samedi 7 juillet 2018

L'assassinat des leaders sociaux en Colombie a-t-il un caractère systématique ?


Source : Contagio Radio

La recrudescence des assassinats de leaders sociaux dans le pays a déclenché toutes les alarmes face au manque d'actions du gouvernement pour garantir leurs vies. Alberto Yepes, membre de la Coordination Colombia, Europa, Estados Unidos, qui regroupe plus de 300 organisations de défense des droits humains, souligne combien il est important que soit accepté le caractère systématique des homicides car cela oblige à changer le mode d'instruction juridique des faits. Ce qui pourrait permettre de faire la lumière sur leurs responsables.

Pourquoi les assassinats des leaders ont-ils un caractère systématique ?

La première caractéristique qui peut déterminer le caractère systématique dans l'assassinat des leaders sociaux tient au profil même des victimes : Elles dénonçaient la violation des droits humains, elles étaient victimes dans la restitution des terres, elles soutenaient la substitution des cultures d'usage illicite, entre autres.

La deuxième caractéristique se trouve dans le modus operandi des assassinats, c'est à dire la façon dont ils ont été commis. Selon Yepes, ils sont généralement perpétrés par des hommes qui font partie de groupes de tueurs à gages et qui ont réalisé un plan préalable de suivi du leader pour déterminer la meilleure manière de réaliser leur contrat.

Pour Yepes, si le gouvernement reconnait le caractère systématique des assassinats de leaders, cela permettrait d'abord d'enquêter transversalement sur les cas et non séparément comme on le fait actuellement. Par ailleurs, on pourrait avancer de manière beaucoup plus forte sur les responsables intellectuels.

"Le caractère systématique signifie qu'il y a un plan derrière les assassinats, c'est à dire que des structures décident de mettre en place un plan d'extermination des leaders sociaux dans le pays" affirme Yepes. A ce propos, il assure que si on connait ceux qui ont donné l'ordre "d'appuyer sur la gachette", on pourra établir les relations entre les structures paramilitaires, principales responsables des assassinats de leaders, et les bandes criminelles ou de tueurs à gages.

Dans ce sens, il a lancé un appel au Parquet pour que soit analysé le lien qui pourrait exister entre l'augmentation des assassinats des leaders sociaux et l'élection de Ivan Duque comme président, et pour que l'unité de démantèlement du paramilitarisme fasse son devoir au sujet des crimes effectués par ce groupe armé.

L'Etat doit reconnaître le caractère systématique de l'assassinat des leaders sociaux

Suite aux affirmations du ministre de l'intérieur Guillermo Rivera qui a insisté sur le fait que les assassinats des leaders sociaux n'avaient pas un caractère systématique, Diana Sánchez, membre de l'organisation "Somos Defensores", a réaffirmé l'importance de la reconnaissance du caractère systématique des faits violents qui se présentent dans le pays et de la responsabilité des institutions gouvernementales par omission et manque d'investigation.

Pour Diana Sánchez, les assassinats sont bien systématiques. Leur première caractéristique tient au profil des victimes : des dirigeant.e.s sociaux, qui travaillent sur le terrain, dans des processus de mobilisation sur le territoire, qui ont dénoncé des violations des droits humains et qui ont une visibilité dans la sphère publique.

Le deuxième élément est lié à l'augmentation du nombre d'assassinats de leaders sociaux qui, selon Diana Sanchez, ne cesse de croître. Et le troisième facteur concerne la typification qui a pu être établie sur la manière dont sont assassinées les personnes : Elles sont généralement assassinées par des sicaires (tueurs à gages), avec des armes à feu, dans des lieux qu'elles sont habituées à fréquenter comme leurs logements ou leurs lieux de travail.

A ce propos, elle rappelle que pour le génocide de l'Union Patriotique, on avait aussi demandé à l'Etat de reconnaître le caractère systématique des assassinats contre les membres de ce parti politique pour activer des mesures de protection. Et qu'il ne l'avait pas fait. C'est seulement plusieurs années après les faits que la reconnaissance de la modélisation des assassinats qui provoquèrent l'extermination a été obtenue.

