mardi 11 octobre 2016

Une semaine au Macondo référendaire

C'est avec une très grande joie que je publie ici l'article que m'a envoyé mon amie Maria Baresh. Née en Colombie de parents colombiens mais résidente en France depuis de nombreuses années, elle écrit en français sur le mille-feuilles d'événements et de sentiments vécus la semaine passée par tou-te-s celles et ceux qui portent la Colombie profondément ancrée au coeur. Je trouve qu'elle a un vrai talent d'écriture, avec le goût de raconter et le souhait d'exprimer les émotions. Elle sait partager le plaisir des mots et des idées. Je lui souhaite de continuer...
Maria, tu as la matière et tu as du style... Vas-y! ¡Adelante!
C.M


“Era como si Dios hubiera resuelto poner a prueba toda capacidad de asombro, y mantuviera a los habitantes de Macondo en un permanente vaivén entre el alborozo y el desencanto, la duda y la revelación, hasta el extremo de que ya nadie podía saber a ciencia cierta dónde estaban los límites de la realidad. “
Cien años de soledad 
Gabriel García Márquez


"C'était comme si Dieu avait résolu de mettre à l'épreuve toute capacité d'étonnement, et avait maintenu les habitants de Macondo dans un va-et-vient permanent entre l'euphorie et le désenchantement, le doute et la révélation, à tel point que personne ne pouvait plus véritablement savoir où se trouvaient les limites de la réalité."
Cent ans de solitude 
Gabriel García Márquez

 « Une semaine au Macondo référendaire »


Par Maria Baresch
Lundi 10 octobre 2016

Dimanche 2 octobre : c’est la singulière impression d’avoir rendez-vous avec l’histoire colombienne qui prévaut, de sentir les lueurs de l’aube percer au bout de cette longue guerre, d’entrevoir enfin la possibilité d’alléger ce pays que nous portons sur le dos.  Soyons clairs, nous étions optimistes ! Le « oui » ne pouvait que l’emporter, et ce bien en dépit des discours haineux qu’avait déchaîné la néfaste campagne uribiste du « non »[1].   

Nous sommes donc là, réunis devant le consulat colombien de Paris, observant avec tendresse les familles se prononcer pour la « paix en Colombie », les enfants glisser le bulletin de vote de leur parent « pour un nouveau pays ».  Ce sont ces images enthousiastes que nous emportons avec nous le soir pour attendre avec une certaine impatience les résultats.  Vers 23h00 notre optimisme prend forme : le « oui » l’emporte en France avec 82.53% des voix, puis dans la plupart des bureaux de vote des colombiens de l’extérieur…  S’ensuit le dépouillement des urnes en Colombie où le « oui » commence avec un léger avantage, le « non » à ses trousses.  Nous retenons notre souffle, puis la panique, l’angoisse nous saisissent face à la réalité glaciale de la victoire du « non ». Une victoire avec, certes, un très léger écart de 53 894 voix, mais une défaite de notre « Si majeur ».  Alors les chiffres se mettent à virevolter, tourner et retourner : 50.21% pour le « non », 49.81% pour le « oui », 62.57% d’abstention, 13 066 047 personnes se sont déplacées aux urnes sur 34 899 376 d’inscrits sur les listes électorales; et c’est en leur compagnie que nous allons nous coucher pensant, ingénieusement, qu’ils se « corrigeront » pendant que la nuit nous berce. 

Au lendemain du référendum nous vivons ce que nous appelons en Colombie un  « guayabo »[2] national.  L’incompréhension, la tristesse et ce goût amer de s’être stupidement gâté le plaisir, d’avoir manqué le rendez-vous.  Et puis c’est l’étonnement de nos amis français devant ce résultat qui nous prend à la gorge : comment expliquer cette Colombie que nous aimons, mais au caractère insaisissable par ses paradoxes et ses contradictions ? Comment expliquer la violence qui s’accroche inlassablement à ses poignets alors qu’elle transpire à la fois la joie de vivre ? 

Une crise politique se dessine : alors que les accords de paix s’étaient forgés en colonne vertébrale du mandat de Santos, le « non » constitue un véritable revers politique, qui un instant, exalte les ambitions électorales d’Uribe qui se voit déjà pour 2018 porte-parole et sauveur de cette Colombie désappointée par les politiques de Santos.   Pourtant, ce sont les régions les plus affectées par la guerre qui ont voté avec une écrasante majorité pour le « oui ».  Le « non », lui, l’a emporté principalement dans les zones urbaines.[3]  Sans vouloir faire de la caricature, l’image des paysans, bottes en caoutchouc aux pieds, murmurant  à mi-voix « nous avons perdu » et les classes plus aisées, assises confortablement devant leur  télévision, s’exclamant « nous avons gagné ! » est pour le moins significative.

D’autant plus qu’Uribe et ses amis du « non » n’ont eu d’autre ambition que de torpiller les accords faisant appel sans vergogne aux calomnies et mensonges dont les effets n’ont fait qu’exacerber les haines et les divisions.  Pour fomenter le spectacle de la politique colombienne, une interview du directeur de campagne du « non », Juan Carlos Vélez, nous révèle quelques coulisses, le poussant d’ailleurs à la démission du Centre Démocratique (le parti d’Uribe).  Cette « croustillante » information ne fait que confirmer ce que nous savions déjà : que la campagne pour le « non » visait à détourner le débat du contenu même des accords, qu’elle instiguait la peur à travers des formules sentencieuses de « menaces castro-chavistes » dans des zones plus « concernées »  par la « problématique » vénézuélienne, qu’elle inventait des impôts qui conduiraient les colombiens à se « sacrifier » en vue de la réincorporation des FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie –Armée du peuple),  qu’elle diabolisait les insurgés, ces « terroristes » qui bénéficieraient d’une entière impunité.

De plus, le traitement médiatique n’a certainement pas avantagé le « oui », où par exemple les caméras et micros se sont longuement attardés sur les massacres de Bojayá, sans couvrir en parallèle l’acte où les FARC demandaient justement pardon à ses victimes. 

