dimanche 9 février 2020

Madrid. Une chaîne de femmes inaugure le mois de la révolte féministe

Féministes en chaîne humaine. Photo @aranchariosp

Source : Público

Madrid, 8 février 2020. Des milliers de femmes ont formé une chaîne humaine qui a entouré le centre de Madrid. C'était le coup d'envoi du mois de la révolte féministe dont le point d'orgue sera la manifestation du 8 mars.

Un mois avant le 8 mars, les féministes ont démontré que l'union fait la force. Une chaîne kilométrique de femmes vêtues de violet a encerclé le centre de Madrid pour marquer le début de la révolte féministe : Quatre semaines au cours desquelles auront lieu différents événements qui aboutiront à la journée internationale des luttes des femmes.

Les écharpes, gilets, chemises, manteaux, rubans et foulards en VIOLET, la couleur qui symbolise la lutte féministe, ont réuni les milliers de femmes inscrites à l'événement organisé par la Commission du 8 Mars. Alors qu'au départ, les coordinatrices de l'événement ont demandé aux participantes d'étendre les bras au maximum pour occuper toute la rue, la chaîne humaine s'est agrandie à un bon rythme en quelques minutes.

A la Puerta del Sol, face à la statue de la Mariblanca, certaines dansaient et chantaient avec le poing levé pour les droits des travailleuses domestiques. Parmi elles, Cristina, explique qu'il est nécessaire de donner de la visibilité à ce collectif parce que, comme ce sont majoritairement des femmes migrantes, "elles souffrent de multiples abus qu'elles ne peuvent pas dénoncer parce qu'il n'y a pas de contrat légal".

Le groupe de Cristina n'est qu'une des multiples luttes qui forment cette révolte puisque neuf autres champs thématiques sont articulés dans la chaîne féministe : 
  • Droit au logement 
  • Education féministe 
  • Autodéfense 
  • Antiracisme 
  • Travailleuses domestiques 
  • Précarité 
  • Ecoféminisme 
  • Retraites dignes 
  • Dissidences de corps, de sexe et de genre 
  • Quartiers et villages.

Image de la chaîne féministe. Photo @aranchariosp

Avec ses copines, Diana occupe une partie de la rue de l'Arenal pour manifester en faveur de la dissidence du corps, du sexe et du genre. Cette féministe, membre de l'organisation de familles Trans Euphorie, a été surprise de voir tant de personnes à l'événement alors qu'il était "peu diffusé dans les réseaux sociaux". Mais la veille, le vendredi 7 février, plus de 6.000 femmes s'étaient tout de même inscrites à l'événement.

Presque à l'Opéra, une groupe de cinq amies portant toutes des écharpes de plumes violettes manifestaient en se donnant la main. "C'est la seule manière de sortir de ce bourbier. Il faut se faire voir" expliquent-elles sans se lâcher un seul instant. Pour atteindre l'objectif, chacune participera à toutes les activités féministes "qui sont nécessaires" jusqu'à la fin de la révolte qui aboutira au 8 mars.

"Comme ça, nous voulons représenter l'union entre toutes. Un tronçon rejoint l'autre, et c'est ça qui fait la force" explique Chelo Hernández, une des membres de la Commission du 8 Mars. Elle explique que c'est sur le champ de l'Education Féministe que le plus de femmes se sont inscrites. "Celui des Pensions dignes en a moins reçu, mais parce que ce sont des femmes plus âgées qui n'ont pas forcément accès aux réseaux".

Après avoir formé la chaîne pendant une heure, les féministes se sont réunies à la Puerta del Sol. Ensemble, elles ont crié les slogans qui ont déjà accompagné de nombreuses mobilisations : "Nous ne sommes pas toutes là, il manque les assassinées", "Ici nous sommes féministes" ou "Si nous faisons grève, le monde s'arrête".

A la fin de la manif, il a commencé à pleuvoir. C'est alors qu'ensemble, elles ont ouvert leurs parapluies violets en criant : "Il ne pleut pas, c'est le patriarcat qui pleure".

Les actions du mois de la révolte

La chaîne féministe a donné le coup d'envoi du mois de la révolte. Dans toute l'Espagne auront lieu des actions qui célébreront le féminisme et lutteront pour donner à voir les inégalités à travers les différents collectifs.