Le manque d'actions de la part des institutions

Si Diana Sánchez reconnait qu'il y a une avancée dans les enquêtes du Parquet dans 170 cas, ce n'est que trop peu par rapport au nombre des assassinats de leaders sociaux qui, selon Somos Defensores, s'élève à un total de 580 cas d'homicides sur les deux périodes présidentielles de Santos.

Elle explique que, même si on a trouvé les auteurs matériels dans 50% des 170 enquêtes menées par le parquet, on ne connait pas les auteurs intellectuels ou les intérêts politiques ou économiques qui sont derrière l'assassinat des leaders.

Elle explique également que la promulgation des décrets qui cherchent à protéger les leaders à travers différentes stratégies comme les changements dans l'Unité Nationale de Protection, ou la mise en forme de mesures collectives, ne sont que des gesticulations s'il n'y a pas d'articulation avec la réalité des leaders, femmes et hommes qui vivent dans des zones où l'Etat est absent.

Finalement, sur le décret 660 de 2018 présenté par le Ministre de l'Intérieur, Diana Sánchez affirme : Cette disposition tend à la protection des leaders et inclut des recommandations faites par les organisations de défense des droits humains, mais elle peut être modifiée par d'autres décrets et elle n'entrera en vigueur qui si le prochain gouvernement le décide.





vendredi 6 juillet 2018

Colombie. La faute à la négligence de l'Etat, pas à la feuille de coca


Par Itayosara Rojas

Il y a deux jours, sept corps sans vie ont été retrouvés dans le département du Cauca. Les corps présentaient des traces de tortures et la presse a présenté plusieurs versions du fait. Certains secteurs ont affirmé que les corps appartenaient à des membres de groupes paramilitaires, pour en minorer l'importance et cacher la vague de violence contre les leaders sociaux qui a lieu en ce moment dans le pays. En moins de 8 jours, 19 personnes ont été assassinées. Elles l'ont toutes été dans des zones isolées, ce sont tous des paysans et des indigènes sans terres, qui habitent des zones où l'Etat arrive avec des troupes militaires, mais jamais avec des hôpitaux, des écoles ou des routes. Le massacre à Argelia (Cauca) nous ramène aux années les plus rudes du paramilitarisme, il nous rappelle les massacres de El Salado, la Rochela, el Aro, les matchs de foot entre paramilitaires où c'est la tête d'un paysan qui devenait le ballon.

Pour la presse et certains secteurs, ce massacre est un fait mineur dans le cadre du trafic de drogue, on insinue même qu'il ne faut pas pleurer la mort de ces personnes parce qu'elles cultivaient la coca. Certains partisans du Centre Démocratique ont exprimé dans les réseaux sociaux que c'était la conséquence de l'accord de paix et du développement des cultures de feuille de coca. Opinions totalement éloignées de la réalité car elles méconnaissent les circonstances de ce lamentable événement.

D'abord, dans le pays, il y a en effet eu ces deux dernières années une augmentation significative des zones de culture de coca, avec près de 150.000 hectares cultivés, chiffre qui n'avait pas été atteint depuis 2001 selon le dernier rapport du bureau des nations unies contre la drogue (Voir rapport 2018). Dans le département du Cauca, il y a environ 12.000 hectares cultivés en coca. Entre 2015 et 2016, ce chiffre a augmenté de 45% selon le même rapport. La région du Cauca où a eu lieu le massacre est caractérisée historiquement comme zone de production de coca et zone de transit pour le trafic de drogues. Les communautés qui y vivent ont trouvé dans la culture de la coca le moyen de vivre, la possibilité de survivre. L'Etat n'arrive dans cette zone du pays que sous la forme de l'armée, de la répression et de la substitution forcée des cultures d'usage illicite. La zone n'a pas de routes, pas d'écoles et pas d'hôpitaux. La coca est devenue l'unique forme pour assurer la survie économique des communautés. Le profit qu'elles en reçoivent est dérisoire comparé aux gains de ceux qui en profitent vraiment : les grands narcos.