Le fort taux d’abstention est un facteur également important, qui ne peut nous laisser pantois.  Outre les difficultés réelles sur le terrain pour se déplacer aux urnes, l’immobilité politique de certains ne peut donner en aucun cas un brevet d’innocence.   Cela dit, nous défenseurs du « oui », avons peut-être tenu notre vérité pour seule et unique. Or avons-nous eu un sens vrai de la réalité ?  Avons-nous su écouter ces voix qui ne se mobilisent pas pour aller voter,  celles qui ont encore peur ? Un de nos défis de réconciliation semblerait alors aller dans ce sens : réussir à voir le monde avec des yeux nouveaux, ceux des victimes, des douleurs muettes, des espoirs brisés, des désenchantés ; sinon, nous ne verrons rien.

« L’engouement référendaire »[4] est également questionnable dans le cas colombien.  En effet, ce  mécanisme de consultation a aussi permis de libérer une parole belliqueuse, exacerbant les tensions et la haine.  En diabolisant systématiquement les FARC, les défenseurs du « non » ont contribué à l’agonie du débat, le vidant de tout contenu social.  Or, comme l’explicite l’article 22 de la Constitution colombienne « la paix est un droit et un devoir dont l’application est obligatoire ». La paix, référendum ou pas, est donc avant tout un devoir de politique publique.  Dans ce sens, le conseiller juridique des FARC à la table des négociations, a pertinemment rappelé que les accords, conformément au droit international, ont déjà un effet juridique. De plus, quand bien même le « oui » l’aurait  emporté, ne serions-nous pas confrontés à des démons similaires : des uribistes hargneux aux envies de sabotage et donc à la nécessaire et infatigable défense des accords ? 

Dans cette sombre incertitude où les résultats du plébiscite ont semblé nous plonger,  de la lumière s’infiltre pourtant.  Dès mercredi des marées humaines de jeunes et moins jeunes  se rassemblent dans plusieurs villes du pays ainsi qu’à l’étranger pour défendre la paix.[5]  Vendredi 7 octobre c’est au tour de la région d’Antioquia, bastion d’Uribe, de se manifester largement pour la paix.  Des initiatives d’occupation de places, notamment à  la place Bolivar de Bogotá, fleurissent et redonnent une voix ainsi qu’une légitimité à la rue.  La formule « paz a la calle »[6] résonne et rallume nos espoirs.  Même les colombiens ayant  voté « non » disent vouloir la paix.  C’est à se demander qui, à part Uribe et ses fidèles alliés, veut la guerre ? 

Par ailleurs, la communauté internationale entérine son soutien aux accords de paix, soutien que nous pourrions interpréter comme se cristallisant à travers la déconcertante attribution du prix Nobel de la paix à Santos vendredi.  

En outre, tant du côté des FARC que du côté du gouvernement, l’ouverture au dialogue prévaut. Ils ont tous deux reconnu et entendu les résultats du plébiscite et se disent disposés à écouter les colombiens ayant choisi le « non ». Dans un communiqué conjoint ils réaffirment, dans ce sens, leur engagement de maintenir le cessez-le-feu bilatéral  et sollicitent les Nations Unies afin de maintenir leur mission d’observation.  Parallèlement, les pourparlers entre le gouvernement et l’ELN[7] semblent se décanter.  

Une position délicate se profile pour Uribe. Lui, qui a tout misé sur l’aventure militaire, ne pourra continuer à répondre par la belliqueuse aux nombreux votants du « non » qui ne semblent pourtant pas se prononcer pour la guerre.  Alors qu’il est invité au dialogue, ses dernières propositions pour « amender » les accords, au-delà de proposer des choses qui figurent déjà dans les accords, preuve de sa méconnaissance de ceux-ci, ne semblent en aucun cas montrer une volonté de se détourner de sa constante dialectique, mariage dangereux de la guerre et du mensonge, dont l’unique objectif réside dans un statu quo bénéficiant les privilégiés de toujours.  Que la « mano dura » de la politique sécuritaire d’Uribe se soit par enchantement métamorphosée  en colombe blanche de la paix paraît peu crédible ; et c’est sur ce terrain qu’un de nos défis majeurs se présente : démontrer son impertinence et refuser les concessions à la droite extrême si nous voulons sérieusement atteindre l’essence réconciliatrice des accords.

Alors que cette semaine au cœur du Macondo référendaire, où le va et vient permanent entre la liesse et le désenchantement opère et chatouille notre fil émotionnel, une voie semble cependant s’esquisser : celle de la défense des accords de paix, qui du haut de leurs 297 pages cherchent un pacte social et politique large et donnent le ton de la réconciliation nationale. 

L’horizon encore un peu brouillé, où les promesses et les menaces s’entremêlent, le grand défi de la paix est un dur et long chemin, un incessant combat qui exige de nous d’avoir un ou deux regards d’avance, de marcher là où personne n’ose mettre les pieds.  Nous aurons à affirmer notre volonté de voir ces accords respectés et implémentés, à accompagner depuis l’extérieur la concrétisation de la justice sociale véritable, celle qui inclura les communautés aux marges, ces vérités diverses, qui expriment cependant toute la réalité colombienne.  Ce n’est que par cette construction d’une société nouvelle, où ces voix exclues pourront trouver un écho social et politique,  que l’avenir nous sera rendu, que nos espoirs inébranlables triompheront, que nous verrons enfin l’aube pointer le bout de son nez en Colombie mais aussi ailleurs.

Maria Baresch
Lundi 10 octobre 2016


[1] Alvaro Uribe Vélez, actuel sénateur du Centre Démocratique, Président de la Colombie entre 2002 et 2010.
[2] Gueule de bois
[3] “Ganó el No: Colombia se enfrenta a un diálogo nacional” : http://pacifista.co/gano-el-no-colombia-ante-la-incertidumbre/
[4] Lire Alain Garrigou, « Voter plus n’est pas voter mieux », Le Monde diplomatique, Paris, août 2016.
[5] Autour d’une grande marche silencieuse, qui n’est pas sans faire écho à la symbolique marche de 1948 organisée par Jorge Eliecer Gaitán.
[6] Paix dans la rue.
[7] Armée de libération nationale.