Parmi ces actions, il faut signaler l'opération araignée qui se mettra en route dans la région de Madrid à partir du 22 février. Une centaine d'assemblées féministes des quartiers et des villages se rendront en transport public au centre de la Ville en faisant des représentations qui dénonceront les violences faites aux femmes.

Par ailleurs, le Teatro del Barrio accueillera l'exposition de photos d'un concours d'images qui symbolisent les violences machistes et c'est le dimanche 1er mars, qu'aura lieu la course féministe. 

Par Arancha Ríos
Traduction CM


samedi 8 février 2020

Les petites filles des sorcières



La otra mitad ​                                              L'autre moitié

Rompamos las promesas                            Brisons les promesses
que hicimos sin hablar                                que nous avions faites sans parler
forzadas por la herencia                             forcées par l'héritage
de nacer mujer. ​                                           de naître femme.      

Crecimos con el miedo                               Nous avons grandi avec la peur
de ser más frágiles.                                     d'être les plus fragiles
Perdimos priviligios                                    Nous avons perdus des privilèges
por nacer mujer. ​                                         en naissant femme.

Somos las nietas de las brujas                   Nous sommes les petites filles des sorcières
que no pudisteis quemar.                            que vous n'avez pas pu brûler.
Somos la otra mitad. ​                                  Nous sommes l'autre moitié.

Sintamos nuestra fuerza.                            Sentons notre force.
La gran sororidad.                                      La grande sororité.
Bailemos en la hoguera                              Dansons au feu de joie
de vivir mujer. ​                                             de vivre femme.

Vencimos su cinismo                                   Nous avons vaincu votre cynisme
en tierras vírgenes.                                      dans des terres vierges.
No habrá más terrorismo                            Il n'y aura plus de terrorisme
por vivir mujer. ​                                           en vivant femme.

Somos las nietas de las brujas                    Nous sommes les petites filles des sorcières
que no pudisteis quemar.                             que vous n'avez pas pu brûler.
Somos la otra mitad. ​                                  Nous sommes l'autre moitié.

La secuestrada.                                           Prise en otage.
Somos legión.                                              Nous sommes légion.
Somos manada.                                           Nous sommes une meute.
Somos más. ​                                                 Nous sommes plus.

Somos guerreras y esta lucha                     Nous sommes des guerrières
ya no se puede parar.                                  et cette lutte ne peut plus s'arrêter.
Somos más de la mitad. ​                             Nous sommes plus de la moitié.

Las nietas de las brujas.                              Les petites filles des sorcières.


dimanche 1 décembre 2019

Pepe Mujica : "Finalement, les formes fachisantes sont les plus corrompues"


Par María Emilio Rebollo
Uruguay. Montevideo
Source : Ambito.com

«Toutes les victoires sont transitoires, toutes les défaites sont passagères» explique José «Pepe» Mujica depuis son refuge, sa ferme dans la banlieue de Montevideo. Quelques mois après avoir démissionné de son siège au Parlement uruguayen à cause de "la fatigue du voyage", l'ancien président et ministre de l'élevage est entré dans la campagne électorale en tant que candidat au sénat - sa liste a été la plus votée - et il a été placé à la tête de la campagne du Frente Amplio (le Front Elargi). L'un des politiciens les plus aimés, mais en même temps les plus critiqués, a reconnu les "erreurs humaines et les erreurs de communication" du bloc au pouvoir sortant. Entouré de livres et de cadeaux que d'autres dirigeants lui ont donnés, Mujica a mis en garde contre les mouvements "fascistoïdes" qui se présentent en Amérique latine "avec un haut degré de pureté anti-corruption et qui finissent par être les plus corrompus". Voici les principaux extraits de l'entretien accordé à Ambito.com.

Vous avez une longue histoire en démocratie. Vous avez été député, sénateur, ministre et président. Comment abordez-vous votre nouveau rôle au Parlement et sur quels projets vous concentrerez-vous?