Après la signature des accords de paix entre le gouvernement national et les FARC, qui avaient pendant longtemps maintenu un contrôle territorial sur ces zones et avaient, d'une certaine manière, contrôlé la production de la coca, de nouveaux acteurs armés ont pris le contrôle sur le territoire. Ces nouveaux acteurs sont en lien avec d'anciens groupes paramilitaires et des cartels de drogue mexicains comme le cartel de Sinaloa. Certaines structures dissidentes nées des échecs de l'accord de paix se sont trouvées embrigadées dans ces activités et ont cédé le contrôle territorial et le contrôle sur cette économie de guerre utilisée auparavant par les FARC. Les délits et les actions violentes ont augmenté et les communautés paysannes sont les principales victimes de ces changements en matière de contrôle territorial et d'économies de guerre.

Jusqu'à maintenant, les actions du gouvernement pour trouver une solution à ce problème ont été centrées sur la criminalisation du premier acteur de la chaîne productive : les producteurs de feuilles de coca, qui en l'occurrence sont les plus vulnérables. Il n'y a pas eu d'actions contre les réseaux paramilitaires et les narcotrafiquants responsables de la violence, qui remportent les plus gros pourcentages de profit du commerce des drogues. Contrairement à ce que pensent certains partisans uribistes et du Centre Démocratique, les morts d'Argelia ne sont pas le fruit de l'accord de paix, mais bien au contraire, la conséquence logique de l'échec de sa mise en oeuvre. Au delà des accords entre les communautés et le gouvernement, le quatrième point de l'Accord, qui traite spécifiquement des actions et des mesures qui devraient être prises pour affronter le problème du trafic de drogues et des cultures d'usage illicite, n'a pas été mis en route. Chaque jour d'omission en la matière coûte la vie à un leader qui revendique la substitution ou à un petit producteur de feuille de coca.

Jusqu'à aujourd'hui, les plans de développement territorial à travers lesquels seraient mis en oeuvre le premier point de l'accord de la réforme rurale intégrale ne sont que du papier et n'ont pas été concrétisé dans les territoires prioritaires. De la même manière, on n'a que très peu avancé dans le Programme National Intégral de Substitution des Cultures d'Usage Illicite (PNIS), bien que les communautés productrices aient manifesté leur disposition à entrer dans les plans de substitution. De plus, ces communautés victimes de violence ont une fois de plus été bafouées dans leur droit à la participation politique quand le congrès de la république a éliminé les circonscriptions spéciales pour la paix, figures qui cherchaient à restituer les droits des victimes, particulièrement leur droit à la participation politique, à leur donner une voix au parlement et, pour la première fois dans l'histoire de la Colombie, à écouter les communautés qui sont les premières à souffrir de la violence. 

Ce n'est pas la coca qui tue les leaders sociaux, ce n'est pas la coca qui est responsable du retard et de la pauvreté des zones les plus isolées du pays. C'est l'inaction de l'Etat colombien, son inopérabilité pour garantir la vie des plus humbles. Ce n'est pas la feuille de coca non plus qui est la responsable du massacre de Argelia, c'est l'omission de l'Etat colombien, son incapacité à mettre en oeuvre l'accord de paix et son attitude complaisante qui favorise les intérêts des acteurs qui ont profité de la guerre, ceux qui ont assuré leurs privilèges à travers elle. L'accord de paix est en pièces et le prix à payer, c'est la vie des paysannes et paysans colombiens, oubliés par la presse. Ce sont eux aujourd'hui qui pleurent leurs morts.

Itayosara Rojas est Sociologue à l'Université Nationale de Colombie. Etudiante en maîtrise de développement rural. Ghent University - Humboldt Universität zu Berlin.
Traduction : CM


samedi 2 juin 2018

Espagne. Investiture de Pedro Sánchez, nouveau chef du gouvernement espagnol


Communiqué PCE. 1er juin 2018
Source : http://www.pce.es/docpce/pl.php?id=6316

Le PCE (Parti Communiste Espagnol) a soutenu la motion de censure qui a expulsé le PP (Parti Populaire) du gouvernement de l'Espagne après 7 ans de restrictions budgétaires et de corruption, et a investi comme nouveau chef du gouvernement, le secrétaire général du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), Pedro Sánchez. Nous l'avons fait pour des raisons que nous considérons partagées et comprises par la majorité de la société espagnole : Le besoin d'expulser du gouvernement le parti de la corruption et du pillage.

