé du génocide contre l'Union patriotique en Colombie. Ecrivain et animateur de l'émission radio "Suenan Timbres"