José Mujica: C'est compliqué. Pour l'instant, je fais office de tête d'affiche. C'est à dire que la vie passe, celle de l’individu, comme celle des générations. Mais les causes demeurent, et nous devons donc penser aux nouvelles générations qui élèvent de vieux drapeaux dans de nouveaux moments. Ici, c'est un pays socialement très conservateur. En politique, il arrive ce dont tout le monde parle et qui s'appelle renouveau, mais s'il n'y a pas un vieux qui met sa tronche en avant, il n'y a pas de place pour la jeune garde. C'est comme si le rôle qui nous restait était celui du brise-glace qui ouvre le chemin. D'un côté, c'est ce que je fais, et de l'autre côté, j'ai des idées qui valent la peine d'être semées et défendues. Je pense que le monde vit ce qu'on pourrait appeler du néo-colonialisme d'entreprises. Ce ne sont plus les pays qui conquièrent un territoire, ce sont désormais les noyaux de capitaux qui concentrent leurs efforts sur des points géographiques rentables, comme l’Amérique latine.

Le Parlement uruguayen a une majorité conservatrice et plusieurs de ses représentants ont envisagé la possibilité de revenir sur certains des projets approuvés pendant votre mandat comme la légalisation de l'avortement et celle de la marijuana. Qu'en pensez-vous ?

J.M: Tout cela peut arriver. Il n'y a jamais de triomphe définitif dans la vie. Je ne partage pas la définition de la gauche et de la droite traditionnelles issues de la Révolution française. Pour moi, l'histoire humaine est un duel permanent entre une jambe conservatrice et une jambe de changement progressiste. En tant que tel, toutes les victoires et toutes les défaites sont transitoires. Nous, qui pouvons nous appeler progressistes, nous devons contribuer aux avancées de notre civilisation. Parfois, certaines marches de l'escalier sont brisées et nous devons reconstruire. Mais nous n’arrivons jamais au bout des escaliers ni à un monde utopique parfait.

Au cours des quinze années de gouvernement du Frente Amplio, la croissance a été soutenue, le revenu par habitant s'est amélioré, l'économie est restée stable en dépit des turbulences étrangères et les droits de l'homme ont progressé. Pourtant, le parti au pouvoir a perdu un important nombre de voix dans ce processus. A quoi l'attribuez-vous?

J.M.: Une chose est d'améliorer l'économie et d'avoir de meilleurs consommateurs. Autre chose est d'accroître le volume de citoyenneté et de conscience. Je suis sûr que beaucoup de gens considèrent ce qu'ils ont comme le produit de leurs efforts personnels ou de Dieu, mais ils ne le relient pas à des décisions politiques. Et cela fait partie de notre impuissance. Ou peut-être que c'est le succès de la culture subliminale de notre époque, qui confond le bonheur avec l'achat permanent. Et nous transforme en acheteurs voraces. Comme on le dit en créole, le pou ressuscité est insupportable.

Quelle autocritique convient au Frente Amplio ?

J.M: Je ne nie pas le déclin de l'électorat. Il y a sûrement eu des erreurs de communication et de conduites humaines. Mais je n'entrerai pas là dedans. Je ne le ferai que dans un an parce que, tout simplement, ce n'est pas dans les moments de défaite qu'on dresse des bilans. Cela ne sert qu'à se piquer le nombril. J'ai quelques idées, mais si nous commençons à passer des factures, la gauche se divise et la droite se regroupe par intérêt.

Lula da Silva a déclaré qu'Evo Morales n'aurait pas dû se présenter et qu'il aurait dû nommer un successeur. Pourquoi les dirigeants de la gauche latino-américaine ont-ils tant de mal à trouver qui les remplace ?

J.M : Evo a été obligé de se présenter parce que ceux du MAS ne pouvaient pas se mettre d'accord sur un successeur. Mon ami Lula a déclaré qu'Evo avait commis une erreur en postulant pour un quatrième mandat à la présidence. L'erreur ne vient pas d'Evo, mais de la discipline de son parti. Malheureusement, c'est difficile de trouver un chef. Le malheur est que la Bolivie a du lithium. Comment la culture occidentale allait-elle permettre qu'un Indien gère le carburant de l'avenir de l'humanité ? Il avait présenté un projet de gestion de ces dépôts et s'était arrangé avec les Allemands, les Chinois. Regardez l'utopie d'Evo: il voulait que la Bolivie fabrique les batteries. Comment les chrétiens occidentaux allaient-ils permettre une telle révolution indigène?

La présidente de facto en Bolivie, Jeanine Áñez, a assumé et posé pour des photos avec une Bible...

J.M : C'est une traîtresse indigène. Regardez à quoi elle ressemble. Elle a une tête de barbare indienne, teinte en blonde, occidentalisée.