La motion de censure a mis fin à la situation que nous avions cherché à éviter après les dernières élections générales, en travaillant alors pour constituer une gouvernement de progrès qui empêche le PP de continuer à gouverner l'Espagne et qui garantisse le respect de la démocratie. Cela n'avait pas été possible à l'époque et l'Espagne a payé un prix très cher : l'accroissement des mesures néolibérales qui ont aggravé les conditions de vie des travailleurs et travailleuses, une crise territoriale incontrôlable, un recul des libertés fondamentales et l'augmentation de la répression. Nous nous réjouissons d'avoir maintenant l'occasion d'inverser les conséquences tragiques du gouvernement du PP, alors que l'Espagne a perdu deux ans en étant gouvernée par le parti le plus corrompu d'Europe.

Les années de gouvernement du PP ont rendu habituelles et structurelles la corruption - Gürtel, Púnica, Barcenas, etc-, le pillage des deniers publics pour financer le parti et enrichir ses dirigeants, la manipulation des juges et des procureurs - pour se protéger et chercher à garantir l'impunité des corrompus, et la manipulation des médias de communication publics pour se couvrir et distraire l'attention, fort heureusement sans le réussir pleinement.

Il fallait expulser le PP à cause de ces corruptions multiples et nous y sommes arrivés grâce au travail d'enquête et d'alerte des journalistes, des pétitions populaires, de nombreux juges et procureurs, de policiers et de gardes civils. Grâce à leur travail on connait la vérité et on avance pour que justice soit faite sur les crimes commis par les élites politiques du pays et qui ont provoqué des dommages qu'il est indispensable de réparer maintenant.

Il fallait expulser le PP à cause de ses politiques économiques de restrictions budgétaires et de démantèlement de l'Etat Social, avec leurs conséquences tragiques pour la classe au travail et avec leurs attaques constantes et la compression des libertés démocratiques.

Et nous l'avons réussi, nous qui remplissons les rues et les places pour lutter contre les réductions des services publics, des droits sociaux et du droit du travail, contre la précarité et la corruption, contre les violences machistes, en défense du système de retraites publiques, contre les expulsions et pour le droit au logement, nous qui dans la rue avons dit "Non" à ce gouvernement, en démontrant que la société disait : Basta. Aujourd'hui nous avons une victoire, nous devons la célébrer.

Nous l'avons réussi grâce aux 67 sièges de députés de Unidos Podemos, fruits en grande partie de tous ces luttes populaires, comme le sont aussi les Mairies arrachées au bipartidisme, nouvelles institutions créées à partir de la mobilisation populaire et la convergence.

Les député.e.s de Unidos Podemos ont été la clef du succès de la motion de censure. Elles et ils sont la garantie que le nouveau gouvernement accomplira les tâches qui permettront de convoquer des élections générales dans un climat de normalité démocratique.

Nous considérons que les tâches indispensables que doit aborder le nouveau gouvernement sont :

  • Clore l'étape de la corruption : En finir avec les pratiques corrompues depuis les pouvoirs publics, garantir les conditions et les moyens pour que la justice agisse de manière impartiale et garantisse qu'il n'y a pas d'impunité pour les crimes de corruption.
  • Régénérer la justice et garantir la pleine jouissance des droits civils et politiques. En finir avec les limitations à la liberté d'expression et de manifestation, et garantir l'impartialité des médias de communication publics.
  • Abroger les mesures réactionnaires du PP comme la réforme du travail, la LOMCE sur l'Education, la réforme des retraites et la loi "bâillon" sur les libertés publiques, garantir l'accès au logement, modifier la loi sur les hypothèques et mettre en route des mesures d'urgence contre le chômage, l'exploitation et la précarité croissante pour récupérer une partie des droits spoliés.
  • Normaliser la situation en Catalogne en commençant par un large dialogue pour arriver à des accords politiques qui reconstruisent le "vivre ensemble" où nous défendrons un modèle d'état républicain et fédéral.