Colombie : la 2e guérilla du pays accepte de négocier la paix


Dialogue avec l'ELN. Une excellente nouvelle
 Points de la négociation :
  1. Participation de la société à la construction de la paix. La négociation doit avoir lieu entre le Gouvernement et la société civile, composée par des secteurs populaires définis par l'ELN
  2. Démocratie pour la paix. On doit réaliser un débat qui examine la décision de la société sur les problèmes sociaux qui l'affectent. Il doit y avoir une révision du cadre juridique, des garanties pour la manifestation publique et la révision de la situation juridique des personnes condamnées pour des actes de mobilisation sociale).
  3. Transformations pour la paix. Il est demandé de prendre en compte les propositions de transformations qui émanent de la société, ainsi que les programmes pour dépasser la pauvreté, l'exclusion sociale, la corruption et la dégradation de l'environnement.
  4. Les Victimes. Il est essentiel de reconnaitre les droits des victimes et leur réparation, ainsi que la résolution de leur situation sur la base de la justice, la vérité et l'engagement de non-répétition et de non-oubli.
  5. La Fin du conflit. Il doit y avoir un engagement pour éradiquer la violence et pour que l'ELN puisse passer à la politique légale. La situation juridique de l'ELN devra être définie, ainsi que des garanties pour la sécurité et pour l'exercice de la politique, il y aura un cessez-le-feu bilatéral. De plus, on fera la lumière sur le phénomène du paramilitarisme. On souscrira un accord sur les armes pour mettre fin au conflit.
  6. Mise en oeuvre. Les accords pactés dans l'agenda seront exécutés à travers un plan général d'exécution qui incluera des mécanismes de suivi, de contrôle et de vérification.

lundi 10 octobre 2016

Colombie : Défendons la paix ! Le Futur, c'est Aujourd'hui !


Défendons la Paix. Le Futur, c'est Aujourd'hui ! 
Mobilisation générale et permanente

Par Rodrigo Restrepo
Paris, 10 octobre 2016

Alors que le "NON" frauduleux et pervers ne s'est imposé que par quelques voix, nous avons cru qu'il fallait chercher le bon côté de ce résultat et maintenir l'espérance, avec la certitude qu'aujourd'hui nous, les défenseurs de la paix, nous sommes plus nombreux qu'il y a quelques années et qu'il suffirait de pousser un peu pour accompagner le président Santos dans sa volonté de faire avancer le processus.

Nous supposions que Santos, faisant usage de ses trucs de tricheur invétéré, avait une grosse carte cachée dans sa manche après avoir joué la carte de la paix et de la tranquillité des colombiens dans un pari inutile. Mais il ne l'a pas encore sortie. Santos voulait occuper une page de l'Histoire. Il voulait un Nobel de la Paix. Nous le savions depuis toujours. Il a réussi. Mais qu'il n'oublie pas que le Comité norvégien lui a remis ce prix "comme un hommage au peuple colombien qui, malgré tous les mauvais traitements soufferts, n'a pas perdu l'espérance d'atteindre une paix juste, et à toutes les parties qui ont contribué à ce processus de paix, ainsi qu'aux innombrables victimes de la guerre".

Aujourd'hui, la paix que nous souhaitons est entre les mains du Président, seulement entre ses mains. Il a les moyens et le soutien national et international, c'est pourquoi nous tenons à lui dire :

Monsieur le Président, ne permettez pas que la lâcheté et le cynisme s'emparent de vos décisions après l'échec du OUI dans les urnes. Ce n'est pas en reportant la paix "sine die", ni en annonçant une date de rupture du cessez-le-feu bilatéral et définitif, ni en organisant des conciliabules avec les élites politiques en tournant le dos au peuple et aux victimes, que vous défendrez ces accords de paix qui vous ont offert la gloire internationale.

Monsieur le Président, n'oubliez pas que cette distinction majeure que Vous portez maintenant au nom de "la Paix" sera aux colombiens et en honneur aux victimes, uniquement quand les accords seront mis en oeuvre.

Ne répondez pas comme si plus d'un demi siècle de guerre, des millions de victimes, des milliers de morts et de disparus, six ans de négociations avec les FARC, l'espérance brisée de millions de colombiens, particulièrement des jeunes générations, ne comptaient pas. La manière dont vous avez agi pendant la semaine dernière, semaine vertigineuse, amène à penser que cette machination que vous avez manigancé pendant tout ce temps pourrait être une blague macabre. Un coup monté de plus de l'oligarchie contre les aspirations du peuple colombien. Peuple qui vous a élu pour un second mandat avec l'objectif de soutenir et d'accompagner ce rêve de paix qui est en train de naufrager aujourd'hui.

La clameur silencieuse et soucieuse de la jeunesse l'a dit clairement dans les rues de nos villes et à l'extérieur du pays : Continuez de l'avant, vous ne pouvez pas tituber, nous sommes pour la Paix ! Les Victimes de Bojayá sont catégoriques, dans leur juste indignation : "Vous nous avez fait croire que La Paix est possible, et maintenant nous adjurons le Président Santos, les FARC et toute la société colombienne à ce que le OUI à 96% du village de Bojayá soit respecté et que l'Accord de Paix se mette en oeuvre, comme il a été négocié à La Havane".

Quant à nous, les convaincus de la paix et tous ceux qui se réveillent aujourd'hui ou reprennent pied, face à la mobilisation militaire et aux vents de guerre qui sont en train de souffler, nous n'avons pas d'autre alternative que la mobilisation, civile et pacifique, générale et permanente, silencieuse ou assourdissante... Toujours nombreuse et déterminée pour ne pas jeter par dessus bord le peu qui a été atteint.

Le pire chemin est celui de l'apathie et de la résignation. N'oublions pas qu'au delà de la fraude évidente, l'indifférence et l'indolence de bien des gens ont permis la victoire du NON des violents. Des marches, des assemblées, des places occupées, des forums publics, du bruit, beaucoup de bruit dans les réseaux sociaux : C'est maintenant ou jamais !

Nous ne pouvons pas attendre les propositions savantes des politologues et des politiques. Nous avons tous la parole et le devoir d'agir. Il n'y a pas beaucoup d'options. Ou nous nous situons du côté de la Paix, aujourd'hui et où que nous nous trouvions, en imaginant des mécanismes de pression. Ou demain nous devrons prendre partie dans un conflit qui s'étendra et qui, même si nous ne voulons être que des spectateurs, terminera par nous entrainer d'un côté ou de l'autre.

Alerte aux jeunes colombiens : le futur se joue aujourd'hui, ne laissez pas passer l'opportunité d'un lendemain meilleur, plus digne, où nous puissions construire et avancer, au lieu de détruire et écraser.