Comme ce qui est arrivé avec Áñez, il y a une montée des secteurs politiques évangéliques en Amérique latine, dont l'image la plus forte est celle de Jair Bolsonaro au Brésil. Etes-vous inquiet de la croissance de leur influence ?

J.M : Je ne m'inquiète pas de l'avancée évangélique, mais du paquet qui y est associé. Je ne suis pas croyant, mais je suis un ami du pape. Pour moi, c'est un homme et pas l'envoyé de Dieu. Je respecte toutes les religions. Mais quand ils dépassent ou utilisent leurs croyances pour organiser le monde, là il y a une divergence.

L'une des surprises du premier tour a été les 11 points obtenus par l'ancien chef de l'armée, Guido Manini Ríos...

J.M : Ce sont des choses qui apparaissent comme des restaurations. Nous allons devoir faire face à cette réalité. Je milite depuis 71 ans, aurais-je perdu ? L'impossible en demande un peu plus.

Soutenez-vous l'idée qu'il existe une pratique de la loi dirigée par la droite contre les dirigeants de la gauche latino-américaine?

J.M : Tout est fait pour politiser la justice. Cela fait partie des symptômes conservateurs. Au nom de la pureté, les positions ne sont pas conservatrices, mais plus réactionnaires. Je veux séparer ces deux idées. Le conservatisme remplit une fonction humaine. Vous ne pouvez pas tout changer tous les jours parce que, sinon, c'est fou. Il y a un quota de rationalité. Mais les réactionnaires, c'est autre chose. Lorsqu'ils se renferment, ils transforment le non-changement en mythologie. Puis apparaissent des catégories : en revenir à la Patrie, à la famille, à Dieu. Toutes les formes fascistoïdes sont présentées avec un degré de pureté anti-corruption et finissent par être la chose la plus corrompue qui puisse être et attaquer la justice. Il y a alors une persécution. Cela devient une chose grandiloquente et des sauveurs apparaissent. J'ai vécu pris au piège dans les entrailles de l'armée et je connais leurs vanités. C'est l'avantage de connaître le monstre de l'intérieur.

samedi 30 novembre 2019

De Valparaiso à Paris : La coupable ce n’est pas moi, ni mes fringues, ni l’endroit


Ce lundi 25 novembre dernier, dans le cadre des manifestations féministes pour la journée internationale de luttes contre les violences faites aux femmes, le collectif chilien Lastesis a présenté une intervention qui dénonce la violence de genre dans les rues de Valparaiso, Santiago et plusieurs villes du pays.

Cette chorégraphie, chantée à l'unisson par des centaines de femmes cherche à rendre visible l'inégalité de traitement et la violence constante dont les femmes sont victimes à partir du moment où elles naissent.

"Le patriarcat est un juge, qui nous juge dès la naissance. Notre punition est la violence que tu vois. C'est le féminicide, l'impunité pour mon assassin, c'est la disparition, c'est le viol" disent les premières strophes de l'intervention qui s'est rapidement popularisée dans les réseaux sociaux et qui s'est disséminée dans différentes villes du monde.

"La coupable, ce n'est pas moi, ni mes fringues, ni l'endroit" répète la chanson qui est devenue en quelques jours une icone de la lutte féministe. "Le violeur, c'est toi" engage finalement les différentes institutions qui ne prennent pas en charge le problème.

Hier soir, à Paris, des dizaines de militantes féministes réunies au Trocadéro ont répondu aux femmes chiliennes et elles ont ajouté leurs propres refrains : "A nos soeurs assassinées, de leur sang vous êtes tachés. A nos soeurs assassinées, on ne vous oubliera jamais".



lundi 25 novembre 2019

#Colombia: otro terremoto popular sacude el neoliberalismo (#PCF)


Comunicado del Partido Comunista Francés

El jueves pasado, más de un millón de colombianos respondieron a la convocatoria de un paro nacional lanzado por los sindicatos al que se unieron estudiantes, pueblos indígenas, organizaciones ambientales y sectores de la oposición, para denunciar las decisiones del gobierno de ultraderecha de #IvanDuque. Un gran "cacerolazo" cerró el día para denunciar la violencia de la policía antidisturbios.