Ce gouvernement peut servir pour réparer ce qui a été détruit par le PP. Mais nous ne croyons pas qu'un gouvernement du PSOE réunisse les conditions permettant de mettre en route les nouvelles politiques de changement pour construire une société plus juste, ni par son fragile poids parlementaire, ni par son programme politique. C'est un gouvernement provisoire, peut-être utile pour aborder les tâches urgentes évoquées ci-dessus, mais qui peut difficilement aborder les grandes transformations dont a besoin notre pays au niveau politique, économique et social. Notre soutien au président Sánchez dépendra de l'adoption par son Gouvernement des mesures urgentes que nous avons citées pour régénérer la démocratie et améliorer en urgence les conditions de vie de notre peuple. En cela nous serons exigeants.

Et Pedro Sánchez ne doit pas oublier qu'il est président deux ans après des élections générales, à cause de son erreur quand il a fait confiance à Ciudadanos, le parti qui considère que c'est "terrible" d'expulser les corrompus du gouvernement. "Terrible" vient de terreur et il semble bien qu'Albert Rivera exprime inconsciemment la terreur que provoque la démocratie chez les banquiers et les riches de notre pays, ceux qu'il représente si bien : la terreur de perdre le statut que ceux-ci leur ont fabriqué, la terreur de devoir suivre le chemin qu'a dû prendre Rajoy. La peur, sur laquelle croît le fascisme, qui se développe aussi à partir de l'ignorance que développent les moyens de communication derrière qui se cachent les banquiers et les patrons.

Effectivement, la peur va changer de camp et avec ses mots, Rivera démontre qu'il a peur de ces "espagnoles et espagnols" dont il parle tant. "Ciudadanos" a peur parce qu'ils savent que leur discours phalangiste et patriarcal, xénophobe et excluant, leur soutien inconditionnel au PP, parti le plus corrompu d'Europe, apparaît de plus en plus clairement. Il est clair que Ciudadanos est la même chose que le Parti Populaire, avec une plus grande dose d'opportunisme, c'est à dire un danger pour l'Espagne.

Alors que la majorité du peuple espagnol célèbre l'expulsion du PP ou l'accepte comme un acte démocratique, nous constatons également que les médias derrière lesquels se cachent les banques, parlent de "chaos" et de "catastrophe". En voilà encore qui ont peur des "espagnoles et des espagnols".

Dans ce nouveau contexte, nous réaffirmons la nécessité de renforcer l'unité populaire et la convergence des forces de gauche, de renforcer l'organisation populaire, celle de la classe des travailleuses et travailleurs pour continuer les luttes, unique garantie pour réussir les changements auxquels nous aspirons et qui doivent ouvrir le processus constituant ver la IIIème République des travailleuses et travailleurs de tous les peuples d'Espagne. Notre défi le plus proche est celui des prochaines élections municipales, autonomiques, et particulièrement les prochaines élections législatives que le PCE considère devoir être célébrées le plus rapidement possible, une fois que les institutions auront été décontaminées du mal immense qu'a engendré le Parti Populaire.

Aujourd'hui, nous célébrons le fait d'avoir expulsé le PP par la lutte et par les urnes.
Demain, il faut continuer la lutte pour faire le ménage dans les institutions de la corruption et pour récupérer les droits qu'ils nous ont volés.
Il faut continuer à construire l'unité populaire et la convergence politique vers la IIIème République.

Secrétariat du Comité Central du PCE

Trad°. CM




mardi 22 mai 2018

Milonga del fusilado. En hommage à Alain Fichet


Ne me demandez pas qui je suis
ni si vous me connaissiez
les rêves que j'avais eu
grandiront bien que je ne sois plus
Je ne vis plus mais je continue
à la recherche de ce que je cherchais
et les autres qui continuent à se battre
verront naître d'autres roses
Au nom de ces choses
tous continueront à me nommer.