Trad°: CM


¡Defendamos la Paz. El Futuro es Hoy! 
Movilización general y permanente 

Cuando el perverso y fraudulento « NO » se impuso por unos cuantos votos creímos que había que buscarle el lado positivo a ese resultado y mantener la esperanza bajo la certeza de que hoy, los defensores de la paz, somos mas numerosos que hace unos años y que solo haría falta un pequeño empuje para acompañar al presidente Santos en su empeño por sacar adelante este proceso. 

Suponíamos que Santos haciendo uso de sus prácticas de tahúr empedernido, después de haber jugado la paz y la tranquilidad de los colombianos en una apuesta innecesaria, tendría una carta maestra escondida bajo la manga. Pero aun no la ha sacado. Santos quería ocupar una página en la Historia. Quería un Nobel de la Paz. Eso lo sabíamos desde siempre. Lo ha logrado. Pero que no olvide el señor Presidente que el Comité noruego le entregó ese galardón como « un homenaje al pueblo colombiano que, a pesar de todos los abusos sufridos, no ha perdido la esperanza de lograr una paz justa, y a todas las partes que han contribuido a este proceso de paz, así como a las incontables víctimas de la guerra ». 

Hoy la paz que anhelamos está en sus manos, solo en sus manos, Usted tiene las herramientas y el respaldo nacional e internacional, por eso tenemos que decirle : Señor presidente no permita que la cobardía y el cinismo se apoderen de sus decisiones tras la derrota del Si en las urnas. No es postergando la paz "sine die", ni anunciando fecha para romper el cese al fuego bilateral y definitivo, ni organizando conciliábulos con las élites políticas de espaldas al pueblo y a las víctimas, la manera como Usted va a defender esos acuerdos de paz que le merecieron la gloria internacional. 

Señor presidente, no olvide que esa distinción mayor que Usted lleva ahora en nombre de « la Paz » será de los colombianos y en honor a las víctimas solamente cuando los acuerdos sean implementados. 

No responda como si mas de medio siglo de guerra, millones de víctimas, miles de muertos y desaparecidos, seis años de negociaciones con las FARC, la esperanza rota de millones de colombianos -en particular de las jóvenes generaciones- como si nada de eso contara. La manera como Usted ha actuado en esta semana de vértigo lleva a pensar que esta tramoya que nos armó durante todo este tiempo podría ser una burla macabra. Una encerrona más de la oligarquía a las aspiraciones del pueblo colombiano. Un pueblo que lo eligió para un segundo mandato con el objetivo de apoyarlo y acompañarlo en ese sueño de paz que hoy está naufragando. 

El clamor silencioso y preocupado de la juventud lo ha dicho claramente en las calles de nuestras ciudades y desde el exterior : siga adelante no puede titubear, estamos por la Paz ! 

Las víctimas de Bojayá en su justa indignación son categóricas : “Nos hicieron creer que La Paz es posible y ahora urgimos al Presidente Santos, a las FARC y a toda la sociedad colombiana a que se respete el SI, del 96 por ciento de la población de Bojayá, y a que se implemente el Acuerdo de Paz, tal como se negoció en La Habana”. 

En cuanto a nosotros, los convencidos de la paz y todos aquellos que ahora se despiertan o recapacitan, frente a la movilización militar y los vientos de guerra que soplan, no tenemos otra alternativa distinta a la movilización, civil y pacífica, general y permanente, silenciosa o bulliciosa; pero eso sí, numerosa y determinada a no echar por la borda lo poco que se ha logrado. 

El peor camino es la apatía y la resignación. No olvidemos que, además del fraude evidente, la indiferencia y la desidia de muchos permitió la victoria del NO de los violentos. Marchas, asambleas, ocupación de plazas, cabildos abiertos, ruido mucho ruido en las redes sociales. Es ahora o nunca! 

No podemos esperar las sabias propuestas de politólogos y políticos. Todos tenemos la palabra y el deber de acción. No hay muchas opciones. O nos situamos al lado de la Paz, hoy y desde cualquier lugar donde estemos, clamando e imaginando mecanismos de presión. O mañana tendremos que tomar parte en un conflicto que se extenderá y, aunque queramos ser solo espectadores, terminará por arrastrarnos de uno u otro lado. 

Alerta jóvenes colombianos: el futuro se juega hoy, no dejéis pasar la oportunidad de un mañana mejor, más digno, donde podamos construir y avanzar, en lugar de destruir y aplastar.

Rodrigo Restrepo
París, 10 de octubre de 2016

 

vendredi 7 octobre 2016

Communiqué conjoint #2. Délégations du Gouvernement National et des FARC-EP


Sources :
Pazfarc-ep.org
equipo paz gobierno
La Havane, Cuba. 7 octobre 2016

Nous, délégations du Gouvernement National et des FARC-EP, après nous être réunis à La Havane avec les pays garants et avec le Chef de la Mission Spéciale des Nations Unies en Colombie, Jean Arnault, voulons informer l'opinion publique que :

1. Après quasi 4 ans de conversations intenses, nous avons conclu le 24 août dernier l'Accord Final pour la Cessation du Conflit Armé et la Construction d'une Paix Stable et Durable, dans lequel nous nous sommes engagés. Nous considérons qu'il contient les réformes et les mesures nécessaires pour asseoir les bases de la paix et garantir la fin du conflit armé.

Nous reconnaissons, toutefois, que ceux qui ont participé au Plébiscite du 2 octobre dernier se sont prononcés majoritairement en faveur du Non bien que ce soit avec une marge étroite. Dans le cadre des facultés présidentielles octroyées par la Constitution Politique, il convient que nous continuions à écouter les différents secteurs de la société, dans un processus rapide et efficace, pour comprendre leurs préoccupations et définir rapidement une solution par les voies évoquées dans la sentence de la Cour Constitutionnelle C-376 de 2016. Les propositions d'ajustements et les précisions qui résulteront de ce processus, seront discutées entre le Gouvernement National et les FARC-EP pour donner des garanties à tous.

2. Nous réaffirmons l'engagement assumé par le Président de la République et le Commandant des FARC-EP de maintenir l'arrêt des Hostilités et le Cessez-le-Feu Bilatéral et Définitif décrété le 29 août dernier, ainsi que le contrôle et la vérification à travers le mécanisme tripartite. De même que les garanties de sécurité et de protection des communautés dans leurs territoires, conformément à ce qui est défini par les parties dans le protocole.