Al proclamar "No a la guerra, defendamos la vida, ¡está prohibido rendirse!", los manifestantes pusieron en la agenda el tema de los derechos de las víctimas de los conflictos armados y la lucha contra la impunidad de los asesinos de representantes de pueblos indígenas, líderes sociales y excombatientes.

Esta movilización se produce en un clima de fuertes tensiones y movilizaciones en América Latina, donde los pueblos denuncian las lógicas devastadoras y depredadoras de un sistema económico que exacerba la complicidad entre los líderes económicos de las multinacionales y los políticos ultranacionalistas y liberales.

Ivan Duque, que sufrió graves reveses en las elecciones locales de octubre, sufre una impopularidad del 69% y trata de canalizar la protesta social criminalizándola y estigmatizándola. Utiliza, como Piñera, Bolsonaro o Añez, una salvaje represión policial que terminó este jueves con 3 muertos y 122 heridos entre los manifestantes. Represión que sus alliados "occidentales" apoyan muy calladamente.

El Partido Comunista Francés (PCF) desea expresar su solidaridad y apoyo al pueblo colombiano, a las organizaciones sociales y políticas que exigen opciones políticas que rompan con el capitalismo desenfrenado alineado con Washington.

El PCF hace un llamado al diálogo nacional para abrir el camino que permita salir de la crisis por arriba. Llama la comunidad internacional a trabajar en esta dirección a fin de evitar cualquier operación de injerencia parecida a las que ocurren demasiado amenudo en el continente latinoamericano ultimamente.

PCF - Partido comunista francés, 
París, 25 de noviembre de 2019
Source : PCF-Monde


jeudi 21 novembre 2019

Bolivie. Des cris de douleur qui s'élèvent dans tout le pays

Miguel Alandia, “Radiodifusión”, 1962, Banco Central de Bolivia, La Paz.

Par Maïté Pinero
Suite aux Reportages de Télé Sur du mercredi 20 novembre.

" Des cris de douleur " qui s'élèvent dans tout le pays accompagnent la " transition démocratique" des putschistes soutenus par l'Organisation des Etats Américains et reconnus par l'Union européenne. Des milliers de paysans venus des vingt provinces du pays ont conflué mercredi à Senkata où l'évacuation de la raffinerie, occupée par les habitants d'El Alto, a causé neuf morts. Ils ont observé une minute de silence et décidé de venir manifester à la Paz ce jeudi 21 novembre. Ils exigent le départ du gouvernement autoproclamé de Jeanine Anez, la libération de tous les emprisonnés et ont voté le maintien du blocage des routes. La pénurie s'installe à La Paz.

Nidia Cruz, la représentante de la défense du peuple, organisme officiel, a confirmé le nombre de morts, ajoutant que ce chiffre n'est pas exhaustif. Les militaires ont emporté de nombreux corps. Il y a aussi de nombreux disparus et détenus. Elle s'est adressée à Jeanne Anez : "Vous êtes femme, vous êtes mère. Les gens pleurent ici, dans la morgue, ils pleurent dans la rue. Les militaires doivent retourner aux casernes. Ces gens ont le droit de manifester pour exprimer leur opinion. Cessez la tuerie". A New York, Stephane Dujarric, le porte parole de l'Onu, dont une commission d'enquête doit arriver lundi en Bolivie, a déclaré que les nouvelles autorités allaient devoir " rendre compte" des morts et blessés.

A La Paz, la place Murillo, siège du Parlement, est encerclée par les tanks. Depuis plusieurs jours, un véritable bras de fer s'y déroule. L'OEA qui a joué un rôle déclencheur dans le coup d'état et l'Union européenne qui a reconnu les putchistes multiplient les pressions pour que de nouvelles élections soient annoncées au plus vite. Il faut donner une façade démocratique au régime fasciste et raciste. 

Dans un autre reportage, on voit le représentant de l'OEA, "ministère des colonies", comme un poisson dans l'eau parmi les putschistes et les militaires, parler de "Pacification, de Droits de l'Homme, de démocratie". Eva Cola, présidente du sénat ( Mas) explique devant la caméra que les députés et sénateurs du Mas "sont au travail pour empêcher le gouvernement Anez de mener à bien ses plans". Sonia Brito, députée du Mas, ajoute: "Ils peuvent nous menacer, nous emprisonner comme ils le font. Rien ne peut empêcher qu'une autre Bolivie soit dans la rue et disent non". Un député de l'opposition avertit en fin de vidéo que de nouvelles élections et la désignation d'un tribunal électoral seront imposés par décret, lundi, si les élus du MAS, majoritaires au Parlement,ne passent pas sous les fourches caudines fascistes, des élections à la pointe des fusils. 