Ne vous souvenez pas de mon visage
celui qui fut mon visage de guerre
alors qu'il y avait sur ma terre
le besoin d'être dans la haine.
Dans le ciel qui s'éclaire déjà
vous verrez comment était mon front
peu de gens m'ont entendu rire
et bien que mon sourire soit ignoré
vous le retrouverez dans l'aube
du jour que l'on aperçoit.

Ne me demandez pas mon âge
J'ai les années de tous et toutes
parmi de nombreux choix, j'ai choisi
d'être plus vieux que mon âge
Et les années en vérité
sont les coups que j'ai donné
Je nais avec chaque fusillé
et même si mon corps se meurt
j'aurai l'âge en vérité
de l'enfant que j'aurai libéré.

Ne cherchez pas ma tombe
parce que vous ne la trouverez pas
Mes mains sont celles qui vont
dans d'autres mains qui se battent
ma voix est celle qui crie
mon rêve est celui qui continue entier
et sachez que je ne meure
que si vous commencez à lâcher
Parce que celui qui meurt au combat
vit dans chaque camarade.


Traduit le 22 mai 2018, en hommage à Alain Fichet.

vendredi 11 mai 2018

Venezuela. Cette habitude caribéenne de ne pas se rendre



Par Marco Terrugi in La tinta

Le Venezuela se prépare aux élections présidentielles. Face à la menace des Etats-Unis et la nécessité de soutenir une révolution qui donne encore de l'espoir au continent.

Caracas vit au rythme de la rage et de la caraïbe. Ce n'est pas un bal de débutantes. Le transport y est une bataille, le distributeur d'argent y est une bataille, la pharmacie y est une bataille, les prix y sont une bataille. C'est une guerre qui éclate comme les tempêtes tropicales décrites par Maïakovsky : Il ne reste que peu d'air entre tant de pluie. Mais il ne pleut pas à Caracas, il y a des semaines de transition entre soleil et pluie, une sécheresse nuageuse. L'eau se recycle, elle passe de seau en bassine, on y fait attention dans la douche, dans la cuisine. Et quand revient son bruit dans les tuyaux, c'est la fête dans les maisons. Nous marchons au bord des limites, comme d'habitude.

Personne n'aurait dit que nous arriverions jusque là, en mai 2018. Ni avec des dés, ni en lisant les cendres de cigare, ni en appliquant de manière méticuleuse les hypothèses bien huilées qui ont donné des résultats dans les autres pays. Ce processus a pour habitude de ne pas respecter les règles, de frapper comme frappe le gitan du film Snatch, quand tout le monde le voit vaincu, que des millions ont été misé sur sa défaite, et qu'il se lève avec un poing droit qui casse les pronostics et laisse l'autre sur le tapis. Au tapis, il y a la droite vénézuélienne, qui ne se remet pas de la défaite de l'année dernière, quand elle a cherché à prendre le pouvoir politique avec les pires venins inoculés pendant des années dans sa base sociale et l'entrée en scène de groupes armés, entraînés pour des assauts violents. C'est pourquoi le gros de cette droite ne va pas aux élections. Et ceux qui avaient investi sur elle ont déchiffré son incapacité à convaincre les majorités. Je parle des Etats-Unis, impérialisme à l'ère des disputes géopolitiques ouvertes, condensées dans des pays comme la Syrie.

Ils veulent nous faire capoter. Que le pays s'effondre, que nous revenions aux misères qui ont engendré le cycle de la révolution, cette fois-ci pour tout faire chavirer, couler au niveau matériel et au niveau des idées. Ils le répètent avec l'impunité du pouvoir de leurs grands médias, semaine après semaine, ils annoncent d'autres attaques économiques, encore plus d'asphyxie par un blocus qui cherche à empêcher les importations, les transactions, les renégociations, en dollars et en cryptomoneda Petro. Leur nouveau coup sera, et c'est déjà prévu, de ne pas reconnaître le président élu qui, selon les sondages, sera Nicolás Maduro. S'il gagne c'est par l'unité du chavisme autour de sa candidature, une base sociale historique, le poids de Chávez, et par la faiblesse de ses adversaires électoraux : Henry Falcón, ex chaviste, qui promet une dollarisation de l'économie (il se garde bien d'expliquer comment il le fera), et l'outsider évangéliste conservateur Javier Bertucci.