Pour consolider ce Cessez-le-feu, nous avons accordé un protocole tendant à prévenir tout incident dans les zones de pré-regroupement dans les quadrants définis, et assurer un climat de sécurité et de tranquillité assurant la pleine application de toutes les règles qui régissent l'arrêt des Hostitilités et le Cessez-le-feu Bilatéral et Définitif.

Le mécanisme Tripartite de Contrôle et de Vérification avec la participation du Gouvernement et des FARC-EP et la coordination de la mission des Nations Unies aura la charge de contrôler et vérifier le respect du protocole, particulièrement le respect des règles qui s'appliquent au Cessez-le-feu.

3. Dans ce but, nous demandons au Secrétaire Général des Nations Unies, et par son intermédiaire, au Conseil de Sécurité, qu'il autorise la Mission des Nations Unies en Colombie à exercer les fonctions de contrôle, vérification, résolution des différends, recommandations, rapports et coordination du Mécanisme de Contrôle et de Vérification prévues dans la Résolution 2223 (2016) du protocole mentionné ci-dessus.

De même, nous invitons les pays qui contribuent à la Mission avec des observateurs désarmés à ce qu'ils continuent à déployer leurs hommes et femmes, qui pourront compter sur toutes les garanties de sécurité nécessaires.

4. Parallèlement, nous continuerons à avancer dans la mise en oeuvre de mesures de construction de confiance à caractère humanitaire comme la recherche des personnes déclarées disparues, les plans pilotes de déminage humanitaire, la substitution volontaire des cultures d'usage illicite, les engagements concernant le départ des mineurs présents dans les campements et la situation des personnes privées de liberté.

5. Les délégations remercient le Comité International de la Croix Rouge pour son soutien permanent, le Chili et le Venezuela pour leur accompagnement et surtout, Cuba et la Norvège, pour leur travail intense et dévoué de soutien à la construction des accords de paix en Colombie, leur contribution constante à la recherche de solutions dans des moments difficiles et leur disposition à continuer leur soutien au processus de paix.

Trad°: CM


Colombie, dans la catharsis du Oui et du Non


Par Myriam Montoya,
Paris, le 5 octobre 2016

C'est un fait, nous, colombiens, n'avons pas encore réussi à sortir définitivement du cauchemar, de "l'horrible nuit" évoquée et tant annoncée dans notre hymne national écrit en 1887, "l'horrible nuit" que nous voulions terminer ce 26 septembre dernier avec la signature des Accords de paix.

A la question très concrète du plébiscite imprimée sur le bulletin de vote : Soutenez-vous l'accord final pour la cessation du conflit et la construction d'une paix stable et durable? Sur un total de 34’899.945 électeurs inscrits au Registre National, soit les colombiens habilités à voter pour ratifier ou refuser les Accords de Paix ce 2 octobre 2016,  seuls 13’066.047 votants sont allés aux urnes. Parmi eux, 6’377.482 ont ratifié le OUI et 6’431.376 ont rejeté l'accord final pour la paix que le gouvernement colombien et les FARC-EP ont négocié pendant près de 4 ans, en donnant au NON une victoire partielle avec une différence de 53.894 voix en plus.

La perplexité des colombiens qui se sont lancés dans la campagne et ont voté OUI, dont nous-mêmes,  a été aussi grande que la déception et l'impuissance manifestée par les nombreux accompagnateurs et facilitateurs internationaux de ces Accords de Paix, et de l'opinion publique en général. Mais en surmontant la réalité de ces chiffres et en faisant le bilan des résultats, il faut que nous, les colombiens, réfléchissions sur le cap que prendront les Renégociations du conflit et la construction de la Paix, nous ne devons pas laisser passer cet événement important et révélateur, et nous questionner sur l'état d'abandon et de détérioration dans lequel se trouve notre démocratie.
 
Y-a-t'il une véritable légitimité constitutionnelle quand seuls 37.43% de la population habilitée à voter, décide sur un sujet aussi délicat et important que celui de mettre fin au conflit armé en Colombie et donc, que finalement, on permette à seulement 18%, c'est à dire une minorité dans laquelle on retrouve évidemment l'extrême droite et les élites politiques, de changer les termes de négociations auxquelles eux-mêmes avaient refusé d'assister et s'étaient marginalisés ?
 
Où est et pourquoi cette immense majorité du 62.57% de la population colombienne n'a pas participé?
Pouvons-nous croire objectivement que la volonté et le désir le plus profond du peuple colombien se sont trouvés exprimés dans ces chiffres fracassants, qui n'atteignent même pas la moitié de la population inscrite au Registre National et habilitée à voter ?
Ces élections et scrutins ont-ils été conformes au sens le plus strict et profond d'une démocratie effective et bien structurée ?
Notre Constitution actuelle qui est le cadre qui forge et soutientnotre démocratie est-elle conçue et modelée à la mesure de notre taille, de nos besoins, nos exigences et nos requêtes historiques ?

Après la stupéfaction, la commotion et la surprise, nous devons interpréter avec lucidité le nouveau paysage politique, arriver à des conclusions qui interprètent et élucident en profondeur ce "ballotage", cet échec apparent du plébiscite pour la Paix en Colombie, et essayer d'en tirer le meilleur parti possible. Où est le triomphe réel du NON ? C'est celui d'avoir eu la capacité d'obstruer et de retarder un processus dont on ne peut plus tourner la page, ni d'un côté ni de l'autre, et aussi bien sur, l'intégration dans les Accords de l'avatar des trois oeufs de l'uribisme qui sont maintenant quatre, ainsi que certains conditionnements des points qui touchent les intérêts mesquins de l'oligarchie et de l'extrême droite.

Face au monde entier, nous devons avoir la certitude que l'échiquier politique colombien après la signature de l'Accord de Paix du 26 octobre 2016, ne correspondra jamais plus à l'image et à la volonté de l'uribisme, la manoeuvre de l'extrême droite et de l'uribisme a trop tardé à réagir et bien qu'ils aient eu cette apparente victoire, et qu'ils aient réussi à retarder et allonger le processus, leur lutte effrénée pendant la campagne pour le NON, au cours de laquelle tous les moyens et ressources ont été utilisés dont le mensonge, la peur, l'achat de voix et toutes les manigances déjà utilisées pour la réélection, sont des manifestations de désespoir parce que le NON de la campagne qui a refusé dans un premier temps la cessation du conflit armé avec les FARC-EP doit tôt ou tard se transformer en OUI. Perdre le plébiscite peut devenir la plus judicieuse des erreurs si les renégociations se font dignement, en protégeant les intérêts des victimes, l'intégrité de la guérilla et la volonté politique de ceux qui ont voté pour le oui, auquel nous ne pouvons renoncer pour seulement 53.894 voix de plus. L'extrême droite n'a pas carte blanche pour balayer tout le travail réalisé pendant quatre ans ; le défi maintenant est d'en profiter et d'inclure les acteurs politiques qui manquaient. Le Centre Démocratique et son champion, dont on ne peut nier qu'il est une partie active de notre conflit, mais aussi l'Armée de Libération Nationale (ELN), car cette organisation aussi a manifesté catégoriquement son intérêt à négocier la Paix et le dépôt des armes avec le Gouvernement Colombien.