Alors que les ambassadeurs occidentaux sont associés à toutes les négociations, tout comme l'Union Européenne, aucune voix ne s'est élevée en Europe, dans les assemblées pour appuyer les députés du MAS, des élus démocratiquement élus, encerclés par l'armée, soumis à toutes les pressions et qui voient leur peuple massacré. Ils font courageusement face et sont sur leurs bancs. Seule l'Assemblée nationale catalane a dénoncé le coup d'état et la tuerie en cours. Les rares journalistes sur place (ils étaient deux lors du massacre de Senkata et se cachent depuis car l'armée les recherche) signalaient hier l'arrivée de collègues. Il s'agit surtout de photographes qui diffusent les images de femmes en pleurs, de dizaines de milliers de paysans qui confluent vers El Alto, près de La Paz. Combien faudra-t-il encore de morts, de révélations sur le scénario bolivien, pour entrouvrir le rideau de fer médiatique qui participe du putsch ? Encore aujourd'hui, pas un reportage, pas une image, pas une Une sur l'horreur en Bolivie.


dimanche 17 novembre 2019

La haine de l'indien


Par Alvaro Garcia Linera
Vice-président de Bolivie en éxil
Source : CELAG

Comme un épais brouillard nocturne, les quartiers des classes moyennes urbaines traditionnelles de Bolivie sont parcourus par la haine. Leurs yeux débordent de colère. Ils ne crient pas, ils crachent. Ils ne revendiquent pas, ils imposent. Leurs chants ne sont ni d’espoir ni de fraternité, mais de mépris et de discrimination envers les Indiens. Ils conduisent leurs motos, montent dans leurs camionnettes, se rassemblent dans leurs fraternités de carnaval et leurs universités privées, et partent à la chasse à l'homme contre les Indiens debout qui ont osé leur prendre le pouvoir.

Dans le cas de Santa Cruz, ils organisent des hordes motorisées  sur des 4×4 avec des bâtons à la main pour effrayer les Indiens qu'ils appellent «collas», qui vivent dans les quartiers périphériques et les marchés. Ils chantent des slogans qui clament «tu dois tuer des collas» et si une femme en pollera  (jupe bouffante) les croise sur la route, ils la battent, la menacent et lui donnent l'ordre de quitter leur territoire. À Cochabamba, ils organisent des convois pour imposer leur suprématie raciale dans la zone sud, où vivent les classes nécessiteuses, et ils chargent - comme s'il s'agissait d'un détachement de cavalerie - des milliers de paysannes sans défense qui marchent pour la paix. Ils portent des battes de baseball, des chaînes, des grenades à gaz. Certains montrent des armes à feu. La femme est leur victime préférée. Ils attrapent une maire d'un village paysan, l'humilient, la traînent dans la rue, la ruent de coups, lui pissent dessus quand elle tombe à terre, lui coupent les cheveux, la menacent de la lyncher, et quand ils réalisent qu'ils sont filmés, ils décident de la peindre le rouge symbolisant ce qu’ils vont faire de son sang.

À La Paz, ils soupçonnent leurs employées domestiques et ne parlent pas quand elles apportent le repas à table. Au fond, ils les craignent, mais en même temps, ils les méprisent. Plus tard, ils sortent dans la rue pour crier, ils insultent Evo et, avec lui, tous ces Indiens qui ont osé construire une démocratie interculturelle dans des conditions d'égalité. Quand ils sont nombreux, ils traînent la Wiphala, le drapeau indigène, ils crachent dessus, la piétinent, la coupent, la brûlent. C'est une rage viscérale qui se déverse sur ce symbole des Indiens qu'ils voudraient éliminer de la surface de la terre avec tous ceux qui se reconnaissent en elle.

La haine raciale est le langage politique de cette classe moyenne traditionnelle. Leurs diplômes universitaires, leurs voyages et leur foi ne servent à rien car, finalement, tout est dilué face à la "vieille souche". Au fond, la souche imaginée est la plus forte et semble adhérer au langage spontané de la peau qui déteste, des gestes viscéraux et de leur morale corrompue.