Tout n'est pas de la faute de l'impérialisme. C'est aussi évident que l'existence de l'impérialisme. Poser cela au centre de la scène permet de situer le conflit et ses dimensions, le ring où nous nous trouvons.




Le pain, le distributeur de monnaie, le transport, les prix et les médicaments font partie de cette trame géopolitique, sa manifestation immédiate, quotidienne, la forme qui impacte la bouche de chacun. La stratégie d'usure est une oeuvre élaborée, pas improvisée. Elle fait mal là où ça fait le plus mal, elle s'articule sur les misères et les contradictions du processus, la corruption, l'indolence, les compromissions pour obtenir une maison, une voiture, un compte en banque. Les effets du cadre économique sur le tissu social changent à mesure que la situation se prolonge. On peut le voir, à quelques jours des prochaines élections présidentielles qui auront lieu le 20 mai : Alors qu'une partie des gens, du chavisme, parle de la campagne, milite, suit les infos, une autre partie est immergée dans la résolution des batailles quotidiennes qui n'arrêtent pas, et qui ne se calment que de temps en temps sur certains points. Il y a plusieurs temps superposés dans les territoires où s'est fondé le chavisme.

Ces temps sont exigeants. Ils demandent à ce qu'on reprenne le contrôle sur une économie qui semble effrénée, particulièrement sur les prix, qu'on exerce l'autorité, que soit freinée cette course où beaucoup ont fait de petites, moyennes ou très juteuses affaires sur les besoins, que les dirigeants reprennent le langage des rues, qu'ils fassent de la politique à la Chavez, que la lutte contre la corruption qui s'est développée soit approfondie, que les promesses de campagne ne soient pas seulement des promesses de campagne mais des faits. C'est une demande adressée aux dirigeants, au Parti Socialiste Uni du Venezuela, aux institutions, à la révolution en tant qu'espace de construction, d'espoir, d'identité.

Nous ne sommes pas dans une crise humanitaire, ce concept politique installé par les Etats Unis et répété jusqu'à la nausée par les grands médias pour justifier les attaques et diaboliser par l'effroi dès que l'on prononce le nom du Venezuela. Nous sommes dans un cadre de recul des espaces qui avaient été conquis, qui pousse à des reconversions économiques pour arriver à finir le mois ou la quinzaine, en jonglant avec les chiffres pour que ça rentre. Le cas des transferts de fonds en est un exemple très clair : Cent dollars, ce qui est très peu dans un autre pays, servent à résoudre une grande partie des besoins mensuels.




Ainsi, de même qu'il était impossible ou presque, il y a un an, de pronostiquer que ce mois de mai nous trouverait aux portes d'élections présidentielles avec une possibilité de victoire de Maduro, il est impossible de pronostiquer ce qui se passera dans un an. Le prochain pas, c'est de garantir la continuité du pouvoir politique le 20 mai. C'est indispensable au niveau national et continental, niveau que l'impérialisme ne perd jamais de vue. Il n'existe pas trois blocs, il n'y en a que deux. C'est à l'intérieur du processus, du chavisme en tant que courant historique, que peuvent se construire des solutions aux urgences du quotidien dans une perspective stratégique. Il serait trop tard de s'en rendre compte après, avec des classes dominantes déchargeant sans freins et sans demi-mesures leur revanche jusque dans nos maisons.

Nous sommes face à nous mêmes : Histoire, rage, caribéens, latinoaméricains, avec nos passions et nos pauvretés, dans une époque qui défie nos générations réunies autour du Venezuela. Il y a dans ce destin un destin commun, qui marque ce que nous pourrons, ou pas, dans les prochaines années. Ceux qui nous ont précédé, comme ceux qui viendront et chercheront ce que nous aurons réussi, nous regardent.

Traduction : CM



jeudi 10 mai 2018

Les maîtres nageurs / Los monitores de natación

Perdre la peur de l’eau,
maîtriser sa respiration pour ne pas boire la tasse,
bouger les bras et les jambes pour se maintenir à flots... 