N'oublions pas que beaucoup de choses ont changé, tout d'abord la position et l'image politique des FARC-EP dans la population civile colombienne et dans la communauté internationale. La qualité de l'évolution idéologique des Forces Armées Colombiennes et tout ce déploiement d'énergies pour arriver jusqu'au plébiscite ont marqué et transformé la perception, non seulement des vieux mais aussi celle des nouvelles générations, dont beaucoup, même s'ils ne pouvaient pas voter ont été sensibilisés pour le OUI. Depuis quatre ans, le pays vit peu à peu une transition et ce processus murit dans l'esprit d'une jeunesse enthousiaste qui se prépare à prendre le relai.

Alors qu'apparaissent toutes les questions mentionnées ci-dessus et qui peuvent être à la base de la construction de la Colombie que nous rêvons, qui nous désirons vivre ici et maintenant, et que nous voulons transmettre à nos enfants et aux générations à venir, il y a une urgence qui saute aux yeux et que nous ne pouvons plus dissimuler ni reporter. L'urgence de sortir ce cette inertie est une occasion extraordinaire pour que nous provoquions l'émergence de cette Colombie cachée, nous avons besoin de rompre le cercle de silence, de sortir du danger de la marginalisation de cette Colombie dont nous ne savons pas si elle est Résistante, apathique, indifférente ou ignorante politiquement, mais qui fut celle qui ne s'est pas prononcée dans la prise d'une décision si importante comme celle de la ratification des Accords de Paix, cette Colombie qui était et qui est capitale pour nous sortir du marasme dans lequel nous nous trouvons maintenant. Nous devons faire une grande expédition ou trouver une stratégie pour chercher et arriver à cette Colombie qui a été la grande absente de ce plébiscite, parce que ce vide immense s'ajoute à notre frustration, cette Colombie dont nous ne savons pas si elle est bâillonnée ou si elle ne veut pas parler, cette multitude amorphe dont, en urgence, nous avons besoin d'entendre la voix, l'opinion, la présence, l'adhésion, la participation cruciale.

En partant de cette urgence, il est pertinent également de lancer un appel aux Institutions, à la société civile et au gouvernement pour mener à bien un grand débat sur notre système électoral actuel et la proposition de faire évoluer la conscience citoyenne et la société dans son exercice politique. Le Vote, comme l'éducation, est à la fois un droit, une nécessité et un devoir obligatoire. Il doit être posé comme un engagement et une condition inéluctable pour l'exercice du pouvoir, du contrat et des libertés citoyennes.

Proposer un Programme National Pilote qui puisse se mettre en oeuvre pendant 30 ou 40 ans, comme partie de la transition historique que nous sommes en train de vivre et du saut fondamental que nous nous apprêtons à faire. Le phénomène de l'abstention électorale est un problème structurel, c'est le noyau de notre problème et de notre retard politique et social. Après ce fiasco, ce serait irresponsable de continuer à l'ignorer.

Traduction : CM

jeudi 6 octobre 2016

Colombie : On se verra d'ici 10.000 morts


Par Enrique Santiago Romero
Avocat, Militant politique, Assesseur juridique des FARC-EP
in Tribuna Abierta/Diario.es
04/10/2016

  • Au delà de la tristesse, le résultat du plébiscite a un effet politique très grave et la Colombie a un problème politique qui doit être résolu de manière urgente, par des moyens exclusivement politiques, et non juridiques.
  • Les arguments de la campagne du Non à l'accord de paix en Colombie, non contents d'être abusivement grossiers et simplistes, ne tiennent pas face aux 297 pages de l'Accord Final, élaborées patiemment et avec soin pendant 4 ans de travail.

"On se verra d'ici 10.000 morts"
Tlaxcala, México, 1992.

Le surprenant résultat du Plébiscite qui a eu lieu dimanche dernier en Colombie et où le "Non" à l'Accord de Paix signé entre le Gouvernement et les FARC-EP s'est imposé avec une courte avance de 56.000 bulletins sur plus de 12 millions et demi déposés dans les urnes, met le processus de Paix développé à La Havane depuis 2012, dans une position délicate. Le problème créé par ce résultat est éminemment politique et n'est en aucun cas un problème juridique grave.

L'Accord Final pour la cessation du conflit et l'établissement d'une paix stable et durable, signé le 24 août à La Havane, maintient sa validité juridique malgré le résultat du plébiscite. Et ceci pour différentes raisons :
  1. D'abord, parce que l'article 22 de la Constitution Politique colombienne énonce que : "La paix est un droit et un devoir qui a force exécutoire".
  2. Ensuite, parce que la sentence de la Cour Constitutionnelle colombienne qui s'est prononcée en juillet dernier sur la loi de convocation du plébiscite, a établi que le résultat de ce dernier n'avait aucun effet juridique sur l'Accord de Paix, même s'il comporte une obligation politique pour le Président de la Colombie, qui a décidé unilatéralement de le convoquer alors qu'il n'avait pas l'obligation de le faire.
  3. Et troisièmement, parce que l'Accord Final a déjà une force juridique propre, conformément au droit international, dans la mesure où il a été souscrit comme Accord Spécial – figure juridique à force exécutoire prévue dans les conventions de Genève de 1949 – et déposé par les parties devant l'organisme dépositaire des Conventions de Genève, ce qui donne une légitimité à ses contenus.
Les FARC-EP, bien qu'elles aient accepté en juin dernier la réalisation du plébiscite après trois ans de divergence argumentée, s'opposaient à sa célébration pour les raisons suivantes : Parce que la Constitution colombienne configure le droit à la paix comme un droit fondamental, et donc comme un droit "contre majoritaire", c'est à dire un droit intrinsèque à la vie humaine qui ne peut pas être soumis à une consultation, et dont le résultat, s'il est malgré tout soumis à consultation, n'a aucun effet juridique. Il s'agit d'un droit indisponible consubstantiel à la dignité de la personne, de même que le droit à la vie ou à la liberté de tout être humain, droits fondamentaux dont les contenus et les configurations ne dépendent pas de tiers, sauf si on choisit de violer la Déclaration Universelle des Droits Humains ou le Pacte International des Droits Civils et Politiques, en plus de la Constitution colombienne elle-même.