Tout a explosé le dimanche 20, quand Evo Morales a remporté les élections avec plus de 10 points d'avance sur le deuxième, mais sans l'immense avantage des scrutins antérieurs, ni 51% des voix. C'était le signal qu'attendaient les forces régressives à l'affût : le candidat timoré de l'opposition libérale, les forces politiques ultraconservatrices, l'OEA et l'ineffable classe moyenne traditionnelle. Evo avait encore gagné mais n'avait plus 60% de l'électorat. Il était plus faible et on devait fondre sur lui. Le perdant n'a pas reconnu sa défaite. L'OEA a parlé "d'élections propres" mais d'une victoire réduite, elle a demandé un second tour en conseillant d'aller contre la Constitution, qui stipule que si un candidat dispose de plus de 40% des suffrages et de plus de 10% d'écart avec le deuxième, il est le candidat élu. Et la classe moyenne s'est lancée dans la chasse aux Indiens. Dans la nuit du lundi 21 octobre, 5 des 9 instances électorales ont été incendiées, y compris des bulletins de vote. La ville de Santa Cruz a décrété une grève civique qui a concerné les habitants des zones centrales de la ville, puis s'est ramifiée dans les zones résidentielles de La Paz et Cochabamba. C'est alors qu'a éclaté la terreur.

Des bandes paramilitaires ont commencé à assiéger des institutions, à incendier les sièges des syndicats, à mettre le feu aux maisons des candidats et des dirigeants politiques du parti au pouvoir. Même la maison privée du président a été saccagée. A d'autres endroits, des familles, y compris des enfants, ont été kidnappés et menacés d'être flagellés et brûlés si leur père ministre ou dirigeant syndical ne démissionnait pas de ses fonctions. Une nuit des longs couteaux, dilatée, s’était déchaînée, et le fascisme pointait son nez.

Lorsque les forces populaires mobilisées pour résister à ce coup d'État ont commencé à reprendre le contrôle territorial des villes avec la présence d'ouvriers, de travailleurs des mines, de paysans, d'indigènes et d'habitants des quartiers, alors que le bilan de la corrélation des forces s'inclinait plutôt du côté des forces populaires, la mutinerie de la police s'est déclenchée.

Les policiers avaient montré depuis des semaines une grande indolence et une protection ineficace des gens humbles, battus et persécutés par des bandes fascisantes. Mais à partir de vendredi, ignorant le commandement civil, nombre d'entre eux ont démontré une extraordinaire capacité pour attaquer, arrêter, torturer et tuer des manifestants populaires. Bien sûr, auparavant, il s'agissait de contenir les enfants de la classe moyenne et, supposément, ils n’en avaient pas les moyens. Pourtant, au moment de réprimer des indiens révoltés, le déploiement, l’arrogance et la fureur répressive ont été monumentaux.

La même chose s'est produite avec les forces armées. Tout au long de notre administration, nous n'avons jamais permis que les manifestations civiles soient réprimées, pas même lors du premier coup d'État civil de 2008. Et maintenant, en pleine convulsion et sans que nous ne leur ayons rien demander, ils ont déclaré qu'ils n'avaient pas d'éléments anti-émeutes, qu'ils avaient à peine 8 balles par agent et qu'un décret présidentiel était requis pour être présent dans la rue de manière dissuasive. Pourtant, ils n'ont pas hésité ensuite à briser l'ordre constitutionnel en demandant / imposant au président Evo sa démission. Ils se sont mis en quatre pour essayer de le kidnapper quand il se dirigeait vers le Chapare ; et quand le coup d'état fut consommé, ils sont sortis dans les rues pour tirer des milliers de balles, militariser les villes, tuer des paysans. Tout cela sans aucun décret présidentiel. Pour protéger les Indiens, un décret était nécessaire. Pour réprimer et tuer des Indiens, il suffisait d'obéir à ce que la haine raciale et la haine de classe ordonnait. Et en seulement 5 jours, plus de 18 morts et 120 blessés par balle. Bien sûr, tous indigènes.

La question à laquelle nous devons tous répondre est de savoir comment cette classe moyenne traditionnelle a été en mesure de couver tant de haine et de ressentiment envers le peuple, jusqu'à embrasser un fascisme racialisé centré sur l'indien en tant qu'ennemi. Comment a-t-elle fait pour irradier ses frustrations de classe à la police et aux forces armées ? Et être la base sociale de cette fascisation, de cette régression d'état et de cette dégénérescence morale ? 