Si les maîtres-nageurs enseignent aux enfants des écoles, 
c’est d’abord parce que « savoir nager » est un élément essentiel de la sécurité des personnes. 
En voilà un beau métier digne d’être reconnu d’intérêt général ! 

Et enseigner la natation est aussi une belle leçon d’humanité : 
Les corps flottants construisent un nouvel équilibre. Les corps plongeants se font projectiles. Les corps propulseurs en intégrant les crawls et les brasses, apprennent à se déplacer de plus en plus efficacement. Il y a là une transmission culturelle qui, dépassant la peur de l’eau, construit une autre façon d’être au monde. 

Entre vapeurs de chlore et surexpositions sonores, les maitres-nageurs sont des sauveteurs d'humanité aquatique qui méritent d’être reconnus comme un bien commun auquel tout un chacun doit avoir accès. 


Enseñar a perder el miedo al agua, a controlar la respiración para no tragar agua, 
a mover los brazos y las piernas para mantenerse a flote: 
Ese es un oficio digno de ser reconocido como de interés general! 

Si los monitores de natación enseñan a los niños en las escuelas públicas, 
es porque en primer lugar,  
« saber nadar » es un elemento esencial de la seguridad de las personas.

Pero enseñar la natación es tambien una bella lección de humanidad :
los cuerpos flotantes construyen un nuevo equilibrio. 
Los cuerpos que se zambullen se convierten en proyectiles. 
Los cuerpos propulsados, integrando croles y brazas, 
aprenden a moverse con más y más eficacia. 
Hay aquí una transmisión cultural 
que construye una u otra manera de ser en el mundo, 
más allá del miedo al agua. 

Entre vapores de cloro y sobre-exposición sonora,  los monitores de natación son los socorristas de nuestra humanidad acuática. Merecen ser reconocidos y salvaguardados como un bien común, 
al cual todo el mundo tiene derecho.





dimanche 6 mai 2018

1ères Assises Communistes de l'Ecologie. ECOMMUNISME

Alors que nous sommes quelques un.e.s de Nanterre à avoir participé aux 1ères Assises Communistes de l'Ecologie ces 4 et 5 mai, j'ai besoin de partager le corpus qui nous a été transmis. Pour contribuer à son appropriation, nous permettre d'entrer dans le débat, être associé.e.s aux choix, et prendre notre part dans la lutte pour un futur possible.


Proposition n°1 
Prendre le pouvoir sur nos assiettes, ça commence par comprendre comment ça se passe de la fourche à la fourchette 

Production => Transformation => Distribution => Consommation


Proposition n°2 
Habitant.e.s des banlieues, nous avons droit à la Ville écologique et c'est à nous de la construire. Stop inégalités sociales et environnementales


Proposition n°3 
Face à l'URGENCE CLIMATIQUE, nous répondons par un plan local, national et européen d'actions concrètes : Développement du fret ferroviaire, gratuité des transports en commun, circuits courts agricoles et industriels, rénovation thermique du logement, etc...


Proposition n°4 
En Europe, face au green washing mensonger auxquelles s’adonnent continuellement les entreprises comme les instances nationales et la Commission européenne, nous convergeons pour rompre avec les orientations des traités européens et de la BCE afin d'éviter le désastre.



Proposition n°5  
Selon les conclusions des travaux du GIEC, la nécessité climatique impérieuse est de faire reculer très rapidement et massivement les énergies fossiles carbonées (charbon, pétrole, gaz). En France, nous nous prononçons pour un mix énergétique 100% PUBLIC diversifié (Nucléaire et ENR).


Proposition n°6
Pour une politique nationale d'aménagement du territoire qui préserve la nature et les êtres humains, nous agissons pour stopper le laisser-faire libéral contre l'écologie et le cadre de vie.



Proposition n°7
Nous militons dans l'entreprise pour un droit d'intervention des salarié.e.s et des citoyen.ne.s afin d'imposer de nouveaux modes de production qui respectent la nature et l'humain