Au delà de la tristesse qui saisit toute personne qui regarde comment un pays ne profite pas de l'opportunité d'en finir avec un conflit qui a débuté au moins 30 ans avant que n'existent les FARC-EP (Voir Loi des Terres 200 de 1936), le résultat du plébiscite a sans aucun doute un effet politique très grave, et donc la Colombie a un problème politique qui doit être résolu de manière urgente, par des moyens exclusivement politiques, et non juridiques.


Les arguments de la campagne du NON

Il y a un secteur important de la population qui a compris de manière erronée que l'effet de l'Accord de Paix serait pernicieux pour le pays, parce que (selon les arguments essentiels de la campagne du Non): cela provoquerait l'instauration d'un régime politique "castro chaviste" où les libertés individuelles ne seraient pas respectées ; cela provoquerait une hausse des impôts ; cela instaurerait une société gouvernée par un intérêt de "genre" qui s'associent à des comportements "féministes" et "homosexuels"; et cela supposerait l'impunité des crimes commis pendant le conflit, et des délits et infractions au Droit International Humanitaire qu'aurait causé la guérrilla des FARC-EP.

De tels arguments, non contents d'être abusivement grossiers et simplistes, ne tiennent pas face aux 297 pages de l'Accord Final, élaborées patiemment et avec soin pendant 4 ans de travail, en prenant en compte les droits de toutes les victimes du conflit, et en recueillant leurs inquiétudes et leurs opinions. Loin d'instaurer un régime "castro-chaviste", l'Accord Final renforce le droit à la propriété privée des petits et moyens producteurs agricoles, en les protégeant contre les pratiques de pillage  –Plus de 7 millions d'hectares usurpées violemment– qui ont souffert historiquement le joug des grands propriétaires et de leurs armées privées -paramilitaires- qui ne défendent le droit à la propriété privée que si la terre est pour eux.

En Colombie, 53% de la terre cultivable est entre les mains de 2.300 personnes. Rien ne gêne autant ces grands propriétaires que d'entendre parler des 10 millions d'hectares qui selon l'Accord de Paix, vont être remises avec des titres de propriétés à de pauvres paysans sans terre. Et il en est ainsi parce que l'Accord de Paix considère peu probable que seront remises à leurs propriétaires une partie importante des 7 millions d'hectares usurpées pendant le conflit.

L'Accord de Paix signifie également l'élimination d'une dépense militaire de 7 à 8 millions de dollars par jour, budget qui pourra être redirigé par l'Etat vers des investissements dans le social, en infrastructures, santé ou éducation à la demande des institutions, sans nécessité d'augmenter les impôts.

Ce fut le premier accord de paix du monde où a existé et est intervenu une "commission du genre" qui a révisé tous les accords avec la perspective des droits des femmes et des personnes avec une orientation sexuelle diverse. C'est ce qui a fourni l'argument surprenant, né dans les églises évangéliques et non démenti par l'église catholique, que l'accord de paix généraliserait les relations affectives homosexuelles dans le pays et qu'elle rendrait possible une espèce de "dictature social féministe".

Le plus insensé des arguments du Non à la paix est celui de la supposée impunité provoquée par les accords, bien que le modèle de Justice proposé ait été salué par les institutions internationales et les organisations de victimes de manière pratiquement unanime. Seuls Uribe, le très conservateur ex-procureur Ordoñez et l'ONG nord-américaine Human Rights Watch, ont maintenu une position belligérante contre l'accord de la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP), accord qui envisage les procès en pénal de centaines de milliers de conduites criminelles qui ont provoqué des victimes et qui se trouvent dans une impunité absolue.
Alors qu'au contraire, c'est la première fois dans un processus de paix, que ce soit en Colombie ou dans n'importe quel autre pays du monde, et sans intervention de la communauté internationale, que les parties réunies autour d'une table de conversations ont accordé un système intégral de justice et de recherche de la vérité –un autre mot qui n'est pas du goût des puissants– devant lequel tous les intervenants du conflit, combattants et non-combattants –membres de collectifs politiques, de groupes économiques, agents de gouvernements étrangers, et autres– devront comparaître pour rendre compte de leurs responsabilités, s'ils en ont.
Des membres de collectifs politiques et économiques qui n'avaient jamais porté un uniforme ni marché dans la boue des tranchées, mais qui sont intervenus et/ou ont utilisé la guerre pour leur profit politique ou économique depuis leurs bureaux confortables de Bogotá, jouissant structurellement d'impunité, sont maintenant ceux qui s'érigent contre une soi-disant "impunité guérilléra" permise par la JEP. Le Ministère Public Général de Colombie a dans ses cartons plus de 55.000 accusations contre les FARC, –responsables avec d'autres guérillas, de pas plus de 15% de la victimisation causée par le conflit, selon des données de l'Unité de Victimes du Gouvernement–, en plus des milliers de condamnations déjà imposées aux guérilléros. D'un autre côté, il n'y a qu'à peine 3.000 accusations préparées par le Ministère Public contre les agents de l'Etat –responsables de 25% des victimisations– et aucune accusation contre les organisateurs, les financeurs ou les commanditaires des groupes paramilitaires, responsables de plus de 50% de la victimisation pendant le conflit.

Plus de 2.000 "copies conformes" (accusations dérivées à partir d'un tribunal non compétent pour enquêter) contre les financeurs et les organisateurs des groupes paramilitaires, circulent dans différentes instances judiciaires colombiennes depuis l'approbation par le président de l'époque, Uribe, de la Loi de Justice et Paix en 2005, sans qu'aucune institution ne diligente de procès. Les arguments du Non sur la soi-disant impunité que provoquerait selon eux le "Système Intégral de Vérité, Justice, Réparation et garanties de Non-Répétition" accordé à La Havane, ne se réfèrent à aucun moment au traitement pénal différencié qui est contemplé pour les agents de l'Etat dans ce Système, traitement qui vraisemblablement sera utilisé comme monnaie d'échange dans une hypothétique négociation, afin de maintenir les créneaux habituels d'impunité civile.