Il y a eu le rejet de l’égalité, c’est-à-dire le rejet des fondements mêmes d’une démocratie substantielle.

Les 14 dernières années de gouvernement des mouvements sociaux ont eu pour caractéristique principale le processus de péréquation sociale, la réduction abrupte de l'extrême pauvreté (de 38 à 15%), l'extension des droits de tous (accès universel à la santé, à l’éducation et à la protection sociale), l’indianisation de l’Etat (avec plus de 50% des fonctionnaires de l’administration publique ont une identité autochtone et un nouveau récit national autour du tronc autochtone), la réduction des inégalités économiques (baisse de 130 à 45 de la différence de revenus entre les plus riches et les plus pauvres), c'est-à-dire la démocratisation systématique de la richesse, l'accès aux biens publics, aux opportunités et au pouvoir de l'État. L'économie est passée de 9 000 millions de dollars à 42 000 millions, en accroissant le marché et l'épargne interne, ce qui a permis à de nombreuses personnes d'avoir leur propre maison et d'améliorer leur activité professionnelle.

Mais cela a conduit au fait qu'en une décennie, le pourcentage de personnes dans la soi-disant "classe moyenne", mesurée en revenus, est passé de 35% à 60%, principalement dans les secteurs populaires indigènes. Il s’agit d’un processus de démocratisation des biens sociaux par la construction d’une égalité matérielle qui, inévitablement, a entraîné une dévaluation rapide des capitaux économiques, éducatifs et politiques possédés par les classes moyennes traditionnelles. Si auparavant, un nom de famille notable ou le monopole des savoirs légitimes ou l'ensemble des liens parentaux propres aux classes moyennes traditionnelles leur permettaient d'accéder à des postes dans l'administration publique, d'obtenir des crédits, des permis pour des travaux ou des bourses d'études, aujourd'hui, le nombre de personnes qui postulent pour le même poste ou la même opportunité,  n'a pas seulement doublé - réduisant de moitié les possibilités d’accès à ces biens - il se trouve que, les «arrivistas», la nouvelle classe moyenne d’origine populaire autochtone, disposent d’un ensemble de nouveaux capitaux (langues autochtones, liens syndicaux) d’une valeur plus grande et d’une plus grande reconnaissance de la part de l’État pour gagner les biens publics disponibles

C’est donc un effondrement de ce qui était une caractéristique de la société coloniale : l’ethnicité en tant que capital, c’est-à-dire le fondement imaginaire de la supériorité historique de la classe moyenne sur les classes subalternes, car ici, en Bolivie, la classe sociale est seulement compréhensible et est visible sous la forme de hiérarchies raciales. Le fait que les enfants de cette classe moyenne aient été la force de choc de l'insurrection réactionnaire est le cri violent d'une nouvelle génération qui voit comment l'héritage du nom de famille et de la peau s'efface devant la force de la démocratisation des biens. Ainsi, bien qu'ils arborent des drapeaux de la démocratie comprise autour du vote, ils se sont en réalité rebellés contre la démocratie comprise autour de l'égalisation et la distribution de la richesse. D'où le débordement de haine, la violence débridée. Parce que la suprématie raciale n’est pas quelque chose qui se rationalise, elle est vécue comme une impulsion première du corps, comme un tatouage de l’histoire coloniale sur la peau. Ainsi, le fascisme n’est pas seulement l’expression d’une révolution manquée, mais aussi, paradoxalement, dans les sociétés post-coloniales, le marque du succès d’une démocratisation matérielle. 

Par conséquent, il n’est pas surprenant que, tandis que les indiens rassemblent les corps d’une vingtaine de personnes assassinées par balles, leurs bourreaux matériels et moraux racontent qu’ils l’ont fait pour préserver la démocratie. Mais en réalité, ils savent que ce qu’ils ont fait, c'est protéger le privilège de la caste et du nom de famille.

La haine raciale ne peut que détruire. Ce n'est pas un horizon. Ce n'est rien d'autre que la revanche primitive d'une classe historiquement et moralement décadente qui démontre que, derrière chaque libéral médiocre, un putschiste accompli est à l'affût.