Regard vers le futur

A propos du poids politique du résultat du plébiscite, la différence de 56.000 voix entre le Oui et le Non est minimale face à la masse de plus de 12.5 millions de votants et 32 millions d'inscrits. De nombreux colombiens n'ont pas pu voter car il n'y a pas eu d'ouverture des listes électorales, dans un pays où une bonne partie de la population paysanne n'a pas de document d'identité, avec également plus de 4 millions de colombiens à l'extérieur du pays –dont un bon nombre sont exilés politiques– et une immense majorité de non inscrits. Comme si cela ne suffisait pas, le passage du cyclone Mathew dans la région des Caraïbes colombiennes le jour même de l'élection, a provoqué une très haute abstention dans une région où les enquêtes donnaient le Oui massivement vainqueur et où, effectivement, il a gagné, malgré les centaines de milliers de personnes qui se sont trouvées dans l'impossibilité d'aller voter.
Après le résultat inattendu, tous les secteurs impliqués se sont prononcés pour la continuation du processus de paix : Le gouvernement, les FARC et les défenseurs du Non, ces derniers prétendant à se convertir en oracles qui se mettent à interpréter ce qui doit être modifié dans l'Accord de Paix pour que ce dernier corresponde supposément à la volonté exprimée par les électeurs du Non.
Les lecteurs verront bien comment l'oracle uribiste interprètera ce que sont les accords sur la Juridiction Spéciale pour la Paix, le démantèlement du para-militarisme et la Réforme Rurale Intégrale, ceux qui doivent être modifiés, ou mieux encore "démantelés". Non pas pour que les guérilléros ne puissent pas jouir d'une impunité inexistante dans la justice ordinaire colombienne ou dans le Système Intégral défini dans les accords –le procureur de la Cour Pénale Internationale a affirmé dans son rapport sur la Colombie de novembre 2015, que les guérillas en Colombie sont l'unique acteur du conflit qui n'a pas bénéficié d'impunité, en raison de la persécution implacable et constante exercée par l'Etat à son encontre et contre ses supposés collaborateurs. Mais pour exclure de la compétence de la JEP, les politiques, les chefs d'entreprises et en général, les civils organisateurs, financeurs ou commanditaires des nombreux groupes armés paramilitaires qui ont existé ou existent en Colombie. Leur objectif n'est autre que de continuer, pour les siècles des siècles, à jouir de l'impunité à laquelle ils sont accoutumés et qui leur a généré de tels bénéfices.

Le lundi 3 octobre, conformément à ce qui avait été sollicité par les défenseurs du Non, le Président Santos a convoqué toutes les forces politiques à une réunion pour aborder la nouvelle situation. La totalité des partis politiques, sauf le Centre Démocratique d'Uribe, est venue pour soutenir le processus de paix. L'unique parti politique qui n'est pas venu à cette réunion est le Centre Démocratique. Absence qui ne peut avoir d'autre raison que le manque de volonté d'arriver à un accord politique pour sauver le processus de paix, ou bien que ni eux-même ne savent actuellement comment gérer le Non à la paix qu'ils ont provoqué de manière si irresponsable.


Les propositions présentées jusqu'à maintenant par le sénateur Uribe au Sénat, le jour suivant le plébiscite, pour soi-disant sauver le processus de paix (cessez-le-feu, accord d'amnisties immédiates et protection de la vie des chefs des FARC) étaient déjà présentes dans l'Accord de Paix et, dans le cas du Cessez-le-feu en vigueur depuis le 29 août dernier, le processus de Dépôt des Armes par les FARC a déjà commencé depuis le 30 septembre.

La large invitation au dialogue politique de la part du Gouvernement devrait inclure, par souci de justice et de cohérence, les organisations de victimes, représentantes légitimes de ceux qui souffrent ou ont souffert directement de la guerre, et qui peut-être à cause de cela, ont soutenu massivement le Oui à la paix. Sans leur présence, on excluerait du dialogue national ceux au nom de qui tous les partis politiques disent parler, sans qu'aucun d'eux n'ait jamais été mandaté expressément à cette représentation. La présence des victimes dans le dialogue est indispensable, parce qu'il ne semble pas probable que "l'establishment" colombien qui n'a pas été capable pendant près de cent ans d'en finir ni avec la violence politique ni avec la guerre, puisse maintenant arriver à un accord politique pour sauver une paix qui était déjà accordée avec les FARC jusqu'à ce que leurs querelles politiques –Uribe, Santos et l'ambition–la fassent sauter dans les airs.

"On se verra d'ici 10.000 morts": Voilà ce qu'avait dit un négociateur guérilléro exténué et indigné à un négociateur du Gouvernement après l'échec du deuxième des quatre processus de paix qu'il y a eu entre l'Etat et les FARC. Cette fois, nous tous et toutes, allons préserver et protéger la paix, pour qu'il n'y ait pas à se revoir d'ici un mort de plus. Et cette tâche est sans aucun doute une obligation de la Communauté Internationale.

Source : Tribuna Abierta/Diario.es
Trad°: CM

mercredi 5 octobre 2016

Plebiscito Colombia. La construcción de una paz duradera sigue al orden del dia


Comunicado PCF: 

Los resultados del plebiscito sobre el acuerdo de paz firmado en septiembre por el gobierno colombiano y las FARC-EP después de 4 años de negociaciones en La Habana cayeron este domingo 2 de octubre: el No ganó por un mínimo 50.23% de los votos y el Si obtuvo 49.76%, la abstención alcanzó cerca de 62.5%.

Los resultados han revelado que los departamentos más afectados por el conflicto armado y social en Colombia han ratificado mayoritariamente con el Si su deseo de paz.

La situación llama pues a evitar toda simplificación en la interpretación de los resultados, y a apoyar más que nunca los esfuerzos de unidad de todos los sectores democráticos y progresistas de la sociedad colombiana, sobre la base de las aspiraciones populares, por la construcción de una paz duradera.

El Partido Comunista Francés está al lado de las fuerzas progresistas que luchan para que la paz en Colombia sea inseparable de la exigencia de justicia social.

Source : http://international.pcf.fr/92187

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Pero un dia, un dia vendrá color de naranja